Biutiful Javier…

Il est beau Javier. On le sait toutes. Et là, même malade et mal rasé, il reste biutiful. Mais sombre, tellement sombre. Ce film qui démarre, de façon prémonitoire, dans une couleur bleutée n’est pas gai. Loin de là.

La lumière est très peu présente dans le film. Certaines scènes flirtent avec l’abstraction et le surnaturel…on ne sait pas trop ce qui se passe, si les morts sont toujours vivants et présents, s’ils sont vraiment partis. Et le malaise s’installe. Durablement. En accompagnant cet homme malade, gravement malade, qui lutte pour ne pas dépérir trop vite aux yeux de ses enfants.

Uxbal, le personnage incarné par Javier Bardem, survit donc, entre mort et maladie, entre dépression et hystérie, entre remords et clandestinité. Cette sombre tranche de vie se déroule pourtant à Barcelone, ville plutôt traitée en général de façon lumineuse et solaire en général. Là, on explore ses bas-fonds, son côté lugubre et malsain… Comme une cour des miracles, avec ses ateliers clandestins où survivent les immigrés sans-papiers, avec ses vendeurs à la sauvette traqués par la police. Comme un concentré d’humanité en sursis.

Javier Bardem – Uxbal – est bouleversant et magistral, tout à la fois ange et démon : père maladroit mais aimant, époux un peu dépassé par une femme instable, immature et hystérique… Et puis, cette ivresse de la condition humaine, où jusqu’au bout, l’on rit de la mort comme pour l’oublier. Magnifiquement illustrée par la scène au night-club. Spirale infernale où la musique, les lumières floues nous saoulent, comme pour oublier ce qui va arriver.

Le colosse au pieds d’argile n’est pas loin de la représentation religieuse. Comme une catharsis. Ce malade, toujours plus proche de la mort, qui vit et entretient la corruption, qui paye de sa vie et de celles des autres sa rédemption. Cette ville proche des bas-fonds misérabilistes du XIXè tels qu’on peut les lire dans Zola. Ces êtres humains englués dans une misère sociale à la Dickens. L’œuvre se fissure… et se termine presque pourtant dans la lumière, immaculée, blanche et neigeuse. Sur une toute petite note d’espoir. Quand Uxbal, accepte, enfin, mais non sans douleur, sa mort inéluctable.

Alejandro González Inárritu signe là un grand film qui remue les tripes, et dont on ne ressort pas indemne.

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