Convalescence et lectures en pagaille #2

Suite de la convalescence en mode « je bouquine tout ce qui me passe sous le museau ». Je vais exploser mes stats de lectures pour 2011 en tout cas !

Plongée dans un univers qui m’est complètement étranger avec Rêves de garçons de Laura Kasischke : celui des cheerleaders ou poms poms girls, ces filles jusqu’au bout des ongles et des baskets. On fait la connaissance de Kristy et Desiree, deux jeunes américaines, les meilleures amies du monde, dans la fleur de l’âge. Participant à un camp de vacances pour pom-pom girls dans l’Indiana, elles y rencontrent Kirsti. Elles ont 17 ans, sont jeunes et jolies, ont la peau bronzée, pas un gramme de cellulite sur les fesses et rêvent de garçons. Elles roulent en mustang rouge, se moquent des filles un peu rondelettes, ont peur de la moindre petite bête et sortent tout droit d’une série B pour teenagers. Séchant une énième série d’abdominaux, elles prennent la route à bord de leur bolide, bien décidées à aller piquer une tête au mystérieux Lac des Amants. Le monde semble leur appartenir et pourtant…
Si le premier chapitre, sorte de prologue, peut sembler déconcertant car il évoque ces légendes urbaines, celles que l’on se raconte à la nuit tombée autour des feux de camps en faisant griller des marshmallows et en frissonnant légèrement malgré la chaleur étouffante de l’été, il n’en est pas moins un fil conducteur pour toute cette histoire. Le ton léger et badin des premiers chapitres laisse poindre une angoisse sourde, qui s’insinue au fil des pages, jusqu’au point de non retour, quand un simple détail fait basculer un récit dans l’horreur implacable…
Moralité : souvenez-vous de ne jamais sourire aux garçons qui roulent en break pourri et rouillé !

Autre univers avec Rappelez-vous ce qui est arrivé aux dinosaures de Frédéric Paulin, auteur rennais : la grippe et son univers impitoyable… Rennes, son centre-ville animé, ses quartiers chics, sa ZUP sud, son CHU, sa municipalité généreuse, ses trafics de drogue, ses flics ripoux, sa grippe H1N1 et ses dinosaures. Ou comment une simple grippe A provoque une hécatombe dans les rangs des dealers mais aussi des consommateurs et met à mal un business de drogue et un pan de politique locale.

Synopsis : Avec l’aide des subventions généreuses d’une asso jeunesse missionnée par la municipalité pour réveiller les statistiques de réinsertion sociale, Farid, Zinedine et Ronald deviennent entrepreneurs en économie parallèle. Il faut dire que dans la capitale bretonne la cocaïne est devenue un produit de consommation courante, le fuel des « mecs qui ont accepté de se lever plus tôt pour gagner un peu plus ». Mais c’était sans compter le jeu de chassé-croisé avec le lieutenant Gascogne et ses hommes de la BAC. Un homme tenace, bourru et intègre qui place sur un pied d’estale piedestal (et merci à Fafa pour le repérage de la grosse coquille !) sa mission au sein de la Brigade, le maintien de l’ordre mais non sans poésie : « Mais chaque chose avait son temps et l’empathie était un sentiment d’après-midi de fin juillet à l’ombre des arbres, lorsque le soleil vous brûle les arpions et qu’un rosé de Provence se réchauffe lentement dans votre verre. Ici et maintenant, il s’agissait de faire régner la justice ».
Et puis, il y a ce virus, cette « grippe mexicaine, H1machinchose » qui vient mettre son grain de sel dans les rouages. Cette gangrène virale est arrivée des quartiers chics, plus précisément de Mme Le Clech, bobo du quartier Sévigné « pull bleu marine par-dessus un corsage à carreaux vichy, un serre-tête dans les cheveux, un auto-collant Sacré-cœur collé à l’arrière de son break spécialement aménagé pour recevoir sa nombreuse progéniture ». Une poule pondeuse qui transmet une maladie de gallinacées ? Ou le paradoxe de l’œuf et de la poule… Contaminant tout à tour Alain Duprès, adjoint à la jeunesse et médecin des beaux quartiers, puis Elvis Dubrinfaux, médecin qui se fout de tout depuis un chagrin d’amour, cette grippe met à mal tout le système médical rennais engorgeant les urgences comme jamais les étudiants n’ont réussi à le faire le jeudi soir… Nos trois apprentis dealers semi-gros sont rattrapés par cette grippe et par Tarasit, le pompier valeureux du SDIS 35, qui passe de l’ombre à la lumière au fil du thriller. Un drame en trois actes qui finit sur un Deus ex-machina de toute beauté, entre rixes entre ripoux et flics intègres sur fond d’histoire politique nauséabonde…

