Mercredi prochain, je vais au cirque… avec Alex de la Iglesia et Balada Triste.
Mercredi prochain, je vais au cirque… avec Alex de la Iglesia et Balada Triste.
Non, Ay-rOop, n’arrête surtout pas ton cirque ! continue à nous emmener sur des planètes imaginaires comme hier soir…
Numéro de cirque, c’était hier soir à la salle Guy Ropartz à Rennes. Trois soirs, six compagnies de ce cirque anti-conformiste qui fait du bien aux yeux, aux sens, au moral. J’avais rédigé l’annonce pour Alter1fo et m’étais dit que je ne passerai pas à côté d’une des trois soirées tant la programmation était alléchante…
Un premier numéro étrange, loin, bien loin du cirque conventionnel, et même du nouveau cirque. Mais très prometteur. Nopeussokeus, Speed Blindness, si vous ne maîtrisez pas le finnois, est un numéro de magie et de vidéo de la Cie WHS en provenance directe d’Helsinki, Finlande. Kalle Hakkarainen, est seul en scène, vêtu de son attirail streetwear. Un écran blanc, une chaise, 4 loupiottes blanches et rouges et un joyeux mélo de fils électriques rouges composent le décor. Une bande-son étrange et oppressante.
On est en voiture, et le décor, assemblage et suite de mots, défile sur l’écran vidéo. On est en avion et on plane avec Kalle, à l’horizontal sur une chaise (mais où est donc le trucage… je l’ai repéré, à vous de jouer !). On saute ensuite dans une scène d’eXistenZ, ce film étrange de Cronenberg, où les les joueurs de jeux vidéo sont reliés à un monde virtuel grâce à une console appelée pod, amphibien génétiquement modifié qui se connecte au système nerveux du joueur au travers d’un bioport, un trou percé à la base du dos du joueur. Kalle se retrouve avec un fil électrique entrant dans le nombril et ressortant dans le creux des reins… Homme-machine sur scène, relié à la vidéo, entre mouvements saccadés et ralentis.
Étrange certes, mais voilà un cirque renouvelé et prometteur. Artiste à surveiller de très près ! [en savoir plus ? jetez un œil par là : http://w-h-s.fi/performances/nopeussokeus/ ]
Deuxième numéro, plus classique oserai-je dire…et encore ! Variations pour Piano et polystyrène de la Cie Monstre(s) à Rennes est d’une poésie tout à fait sidérante. Au piano, Madeleine Cazenave et sur scène Etienne Saglio. Un numéro de noir et de blanc vêtu. Au centre de la scène, un cercle de confettis blancs, périmètre de jonglage de l’artiste, et une plaque de polystyrène.

Etienne Saglio est l’homme à la redingote noire et aux yeux maquillés pour souligner l’expression. Il entame un main-à-corps aérien avec ce polystyrène aux sons des touches noires et blanches. Une plaque qui vit, virevolte, vole, et se courbe quand la cinétique entre en jeu. Et lui, grand derviche tourneur en noir, porte, tourne, danse, fait voler polystyrène et confettis. Et quand la plaque se fend en deux, avec habileté et légèreté, il jongle, et la recompose… Beau et magique.
Un troisième numéro qui nous laisse flotter dans cet univers de légèreté poétique. Même configuration mais pour des
émotions autres. Fausses notes et chutes de balles, de la Cie Adrien M, propose à nos yeux et nos oreilles un jongleur, Adrien Mondot, et un accordéoniste, Pablo Popall. L’un joue avec l’autre et l’autre suit l’un, en totale complémentarité.
Ici, ce sont des boules de cristal qui se font poétiques et facétieuses. Le numéro est léger, poétique, doux et énergique, entre danse et corps-à-corps sensuel avec ces balles translucides.
Et quand une balle, éprise de liberté, tombe et roule, c’est avec complicité que l’accordéoniste marque une pause et reprend son souffle pour relancer, avec le jongleur, ce numéro aérien…
Le quatrième numéro nous pousse encore plus dans un univers sensuel et aux bords du déséquilibre. Le Duo Tr’Espace, Roman Müller et Nella von Zerboni de la compagnie éponyme Tr’Espace, offre un numéro virtuose de diabolo. Le diabolo, c’est vu et revu, me direz-vous. Et bien non, pas là. D’abord, tous les deux, ils sont beaux, ils s’aiment et ça se voit dans ce numéro, empreint d’amour et de sensualité. C’est fort et c’est une fusion totale.
Le diabolo est là, au centre, à l’horizontale, à la verticale, sous les pirouettes, changeant de main entre les deux partenaires, jonglant, volant dans les airs. Le numéro est d’une fluidité déconcertante. Et on y trouve aussi constamment une pointe d’humour. Quand le diabolo, épris de liberté, décide de se faire la belle. Et puis, il n’y a pas que le diabolo qui est instrument de jonglerie ou du moins du spectacle. Il y a aussi les baguettes et le fil du diabolo qui se font objets de cirque et avec lesquels les deux artistes jouent ; il y a aussi le corps des diabolistes, qui pirouette, roule au sol, est porté, transporté. Un très joli moment de poésie virtuose, tout en équilibre, mouvement et inertie.
Le dernier numéro est le plus énergique à l’oeil. C’est notre entrée, par la Cie Sacékripa, met en scène trois acrobates facétieux, qui parlent et s’autoportent de façon très acrobatique et humoristique. De façon très détachée, les trois artistes effectuent des portés impressionnants au beau milieu d’un joyeux charivari entre trois personnages ne voulant pas céder leur place sur scène. Ils se poussent, s’emportent, se crient dessus (gentiment), se marchent sur les pieds…mais pour mieux se porter et pirouetter les mains dans les poches !

