Quand on vit dans le Finistère, le Télégramme de Brest (il parait qu’on ne dit plus comme ça… c’est le Télégramme tut court ! ), c’est une institution : le représentant des news locales, le fidèle compagnon du petit déj’. Et accessoirement la lecture de mes deux premiers jours de convalescence quand je n’ai pas eu le droit de bouger de mon lit !
Lire le Télégramme de A à Z, c’est apprendre du vocabulaire (si, si, la preuve plus bas ! ), rire – à gorge déployée ou jaune tout simplement -, c’est froncer les sourcils et râler, indubitablement… Allez, fiches de lecture !
Samedi 26 novembre 2011
Plogoff, le retour ou comment un projet de construction d’une centrale électrique à la pointe bretonne suscite d’âpres discussions. Entre les partisans de l’indépendance énergétique et du tout fossile et les opposants, convaincus par les énergies alternatives. Une guerre politique et économique sur fond de souvenirs plogoffiens ou brennilisiens…
Et pendant ce temps-là, le haut représentant de la République d’expliquer, devant un parterre de travailleurs du chantier de la nouvelle usine d’enrichissement d’uranium Areva à Pierrelatte, que remplacer Tricastin par des éoliennes ne servirait qu’à défigurer la France et ses paysages… Par contre, bonne nouvelle pour le labo breton Eichrom, près de Rennes, qui devient le premier laboratoire accrédité pour les mesures lors du démantèlement de centrales… La boucle est presque bouclée pour le territoire breton !
Notre voisin allemand quant à lui continue le combat. Après avoir abandonné le nucléaire, le voilà qui interdit éléphants, girafes, hippopotames, singes et ours dans les cirques car les conditions de vie de ces animaux n’y seraient pas adéquates. En France, au même moment, un ministre dit de Bayrou “qu’il a quelque chose de la vache béarnaise”… Nous n’accordons décidément pas les mêmes valeurs au monde animal ! sauf quand il s’agit de sauver Cannelle, une ânesse tombée au fond d’un puits dans le Morbihan : ou comment mobiliser une douzaine de pompiers du Grimp 56, des plongeurs et un spécialiste de la sécurité animale. Par contre, on éradique sans commune mesure la gale, qui a fait son apparition dans un des dortoirs de l’internat du Lycée de Kerichen à Brest : tous au pressing et au désinfectant ! Même processus en Corse, où les statistiques d’éradication flambent. 19 morts et 12 tentatives de meurtres enregistrés pour 300 000 habitants tandis qu’en Sicile où sévissent les mêmes entreprises d’extermination, on relève les mêmes chiffres mais pour 6 millions d’habitants.
Heureusement Brest ne brille pas uniquement pour son éradication de la gale… Elle replante l’île Maurice grâce aux prouesses du Conservatoire National Botanique niché dans le fond du Stang Alar. Cinquante plants de cylindrodines, plante ayant disparue de l’île en 1990, vont ainsi être réimplantés sous peu. Espérons juste qu’ils ne seront pas transportés vers les tropiques en Airbus A340. Air France, qui sous-traite la révision de ces derniers en Chine, vient de voir un exemplaire de sa flotte se faire immobiliser aux Etats-Unis. La cause ? 30 vis manquantes sur un panneau de carénage alors que l’appareil sortait d’un contrôle. Mais que fait la police, me direz-vous ? Et bien, elle vend toujours sa gendarmerie à Lamballe…
Et sinon, dans les communes environnantes, un florilège d’activités plus étonnantes les unes que les autres s’offre à vous : la Rando de l’Huître à Riec sur Belon, la démonstration de levage de poids lourds par coussins d’air par les pompiers de Scaër lors de la Foar-Yen alias la “foire froide” (Me demandez pas, je ne sais pas du tout à quoi cela correspond !). Pour les amateurs de décibels, un concert étonnant au Gains’Bar à Scaër : Psy-Gainsbar by Mystik-Vibes. Où il est question de techno progressive, psytrance et full-on. Et puis, pour faire un pied de nez à mes amis rennais, j’ai dénombré en pagaille des ventes de crêpes en veux-tu en voilà dans toutes les animations du Téléthon qui auront lieu le WE prochain. Ici, point de galettes mais il est plutôt question de lichouseries [NDLR : les autochtones comprennent sucreries] comme au Loto de Trégunc, où “les lots, Noël oblige, seront complétés par des chocolats et des lichouseries”. Enfin, vous ne manquerez pas le lâcher de pigeons et le saut en parachute du Père Noël pour le Téléthon à Saint-Yvi !
