Le tango revu et corrigé par des clowns

Quand j’ai jeté un œil à la programmation du Grand Soufflet, festival d’accordéon en Ille-et-Vilaine, un spectacle a particulièrement attiré mon attention : celui de la compagnie Tecem, « Salidas, une conférence de tango disjonctée… ». Le clown, j’en ai fait quand j’ai passé un an à Fougères et ça reste une expérience marquante et étonnante. Lié au tango, une des rares danses que je n’ai pas eu le loisir d’expérimenter. Autant vous dire que j’ai crié Prem’s quand il a fallu couvrir l’événement pour Alter1fo (ah oui, tiens, il faudra que je vous parle de ça aussi !).

Je n’ai donc pas hésité une seule seconde, même s’il a fallu que je quitte Rennes, passe la rocade pour aller me perdre à La Bouëxière, en rase campagne. Que je trouve la salle polyvalente et que je parvienne à y entrer, faute d’accréditation (un oubli du chargé de presse du Festival) et de réservation donc. Au final, j’ai eu une place dans la salle, prête à dégainer mon appareil photo pour immortaliser l’instant… et le voyage !

« Le plus beau de tous les tangos du monde, C’est celui que j’ai dansé dans vos bras. » Ouverture en chanson et en musique pour cette grande conférence déjantée. Derrière son pupitre, Carlita, la conférencière, mène d’une main de maître la famille Salidas qui l’aide à illustrer l’histoire du tango.

Salidas, conférence de tango disjonctée - Cie Tecem
Un rideau de velours rouge pour tout décor et Matias Reynoso au bandonéon.

Le tango  serait né dans un bateau, celui qui a mené les émigrants européens en Amérique. Les Espagnols, les Allemands, les Italiens… chaque vague d’immigration donne lieu à un tableau haut en couleurs et en chansons : Musique maestro à la sauce clown ! De Bella Ciao à O Sole mio, en passant par les castagnettes et le rappel historique sur la naissance du Bandonéon en Allemagne. Mais le tango, le vrai, c’est le tango argentin. Le tango des bordels et des lupanars. Le tango de l’amour et de la sensualité. Tableaux empreints de cette nostalgie du déracinement et de cette solitude qui traversaient les hommes ayant émigré en Argentine.

Salidas, conférence de tango disjonctée - Cie Tecem
Les clowns descendent même au milieu du public pour une leçon d’abrazo ! surprise puis hilarité du public garanties.

Tableaux gentiment suggestifs et clownesques de la sensualité propre au tango. Les marins, les prostituées, les gangsters se courent après sur toute la scène dans un joyeux charivari musical, caractéristique d’une équipe de clowns sur scène.

Et quand la scène se transforme en milonga, la conférence disjoncte. Évidemment ! Fioriture, le plus grand danseur de tango clownesque qui soit, entre en scène et entame un corps à corps brûlant avec Carlita…qui en perdra sa voix.

Salidas, conférence de tango disjonctée - Cie Tecem

Appelée à la rescousse, la famille Salidas poursuit comme elle peut (veut ?) la conférence sur les notes de I’m just a gigolo. Fioriture se lance ensuite dans la description de l’essence même du tango. Car pourquoi danse-t-on encore le tango aujourd’hui ? uniquement pour la rencontre entre un homme et une femme au bord de la piste.

Salidas, conférence de tango disjonctée - Cie Tecem

Fioriture révèle ainsi toutes les techniques propres au cabeceo et entraîne ses partenaires sur la piste dans le sens inverse des aiguilles d’une montre avec Besame mucho en fond musical. Mais l’intrusion d’un clown travesti en nuisette perturbe le cours et achève de disjoncter la conférence de cette chère Carlita…

Salidas, conférence de tango disjonctée - Cie Tecem
Alors derrière les apparences clownesques, cette conférence relate avec beaucoup de détails l’histoire du tango. Alors si tous les poncifs de la « clownerie » sont bien là – impertinence, bouffonneries, burlesque, comique de répétition, chutes… -, le propos est travaillé et sert sur un grand plateau ce qu’il faut savoir sur le tango. Les quelques pas de tango argentin esquissés sont aussi une invitation à la danse… par des clowns qui au-delà de leur clownerie sont de formidables danseurs ! Il en faut des qualités pour être un clown accompli au fond : ils chantent, dansent, tombent, se relèvent, jouent de la musique, font des mimiques.

Et la ritournelle me restera en tête un certain temps…

« Le plus beau de tous les tangos du monde,
C’est celui que j’ai dansé dans vos bras.
J’ai connu d’autres tangos à la ronde,
Mais mon cœur n’oubliera pas celui-là. »

Diaporama photos pour les curieux.

3 réflexions au sujet de « Le tango revu et corrigé par des clowns »

  1. rennette

    AH ! Milonga, tango, Argentine, bordels, immigration, les trottoirs de Buenos AIres, on en rêve… bref j’ai raté ca et je le regrette…
    Je rentre du concert de Mouss et Hakim, ils ont donné, l’ambiance était survoltée, militante et enchantée… Vive le Grand Soufflet !!

    Répondre
    1. LeeZen Auteur de l’article

      @renette Oui on en rêve et cette compagnie sait vraiment rendre vivantes toutes ces émotions du tango. Mouss et Hakim, je devais y aller mais la fatigue l’a emporté ! on aura chacune nos regrets pour le Grand Soufflet, festival très chouette et malheureusement boudé par ceux qui n’ont pas encore compris que l’accordéon pouvait offrir autre chose que la musette !

      Répondre
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