Agnes Obel ou la zenitude musicale

Le 2è Instant Thé de l’Antipode organisé en février a affiché complet au moins 15 jours avant le dimanche fatidique. Clé de cette réussite ? une formule zen agréable pour tromper l’ennui d’un dimanche et accessoirement une artiste qui buzze au programme. Agnes Obel, cette danoise exilée à Berlin que l’on entend en boucle sur FIP et France Inter et qui a fait la Une de Télérama a sans doute attiré les bobos rennais en masse.

Drôles d’ailleurs ces bobos qui patientent au moins depuis 1h quand j’arrive à l’Antipode à l’heure de l’ouverture des portes, bien rangés en file indienne et qui découvrent d’un oeil ébahi le quartier de Cleunay : « Non mais c’est sordide ce quartier, t’as vu ?! » Je vous jure que je n’ai pas inventé ces paroles… A peine entrés dans la salle, eux qui espéraient des chaises (« T’es sûr que ce sera debout ? je ne tiendrai jamais… Et puis zut, on a payé, on a le droit d’être assis ») ont dû se trouver fort déconvenus. Les tables à toile cirée à pois ont trouvé place plus loin, vers le bar qui fera office de salon de thé aujourd’hui. Concert debout donc, et tant pis pour leurs lombaires.
Par contre, ils ont payé et donc ils veulent en profiter. Les voilà agglutinés devant la scène défendant becs et ongles leurs places au profit souvent de leur progéniture. Tant pis donc pour les photos que je devais faire pour Alter1fo !

La première partie est assurée par Yann Tambour et son nouveau projet Thee Stranded Horses. On m’a dit beaucoup de bien du jeune homme et malgré tout, je n’ai pas du tout apprécié le set.
L’artiste se présente rapidement et s’asseoit. Dommage, on ne le voit plus ! Ni même ses instruments. La faute à une scène pas étudiée en conséquence, la faute à ce public massé et agglutiné devant la scène, la faute à un éclairage homéopathique. Et le jeune homme étant avare d’explications (hormis le fait que ses instruments sont des miniatures lui permettant de voyager), ce n’est pas aujourd’hui que l’on complètera notre culture des instruments mandingues.
Les morceaux se déroulent lentement les uns après les autres. Les sonorités africaines mandingues posées sur un fond folk sont tout de même étonnantes. Entre chaque morceau, Yann Tambour passe beaucoup de temps à accorder ses instruments et s’en excuse ensuite auprès du public. Je regrette vraiment qu’il ne donne pas plus d’explications sur ce projet, Thee Stranded Horse. Ça permettrait d’en savoir un peu plus sur cette collection d’instruments étranges et peut être aussi d’entrer un peu plus dans cet univers minimaliste et intimiste.
Mais non, Yann Tambour est concentré et ne daigne pas converser avec son public. Tant pis pour moi ! Alternance de chansons en anglais et en français où curieusement la voix n’a pas la même amplitude ni la même profondeur. Une violoniste vient sur scène et apporte un peu de piment aux interprétations. Les deux instruments offrent une délicatesse complémentaire assez surprenante. Mais au final, on éprouve quelques difficultés à saisir les textes. Le tout est très minimaliste, sans doute trop à mon goût. Trop statique également (décidément, je n’aimerai donc que les groupes de rock sur scène !).
Au bout d’un moment, j’arrête de me tortiller et de me faire des torticolis derrière le «toujours trop grand», je patiente dans le fond de la salle et j’ouvre grand mes oreilles pour écouter et tenter de trouver un intérêt à ce projet. Yann Tambour annonce une dernière chanson et remercie le public d’avoir été si attentif, calme et sage. Je reste vraiment sur ma faim suite à ce premier concert et part donc engloutir une part de gâteau avant la pause…

Pas grand monde d’ailleurs à la pause gâteaux et café. Les bobos sont venus là pour écouter des concerts et pas pour le reste…Ils attendent la tête d’affiche ! et la salle de l’Antipode est toujours aussi comble lorsque Agnes Obel et Frédérique Labbow, violoncelliste, entrent sur scène. Un duo 100% féminin, où la complicité et les sourires sont de mise.

Agnès Obel ©Filip van Lerberge on Wikimedia

A elles deux, elles vont dérouler le film de l’album Philarmonics qui tourne depuis quelques jours chez moi. Un album tout en douceur, transition parfaite pour ce mois de février encore ancré dans l’hiver.

Après une intro instrumentale, mise en bouche plus qu’appréciable, Agnes Obel entame Philarmonics, titre éponyme de son album sorti en octobre 2010. Suivent ensuite Katie Cruel, cette vieille chanson écossaise qui parle de «Bieautiful girls» nous expliquera Agnes et Brother Sparrow. La délicatesse du piano donne une saveur particulière à ces deux voix féminines qui se font écho. Un éclairage minimaliste, des artistes sobrement vêtues de noir qui se fondent presque dans l’espace scénique. Les applaudissements du public, mélomane assurément, sont nourris entre chaque chanson. Agnes prend le temps de présenter chacun de ses morceaux, en anglais, voire en français.

Suit Just so, ce titre remarqué sur son Myspace et qui illustre une publicité pour Deutsche Telekom. Le public est vraiment sous le charme. Je pense n’avoir jamais vu un tel public à l’Antipode : il est sage, attentif, ne bavarde pas, écoute tout simplement et n’en perd pas une miette. Non pas qu’il soit mal élevé d’habitude, mais la différence est vraiment frappante. Finalement, les bobos en concert, c’est pas si mal…
Agnes est étonnée ; c’est la première fois qu’elle voit une salle de concerts où les enfants peuvent venir. Elle trouve ça cool, et mon voisin, ami de longue date, d’opiner du chef doublement ! Ses deux rejetons sont en effet confortablement installés dans une salle voisine et regardent Shrek avec d’autres petits Rennais… Et on ne peut que féliciter l’Antipode pour cette initiative ! Seul bémol à signaler : les enfants n’ont pas eu de goûter. Certes l’accueil est gratuit. Mais justement, ne serait-il pas judicieux de demander un ou deux euros aux parents et d’offrir une part de gâteau à ces petits monstres ?

Mais reprenons. Sur Close Watch, cette reprise de (I keep a) close watch de John Cale, la voix d’Agnes Obel offre toute sa délicatesse. Parfois, la voix se fait entendre seule, sans instrument. Elle occupe alors tout l’espace et nous laisse, nous, sans voix. Au fil du concert d’ailleurs, cette voix délicate prend de l’ampleur. Le violoncelle est incisif face à la rondeur et la douceur du piano. Il se fait lancinant et acéré pour donner un autre rythme. Intéressant travail de complémentarité entre les deux.

Suit le mélancolique Riverside qui vaut une volée d’applaudissements de la part du public rennais. Agnès dédicace d’ailleurs à ce public la dernière chanson : «to you guys, standing up so long». Powdered Ground est plus rythmée que les précédentes chansons et la voix d’Agnès est profonde et puissante. Le piano se fait grave et le violoncelle doux. Étonnant contraste qui assure la fluidité du morceau. Le sol vibre des basses et le public est transporté. Ovation.

Un rappel, avec la toute douce Over The Hill. Applaudissements nourris encore une fois. Agnes et Frédérique repartent vers les coulisses bras dessus dessous. Deuxième rappel. « The last one. Because you’re so fantastic ». Et elles s’en vont définitivement. Ce premier album était excellent sur mes platines, il l’était encore plus cet après-midi en live. Merci l’Antipode !
Quant à vous, courez chez votre disquaire préféré acheter cet album et écoutez le les après-midi pluvieuses pour vous réchauffer.

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