Une joyeuse galerie de personnages hauts en couleur et bien trempés ; des histoires parallèles à la Alejandro González Inárritu qui se croisent, se décroisent et se rejoignent au fil des ravages d’un tout petit virus. Un thriller à la saveur d’un colt six-coups qui fustige sous la plume narrative les dérives de la capitale bretonne et de la société en général avec humour noir : et pan ! la démocratie participative. Et pan ! la réinsertion sociale et ses associations joyeusement transparentes et honteusement subventionnées pour la seule vitrine de politiques corrompus. Et pan ! la ministre de la Santé en vacances à Ibiza et la gestion calamiteuse des maladies contagieuses en France. Et pan ! les médecins qui font allégeance au serment d’Hypocrite et engloutissent des petits fours et du champagne aux frais de la princesse. Et pan ! la Visitation, « verrue consumériste plantée au milieu d’un centre-ville vendu au commerce et à la spéculation immobilière »

Et malgré l’avertissement de la 4è de couverture (« la ressemblance des héros et des actions avec des personnages et des faits ayant réellement existé n’est bien évidemment que pure coïncidence »), on s’amuse des ressemblances et coïncidences en lisant ce thriller. Cette prophylaxie d’envergure nationale, voire mondiale, ressemble à s’y méprendre à la mascarade dénoncée par la Cour des Comptes en février 2011. Cette dénonciation humoristique s’accompagne au passage d’une égratignure sur l’égoïsme avéré des citoyens : « Il semble aussi que les gens sont faibles et qu’ils acceptent les pires horreurs pour peu qu’on ne leur complique pas la vie ».
Une écriture vive et acérée, un humour noir au vitriol mais aussi de la douceur, mâtinée d’un réalisme certain dans les passages consacrés au père du lieutenant Gascogne, en maison de retraite pour maladie d’Alzheimer. Ou la vieillesse tendresse, débarrassée des démons et querelles d’antan. Une bande-son cosmopolite, de Serge Reggiani et son « Vieux Couple » à « Rebel Waltz » des Clash…
Et les dinosaures dans tout ça ? lisez donc ce thriller et jetez un œil sur les tags et graffitis qui vous entourent. Certains pourraient être prophétiques !
(A noter : ce thriller est publié aux éditions malouines Pascal Galodé éditeurs pour la modique somme de 18 euros. Vous pouvez vous le procurer dans toute bonne librairie digne de ce nom et pour les Rennais, soutenez donc le commerce local en faisant emplette par là : Café-Librairie La Cour des miracles, Librairie Le Failler, la librairie M’enfin)

Et hop, changeons encore d’univers grâce à Suite(s) impériale(s) de Bret Easton Ellis, et prenons la direction de la tentaculaire mais néanmoins ensoleillée californienne Los Angeles. Pour un roman noir digne de l’écrivain, enfant terrible de la littérature américaine, et qui serait la suite de son premier roman, Moins que Zero, que je n’ai malheureusement pas lu. Nous voilà plongés dans le monde du cinéma hollywoodien par le biais de Clay, scénariste, la quarantaine désenchantée, englué dans un cauchemar de défonce, de prostitution et de meurtres. Comme une descente aux enfers entre SMS mystérieux, nuits de baise avec Rain qui descend la tequila comme vous buvez du petit lait, et séances de casting ennuyeuses.

Chapitre après chapitre, les fêtes alcoolisées s’enchainent ainsi que les dialogues creux et les histoires de Q pour lesquelles il faudrait un guide du Qui couche avec qui en début d’ouvrage : « Quand Rain et moi, nous nous sommes séparés quelque temps, Rip a commencé à la draguer… et puis, lorsqu’elle a fait la connaissance de Kelly…euh, Rip s’est mis à sortir avec Mandy. Et ça n’a pas duré, et il a essayé de se remettre avec Rain, mais…ça ne pouvait pas marcher »
Il faut s’accrocher pour commencer – j’ai failli abandonner au bout de 25 pages ! -, et puis, le rythme s’accélère. On suit l’intrigue, monté à bord d’une décapotable sur Mulholland Drive ou Sunset Boulevard, les cheveux au vent, alléchés par l’odeur du sang, du sexe et de l’alcool. Un bouquin délicieusement dépravé, moins trash que American Pyscho mais tout aussi désenchanté que Les Lois de l’Attraction.

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4 réflexions au sujet de « Convalescence et lectures en pagaille #2 »

  1. Isabelle

    Lisenn, ta plume donnerait envie même à un ado récalcitrant de prendre un abonnement à la bibliothèque municipale. Des pensées nombreuses pour notre chère convalescente.

    Répondre

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