Rennes, un peu de décence s’il te plaît

5 05 2012

Très chère ville de Rennes,

Quelle ne fut pas ma stupeur ce matin en apprenant que dimanche, demain donc, tu comptais installer un grand écran sur la place de l’Hôtel de Ville pour diffuser la soirée électorale. Que tu diffuses au sein de tes salons sur des écrans les résultats des bureaux de vote rennais, passe encore. Que tu diffuses sur ces mêmes écrans les émissions des chaînes de télévision nationales, pourquoi pas.

Mais quel est l’intérêt d’installer un écran géant et d’abreuver la population ? je formule plusieurs hypothèses, sans qu’aucune ne soit satisfaisante à mes yeux…

- tu es fière des résultats obtenus dans ta ville au premier tour et tu espères secrètement que ton candidat favori, F. H. pour ne pas le citer, sera élu. Auquel cas, tu veux pouvoir admirer le triomphe du candidat dont tu soutiens fièrement les couleurs sur un écran 6 mètres par 3. La grandeur et le monumentalisme de l’image rendront-ils plus grande cette victoire à tes yeux ? Et si ton candidat n’était pas élu ? parce que, quand même, sans vouloir briser ton optimisme, rien n’est joué…

- tu as succombé aux sirènes de la vitrine et de l’image, du monumentalisme et du gigantisme. Pour toi, la politique est un spectacle et se doit donc d’être (sur)affichée en place publique, version XXL, histoire que tout le monde en profite, qu’on en prenne plein les yeux (à défaut de prendre des décibels plein les oreilles dans les cafés-concerts dont tu approuves secrètement la fermeture…).

- tu es tellement sûre de la victoire du candidat socialiste que anticipes le résultat. Sans craindre les dérapages sur le pavé avec des opposants éventuellement déçus en cas de défaite du candidat qu’ils soutiennent. Mais je sais que tu es prévoyante et que tu auras pris la peine de convoquer des escadrons de sécurité pour éviter tout débordement. Tu es devenue la reine de la convocation des petits hommes bleus dans l’espace public ces derniers temps… et la reine de le provocation par là-même.

Bref, Rennes, tu me déçois. Et pourtant, je partage d’assez près ta couleur politique. Et pourtant, je vante tes mérites et ta douceur de vivre en Bretagne, en France et en Navarre. Mais là, je ne te comprends pas. Et je n’approuve pas ta décision.

Au-delà de l’aspect purement politique (et de fierté assez déplacée), je n’apprécie pas cette décision car elle renforce cette politique spectacle tout à fait pitoyable à laquelle on assiste depuis quelques temps. Je te pensais plus fine et plus subtile. Mais non, tu reprends tes sabots de jolie bretonne campagnarde et tu fonces, les yeux fermés. En posant la cerise sur le gâteau de ce petit cirque électoral avec un écran géant, comme pour une manifestation sportive, un show culturel…
Et puis ta décision, elle a évidemment un coût financier. Et j’estime très sincèrement que mes impôts locaux doivent servir à des choses plus utiles et intelligentes. Qui paye cet écran géant ? Qui finance ce déballage politique ?

Alors si tu cherches à nous réconcilier avec la politique au sens premier du terme, l’organisation de la cité, organise-toi, mais sans esbroufe. Tente d’impliquer tes administrés de façon plus subtile plutôt que de les coller devant un écran. Un peu comme on donnerait de la confiture à des cochons. Je te trouve un faux-air de Patrick Le Lay d’un seul coup. Et franchement, ça me donne envie de vomir. Et d’aller voir ailleurs, à la première opportunité.

En attendant, j’espère que la météo se retournera contre toi et qu’il pleuvra des cordes, des seaux et des hallebardes dimanche soir…

LeeZen, rennaise en colère.





