Après-midi à la plage ou sociologie effrayante…

Amusant comme la plage est un concentré de phénomènes plus fascinants les uns que les autres. Aller à la plage, c’est accepter la proximité de ses congénères, de toute taille, sexe, origine sociale, ou situation familiale… C’est finalement le lieu où l’on est pleinement confronté à des gens issus de tous les milieux et classes sociales et ce dans le (presque) plus simple appareil. La plage, c’est aussi un espace de liberté et d’expression au fond.

Derrière mes lunettes noires, je passe une grande partie de mon temps à épier mes congénères, les observer et m’étonner de leurs comportements :

– Il y a ceux qui déménagent la moitié de leur maison pour venir : parasols pour chaque membre de la famille, serviettes en multiples exemplaires (celle où l’on s’allonge, celle pour s’essuyer à la sortie du bain, celle qui enveloppe pour se promener nonchalamment au bord de l’eau, celle – resserrée par un élastique – pour se changer pudiquement…), maillots de rechange pour chaque bain, transats, sièges en plastique, glacières…
– Il y a les parents ultra-protecteurs qui courent après leur progéniture pour les crémer, les chapeauter, les baigner sous haute surveillance (limite la Royal Navy est conviée à patrouiller dans le secteur !).

– Il y a la bronzée de service qui s’enduit d’huile pour entretenir au mieux son cancer de la peau et traquer sans merci le moindre centimètre carré de chair qui ne dorerait pas assez vite…

– Il y a les enfants tremblants aux lèvres bleues au bord de l’eau qui expliquent à leurs parents que « Non, ils n’ont pas froid et veulent encore rester dans l’eau ».

– Il y a les filles qui lisent et répondent haut et fort aux tests psycho-sexe de Biba et autres magazines féminins ; le tout en gloussant bêtement et en partageant ce moment d’intelligence débordante avec la moitié de la plage tant le niveau sonore est proche de celui qui règne dans un poulailler industriel.

– Il y a le sportif de service, dragueur sur les bords, qui joue aux raquettes, au ballon, au freesbee, fait du surf, des longueurs de papillon, de la planche à voile… en veillant à ce que les midinettes du coin le regarde…

– Il y a le geek, un peu perdu, qui parcourt la moitié de la plage avec son I-phone en quête de 3G pour pouvoir twitter…

– Il y a celles qui s’épilent le maillot sans vergogne, la lumière étant plus propice au matraquage des poils récalcitrants à toutes les épilations mentionnées dans le Biba cité ci-dessus…

– Il y a les pères qui construisent des châteaux de sable ou des barrages titanesques sous les yeux ébahis de leurs enfants qui souhaiteraient juste récupérer leurs pelles, râteaux et seaux…

– Il y a les lutins en peignoirs multicolores, qui sèchent à l’abri des rayons du soleil…

Lutins plagistes


Et puis, il y a les parents que l’on voudrait noyer, comme ce père et cette grand-mère qui ont empoisonné deux heures de notre après-midi.

A peine installée, la grand-mère que nous nommerons Cruella (pas seulement parce qu’elle portait un seyant maillot léopard !), explique à son fils, père de deux des trois enfants présents, qu’elle n’aime pas venir à la plage avec les enfants car ils mettent du sable partout et notamment sur sa serviette. Ce qui n’est pas entièrement faux mais peut être évité si on laisse un terrain de jeu suffisamment grand aux enfants concernés. Ces derniers n’avaient pas le droit d’aller trop loin, pas le droit d’aller dans l’eau, pas le droit de s’approcher des serviettes des gens, pas le droit de s’éloigner… Quand la plage, espace de liberté pour les enfants, devient une prison de sable.
Le père, que nous nommerons Gargamel, a passé deux heures à hurler sur les trois enfants de façon complètement antinomique : « va plus loin ! « , « ne jette pas de sable ! », « viens ici ! », « va jouer au ballon ! », « ne joue pas dans le sable mouillé ! », « ne t’assois pas dans le sable ! », « arrête de mettre du sable dans ta bouche ! »…
Plusieurs fois, les enfants se sont entendus menacés de ne pas revenir à la plage le lendemain s’ils continuaient à être plein de sable… Quand la plage, espace de liberté pour les enfants devient une prison pour eux et une source de stress exagéré pour les parents (et source de soupirs pour les voisins que nous étions devant tant d’incohérences éducatives).

