De l’importance du film déprimant du dimanche soir…

D’autant plus quand ce dimanche coïncide avec une veille de reprise après 15 jours de vacances ensoleillées et joyeuses… Je me suis donc laissée entraîner par un musicocrate rennais voir Où va la nuit, film de Martin Provost avec Yolande Moreau.

Posons donc rapidement les jalons de ce scénario très joyeux : Une forêt, lugubre à la tombée de la nuit. Un homme, ivre, qui percute en voiture une jeune fille et la ramène, quasi morte au domicile conjugal. Rose, la femme de l’agriculteur, transparente, qui appelle les secours et nettoie en bonne ménagère la banquette arrière souillée de sang. La prison. Le retour de prison. La vie qui s’écoule mollement, au rythme des repas sans discussions, du ménage, des tâches ingrates de la ferme et des nuits où les coups pleuvent. Cette première partie du film se joue quasiment sans un mot, sans lumière. Atmosphère pesante et dérangeante. On sent le drame venir, le ras-le-bol, la vengeance.  Et là, tout bascule.

Enterrement. Le fils, installé à Bruxelles, qui a fui le foyer familial, revient. Rose part le rejoindre quelques jours, pour mettre fin au deuil. Pour se déculpabiliser ? pour oublier ? pour avouer ? on ne sait. Mais cette femme, victime et coupable à la fois, adopte une attitude étrange, agaçante. Oscillant entre la naïveté forcée et l’indifférence. Elle est toujours là sans être là, continue imperturbablement à cuisiner pour son fils côtes de porc et petits pois comme elle l’avait fait pour son mari quelques scènes auparavant. Reproduisant à l’infini son comportement de femme-victime qui ne prend pas le dessus.

La fin est dantesque, dans le non-sens. Un road-movie à la Thelma et Louise avec sa logeuse soudain complice d’une fuite vers l’étranger. Sur les docks de Zeebruges, Rose, le visage tourné vers la mer, se résigne, telle une héroïne de tragédie grecque, trahie par sa propre chair…

Déprimant, oui. Car ce portrait de femme battue et résignée me fait froid dans le dos. Parce ce fils, qui trahit sa mère au nom de je-ne-sais quel argument valable mérite des claques. Parce que ce journaliste fouille-merde qui trahit son ami au nom de l’audimat me donne la nausée. Parce que ce mari violent est tout simplement insupportable. Parce que ce film ne laisse entrevoir aucun espoir, pas même dans les paysages (la scène finale n’offre même pas l’horizon de l’océan ! nos yeux ne voient que ce mur métallique de containers attendant leur départ).

Il reste juste Yolande Moreau, incroyable actrice, plus vraie que nature dans son rôle d’agricultrice subissant sa destinée de plein fouet, sans relever le moindre sourcil, sans faire le moindre ourlet fantaisiste à ses blouses démodées et surannées. Et cette scène étrange au début du film : Rose, dans son bain, jouant avec les bulles de savon, entre ses mains, décidant l’indicible.

Le soleil marseillais me manque…

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