Voter or not voter

22 04 2012

Cruel dilemme. Qui s’achèvera ce soir à 19h, heure de fermeture des bureaux de vote à Rennes.
C’est la première fois que ça m’arrive. Moi qui est toujours été une fervente militante du “il faut voter, c’est un droit et un devoir”. Là, c’est l’abattement, l’écoeurement, la désillusion…

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Je n’ai pas envie de voter, pas envie de donner ma voix à qui que ce soit, pas envie de faire un effort et me déplacer jusqu’au bureau de vote.
Alors, oui, je peux aller voter blanc (mais quel intérêt au fond ?). Et oui, c’est mal de ne pas voter car il y a des gens qui se sont battus et sont morts pour ce droit. Et puis on vote pour un candidat qui propose une vision de société ou un projet de société (mouais mais les visions, ça reste flou au fond, non ? Et les projets, c’est toujours très beau sur le papier… La mise en pratique dégénère souvent). J’entends bien tous vos arguments… Mais ils ne suffisent pas à combattre mon apathie, doublée d’une belle sinusite.
Leurs clowneries m’ont blasée. Je refuse de donner un blanc-seing à un candidat qui fera ensuite probablement n’importe quoi. Je n’ai plus confiance. Je les trouve pathétiques et sans épaisseur. Je les trouve dangereux et manipulateurs. Bref, la politique a tué mon envie de voter…
Et je vais plutôt m’attaquer à ma sinusite. Garçon, une inhalation, s’il vous plaît. En espérant retrouver des idées claires et un peu d’envie avant 19h.





Des moutons contre des oiseaux…

19 12 2011

Une seule image suffit parfois pour m’étrangler avec mon muesli le matin au petit déj. Et accessoirement me mettre de mauvais humeur à peine sortie de la couette.

Je dis donc merci au Télégramme aujourd’hui pour cette somptueuse photo. Oui, mes congénères sont des moutons décérébrés… Et, oui, ce bateau échoué au milieu d’un banc de sable sur une plage à Erdeven, c’est mal. Et oui, c’est insolite.

Mais cela justifie-t-il le fait que des centaines de péquins aient fait le déplacement de toute la Bretagne pour venir piétiner les dunes d’Erdeven – classés Natura 2000 mais ce n’est qu’un détail… – ce week-end ? Ces mêmes blaireaux qui ont grillé de l’essence mais ne donneront pas un centime à la LPO pour sauver quelques oiseaux mazoutés et  mettront encore moins les mains dans le cambouis pour aider à nettoyer (je me souviens avec amertume de l’Erika et de ces centaines de badauds le long du sentier côtier qui nous regardaient gentiment quand nous tentions vainement de gratter le mazout des rochers en 1999)…

Ce genre de comportement me donne envie de vomir. Et me file accessoirement de graves envies de meurtres… Ce sera tout pour aujourd’hui. Merci.





Vous reprendrez bien un peu de relents pétainistes ?

29 05 2011

Je suis une mauvaise fille. Je ne fêterai pas la Fête des Mères à ma Môman chérie adorée ce dimanche. Comme tous les derniers dimanches de Mai depuis plusieurs années.

Au-delà de l’aspect purement commercial (et vomitif) de cette fête, c’est aussi l’historique de cette journée qui me donne la nausée.

Wikipédia nous dit : “À cette occasion, les enfants offrent des cadeaux à leur mère, des gâteaux ou des objets qu’ils ont confectionnés à l’école. Cette fête est marquée également par les adultes de tous âges pour honorer leur mère.” Va pour le collier de pâtes, et encore, vu le prix des matières premières, offrir un collier de pâtes me pose sérieusement des questions eu égard à la faim dans le monde…