Ces trois gamins, plutôt sages au demeurant, ont donc passé deux heures dans un espace sableux confiné à un petit cercle entourant les serviettes de Cruella et Gargamel, sans pouvoir mettre un seul pied dans l’eau, sans doute par pure flemme du géniteur et de la grande-génitrice. Spéciale dédicace donc à Jeanne, Théo et Yann (deux heures de prénoms hurlés les oreilles, ça force la mémoire) dont les faits et gestes ont été à chaque fois source de mots (maux ?) parentaux et grands-parentaux…

Conseils à Cruella et Gargamel : demander le bétonnage de la plage, ça vous évitera de vous époumoner pendant deux heures ! et puis faites adopter ces trois enfants, vous pourrez venir à la plage tranquillement…
Conseils à Jeanne, Théo et Yann : changez de famille !

Finalement, l’observation de mes congénères me fait peur…

La Guimorais
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9 réflexions au sujet de « Après-midi à la plage ou sociologie effrayante… »

  1. Dom'

    Je disais ça aussi il y a quelques années… maintenant que j'ai deux filles qui mettent la zone où elles passent (sable, eau, cris) malgré les quelques bonnes manière que je m'évertue à leur enseigner, qui ne se doutent pas un instant qu'elles peuvent potentiellement se noyer, qui adorent profiter de la demi-seconde d'inattention pour disparaître de ma vue, et à qui j'espère éviter un cancer de la peau (rapport au badigeonnage de crème), je fais moins la fière, et j'envie ceux ou celles qui viennent peinards se la couler douce ;o)Enfin j'ai bien rigolé en lisant ton post, tout de même!Par contre, c'est clair que la plage n'est un espace de liberté ni pour les enfants, ni pour les parents, ni pour personne, c'est pour ça que je laisse ma progéniture sur ma terrasse, avec deux bassines d'eau et quelques jouets, pour leur plus grand bonheur ;o)

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  2. Lousia

    Ca me rappelle un couple il y a 2 ans, sur une plage du sud de la France… Enfants sans aucune liberté, pourtant ils étaient effectivement super sages. Le mieux c'est que bobonne s'est tapé tout le barda à remonter : 2 tentes pour les gamins, la glacière, le sac avec les serviettes etc. + un petit genre 4 ans à surveiller… Et le père était parti peinard devant sans rien porter, avec juste le bébé dans les bras.Ils ont passé leur temps à gueuler, et à squatter sous les serviettes des gens.Je leur aurais jeté du sable avec bonheur… Il y a vraiment des sans-gêne à la plage, et ce, avec ou sans gamins !

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  3. LZ

    @Dom' : C'est drôle parce qu'en général, j'ai envie d'étrangler les enfants à la plage : ceux qui courent partout en soulevant du sable (incroyable comme une petite chose de 40 kilos toute mouillée peut soulever autant de sable qu'une pelleteuse…), ceux qui s'évertuent à te viser avec leurs ballons, ceux qui t'arrosent copieusement à ton entrée dans l'eau, etc. Là, le père et la grand-mère m'ont vraiment choquée ! aussi peu de liberté accordée et ce, en hurlant à chaque fois, un vrai calvaire pour tout le monde ! Ayant passé mon enfance à la plage (et sans aucun souvenir de dangers quelconques !), il faudra que je demande à ma mère comment elle gérait tout ça…

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  4. LZ

    @Lousia : ah oui, j'avais oublié le couple bobonne-macho. Pas vu à la Guimorais samedi après-midi…mais oui, jetons-leur du sable avec bonheur et allégresse ! ça me démange souvent le fond de la paume…

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  5. LZ

    @Sylvain : euh, bonne question ! j'ai toujours appelé ça la Guimorais mais les panneaux disent "Plage des Chevrets"…Je consulterai mon Guide Bleu Bretagne Nord pour savoir !

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  6. Dom'

    Ah j'avais pas vu que tu m'avais répondu.Alors ici ce sont deux petites choses de 12 et 20 kilos qui peuvent potentiellement faire foirer ton après-midi ;o)Perso je trouve que c'est quand il y a trop de monde que ça devient hyper contraignant niveau surveillance.Bonnes vacances à toi aussi!!!

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