Quand les têtes couronnées finissent guillotinées

26 03 2012

Et hop, un samedi soir enfermée dans les salles obscure rennaises alors que la météo était plus encline à siroter des boissons houblonnées en terrasse. Un jour, j’apprendrai à faire comme tout le monde…

 Les Adieux à la reine de Benoît Jacquot n’est pas un film sur Marie-Antoinette, enfin un petit peu mais accessoirement seulement. Le film est plutôt centré sur Sidonie aborde, lectrice de la Reine. Jeune domestique pourchassée par les moustiques, dont le seul motif de survie est son incroyable fascination pour la dilapideuse du Royaume. Fascination amoureuse, probablement. N’oublions pas que Jacquot, pour ce film,  s’est inspiré du roman de Chantal Thomas (prix Femina 2002) et que les dessous de l’Histoire vus par Mme Thomas sont aussi érotiques qu’une baleine de soutien-gorge auréolée de soie et de dentelle.

Heureusement, la tourmente est là. Drame à Versailles à l’annonce des têtes décapitées parisiennes. Un vent de panique souffle sur les taffetas des crinolines et sur les plumes du chapeau royal !
Heureusement, les bas-fonds des cuisines du château nous rappellent que là aussi, la brioche n’a pas lieu d’être.
Heureusement, les couloirs de Versailles sont sombres, les chambres de bonnes infestées de moustiques, les canaux envahis de rats crevés et les contre-allées boueuses et engorgées de déchets. Si l’Enfer est pavé de bonnes intentions, Versailles est pavé pour certains seulement de dorures et de luxure.

Un bon moment malgré une vision de l’Histoire sûrement décalée (je ne suis pas historienne mais mon petit doigt me dit que.) De très beaux portraits de femmes dans la tourmente de l’histoire et en seulement quelques jours. De très beaux visuels de face et de dos, comme si, à cette époque l’on n’existait qu’en deux dimensions.

Reste que pour l’Histoire, la vraie, il faudra replonger dans ses livres. Et éviter l’overdose de cupcakes coppolienne…





Hoover, ce cinglé du classement

15 01 2012

A défaut de trouver des concerts dignes de ce nom en ce moment à Rennes, je traîne dans les salles obscures. Et hop, direction le dernier Eastwood et son biopic Edgar J. consacré à la vie du premier directeur du FBI.

Avis mitigé à la sortie des 2h que dure ce film. Autant la personnalité complètement névrosée de cet homme et sa vie entièrement consacrée à son travail sont plutôt bien décrites et mises en avant. Autant les allers-retours réguliers entre différentes étapes de sa vie sont assez pénibles à suivre et nous font perdre le fil du film. Autre défaut assez étonnant : la qualité des maquillages vieillissant les personnages est tout à fait désastreuse…

Il est quand même assez déroutant de se rendre compte que cet homme, qui fut quand même à la tête du FBI pendant 48 ans, était au fond complètement illuminé : entièrement sous le joug de sa mère, obsédé par l’invasion bolchévique, incapable de faire confiance à autrui en dehors de sa secrétaire dévouée et fidèle et son bras droit (et amant ?) Clyde Tolson. Hoover, un homme présenté dans le film comme odieux, assez intolérant et un peu dictatorial.

Un homme vraisemblablement psycho-rigide, bibliothécaire de formation (eh eh, et là, je me moque gentiment de ma corporation). Fort de son expérience comme vacataire à la Bibliothèque du Congrès, il crée un fichier massif avec informations diverses et variées sur les personnes qu’il considère comme dangereuses pour la nation. Big Brother was watching you.

good ol days“good od day” by emdot on Flickr

Au final, ce n’est pas un opus de Clint Eastwood qui laissera une trace indélébile sur mes rétines. Mais ce film a le mérite en 2h de temps de vous replonger dans une partie du programme d’histoire de Terminale que vous aviez oubliée… A vous de voir.





La trompette, c’est chouette !

12 12 2011

Les films d’animation, c’est mon dada. C’est comme les BD, une bulle éphémère, un peu hors du temps qui nous plonge temporairement dans un autre univers. Les films d’animations, c’est souvent drôle, touchant et rudement bien fait. Je pourrais en regarder pendant des heures…

Celui-ci, je l’ai repéré chez Fubiz. Une histoire de barbier raciste, qui devient musicien tolérant grâce à une trompette magique…

Swing of Change from Swing of Change on Vimeo.

