Blanche Neige, sauce Disney ou Preljocaj ?

Participer à un atelier chorégraphique, c’est non seulement danser mais aussi s’inspirer de sujets divers et variés. Travaillant sur la thématique du conte cette année, nous nous sommes plongées, non sans un certain revival de nos jeunes années, dans les recueils d’histoires populaires. Entre Grimm, Perrault et les autres, il y a de quoi faire. Et comme les contes n’ont pas inspiré que la littérature, nous avons aussi farfouillé du côté des films, dessins animés et chorégraphes.

A l’ordre du jour : Blanche Neige, version dessin animé de Walt Disney et version ballet contemporain de Preljocaj.

Ravivons vos souvenirs enfantins en quelques mots : marâtre, miroir, beauté, prince, chasseur, biche, cœur, forêt, chaumière, nains, sorcière, pomme, sommeil, cercueil de verre, baiser, réveil, amour, château.

Blanche-Neige et les Sept Nains (Snow White and the Seven Dwarfs), est le premier long-métrage d’animation des studios Disney, sorti le 21 décembre 1937 au Carthay Circle Theater de Hollywood. Le film est une adaptation du conte homonyme des frères Grimm paru en 1812, conte fortement ancré dans les traditions européennes. Des différences subtiles existent entre les deux adaptations. Mais quand aujourd’hui, on regarde le dessin animé, on est frappé par :

– la naïveté de Blanche-Neige, qui minaude de façon constante. La gestuelle de ses bras est complètement décalée et sa tête constamment penchée ainsi que son sourire béat font d’elle une espèce de jeune fille naïve et assez décervelée.


– son épanouissement à travers le ménage quand elle arrive dans la chaumière des nains est une lecture tout à fait intéressante du rôle de la femme en 1940… Et je m’étonne qu’on puisse encore montrer ce film de nos jours aux petites filles sans un message d’avertissement préalable.


– finalement le rôle le plus intéressant est celui de la belle-mère, la marâtre, transformée en sorcière ! une métamorphose, des rictus, un côté sombre, une mort affreuse… Bien plus fascinant que le rôle de la candide Blanche-Neige !


On ne relèvera pas ce désir étrange de la mère, façonnant son enfant selon des desiderata assez fermes : teint blanc comme la neige, aux lèvres rouges comme le sang et aux cheveux noirs comme le bois d´ébène. Cette mère qui disparait d’ailleurs complètement dans le dessin animé… Contrairement au ballet de Preljocaj.

Le chorégraphe Preljocaj a fait le choix de revenir aux sources du conte pour créer son ballet, en l’occurrence le conte des Frères Grimm. Créé en 2008, le ballet fait appel à 26 danseurs, costumés par Jean-Paul Gautier, évoluant sur les notes des symphonies de Gustav Mahler et dans les décors assez somptueux de Thierry Leproust.

La toute première scène est d’une violence incroyable : cette danseuse-mère allongée au sol, toute de noire vêtue, qui accouche difficilement et meurt en mettant au monde cette fille aux cheveux noirs et à la peau blanche comme la neige (voir la vidéo d’Arte). On plonge de façon unilatérale dans une lecture sombre et agressive du conte, mais dans sa vraie version. Scène en miroir lorsque cette mère viendra chercher sa fille, mourante à cause d’une pomme, dans une envol d’une grande beauté.


On retrouve dans ce ballet certains éléments complètement absents du dessin animé : un érotisme latent et une violence explosive entre autres.

L’érotisme est en effet complètement lissé chez Disney : à part le baiser final, rien, nada entre le Prince et Blanche-Neige. Chez Preljocaj, la tenue de Blanche-Neige laisse plus qu’entr’apercevoir formes et anatomie de la jeune femme. Lors de la rencontre avec le Prince, il y a contact charnel et sensuel (–> voir la vidéo Preljocaj Blanche Neige Extraits en bas de l’article à 2’08).


La méchante Reine est quant à elle une bombe sexuelle, nimbée dans sa guêpière en latex et ses bottes montantes en cuir. Les deux chats qui l’accompagnent, tout en mouvements lascifs, amplifient d’autant plus le phénomène.


Violence évidemment, à l’image du conte (trouvez-moi un conte qui ne soit pas violent, hein !) :

– Violence de l’accouchement (ah, le sacro-saint « tu enfanteras dans la douleur ! »), de la mort en donnant la vie,

– violence de la jalousie de la reine, symbolisée par des mouvements très vifs et saccadés, à chaque fois qu’elle apparait sur scène


– violence de la chasse à la biche par les chasseurs de la reine (symbolisés très ironiquement par des costumes militaires),

– violence de l’échange à la pomme entre la reine transformée en vieille femme et de Blanche-Neige ingénue (cette façon qu’a la Reine de lui planter la pomme dans les gencives en lui renversant la tête est absolument épouvantable ! –> voir la vidéo Preljocaj Blanche Neige Extraits en bas de l’article à 3’48),


– violence de la danse entre le Prince, fou de douleur et sa Blanche-Neige, morte et ne répondant à aucun mouvement telle une poupée de chiffon ballotée de part et d’autre (–> voir la vidéo Preljocaj Blanche Neige Extraits en bas de l’article à 4’38),


– violence de la punition contre la Reine, sommée de porter des chaussons rouges brûlants (–> voir la vidéo Preljocaj Blanche Neige Extraits en bas de l’article à 5’07)…


Comme dans le dessin animé, le personnage de la Reine est absolument fascinant. Il écrase moins Blanche-Neige, qui a un rôle dans le ballet beaucoup plus expressif que dans le Disney, mais néanmoins, chaque apparition de la Reine ne peut que marquer le spectateur. Elle explose sur scène, juchée sur ses talons, débordant de son espace vital avec cette jupe-cape à ampleur volante (–> voir la vidéo Preljocaj Blanche Neige Extraits en bas de l’article à 2’27).


Et puis, on retrouve des objets, interprétés ici de façon grandiose. Ce miroir gigantesque posé sur scène ou la Reine fait face à un double, se transformant en Blanche-Neige et déclenchant sa fureur. Un vrai travail de danseur en face-à-face. Admirable.


Et puis, il y a tout le travail du chorégraphe. Notamment ses partitions de groupe. Quand la quasi totalité des 26 danseurs est sur scène. Ce talent inouï pour les faire évoluer de façon très contemporaine sur une musique classique ; pour lier effet de groupe et en même temps fluidité, multiplicité et mouvements en quinquonce.
Quant aux nains-escaladeurs, dont la partie chorégraphiée sur un mur vertical est tout simplement ébouriffante, ils échappent dans la relecture du conte par le chorégraphe à tous les clichés dont ils étaient affublés chez Disney.

Blanche-Neige [extraits]

Le travail effectué par Jean-Paul Gautier est assez impressionnant (lire son interview sur Arte). Seul bemol : le costume de Blanche-Neige, dont les drapés sont magnifiques mais qui prend parfois des airs de couche pour incontinents… et c’est bien dommage !

Au final, vous devinerez sans difficulté quel DVD a emporté mon suffrage. Ceci dit, en surfant un peu sur le web, on découvre d’autres versions tout à fait intéressantes :

Celle de Betty Boop ci-dessous :

Et puis, celle beaucoup plus surprenante du dessin animé dans une version musicale remixée : Wishery (Disney Remix) … De quoi me réconcilier un peu avec Disney finalement.

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