Emouvant Gardenia

Direction le TNB jeudi soir pour un spectacle très étonnant, oscillant entre théâtre, danse et cabaret, rires et larmes, douceur et cruauté, tendresse et violence.


Gardenia, c’est l’histoire d’une dernière revue, celle de la troupe de Vanessa Van Durme, transsexuelle. C’est elle qui en a eu l’idée et l’a proposée à Alain Platel, metteur en scène. C’est aussi elle qui mène la danse sur scène, sublime. Autour d’elle, dans ce spectacle mi-fiction mi-réalité, elle a regroupé d’anciens amis, travestis et transsexuels, Griet Debacker (une « vraie » femme) et Hendrick Lebon, jeune danseur-acteur.


Tout commence sur une scène étrangement penchée, en parquet. La troupe Les Ballets C de la B, de costards sombres vêtue,  l’investit. On se croirait dans une maison de retraite ; les personnages ont une démarche tremblante. et des attitudes de vieillards Mais ces hommes âgés et ordinaires vont tour à tour et au fil du spectacle retrouver leurs gestes d’antan, sur scène, costumés pour la revue de cabaret. Face à nous, ils se mettent à nus, malgré le poids des années ; il y a d’abord leurs corps, puis leurs âmes. Un miroir triste incarné par le jeune et beau Hendrick, qui leur rappelle combien ils furent désirés et admirés dans leur jeunesse. Et puis, il y a cette minute de silence, demandée par Vanessa Van Durme, en hommage aux artistes travestis d’un cabaret barcelonais aujourd’hui disparu. Le TNB entier se lève et fait silence. Puis, le fil du spectacle reprend, follement…


Certes, il y a tous les poncifs du genre ; les chaussures à talons, les maquillages outranciers, les faux-cils exhubérants, le strass, les plumes et les paillettes ; les blagues, sordides,  sur les homosexuels. Et puis, finalement, il y a ce je-ne-sais-quoi très troublant qui vient gripper la machine enthousiaste et les rires : la solitude de ces travestis, leurs souffrances, leur jeunesse et les illusions perdues. Entre rires et larmes, on ne sait que choisir.

La bande-son, créé par Steven Prengels,  ne nous aide pas d’ailleurs à choisir : elle se déroule allégrement de Claude François à Dalida, en passant par Aznavour et Puccini ; elle nous offre un « Forever Young » de Jay Z et un magnifique Bolero de Ravel, magiquement chorégraphié. Et puis, ces artistes chantent également : le « Cucurucucu, paloma » est vibrant et ferait presque pleurer.


Ces clowns tristes jouent leur propre spectacle, celui qu’ils ont joué cent fois auparavant : ils se maquillent, se parent de leurs plus belles tenues, déambulent sur scène d ‘une démarche assurée. Et pourtant, on les sent hésitants parfois, comme si jouer son propre rôle, même des années après,  était plus difficile qu’on ne se l’imagine. Comme si la pudeur les rattrapait. Eux qui ont incarné Dalida, Zizi Jeanmaire, Gina Lolobridgida, Joséphine Baker ou Liza Minelli. Et si la métaphore du travestissement est facile, parce que ces costumes de ville sont abandonnés au sol pour des tenues bien plus affriolantes, elle n’en reste pas moins violente. Parce qu’elle questionne ce masculin-féminin trouble, parce qu’elle nous met face à cette singularité.

C’est poignant, attendrissant, violent, émouvant. J’ai eu les larmes aux yeux à la fin du spectacle et la gorge nouée. Et les remarques fort désobligeantes des quelques vieux bobos rennais entendues à la sortie de la salle m’ont fait honte. Ces indécrottables bobos qui s’indignent des atteintes aux droits des homosexuels durant l’année n’ont pas aimé cette mise en scène, cette provocation sous leurs yeux même, au théâtre. Car pour eux, le cabaret, ce n’est pas du théâtre. Et ces artistes n’en sont point. Bande de réacs… Avalez donc des plumes (et des couleuvres) et envolez-vous vers d’autres lieux.

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