Brume, lande et moutons à Ouessant

« Ouessant, île d’amour et de trépas, avant-garde occidentale, inébranlable et féroce, qui dresse ses frénésies de chairs et de rocs contre les assauts de l’océan ».
(Odette du Puigaudeau, « Grandeur des îles », 1945)

A l’assaut d’une île du nord dont je n’avais encore jamais foulé le sol pour ce WE du 15 août avec Juju mon ami d’enfance.
Départ du port du Conquet : quelques jolies maisons, un centre-ville typique des bourgades bretonnes, un port un peu désolé (pas même un troquet pour boire une bière avant l’embarquement !), un parking obligatoire qui nous coûtera la bagatelle de 22 euros pour 2 jours… Notre bateau, l’Enez Eussa, arrive : un peu de peinture sur un peu de rouille, un peu boat-people sur les bords ! L’accostage est rustique ; pas de passerelle d’embarquement : il faut enjamber la mer entre l’escalier du quai et le pont inférieur du navire.
Le WE démarre dans la rudesse ! oubliez votre confort pour gagner cette île du bout du Finistère ! Ouessant semble se mériter ! Escale à Molène…le temps se gâte. Le tristement célèbre passage du Fromveur nous laisse entr’apercevoir Ouessant noyée dans la brume et le crachin.

L’arrivée au port du Stiff, entre ces hautes falaises noires et ce quai troué, est des moins accueillantes.

Ouessant, île battue par les vents et la mer, subissant les pires dépressions en hiver, a décidé de ne pas se montrer sous son meilleur jour.
Nous empruntons la navette pour rejoindre le camping municipal : l’intérieur de l’île est presque désertique : lande, murs de pierres, quelques maisons qui tournent résolument le dos au nord, paysages un peu désolés…

Après avoir installé notre bivouac, nous partons à la découverte du bourg de Lampaul. En ce vendredi soir, la vie est présente uniquement dans les 2-3 cafés du bourg. Nous avalons un sandwich face à l’ouest, au fond de la baie de Lampaul sous les dernières lueurs du jour et les premiers éclats des phares : puissant pour le Creac’h, rouge pour la Jument et clignotant pour Nividic… nous sommes clairement sur une autre planète !
Réveil en douceur le samedi matin ; le ciel est nuageux mais les températures sont clémentes (dingue comme sous les latitudes finistériennes la météo prend toute son importance…). Nous partons à l’assaut du NW de l’île. J’ai rarement vu une mer d’huile pareille…état sans doute exceptionnel ici !

La côte est superbe et rapidement changeante : falaises, galets, pierres arrondies…les lapins laissent place aux chèvres puis aux goélands, fous de bassan et cormorans.

Genêts, ajoncs et bruyère côtoient herbe rase, mousse, mûriers et fougères. Les rares arbres qui se risquent à pousser sont déformés. Paysages difficiles mais superbes !

Après un piknik dantesque (pour se remettre des 8km du matin), nous attaquons le SE de l’île. La côte sud est bien plus clémente : quelques plages de sable fin où l’eau turquoise nargue les éventuels baigneurs du haut de ses 14°.

L’archipel de Molène et le phare de Kereon nous tendent les bras. Fin de la boucle de 14 km en soirée…nuit de sommeil bien méritée !

Dimanche matin, le ciel est encore plus clément. Sous la couverture nuageuse, le soleil pointe son nez ! C’est parti pour la boucle SW de l’île. Toujours des falaises, des cormorans, des moutons, des bruyères…


Le phare de la Jument est le gardien de cette côte et nous nous étonnons toujours de ce calme plat de l’océan !

Retour à Lampaul sous le soleil où nous dévorons une crêpe et goûtons à la spécialité locale : la saucisse aux algues. Excellent ! Rangement du bivouac et sieste au soleil…avant de reprendre le bateau à 17h pour rejoindre le continent. Au loin déjà la dépression annoncée se signale par une bande nuageuse grise et menaçante…
Au final, Ouessant est une île à découvrir en toute humilité et de préférence à pied.

Des images de plénitude et de désolation qui s’explique par la rudesse des conditions dans lesquelles les Ouessantins doivent vivre…

Du bleu, avec toutes ses variantes, noyé dans le gris météorologique du WE…

Une pointe NE qui restera à visiter malgré les 30 km dans les gambettes sur 2 jours…
Bref, un très bon WE !

[ce billet n’est absolument pas sponsorisé par le pâté Hénaff…]

3 réflexions au sujet de « Brume, lande et moutons à Ouessant »

  1. LZ

    @Caroline : malgré la désolation et la rudesse, je suis prête à y retourner dès que possible…et puis je m'attaquerai aussi à Sein et à Molène, dans la foulée… Pour l'eau à la bouche, pas de pâté Hénaff sur Paris ??? damned !

    Répondre
  2. Ping : Thalassa ou la gloire… « Déambulations rennaises

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