Tant que l’on est dans la gastronomie, autant y rester. Et découvrir l’existence d’un Festival de la Viande à Landerneau. Et apprendre que le marché du porc bénéficie d’une demande soutenue en Autriche (heureux soient nos producteurs bretons !) et que 25 tonnes de sardines étaient à la vente hier à Douarnenez. On se penchera également sur la Fête de la Soupe à La Gacilly et on se pourléchera les babines à l’évocation de la démonstration culinaire “Nems de langoustines” au Salon du Livre et du Gourmet de Saint-Brieuc.
Ne nous quittons pas sans prendre connaissance du dicton du jour : “A la Sainte Delphine, mets ton manteau à pélerine” !
Et les 4 mots découverts et ajoutés à mon vocabulaire : déventer / faconde / bouvière / étique
Dimanche 27 novembre 2011
Traditionnellement allégée le dimanche, l’édition du Télégramme n’en présente pas moins aujourd’hui une Une de carte postale, si l’on fait exception des camions de pompiers et de l’hélico de la Sécurité civile. Ah, les grandes marées et leur lot d’incidents ! Là, c’est un couple et ses 3 petits enfants dont la twingo, véhicule définitivement non-amphibie, a été submergée alors qu’ils se trouvaient sur la route submersible reliant l’île Callot à Carantec. Sains et saufs, ils doivent leur vie à un éducateur sportif qui n’a pas hésité à se jeter dans une eau à 12° pour ramener les enfants sur la terre ferme…
Pendant ce temps, un sénateur PS élu en septembre, André Vallini de son petit nom, a déclaré qu’il ne se passait rien au Sénat, comparant même ce dernier à un bordel des années 30. Proposons donc à ces élus qui s’ennuient de devenir St Bernard des mers pendant les grandes marées. Eu égard aux nombreux incidents dont la presse locale se fait les gorges chaudes durant ces phénomènes maritimes, il est fort à parier qu’ils ne connaîtront plus l’ennui !
Aveu d’ennui dont pourraient se saisir quelques Quimpérois. Quimper, sa cathédrale, sa place au Beurre, son festival de Cornouaille (beau teasing d’ailleurs dans un article consacré au remerciement des bénévoles, le prochain Cornouaille Quimper étant annoncé du 24 au 29 juillet 2012. Fans de biniouseries et de folklore local, à vos Moleskine !) et … ses Indignés de Cornouaille ! Ils viennent de tourner un clip et mènent campagne pour la reconnaissance des votes blancs et nuls aux élections. Par extension, ils pourraient militer en faveur de la suppression du Sénat, pour éviter l’ennui à ses occupants…
Plus au Nord, les Finistériens ont d’autres luttes. Notamment celle qui consiste à se battre pour glaner un des 290 billets supplémentaires, précieux sésame pour assister à l’élection de Miss France 2012 au Parc de Penfeld. Des Brestois n’ayant pas froid aux yeux, atteints par une étrange maladie, la Missmania, les poussant à se retrouver à 3h30 du matin devant la porte de l’Office du Tourisme, seul organisme habilité pour la vente de ces tickets.
Combattre toutes les maladies, même celle mentionnée ci-dessus, telle sera la vocation de ces heureux étudiants en médecine dont le numerus clausus va être revu à la hausse. Le ministre Xavier Bertrand expliquant que, jusque là, le vieillissement de la population n’avait pas été intégré aux prévisions. Étrange, il me semblait pourtant que cet argument de population vieillissante et à prendre en charge avait été le premier avancé pour allonger la durée des cotisations et le temps de travail avant retraite il y a quelques mois…
Par contre, à Quimper, inversement, les audio-prothésistes et le chef du service ORL du Centre Hospitalier de Cornouaille s’inquiètent du rajeunissement de la population malentendante. Avec un témoignage éloquent à la clé : celui de Jacqueline, 75 ans, qui, si elle n’est pas au 3è rang à la messe, n’y comprend rien.