En regardant ce film, j’ai pensé à une autre trompette. Celle d’Ibrahim Maalouf et ce morceau, que j’apprécie tout particulièrement. Parce que la trompette y est cuivrée à souhait, avec consonances orientales. Et que le trompettiste est plutôt joli garçon…





Polisse : digestion difficile

23 10 2011

Vous voulez vous pourrir un samedi soir ? allez donc au ciné voir Polisse, le film dont tout le monde parle en ce moment et que tout le monde va voir (si j’en crois la queue devant l’Arvor samedi à 20h).

Un film trash, coup de poing sans ménagement. La salle de ciné se transforme en ring, et pendant 2h14, les coups pleuvent, sur vous, sur nous, public, et sur les protagonistes de ce film, les enfants dont s’occupe la BPM, Brigade de Protection des Mineurs. Un film dont on sort secoué, perturbé, malmené et en tout cas effrayé. Effrayé par ce quotidien abject où les enfants subissent les pires violences. Effrayé par ces adultes sans vergogne, violant, frappant, maltraitant, abandonnant leurs enfants, j’en passe et des meilleures.

Les scènes et les cas se suivent et ne se ressemblent pas. Mais tous font preuve d’une violence inouïe. Ces enfants Roms, exploités certes par leurs parents mais que l’on arrache à leurs familles ; ces fillettes victimes des tendances pédophiles de père ou grand-père ; ce petit garçon “abandonné” par sa mère SDF ce qui lui assurera au moins une nuit au chaud en foyer ; ces adolescentes qui usent et abusent du sexe pour des histoires de portables ; ce nouveau-né enlevé par sa mère toxico et finalement jeté à terre malencontreusement lors d’une brouille…

Se superposent à ces horreurs la vie de cette Brigade, les vies – en pointillé – de ces policiers. Du pathos (ces hommes et ces femmes, exposés aux pires exactions, ont-ils vraiment tous des vies amochées ? sont-ils tous aussi hystériques ? ), des scènes improbables (la photographe autorisée à tirer en séance d’exercice). Tension constante générée par une caméra rapide, mouvante qui nous secoue dans tous les sens ; par cette ambiance électrique qui règne entre policiers et coupables, entre policiers et hiérarchie, voire entre policiers eux-mêmes ; par un affect à fleur de peau. Le tout incarné à 200% par un casting  assez impressionnant : Karin Viard, Marina Foïs, Nicolas Duvauchelle, Frédéric Pierrot et Joey Starr, figure improbable dans un rôle de flic, qu’il tient finalement à merveille.

Le film n’est pas parfait, certes, mais il laisse un goût amer dans la bouche. Et un malaise, durablement traduit par le générique de L’île aux enfants qu’on ne pourra plus chantonner sans penser aux gamins maltraités de ce film… Âmes sensibles, s’abstenir donc. Et moi de mon côté, je vais faire une pause de polars pendant un moment. Je sature là…





Vaches et stars à la fois

12 10 2011

On peut être vache et star d’un documentaire surréaliste ! Ou simplement en bête curieuse en compagnie d’un sac plastique qui virevolte dans le teaser ci-dessous !

Bovines from bathysphere productions on Vimeo.

Bovines, signé Emmanuel Gras.

Malheureusement, il n’a pas encore été programmé dans les salles obscures rennaises, à mon grand désespoir…





Quand Almodovar flirte (mal) avec Thierry Jonquet

10 10 2011

Un peu de retard pour ce post Salles obscures… Il y a donc quelques semaines, je suis allée m’enfermer à l’Arvor pour voir le dernier Almodovar, La Piel que habito.

On y retrouve tous les poncifs almodovariens : les gros plans, une sensualité / sexualité exagérée, la couleur rouge, la déconstruction temporelle, les plans qui mettent mal à l’aise, les personnages décalés et dépravés, les relations de pouvoir et de domination… Rien à redire. On aime ou on n’aime pas. Tout est histoire de goût et de sensibilité.

Le problème, c’est que ce film est une adaptation libre de Mygale, un polar de Thierry Jonquet, auteur que j’apprécie tout particulièrement. J’ai lu ce polar en 2004 et il a laissé une empreinte indélébile dans mes lectures. J’ai commencé à lire tout Jonquet juste après. Et pourtant, j’avais trouvé cette histoire particulièrement glauque et sombre…


Un roman venimeux, construit en trois chapitres : l’araignée, le venin et la proie. Trois histoires narrées les unes après les autres et qui se rejoindront pour n’en faire plus qu’une après avoir trainé le lecteur dans des méandres cauchemardesques.
- Première histoire :  Richard Lafargue, chirurgien esthétique, vit avec une belle jeune femme, Eve. Cette dernière semble être retenue prisonnière dans la belle demeure du notable. De temps en temps, pour assouvir ses fantasmes, il prostitue Eve et se délecte du spectacle.
- Deuxième histoire (imprimée en italique) : un jeune homme, Vincent, dont on découvrira le nom plus tard est enlevé et séquestré par un homme qu’il surnomme “Mygale”. Cette histoire se passe antérieurement à la première.
- Troisième histoire : Alex Barny, un malfrat en fuite, se cache. Blessé, condamné à se cacher, il va lui falloir trouver un moyen de quitter le pays en passant inaperçu…
Au fur et à mesure du roman, Thierry Jonquet révèle les liens tissés, telle une araignée, entre les personnages… et le tour est joué.