Par contre, la symbolique religieuse planquée derrière me file des frissons. Ce fameux cinquième commandement, Tu honoreras ton père et ta mère,  me rend complètement hermétique. Mais en France, pays laïc, où l’Eglise serait séparée de l’Etat, qu’avons-nous fait de cette fête religieuse grecque consacrée à Rhéa, mère de Zeus ? Et bien, toujours selon Wikipédia, “en 1941, le régime de Vichy inscrit la fête des Mères au calendrier, dans le cadre de la politique nataliste”. Ah, la bonne affaire ! On reste encore dans notre carcan judéo-chrétien et l’ordre de Dieu à Noé Croissez et multipliez, et remplissez la terre (Genèse 9,1) n’est pas loin…

Bon, allez, trève de plaisanterie, vous voulez vraiment souhaiter une bonne fête à votre maman ? remontez aux sources et récitez-lui ce joli poème pétainiste

Ta maman a tout fait pour toi, le Maréchal te demande de l’en remercier gentiment.
Invente la surprise la plus belle que tu pourras, celle qui lui fera le plus grand plaisir.
Offre-lui des fleurs que tu auras cueillies…
ou un cadeau que tu auras fabriqué exprès pour elle…
Fais-lui un dessin aussi beau que tu pourras…
Fais un effort en classe pour rapporter de bonnes notes…
Ne te dispute pas avec tes frères et sœurs…
Va faire les commissions sans qu’elle te le demande…
Aide au ménage en souriant…
Apprends une jolie récitation…

Alleluja, Travail-Famille-Patrie, nous voilà.

Moi ma mère me l’interdit. Et je l’en remercie. Et si vous en faisiez autant ?





Seule ou accompagnée ?

14 03 2011

La journée de la femme, c’était quand déjà ? ah oui, il y a une semaine. Et elle est censée, d’après Wikipédia, être “l’occasion de revendiquer l’égalité, de faire un bilan sur la situation des femmes dans la société”. De fait, on y a causé un peu partout émancipation, on y rappelé les dates importantes de la libération de la condition de la femme, du joug de l’être masculin. Oui, oui, on a parlé de tout ça…

Et malgré tout, les “mauvaises habitudes” restent ancrées dans notre société. Preuve en est à suivre :  je suis la victime collatérale d’une vision réactionnaire de la société.
Je souhaite me rendre à une rencontre organisée à la Cantine Numérique Rennaise sur les médias et le participatif le 23 mars prochain. Après renseignements, l’inscription auprès de la représentante de l’AFP  est vivement conseillée.

J’envoie donc un mail à cette personne, lui disant simplement ceci :

Bonjour,
Je souhaiterais participer à la rencontre “Tous journalistes? Les médias face au défi du participatif”.
Merci

Et voici texto ce qu’elle me répond :

Bonjour
C’est bien noté.
Viendrez-vous accompagnée ?
Merci d’avance pour votre réponse.
Cordialement,

J’ai cru que c’était une blague. Mais j’ai failli m’étrangler. De quoi je me mêle ? mon mail n’était-il pas clair ? ou dois-je demander un mot de billet à un élément masculin pour pouvoir assister à une rencontre ? Non mais franchement, c’est quoi ce délire ?

Pas pu m’empêcher de répondre une bêtise, évidemment :

Seule, avec mon Moleskine.

Bon, OK, je cherche la petite bête. M’enfin quand même, vous en conviendrez, la formulation choisie est maladroite et peut prêter à confusion… Haut les cœurs, amies suffragettes !






Valentine conditionnelle

14 02 2011

Ce lundi 14 février, j’aurai pu bénéficier (avec l’appui du vocabulaire approprié : amour de petits prix, vous allez aimer nos offres, autant de cordes à votre arc de Cupidon, l’amour vit plus mode, flirtez avec la déco, pour un toast à l’amour…) :

Ile-Tudy - août 2008- d’offres privilégiées de la SNCF pour une WE escapade (sauf qu’on sera lundi…et que le WE sera fini !)