La messe par contre, est presque dite en Egypte où au Caire, place Tahrir, les toutes proches élections législatives vont sceller les dernières violences et l’amertume des rebelles du Printemps. Le La est même donné en fin d’article. On se dit que désormais, tout est régi par des lettres et uniquement des lettres. L’Agence de Notation Standards and Poors ayant décidé d’abaisser la note souveraine de l’Egypte de BB- à B.
Mais revenons en terre finistérienne où l’exotisme fait toujours rêver. Si vous traînez à Concarneau, vous croiserez peut-être votre légionnaire… Il s’appelle Eric Sauvage et un article mi-élogieux mi-pied d’estale d’une journaliste visiblement tombée sous le charme lui est consacré. Ancien para, spécialiste des missions périlleuses, l’homme a la peau burinée et les yeux bleus et il sent bon le sable chaud de Concarneau et le néoprène des combinaisons de plongée en apnée de l’association Concarneau Sports Subaquatiques. Après avoir taquiné les ondes radios au Tchad et ailleurs, il taquine le poisson en baie de Concarneau. Sacrée reconversion pour ce philantrope humaniste…
François 1er a-t-il fait preuve de ce même humanisme lorsqu’il a réalisé en 1518 son Tro Breizh, le dernier réalisé en mode complet par un chef d’Etat français avant celui de l’honni Napoléon III en 1858. Vous ne le saviez pas ? il n’y a qu’Alain Boulaire, mon ancien prof d’histoire en hypokhâgne pour conter de telles anecdotes (une page complète tous les dimanches tout de même, où il se consacre à un détail historique relié au patrimoine breton…). Un article où l’on peut lire la citation suivante, criante ou non de vérité, à vous de juger : “Sa Majesté veut aller visiter son duché de Bretagne, car la chose est de grande importance, mais les Bretons étant ennemis naturels des Français et gens terribles, le roi tremble de peur à chaque fois qu’il en parle”. Toujours est-il que François, premier du nom, se baladera de Nantes à Rennes, en passant par Blain, Savenay, Vannes, Auray, Quimper, Brest, Lesneven, St Pol de Léon, Morlaix, Tréguier, St Brieuc, St Malo et Dol.
L’histoire ne dit pas si le Roi de France fit escale sur les îles bretonnes. Pour certains, les escales se transforment en dernier voyage… Quand une Sénane meurt sur le continent, le retour vers son île natale pour dernière demeure se fait au rythme de la mer… “Les obsèques seront célébrées lundi 28 novembre, à l’arrivée du bateau à l’île de Sein”. La jetée, ce lieu d’ancrage entre mer et terre où l’on attend vivants et morts.
A quelques encablures, une île a retrouvé vie, grâce à l’installation d’un couple d’agriculteurs et sa production fait partie des fiertés gastronomiques bretonnes. Mais attention, en territoire breton, point de gastronomie sans beurre ! Preuve en est, le Salon breton du Livre et du Gourmet de St Brieuc qui propose des ormeaux poêlés au beurre demi sel et une embeurrée des fameuses pommes de terre de Quéménès…
Et pour finir, le dicton du jour : A la Saint Séverin, chauffe tes reins !
Allez, enrichissons encore une fois notre vocabulaire : embeurrée / chérifien
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Un seul regret toutefois lors de mes lectures de A à Z du Télégramme : l’absence des billets et des chroniques de Yves Laprairie que je lisais religieusement avec mes camarades d’hypokhâgne. C’était un grand moment de littérature et nous nous délections des lectures de sa plume…
En tout cas, merci Le Télégramme pour ces grands moments d’information. Je vais continuer à t’éplucher religieusement tous les matins, le temps que durera ma convalescence…