Et au milieu de tous ces numéros qui s’enchainent pendant 1h40, il y a ce petit ressort, qui occupe l’espace pendant que les techniciens montent et démontent le matériel. Il avance sur scène, ne bouge plus en présence des humains, fait des pirouettes sous les applaudissements du public. Comme un petit ver de terre, devenu le temps d’une soirée un enfant de la balle… C’est tout simple, mais c’est magique. Un vrai numéro de cirque !
Quand j’ai jeté un œil à la programmation du Grand Soufflet, festival d’accordéon en Ille-et-Vilaine, un spectacle a particulièrement attiré mon attention : celui de la compagnie Tecem, “Salidas, une conférence de tango disjonctée…”. Le clown, j’en ai fait quand j’ai passé un an à Fougères et ça reste une expérience marquante et étonnante. Lié au tango, une des rares danses que je n’ai pas eu le loisir d’expérimenter. Autant vous dire que j’ai crié Prem’s quand il a fallu couvrir l’événement pour Alter1fo (ah oui, tiens, il faudra que je vous parle de ça aussi !).
Je n’ai donc pas hésité une seule seconde, même s’il a fallu que je quitte Rennes, passe la rocade pour aller me perdre à La Bouëxière, en rase campagne. Que je trouve la salle polyvalente et que je parvienne à y entrer, faute d’accréditation (un oubli du chargé de presse du Festival) et de réservation donc. Au final, j’ai eu une place dans la salle, prête à dégainer mon appareil photo pour immortaliser l’instant… et le voyage !
« Le plus beau de tous les tangos du monde, C’est celui que j’ai dansé dans vos bras. » Ouverture en chanson et en musique pour cette grande conférence déjantée. Derrière son pupitre, Carlita, la conférencière, mène d’une main de maître la famille Salidas qui l’aide à illustrer l’histoire du tango.

Un rideau de velours rouge pour tout décor et Matias Reynoso au bandonéon.
Le tango serait né dans un bateau, celui qui a mené les émigrants européens en Amérique. Les Espagnols, les Allemands, les Italiens… chaque vague d’immigration donne lieu à un tableau haut en couleurs et en chansons : Musique maestro à la sauce clown ! De Bella Ciao à O Sole mio, en passant par les castagnettes et le rappel historique sur la naissance du Bandonéon en Allemagne. Mais le tango, le vrai, c’est le tango argentin. Le tango des bordels et des lupanars. Le tango de l’amour et de la sensualité. Tableaux empreints de cette nostalgie du déracinement et de cette solitude qui traversaient les hommes ayant émigré en Argentine.

Les clowns descendent même au milieu du public pour une leçon d’abrazo ! surprise puis hilarité du public garanties.
Tableaux gentiment suggestifs et clownesques de la sensualité propre au tango. Les marins, les prostituées, les gangsters se courent après sur toute la scène dans un joyeux charivari musical, caractéristique d’une équipe de clowns sur scène.
Et quand la scène se transforme en milonga, la conférence disjoncte. Évidemment ! Fioriture, le plus grand danseur de tango clownesque qui soit, entre en scène et entame un corps à corps brûlant avec Carlita…qui en perdra sa voix.
Appelée à la rescousse, la famille Salidas poursuit comme elle peut (veut ?) la conférence sur les notes de I’m just a gigolo. Fioriture se lance ensuite dans la description de l’essence même du tango. Car pourquoi danse-t-on encore le tango aujourd’hui ? uniquement pour la rencontre entre un homme et une femme au bord de la piste.
Fioriture révèle ainsi toutes les techniques propres au cabeceo et entraîne ses partenaires sur la piste dans le sens inverse des aiguilles d’une montre avec Besame mucho en fond musical. Mais l’intrusion d’un clown travesti en nuisette perturbe le cours et achève de disjoncter la conférence de cette chère Carlita…

