Mo Hayder, en rouge et noir

Rouge, parce que sanguinolent, cruel et diablement pervers. Noir parce violent, morbide et cruellement pessimiste sur la nature humaine.

Télérama m’avait recommandée en juin de lire Skin, paru en 2009 sous la plume de cette auteure britannique au parcours assez singulier. « Enfant terrible du thriller britannique » disait le magazine, « un polar écorché vif, dérangeant à souhait ». De quoi titiller fortement mon penchant incontrôlable pour la littérature polaresque.

N’ayant point trouvé ce titre sur les rayons de ma bibliothèque municipale estivale, je me suis rabattue sur Tokyo, sorti en 2005. Dès les premières pages, on plonge dans un univers bien particulier. Deux histoires se racontent en parallèle pour mieux s’entrelacer avec fracas dans les derniers chapitres. Grey, jeune étudiante britannique, débarque à Tokyo sans le sou pour mener à terme une recherche à la fois personnelle et historique. La quête d’un morceau de pellicule, seul témoignage des atrocités commises par les Japonais à Nankin en 1937. Un professeur d’Université est le seul qui peut l’aider à mettre la main sur cet objet mais il refuse de répondre à ses questions… Cette quête maladive se double d’une plongée dans les arcanes de la vie nocturne tokyoïte puisque Grey devient hôtesse dans un club de luxe fréquenté par de drôles de personnage, dont un vieillard en fauteuil roulant accompagné de sa veuve noire et ses yakuzas. L’ombre du massacre de Nankin plane d’un bout à l’autre du roman. J’ignorais complètement cet épisode abominable de l’histoire orientale : un massacre en 1937 qui opposa l’armée impériale japonaise aux soldats chinois et à la population civile. Au final : entre 100 000 et 300 000 morts. Entre exécutions sommaires, tortures, viols, j’en passe et des meilleurs. L’homme devient un animal sanguinaire en temps de guerre… (Article très complet sur Wikipédia pour les plus curieux).

Ce roman prend donc aux tripes (pas de jeu de mots déplacés, et pourtant…). Grey est une jeune femme mystérieuse, à l’histoire personnelle douloureuse. Le professeur chinois éveille la curiosité et la lecture de son journal intime nous tient en haleine. Le vieil homme en fauteuil roulant et ses sbires respirent la cruauté enfouie sous un visage de fortune. La maison dans laquelle vit Grey palpite au gré du roman : portes closes, jardin à l’abandon, panneaux coulissants, sous-sols glauques.

Bref, je me suis régalée (là encore, aucun jeu de mots eu égard à la chute de ce thriller). Je vous le recommande donc, ne serait-ce que pour ouvrir un oeil sur ce massacre dont on entend peu parler.

Quelques jours plus tard, Skin étant revenu sur les rayons de la bibliothèque, je me suis empressée de le lire. Et là, déception par rapport à Tokyo. Certes, ce polar a toutes les clés en main pour constituer une lecture intéressante : des cadavres bien glauques et dégoulinants à souhait, une héroïne dont les soubresauts personnels n’en font pas quelqu’un de tout noir ou tout blanc, de mystérieux personnages sortis de l’imaginaire vaudou, des plongeons dans des lacs aux eaux troubles et saumâtres…

Mais je me suis un peu ennuyée, l’épaisseur de Tokyo ayant déformé ma lecture et mes attentes par rapport à Skin. Toutefois, il s’agit d’un thriller agréable à lire et qui donne quand même quelques frissons…

A vos libraires !

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4 réflexions au sujet de « Mo Hayder, en rouge et noir »

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  3. rennette

    d’accord avec toi… Tokyo a en plus des autres le côté historique très bien documenté des japonais en Chine, Nankin etc… j’avais par contre détesté son 1er; Birdman car je n’arrivais pas à croire qu’une femme puisse écrire ou décrire de telles horreurs (c’est bête non ?)…

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  4. LeeZen Auteur de l’article

    @renette : Je n’ai lu que ces deux livres de Mo Hayder mais j’ai constaté qu’elle a une biblio assez impressionnante. Je vais essayer de les trouver aux Champs Libres dans l’année et je te dirai ce que j’ai pensé de Birdman dans ce cas… Effectivement, on se demande parfois où ils vont chercher tout ça ! (à ce propos, la Forêt des Ombres de Franck Thilliez est une plongée assez délirante dans l’univers d’un écrivain qui doit écrire un polar morbide…et ma foi, c’est assez éclairant !)

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