- de tarifs préférentiels pour un WE en gîte dans un coin idyllique (si tant est qu’il existe plus idyllique le Finistère…) et romantique (merci Eclats de Bretagne)

- de tarifs pour un kit massage-hammam-spa en duo (merci Mirabelle)

- d’ambiances chandelles et gastronomie pour un repas forcément auréolé de nimbes sentimentales (merci CityVox)

- de rabais sur les robes coutures pour être la plus belle ou d’une boutique spécial objets personnalisés en duo (merci les 3 Suisses)

- de soldes exceptionnelles sur préservatifs, ampoules Force G, lubrifiants à tout va (merci la parapharmacie en ligne !)

- de ristournes sur des moules en forme de cœur, des flûtes, une parure de lit… pour faire de mon intérieur le lieu de toutes les déclarations, de la couette à la table ( merci les Galeries Lafayette)

- de soldes sur des collections de vêtements avec frais de port offerts (merci Hola Shop, merci Somewhere)

- d’un nouveau look shampooing, soin, coupe, brushing (merci Groupon city deal)

- de rabais sur des produits de beauté spécialement pour ce jour là (merci Mobiliville)

- de téléchargement gratuit de fonds d’écran HD spécial coeurs bisounours pour un Ipad qui m’aurait été offert par l’élu de mon coeur (merci MaxiApple)

- d’un pendentif Cœur en cristal monté sur un cordon en coton ciré de la marque Swarovski en répondant à un questionnaire Facebook (merci les Galeries Lafayette)

J’aurai pu aussi déposer une photo kitchissime sur Rennes.maville.com pour tenter de gagner le concours Saint-Valentin 2011…

J’aurai aussi pu me rendre à la Cantine Numérique Rennaise pour échanger  sur la rencontre à l’heure du numérique avec le sociologue Antonio A. Cassili (sans doute la proposition la moins neuneu du lot)…

Au lieu de ça, je vais rester chez moi en tête à tête avec Arte Live Web. Parce que ce soir là, à 21h, Arte Live Web rediffusera le concert de PJ Harvey à la Maroquinerie !!!!!!! Et que ce concert, ça vaut toutes les valentineries du monde…





Assemblée de bovins…

29 01 2011

Pas plus tard qu’il y a quelques minutes dans le JT de France 2 : des Français en carafe à Orly, râlant parce qu’ils ne peuvent pas partir en Egypte. Ils ont posé une semaine de vacances, ont engagé des frais et ne peuvent pas s’y rendre…
C’est pas comme si, là-bas en Egypte, des hommes et des femmes se battaient pour leur liberté… Franchement, ils auraient pu penser aux vacanciers occidentaux !
Mes compatriotes sont des boeufs. Mes compatriotes me désespèrent et me font honte. Je cours me cacher…





Attention, vos lectures en disent long sur vous !

9 01 2011

L’actualité est particulièrement sanglante ce WE. Cette fusillade en Arizona occupe l’espace médiatique depuis hier et il est impossible d’échapper au flot d’informations en tout genre.

Cet article paru sur Slate.fr, Le Point sur la fusillade mortelle en Arizona, a toutefois attiré mon attention. Au beau milieu de l’article, un paragraphe est consacré au tireur. En voici la copie d’écran.


Je n’ose imaginer quel serait mon profil pour le FBI s’il tombait sur mon blog. Du polar trash et sanglant, des meurtres par centaines…
Peut-on considérer qu’un être humain puisse être réduit à ses lectures ? Il y a certes un déterminisme dans le choix des ouvrages qui seront compagnons de route sur nos tables de chevets ou au fond de nos sacs à main pour réduire l’ennui des transports. Mais cette liberté de lecture peut-elle donner suffisamment de pistes sur quelqu’un pour être ainsi relayée à titre d’information dans un journal ?

Malheureusement, aux Etats-Unis, cette pratique ne se limite pas qu’au journalisme. Elle va même plus loin… Le Patriot Act, voté suite aux attentats du 11 septembre 2001, autorise le FBI et les agences gouvernementales à se rendre dans une librairie ou une bibliothèque pour demander quels livres ont été empruntés ou achetés.

