A défaut de cinéma belge…

… de la littérature belge ! Et on dit merci à la Bibliothèque des Champs libres qui propose une sélection tout à fait sympathique de littérature belge durant le festival Travelling Bruxelles.

C’est ainsi que je me suis retrouvée face à face avec 10 000 litres d’horreur pure : modeste contribution à une sous-culture de Thomas Gunzig. Ce dernier est le petit prodige de la littérature belge. Son premier roman, Mort d’un parfait bilingue, a reçu de multiples prix internationaux.

Thomas Gunzig livre, dans une courte introduction, les clés du pourquoi du comment de l’écriture d’un tel roman. Qui commence par une jolie critique de la société de consommation… « Nous n’avons pas été très nombreux au début à posséder un lecteur VHS. C’était cher, c’était nouveau, il fallait avoir des parents sans aucun sens des réalités pour mettre l’équivalent de mille euros dans une technologie dont on ne percevait pas, alors, toute la portée… ». Qui analyse ensuite la fascination pour ce genre cinématographique : « Ce que nous cherchions, les mains tremblantes, comme de vrais petits camés en manque, c’était du transgressif, du sale de l’épais, du nauséeux, du nauséabond et plus encore si possible, de l’innommable, des films tellement terribles que nous n’avions pas les mots pour les décrire, des films qui, si possible, allaient faire de nous des hommes ».

Ce roman est la transcription parfaite d’un film d’horreur de série B, un vrai slasher movie ! Un roman qui se veut le plus parfait hommage à ce sous-genre de film d’horreur mettant en scène les meurtres d’un tueur psychopathe, généralement masqué, qui élimine méthodiquement un groupe d’individus, souvent jeunes, à l’arme blanche.

Dans 10 000 litres d’horreur pure, on retrouve tous les ingrédients du genre : cinq étudiants partent en week-end dans un chalet perdu au bord d’un lac pour se détendre après leurs examens. Parmi ces cinq étudiants, il y a deux couples : Ivana et Marc, Kathy et JC. Et puis il y a Patrice, « petit, pas vraiment gros », qui « porte des lunettes comme celles du « général Jaruzelski » mais qui n’ose pas les « changer par crainte d’empirer les choses ». De surcroit, il fait des « études de chimie, la science des bigleux en tablier, la science des produits qui sentent mauvais et qui piquent les yeux » selon les filles. Patrice, « le puceau de vingt ans, aussi bourré de complexes qu’un éclair au chocolat peut être bourré de crème ».

Kathy, en 3è année de psycho, c’est la bimbo blonde de magazine, qui a » autant de sensibilité qu’un tapir« . Qui n’aime pas la campagne, « forme de régression culturelle. Un mouvement contre-nature de l’évolution qui voulait que l’humain passe du champ à l’appartement Philippe Starck sans retour arrière ». elle sort avec JC, le « beau gars individualiste, élevé dans les valeurs égoïstes d’une grande famille d’industriels, idolâtré par sa maman, programmé par son papa pour être un « gagnant », champion junior de squash, toutes les filles à ses pieds et un avenir sans nuages de oisif ». Un dégénéré selon Ivana pour qui « ces fils de grandes familles étaient le fruit de trop d’unions endogames pour être parfaitement droits dans leurs gènes. Un culte de l’excellence qui donnait de sales cons à la JC. Un bel emballage de gamin bien nourri, de jolis pulls en fil d’Écosse, de jolies voitures… Mais un cerveau définitivement pourri… ». JC, qui sort avec Kathy, parce qu’elle est bien foutue malgré sa voix qui lui fait l’effet d’un couinement de rat.

Ivana, l’étudiante la plus brillante de la faculté de droit, étudie avec rage. Car pour elle, serveuse dans un restaurant pseudo_italien, gérant la vie de sa mère alcoolique, les études sont une question de survie. En couple, depuis un an avec Marc, étudiant tout aussi intello qu’elle et qui ne part jamais à la campagne sans son arbalète, elle ne comprend pas que ce dernier soit ami avec un crétin comme JC.

Et cette joyeuse galerie de portraits-clichés se supporte à la seule idée de passer un WE dans le bungalow de la Tante Micheline de Patrice. Mais le soir venu, une silhouette dans le jardin, des lumières dans la maison pourtant abandonnée de l’autre côté du lac vont avoir raison de ce WE au calme…

Mais loin de se contenter des clichés, Thomas Gunzig nous entraine avec ce petit monde dans une histoire rocambolesque et surréaliste, où les disparus ne le sont pas vraiment, où des météorites anciennement tombées à proximité ont libéré d’étranges créatures prêtes à se battre pour un échange d’ovaires et de zizis, où des lacs souterrains sont plus meurtriers que des scalpels bien affûtés… C’est déjanté et exagéré à souhait et cela fonctionne à merveille ! on dévore ce livre jusqu’au dernier chapitre avec un plaisir malsain (qui va mourir en premier ?). Enfin, pour peu que l’on soit adepte du genre, bien entendu !

Une seule certitude : vous ne regarderez plus jamais la bonde de votre baignoire de la même façon…

10 000 litres d’horreur pure : modeste contribution à une sous-culture / Editions Au Diable Vauvert, 2007.

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