Alors forcément, les points de vue différents et l’écriture percutante disparaissent chez Almodovar. Le côté sombre et pervers, très présent chez Jonquet, n’est qu’effleuré dans la Piel que habito. Un film à voir et peut-être à apprécier en définitive si vous n’avez pas lu l’œuvre originale…





Quand les cowboys chevauchent des ovnis…

18 09 2011

Parce qu’il n’y a pas que les chevaux et les vaches dans la vie. Parce qu’on peut aussi changer d’ennemi et aller voir si l’alien est plus combattif que le cheyenne. Parce que Cowboys & Envahisseurs de Jon Favreau propose tout ça à la fois.

Allez, l’Arizona c’est sympa. On y trouve de tout :

- des voyous (Daniel Craig : son torse nu légendaire, son postérieur digne de faire pâlir toutes les squaws Peaux-Rouges de la Terre… Si, si, je vous ai vu lorgner comme moi sur l’affiche ci-dessus ! ) qui se rachètent une conscience ou presque ;

- des enfants qui vont toujours traîner là où il ne faut pas et manquent par deux fois de se faire dévorer tout crus ;

- des méchants (Harrison Ford en propriétaire terrien affreusement vil) qui pourraient presque devenir gentils ;

- des girls (Olivia Wilde notamment) à la plastique irréprochable qui tel des phœnix renaissent de leurs cendres ;

- un chien, sûrement élevé avec Royal Canin, qui passe son temps à courir dans les prairies…

Et puis, un beau jour, des petits hommes verts, à bords d’ovnis à ailes rétractables, débarquent. Et ils enlèvent une bonne partie des habitants d’Absolution, avec beaucoup moins de tact et de gentillesse que leurs confrères s’étant occupé de Germaine…

Mais au final, ces grosses bêtes gluantes – qui m’ont fait sursauter au moins 3 fois – sont venues ennuyer nos cow-boys pour quelque chose d’aussi doré que les Lustucru de notre bonne mamie franchouillarde…

Alors, non, ce n’est pas du grand western ; non, ce n’est pas non plus un film de science-fiction bouleversant. Mais cela reste divertissant et on retrouve beaucoup de poncifs de l’une et l’autre des thématiques. Et au final, le mélange des deux m’a bien fait marrer. Je me suis même surprise à imaginer un remake de La petite Maison dans la Prairie, version SF. Avec des aliens qui viendraient jouer au coiffeur et couper les nattes de toutes les girls de Walnut Grove (et accessoirement voler les chemises à carreaux de Charles Ingalls)… Tentant, non ?!

Et si vous voulez lire une chronique un peu plus sérieuse que la mienne, allez donc faire un tour chez ma Mizzenmast Team préférée. Ce sont eux qui m’ont donné envie de voir ce film…





Crise de foi(e) à l’italienne

15 09 2011

Profiter d’une virée à Nantes pour enfin mettre les pieds dans la cathédrale, voilà qui est fait. Et dans le même genre, je suis allée m’enfermer au cinéma pour voir le dernier film de Nanni Moretti : Habemus Papam. Et malgré ma laïcité convaincue, je ne saurais que trop vous recommander d’aller voir ce petit bijou de cinéma italien.

Étonnant comme ce film est drôle alors que la situation est dramatique (enfin aux yeux des chrétiens surtout). Un conclave qui s’éternise, un pape qui refuse de se présenter au balcon et refuse d’assumer le titre qu’on lui a décerné. Et quand Nanni Moretti joue le rôle d’un psychanalyste appelé à la rescousse, on ne peut que s’esclaffer gaiement. La scène du tri des médicaments est subtilement drôle. Le tournoi de volley-ball organisé dans l’enceinte du Vatican est finement cocasse, même si parfaitement improbable… Quant au conclave en lui-même, les réactions des cardinaux sont tout simplement hilarantes.