En tant que documentaliste, il ne m’a jamais effleuré l’esprit que les emprunts de livres pouvaient me permettre de déterminer le bien et le mal chez quelqu’un. On apprend, surtout en collège, à respecter les choix des élèves ; on peut les conseiller, certes, mais jamais les empêcher de lire ce qu’ils ont choisi. Encore moins les empêcher de lire, quelque soit le contenu de lecture. Qu’on le considère bon ou non.

4 livres
4 livres © Wa So on Flickr

Et même si je prends toujours plaisir à jeter un œil dans la bibliothèque des gens chez qui je me rends pour la première fois, c’est surtout pour espérer y découvrir quelque chose de surprenant, de nouveau… Mais jamais pour juger ou chercher la petite bête.

Tout ceci me fait froid dans le dos…





Porno chic de mes deux…

17 09 2010

Là, STOP, ras la casquette ! Marre de ce matraquage publicitaire aux relents sexistes et machistes à souhait. Je deviens chienne de garde le temps d’un billet !

La raison de mon courroux ? cette publicité de Canal+ pour la série Maison Close aperçue ce matin dans Rennes alors que je déambulais tranquillement en vélo…

Comment peut-on afficher en 3m x 4m un tel slogan à notre époque ? à l’heure où le viol devient une arme de guerre en Afrique (cf article du Monde “Le viol au delà de la guerre”, paru dans l’édition du samedi 11 septembre), comment peut-on ainsi mettre en exergue le désir des hommes (“rêvent d’y entrer”) et le combat de ces femmes-esclaves (“se battent pour en sortir”) ? ça me laisse sans voix.

Ce qui me sidère encore plus, c’est l’engouement créé par le site internet de la série (et sa page FB) auprès des médias et de la blogosphère… Une réussite lit-on partout ! ben voyons… Sous couvert de costumes d’époque et d’approche historique, on vous vend du porno chic et une image de la femme bien rétrograde pour notre époque.

Que certains soient fascinés par les mœurs de l’époque et les badineries d’antan, je peux comprendre, mais qu’ils se contentent de lire “La vie quotidienne dans les maisons closes 1830-1930” de Laure Adler ou “Les liaisons dangereuses” de Choderlos de Laclos pour assouvir leurs fantasmes et qu’on me foute la paix quand je déambule en vélo ! Ne serait-ce que par solidarité avec ces femmes d’aujourd’hui, prostituées de force à travers le monde…





Après-midi à la plage ou sociologie effrayante…

27 06 2010
Amusant comme la plage est un concentré de phénomènes plus fascinants les uns que les autres. Aller à la plage, c’est accepter la proximité de ses congénères, de toute taille, sexe, origine sociale, ou situation familiale… C’est finalement le lieu où l’on est pleinement confronté à des gens issus de tous les milieux et classes sociales et ce dans le (presque) plus simple appareil. La plage, c’est aussi un espace de liberté et d’expression au fond.

Derrière mes lunettes noires, je passe une grande partie de mon temps à épier mes congénères, les observer et m’étonner de leurs comportements :

- Il y a ceux qui déménagent la moitié de leur maison pour venir : parasols pour chaque membre de la famille, serviettes en multiples exemplaires (celle où l’on s’allonge, celle pour s’essuyer à la sortie du bain, celle qui enveloppe pour se promener nonchalamment au bord de l’eau, celle – resserrée par un élastique – pour se changer pudiquement…), maillots de rechange pour chaque bain, transats, sièges en plastique, glacières…
- Il y a les parents ultra-protecteurs qui courent après leur progéniture pour les crémer, les chapeauter, les baigner sous haute surveillance (limite la Royal Navy est conviée à patrouiller dans le secteur !).

