Octopus, le dernier né de la famille Découflé

Vendredi soir, premier spectacle de mon abonnement au TNB et non des moindres : Octopus, dernier spectacle de Philippe Découflé, l’enfant-terrible de la danse. Et les Rennais sont des privilégiés puisque nous assistons à ce spectacle en avant-première. Octopus est né en juin et a été travaillé par la compagnie DCA jusqu’à aujourd’hui. Presque trois semaines de représentations à Rennes, puis ils partiront en tournée en France et hors de Navarre.

J’ai savouré ce privilège avec beaucoup de bonheur, d’autant que j’étais très bien placée (3è rang au beau milieu). Par contre, je vous avoue tout de suite ne pas être très objective en ce qui concerne Découflé. J’aime beaucoup ses chorégraphies (d’ailleurs, je crois que la première fois que j’en ai vu une, c’était au TNB à Rennes quand j’étais encore étudiante !). Et même si des critiques ont été prononcées lors des derniers opus, certains étant lassés de l’utilisation de la vidéo faite par le chorégraphe, j’ai toujours trouvé que ces propositions étaient ingénieuses et originales. Qu’elles apportaient un plus non négligeable à la danse.

Et Octopus dans tout ça me direz-vous ?  C’est une succession de tableaux, des « poèmes chorégraphiques », oscillants entre humour, gravité, amour, séduction, entrave et sensualité. Et sur un fond musical résolument rock, ce qui n’était pas pour me déplaire, bien entendu.

Les danseurs de sa compagnie DCA dévoilent sans tabou leurs corps musclés, tatoués, percés, perchés sur de hauts talons, nus ou à demi nus.

Les corps dansent l’un contre l’autre, l’un avec l’autre, en duo, en solo, ensemble. Les corps sont démembrés dans un tableau, alternant danse de jambes puis de troncs. Ils deviennent christiques sur un tableau prenant des airs de Radeau de la méduse. Ou zombiesques et squelettiques. Ils sont dénudés ou presque lors d’un tableau ressemblant étrangement à une démonstration de lingerie Dim. Ils sont plumés et haut perchés lors d’un défilé de haute-voltige où les talons aiguilles ne sont pas seulement l’apanage des danseuses…

Et là, je ne peux que m’incliner face à autant de dextérité ! C’est touchant, violent, émouvant, amusant, étonnant. L’une des danseuses est une actrice née. Très grande, très expressive. Impressionnante ! Lorsqu’elle exécute son numéro d’animal étrange sur une table revêtue d’une simple couverture en fourrure, elle m’a vraiment étonnée. Même sans la voir, j’avais deviné, sous cette couverture, qu’elle s’y cachait, tant elle déteint sur l’interprétation. Complètement fascinante !

Et la vidéo ? Elle n’est qu’une ponctuation lors du spectacle. Christophe Salengro, l’égérie masculine du chorégraphe qui était présent sur scène lors de Sombreros par exemple, fait son apparition ici uniquement par le biais de la vidéo et d’extraits audio, comme autant d’intermèdes où le spectateur peut reprendre son souffle… Octopus relègue la vidéo à son rôle d’outil technologique, servant juste à mettre en valeur les corps et les chorégraphies. La séance de « light-painting élastiqué » en est le moment le plus éloquent. Par un tour de passe-passe technologique, les danseurs reprennent entre autres les jeux de ficelle (vous savez, un élastique, vos dix doigts et la Tour Eiffel ou la soucoupe après d’habiles tergiversations) et seul la silhouette de l’élastique est projeté sur un écran. Multiplicité des figures assurée !

Mais Octopus, c’est aussi un spectacle musical assuré en live sur scène par Nosfell et Pierre Lebourgeois. Installés en miroir l’un en face de l’autre, des deux côtés de la scène, les musiciens font plus qu’accompagner les danseurs. Ils donnent le rythme et l’intensité. On est même parfois tenter de ne regarder qu’eux (Nosfell étant plutôt beau jeune homme !). Et puis, on vibre, notamment lors de cette reprise de « My Girl (Where Did You Sleep Last Night)» popularisée par Nirvana, à la guitare électrique et au violoncelle. La voix de Nosfell déchire l’air et la scène et donne toute sa puissance au duo sensuel en noir et blanc, qui par trois fois, reviendra sur scène dans un jeu de séduction de plus en plus intense.

Presque une standing ovation en fin de spectacle. Gros succès auprès du public rennais. On en redemande !

9 réflexions au sujet de « Octopus, le dernier né de la famille Découflé »

  1. rennette

    J’aime bien cette idée des chanteurs sur scène qui accompagnent la choré.. ce n’est pas nouveau puisque vu soit en Inde, soit en flamenco, etc… mais certainement très intéressant pour ce type de danse, le risque c’est parfois en effet d’etre détourné des corps pour tendre vers les sons… mais ca décuple les sens sûrement mieux qu’une bande son…

    Répondre
    1. LeeZen Auteur de l’article

      @rennette Oui, ce n’est pas nouveau. Mais c’était vraiment intéressant. Aucun n’avait l’ascendant sur l’autre. Une vraie complétude.

      Répondre
  2. Mina Pyro

    Merci pour cet article très complet, très intéressant, et d’une subjectivité que je partage déjà!
    J’adore Decouflé et j’adore Nosfell depuis des années, et je trépigne fermement d’impatience à l’idée de voir sur scène la rencontre de ces 2 « têtes chercheuses ».
    Etant parisienne, je ne peux que ronger mon frein, et partir à la recherche de chroniques telles que la tienne. (Même si, du coup, je trépigne encore plus!^^)
    Encore merci.

    Répondre
    1. LeeZen Auteur de l’article

      @Mina Pyro De rien ! ravie que ce post ait pu te mettre l’eau à la bouche ! J’espère que tu apprécieras autant que moi… (Sympa ton blog !)

      Répondre
  3. Mina Pyro

    Voilà, c’est vu. C’est digéré. Ce que c’était bien!
    J’aurais pu reprendre ton billet mot pour mot, tellement je partage ton sentiment. J’ai pris une bonne soufflante, et je m’y attendais un peu.
    Ravie que mon blog te plaise. C’est réciproque, donc! :-)

    Répondre
  4. Ping : Petit écran contre grandes ondes… #2 « Déambulations rennaises

  5. Ping : Moleskine chargé… en février ! « Déambulations rennaises

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s