Littérature rose ?

Ahhhh je vous sens frétillant d’un seul coup ! Enfin, pour une fois, elle ne va pas nous parler de polars trash et affreux… Détrompez-vous, j’ai plus d’un tour dans mon sac Et si le titre du roman de Jean-Baptiste Del Amo, Une éducation libertine, peut être un appel du pied à des lectures plus roses, il n’en dévoile pas moins une réalité beaucoup moins voluptueuse…

Un premier roman historique et d’apprentissage pour le montpelliérien de 26 ans qui conte le parcours initiatique et sexuel d’un jeune Breton au temps des Lumières.

Les premiers mots du roman dressent un portrait peu flatteur de Paris, plutôt Cour des Miracles que Ville-Lumière. Restera une odeur tenace jusqu’à la fin de la lecture. « Paris, nombril crasseux et puant de France. (…) Dans cette géhenne, la chaleur de l’été collait aux visages, drapait les corps de feu, (…) suffoquait les femmes aux poitrines poisseuses. Les glandes sudorales déversaient par flots leurs humeurs. Jaillies d’aisselles velues, elles s’écoulaient des flancs aux fesses puis sur les jambes. (…) La crasse s’écoulait comme un sédiment, marquait les plis aux articulations de traces noires. (…) La puanteur de l’un se mêlait à la puanteur de l’autre quand déjà les corps ne se frottaient pas, mélangeant leurs sueurs respectives. »

Bordels, prostitution, frivolité, volupté, mépris, morale, raffinement, crasse, bas-fonds, chairs, vices, plaisirs : le roman emprunte et mêle à souhait toutes les thématiques. Et Gaspard, jeune quimpérois fraîchement débarqué de sa Bretonnie quimpéroise natale y piochera allègrement pour assurer son ascension sociale. En couchant avec hommes ou femmes selon l’intérêt et en dépit de toute moralité. En errant dans le bourbier parisien de 1760 parfaitement décrit : On sent presque les relents nauséabonds au fil des pages et il y a du Parfum de Süskind en filigrane… Ici, le libertinage n’est que noirceur et on est loin de l’ambiance des Liaisons Dangereuses de Choderlos de Laclos.

Les rencontres se suivent et ne se ressemblent en rien : Justin Bullod, le perruquier qui lui assurera son apprentissage, le Comte Étienne de V., initiateur de son homosexualité, « homme sans vertu, sans conscience » dont Gaspard ne se remettra jamais tout à fait ; Emma la prostituée ; les d’Annovres, qui lui ouvriront la porte de l’aristocratie et bien plus encore…

Un livre cru, violent et noir. Dans la lignée des polars que j’engloutis finalement…

Auteur : Jean-Baptiste Del Amo
Edition : Gallimard
Collection : Folio
Date de parution : Février 2010
Nombre de pages : 455 p.
Couverture : Girodet, Portrait d’homme (détail). Musée Bonnat-Bayonne. Photo. Bridgeman Giraudon

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