Alors derrière les apparences clownesques, cette conférence relate avec beaucoup de détails l’histoire du tango. Alors si tous les poncifs de la « clownerie » sont bien là – impertinence, bouffonneries, burlesque, comique de répétition, chutes… -, le propos est travaillé et sert sur un grand plateau ce qu’il faut savoir sur le tango. Les quelques pas de tango argentin esquissés sont aussi une invitation à la danse… par des clowns qui au-delà de leur clownerie sont de formidables danseurs ! Il en faut des qualités pour être un clown accompli au fond : ils chantent, dansent, tombent, se relèvent, jouent de la musique, font des mimiques.
Et la ritournelle me restera en tête un certain temps…
« Le plus beau de tous les tangos du monde,
C’est celui que j’ai dansé dans vos bras.
J’ai connu d’autres tangos à la ronde,
Mais mon cœur n’oubliera pas celui-là. »
Diaporama photos pour les curieux.
Ouverture des Tombées de la nuit, Autochtone, création oscillant entre défi physique et symphonie poétique, mérite un billet à elle tout seule…
Monté par le collectif AOC, Appellation d’Origine Circassienne, ce 3è opus surprend par sa noirceur et son humour décalé. Ce chapiteau orange qui a trouvé place sur la très minérale Esplanade Charles de Gaulle contraste avec l’ambiance sombre qui règne dès lors que l’on pénètre à l’intérieur… Un cercle de piste de gris vêtu, une table métallique, un mât chinois, un trapèze, un trampoline. Des corps allongés à même le sol et un maître de cérémonie en costume 3 pièces qui donne le “la” et le top départ en chantant a capella l’hymne américain.
© Alter1nfo – FlickR
Soudain, tout s’accélère, avec violence et absence de délicatesse : ça tournoit, ça frappe, ça jette , ça saute frénétiquement, ça hache, ça coupe, ça claque, ça valse dans les airs, ça tourbillonne… Couleur humoristique avec cette carotte, orange comme le chapiteau et fil conducteur pendant l’heure trente de spectacle. Quelques bulles d’oxygène et de légèreté avec à la corde, le numéro de femme-chrysalide, le duo de trapèze, le numéro de jonglage en plusieurs dimensions…
Alors, prenez votre inspiration et ouvrez grand vos sens : du 05 au 10 juillet (relâche le 08) – Esplanade Charles de Gaulle – 12 euros.
Une vidéo pour vous mettre l’eau à la bouche…
A ne pas louper donc ! Mettre en scène, c’est jusqu’au 21 novembre !
We can be heroes – Tombées de la Nuit 2009 from Morvan Lisenn on Vimeo.
On ne pouvait pas finir cette soirée sans faire un petit tour au Thabor où Radio Barkas animait le Café Baraque. Radio Barkas, une petite camionnette customisée qui ne diffuse que des 45 tours et autres vieux tubes sur vinyls ; un dance-floor des années 50-60 fort bien venu et qui nous a fait swingué jusque tard dans la soirée !
Mémorable soirée aux Tombées de la Nuit : amicale, festive, joyeuse, déjantée !
Ou l’art circassien dans toute sa finesse, son intelligence et son émotion.
Volchok – toupie en russe – est le dernier spectacle de cette compagnie composée de Bonaventure Gacon – l’ogre costaud, porteur à ses heures -, Titoune – petit bout de femme aux cheveux rougeoyants et voltigeuse par moments – et Mads Rosenbeck – jongleur original…Ils sont accompagnés sur la piste par deux musiciens aux instruments et sonorités inconnues…
On est là, assis sous ce chapiteau et comme les enfants, on se laisse porter par l’imaginaire du spectacle…des ballots en toile de jute avec lesquels les artistes jonglent, jouent et sous lesquels ils croulent, parfois… Et puis, Mads jongle, avec ces ballots, avec une assiette en métal, avec un balai-robe qui se tranforme en fantôme dansant et valsant…Bonaventure porte toujours en lui l’aspect bourru du Boudu (autre spectacle où le colosse aux pieds d’argile de Volchcok était un ogre ivrogne et clown noir malheureux) et exécute des portés de toute beauté avec Titoune, voltigeuse-oiseau…
La magie opère : on rit, on tremble (les yeux en l’air lors des séances de trapèze), on applaudit à tout rompre, on poétise, on admire les performances physiques…et on repart, sourire aux lèvres, comme les enfants après une soirée au cirque…
Et on espère qu’ils reviendront très vite à Rennes…