Recyclage décoratif

J’ai sans doute été traumatisée par mes amis du lycée qui disaient de moi que j’étais une véritable intello. Aujourd’hui, je me venge et j’arrive à faire quelque chose de mes dix doigts… Depuis des années, à chaque vacances, je vais traîner avec ma mère au dépôt Emmaüs situé non loin de chez nous. La plupart du temps, nous y déposons tout un tas de choses qui ne nous servent plus et feront sûrement le bonheur de quelqu’un. Au fil du temps, nous avons nous aussi récupéré bouquins, tissus… et meubles. Notre dernier passe-temps : récupérer de vieux fauteuils et se lancer dans un atelier restauration-tapisserie. Notre premier galop d’essai fut un fauteuil tout bête, jaune pisseux, devenu velours rayé ultra coloré.

Pas trop téméraires et encore moins aguerries, nous n’avions changé que le tissu (la bagatelle de 8h30 de boulot à deux, près de m3 de tissu, 400 semences de tapissiers et 4m de galon…). Plus tard, ma mère a arpenté le net, commandé des bouquins et du matériel, regardé attentivement des vidéos et elle a refait entièrement son Voltaire.

Du coup, cet été, j’ai décidé de me lancer dans l’aventure, sous ses conseils avisés. J’ai trouvé deux chaises toutes moches chez Emmaüs et hop !

Première opération et non des moindres : le dégarnissage des chaises ou la mise à nu. A l’aide d’un pied de biche, il faut enlever les clous de décoration qui maintiennent le galon et font « joli » ainsi que les agrafes qui fixent le tissu (symbole d’un travail non artisanal d’ailleurs…). Maillet et ciseau deviennent vos amis de souffrance… L’opération demande un semblant de doigté car il faut éviter d’abîmer l’armature en bois. Une fois que mes chaises furent dénudées, opération dévernissage puis décapage et enfin traitement du bois.

Puis opération peintures. Premier atelier : une sous-couche d’accroche blanche avant de passer au second atelier : la peinture définitive, jaune anis ici en l’occurrence.

Atelier transformation #1 Atelier transformation #2

Atelier #3 : le sanglage. Opération importante car c’est ce qui assure l’assise de votre séant dans les années à venir… Un certain nombre d’outils sont nécessaires : un outil barbare nommé tire-sangles, qui permet de fixer la sangle en tension ; des semences de tapissier taille 12/6. Il faut fixer les sangles d’un bord à l’autre en les croisant dessus-dessous et de façon horizontale et verticale. Un vrai jeu de tissage !

Atelier transformation #3 Atelier transformation #4

Atelier #4 : le guindage. Ou plus communément la fixation des ressorts. Opération assez délicate également qui assure encore une fois le futur confort de votre séant. Il faut déterminer le nombre de ressorts puis les fixer avec attention avec un carrelet courbé (une grande aiguille courbe) et de la ficelle à piquer. Les ficelles ne doivent pas se croiser pour éviter les frottements et les noeuds des ressorts ne doivent jamais se trouver vers l’extérieur. Pourquoi ? je ne saurais vous dire…

Atelier #5 : la pose des cordes. Elles permettent de maintenir les ressorts en place et de les aplatir. Et là, il faut être marin et savoir faire des têtes d’alouette autour des semences et des nœuds de cabestan sur les pavillons ! Une fois l’opération menée à bien, on remplit chaque ressort de crin vert.

Atelier transformation #5

Atelier #6 : la pose de la toile forte. Une grosse toile qui sert à isoler les ressorts du crin d’assise et à maintenir les têtes de ressorts. Une fois la toile fixée avec des semences, il s’agit de fixer les ressorts par 4 points à cette fameuse toile. Il faut bien viser, ne pas transpercer les sangles en dessous et se protéger les doigts avec un dé !

Atelier transformation #6 Atelier transformation #7

Atelier #7 : la mise en crin. On pose d’abord des lacets tout autour du cadre en bois de la chaise pour y coincer le crin cardé au préalable, c’est-à-dire aéré avec les doigts et débarrassé des petits brins durs qu’on peut y trouver. Quand le crin est disposé, on l’emballe avec un carré de toile d’embourrure. on pratique ensuite une opération couture : le point de fond qui maintient et règle le volume du crin entre la toile forte et la toile d’embourrure. A vos carrelets droits ! S’ensuit l’opération de rabattage qui consiste à découper et fixer de façon nette et définitive la toile d’embourrure.

Atelier #8 : Mise en blanc. Opération presque finale ! on pose de la toile blanche avant la pose du tissu de couverture, afin de préserver la forme définitive du crin. Une jolie doublure en quelque sorte !

Atelier transformation #9

Atelier #9 : la pose du tissu définitif. Dernière ligne droite ! Précision recommandée : bien tendre le tissu, bien répartir les motifs si le tissu en contient, bien poser les semences en les répartissant de façon égale. J’ai rajouté du galon pour finir le tout, non sans mal car les clous de décoration sont d’une fragilité et d’une souplesse sans pareil sous les coups du petit marteau…

Atelier transformation #10 Atelier transformation #12

Atelier #10 : la pose du jaconas. Vous pensiez que tout était fini ! non, il faut cacher les sangles du dessous. Avec un tissu solide, qu’il faut fixer comme dans les coloriages, sans dépasser ni déborder…

Atelier transformation #11

Et voilà le résultat final !

Atelier transformation #13

J’ai abandonné le décompte des heures et du nombre de semences de tapissier nécessaires à l’ensemble de l’opération. Je me suis écrasée les doigts deux ou trois fois, mais vu le résultat, ce n’est pas bien grave…
Et maintenant, je fais quoi ? et bien, je retourne à l’atelier d’Emmaüs et je cherche fauteuil ou chaises à relooker/recycler !

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5 réflexions au sujet de « Recyclage décoratif »

  1. jaygarrickstrip

    Purée, quel travail de Titan! On ne se l’imagine pas!

    Mon grand-père a été menuisier presque toute sa vie; il a restauré de sublimes chaises pendant des années. Voir ton travail me fait penser à lui, et à toute la connaissance qu’il a accumulé là-dedans. Et moi d’avoir envie de lui rendre visite pour qu’il m’apprenne quelques petites choses tiens… Merci!

    En tout cas bravo pour ton travail. Tu es précautionneuse et attentive, ça se voit! Amusant ce jaune en tout cas ;-)

    Répondre
  2. Olivier

    Hum, hum… j’ai toujours mes 6 chaises art-déco à restaurer. A la différence, notable, que les assises se démontent ; on n’a donc pas besoin de manipuler toute la chaise pour réparer le « coussin ». Et on peut aussi le transporter facilement. Par exemple pour aller voir son (sa) professeur(e) de restauration… Que je cherche désespérément !
    Alors, tentée par l’expérience ???
    ;))

    (Je paye ma binouse, oeuf corse…)

    Répondre
    1. LeeZen Auteur de l’article

      @Olivier : ouh là ! merci de ta confiance mais je ne me sens pas encore assez aguerrie pour me lancer dans des réfections pour autrui ! Il faudrait que je poursuive plus assidûment mon apprentissage !

      Répondre
      1. Olivier

        ‘tention, il n’est pas question que je laisse quelqu’un(e) faire à ma place ! J’ai juste besoin d’un « guide » qui m’encadre, qui me dise si je prends les choses dans le bon ordre, et qui me donne un avis technique…

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