- Il y a la bronzée de service qui s’enduit d’huile pour entretenir au mieux son cancer de la peau et traquer sans merci le moindre centimètre carré de chair qui ne dorerait pas assez vite…

- Il y a les enfants tremblants aux lèvres bleues au bord de l’eau qui expliquent à leurs parents que “Non, ils n’ont pas froid et veulent encore rester dans l’eau”.

- Il y a les filles qui lisent et répondent haut et fort aux tests psycho-sexe de Biba et autres magazines féminins ; le tout en gloussant bêtement et en partageant ce moment d’intelligence débordante avec la moitié de la plage tant le niveau sonore est proche de celui qui règne dans un poulailler industriel.

- Il y a le sportif de service, dragueur sur les bords, qui joue aux raquettes, au ballon, au freesbee, fait du surf, des longueurs de papillon, de la planche à voile… en veillant à ce que les midinettes du coin le regarde…

- Il y a le geek, un peu perdu, qui parcourt la moitié de la plage avec son I-phone en quête de 3G pour pouvoir twitter…

- Il y a celles qui s’épilent le maillot sans vergogne, la lumière étant plus propice au matraquage des poils récalcitrants à toutes les épilations mentionnées dans le Biba cité ci-dessus…

- Il y a les pères qui construisent des châteaux de sable ou des barrages titanesques sous les yeux ébahis de leurs enfants qui souhaiteraient juste récupérer leurs pelles, râteaux et seaux…

- Il y a les lutins en peignoirs multicolores, qui sèchent à l’abri des rayons du soleil…

Lutins plagistes


Et puis, il y a les parents que l’on voudrait noyer, comme ce père et cette grand-mère qui ont empoisonné deux heures de notre après-midi.

A peine installée, la grand-mère que nous nommerons Cruella (pas seulement parce qu’elle portait un seyant maillot léopard !), explique à son fils, père de deux des trois enfants présents, qu’elle n’aime pas venir à la plage avec les enfants car ils mettent du sable partout et notamment sur sa serviette. Ce qui n’est pas entièrement faux mais peut être évité si on laisse un terrain de jeu suffisamment grand aux enfants concernés. Ces derniers n’avaient pas le droit d’aller trop loin, pas le droit d’aller dans l’eau, pas le droit de s’approcher des serviettes des gens, pas le droit de s’éloigner… Quand la plage, espace de liberté pour les enfants, devient une prison de sable.
Le père, que nous nommerons Gargamel, a passé deux heures à hurler sur les trois enfants de façon complètement antinomique : “va plus loin ! “, “ne jette pas de sable !”, “viens ici !”, “va jouer au ballon !”, “ne joue pas dans le sable mouillé !”, “ne t’assois pas dans le sable !”, “arrête de mettre du sable dans ta bouche !”…
Plusieurs fois, les enfants se sont entendus menacés de ne pas revenir à la plage le lendemain s’ils continuaient à être plein de sable… Quand la plage, espace de liberté pour les enfants devient une prison pour eux et une source de stress exagéré pour les parents (et source de soupirs pour les voisins que nous étions devant tant d’incohérences éducatives).

Ces trois gamins, plutôt sages au demeurant, ont donc passé deux heures dans un espace sableux confiné à un petit cercle entourant les serviettes de Cruella et Gargamel, sans pouvoir mettre un seul pied dans l’eau, sans doute par pure flemme du géniteur et de la grande-génitrice. Spéciale dédicace donc à Jeanne, Théo et Yann (deux heures de prénoms hurlés les oreilles, ça force la mémoire) dont les faits et gestes ont été à chaque fois source de mots (maux ?) parentaux et grands-parentaux…

Conseils à Cruella et Gargamel : demander le bétonnage de la plage, ça vous évitera de vous époumoner pendant deux heures ! et puis faites adopter ces trois enfants, vous pourrez venir à la plage tranquillement…
Conseils à Jeanne, Théo et Yann : changez de famille !

Finalement, l’observation de mes congénères me fait peur…

La Guimorais







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