Michel Piccoli est surprenant dans ce rôle de Pape qui perd la foi. Il parle un italien parfait (d’ailleurs, interdiction de voir ce film autrement qu’en VO !). Et je me suis surprise à éprouver beaucoup de compassion pour ce pape, hésitant, respirant avec difficulté et se déplaçant à grand-peine. Tel Tantale, le poids du monde lui tombe sur les épaules…

Au final, pas grand-chose à voir avec la religion. On assiste surtout à la vie d’un homme en proie aux doutes, à une angoisse existentielle, urbi et orbi, face à la fonction qui lui est attribuée. Mais se pose aussi la question du rôle que nous jouons face aux responsabilités, à notre vie elle-même, comme dans un grand théâtre. Et si au fond, tout ça n’était que du cinéma ? si tout ça n’était qu’une histoire de fumées, noire ou blanche, peu importe… Contentons-nous de jouer au fond.





Trois : s’enfermer au frais

6 07 2011

Par ces temps caniculaires, il fait bon finalement  s’enfermer dans les salles obscures. La Fête du cinéma battant son plein, cela tombe plutôt bien.

Premier film dimanche soir dans la petite salle associative de mon lieu de villégiature familial. Une Séparation, de l’iranien Asghar Farhadi, est un film coup de poing. A déconseiller aux claustrophobes, ce film iranien nous confinant scène après scène, en voiture, dans un appartement, dans le bureau du juge, dans un bus, dans une salle d’école. Les seules échappées à l’extérieur se font dans la rue, mais pourvue de son flot continuel de voitures, et sur un balcon étroit et exigu où sèche le linge. Pas d’espace, pas de liberté. Ce film est étouffant et angoissant, au delà du scénario et de la situation inextricable des personnages. La parole est omniprésente : dialogue de sourds, conflits, insultes, argumentaires entre mensonges, défense et manipulation. Chaque personnage est coupable d’avoir parlé ou non, dit ou non ce qu’il aurait fallu dire à un moment donné avant de tomber dans l’engrenage. Seul le grand-père, alzheimerisant et devenu muet (ou presque) fait figure d’extra-terrestre.

Retour à Rennes et poursuite de ma virée dans les salles obscures, vides, affreusement vides au grand désespoir de mon ami Patosz…

  

Le dernier film de Alex de la Iglesia, Balada Triste de Trompeta, est noir, décalé, violent, drôle et sanglant. A l’image du Cirque avec un grand C  dans ce qu’il peut avoir de plus effrayant. Entre Franco et la guerre civile espagnole, on suit le parcours d’un clown triste, fils de clown, qui tombe éperdument amoureux d’une voltigeuse. Mais cette dernière vit une relation tumultueuse avec l’auguste, violent, fou et brutal. Les deux clowns vont s’affronter sans limite pour l’amour de la belle. Et cela finira mal, évidemment. Dans un bain de sang. Certains passages sont étonnants : les personnages, très singuliers, peuvent être grotesques, puis devenir pleins d’humanité ou de tendresse. Le film est furieusement décalé et bourré d’humour noir et de cicatrices. Moins réussi qu’un freaks assurément et les allusions historiques sont tirées par les cheveux mais j’ai beaucoup aimé le traitement photographique et ce côté très décalé assumé. Et puis, il y a cette chanson lancinante, Balada de la Trompeta, chantée par Raphael, chanteur espagnol née en 1943… dont je ne me lasse pas.

Changement d’ambiance avec Belleville Tokyo d’Elise Girard. Le synopsis est somme toute assez simpliste : Un couple se dirige vers un train en partance pour Venise. Sur le quai, Julien annonce à Marie, qu’il part en rejoindre une autre, et s’en va la laissant seule, enceinte. Bouleversée, Marie se refuse d’emblée à être victime de cette situation.
Bon, je n’ai pas du tout accroché au scénario, le trouvant d’une platitude absolue. Je me suis ennuyée, j’ai trouvé qu’il y avait des longueurs absolues et que ce film n’apportait rien. Julien mérite des claques et Marie aussi. Seuls les dialogues truculents et bourrés de références cinéphiles  entre les deux patrons du ciné-club où travaille Marie sont intéressants. Bref, à éviter si vous ne voulez pas vous ennuyer.

Dernier voyage cinématographique avec la Balade sauvage de Terrence Malick. Un classique incontournable m’avait dit Patosz. Et il n’avait pas tort ! Même si j’ai trouvé quelques longueurs, il est vrai que ce film mérite le détour. Ce road-movie comme un trip meurtrier de ces deux adolescents est assez fascinant. Les étendues sauvages américaines intrinsèquement désertiques et violentes confèrent à ce film une aura assez puissante. Entre vent de révolte à la James Dean et pulsion de liberté de Thelma et Louise. A voir ou à revoir donc.





Nez de clowns

18 06 2011

Mercredi prochain, je vais au cirque… avec Alex de la Iglesia et Balada Triste.








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