Béjart, shoot de danse puissance 10

Il est des ballets ou des scènes ou des chorégraphes que l’on se doit de voir quand on est un tant soit peu passionné(e) de danse.

Certains rêves deviennent parfois réalité, comme voir Carolyn Carlson au Théâtre de la Ville, avoir enfin assisté à une représentation du Lac des Cygnes, voir un ballet de Preljocaj… La liste est longue : voir West Side Story à NYC, aller une fois au Bolchoï, voir un ballet à l’Opéra Garnier. Depuis mercredi dernier, j’ai réalisé un de ces rêves : voir le ballet de Béjart et notamment son Bolero.

Hop, direction Paris mercredi en fin d’après-midi. RDV avec ma mère et ma tante au Palais des Congrès Porte Maillot. Au programme : 3 ballets – Dionysos, Aria et le Boléro – pour les 25 ans du Béjart Ballet Lausanne dont deux totalement inédits à Paris (Dionysos et Aria).
La salle est comble. Rien que la bagatelle de 3 300 personnes. Une jauge impressionnante. Nous sommes relativement bien placées, rang L au centre. Les tarifs s’échelonnent de 47 à 122 euros et je ne saurais que trop remercier ma maman de m’avoir offert ce très beau cadeau d’anniversaire…

Dionysos (suite) est une chorégraphie de Maurice Béjart, créée en 1984 : Dans une taverne grecque de nos jours, un Grec raconte le mythe de Dionysos, sa naissance miraculeuse et ses danses endiablées qui, de la Grèce, rejoignent le Moyen Orient sur la Route des Indes. Et le rêve devient réalité et la danse dionysiaque s’empare de l’espace.


Ce ballet transpire la force masculine et en même temps sa grande sensualité. Les danseurs dégagent une puissance incroyable et en même temps une douceur que l’on est plus habitués à voir chez les danseuses. Les costumes sont splendides, signés Versace.

La musique grecque, un brin nostalgique, composée par Manos Hadjidakis contraste avec les extraits de Wagner. Et quand vers la fin de la chorégraphie, un battle de sirtaki s’improvise, on se prête à penser que Béjart était décidément un grand visionnaire et avait anticipé les batlles de hip-hop !

Un vrai tourbillon de couleurs dédié à la danse. Une trentaine de danseurs sur scène alternant les tableaux…


Trois solistes sortent cependant du lot : Le duo Kateryna Shalkina, Semele d’une renversante féminité, et Julien Favreau, Zeus à la grâce olympienne, qui exécutent un pas de deux absolument renversant avec un porté de toute beauté.

Et il y a Oscar Chacon, Dionysos éblouissant de présence charnelle, d’une sensualité à l’état pur. Des lignes fluides, une souplesse du corps, un travail d’interprétation absolument renversants. Gros succès à l’applaudimètre…

Après l’entracte, voici Aria, ballet de Gil Roman sur le mythe du Minotaure, créé en 2008 peu après la mort de Maurice Béjart, et qui fait aussi partie du programme anniversaire : Le mythe du Minotaure, mis en scène dans Aria, est à l’image de la condition d’artiste, de sa situation labyrinthique interne : la tentative de fusion entre l’instinct et la raison.

Un très beau ballet, très contemporain dans son approche. Très intellectuel. Même si la marque du maître est toujours là, Gil Roman impose sa patte. Les musiques ne sont plus qu’instrumentales ; elles relèvent aussi de choix beaucoup plus contemporains. Entre les chants traditionnels inuits, des extraits de J.-S. Bach, de Nine Inch Nails ou de Melponem, une volonté de briser l’ensemble musical et de créer un patchwork à entendre.
De très belles scènes d’ensemble…

Un duo en noir et rouge absolument splendide. Trois Ariane(s) promenant un homme par le dos de la chemise…

Extrait :

Dernier entracte avant de retenir son souffle pendant environ 15 minutes pour le Boléro par Béjart. Un ballet mondialement connu sur la partition de Ravel : Maurice Béjart précise en ces termes sa conception de l’oeuvre de Ravel: «Musique très connue et pourtant toujours nouvelle grâce à sa simplicité. Une mélodie – d’origine orientale et non espagnole – s’enroule inlassablement sur elle-même, va en augmentant de volume et d’intensité, dévorant l’espace sonore et engloutissant à la fin la mélodie».

Maurice Béjart confie le rôle central – la Mélodie – tantôt à une danseuse, tantôt à un danseur. Le Rythme est interprété par un groupe de danseurs.
Mercredi, j’ai assisté à la version Un homme, des Hommes. Le soliste qui interprète la Mélodie est au centre de la pièce sur un tambour rouge. Le Rythme est assis sur des chaises rouges installées en U autour du tambour. Quand le mouvement se lance, on aperçoit d’abord uniquement les mains de la Mélodie grâce à une poursuite. Puis le corps du danseur prend vie, avec une précision, une force, une douceur. Le Rythme évolue au gré des mouvements du Boléro. Jusqu’à l’apothéose finale.

Il est difficile de décrire ce qu’on ressent à la vue de ce ballet. La musique prend aux tripes, nous entraîne dans son sillage hypnotique. Tout comme ce cercle rouge au centre de la scène avec le soliste. Les mouvements saccadés puis déliés du Rythme, composé par les 30 danseurs finissent de nous ensorceler. J’ai eu des frissons pendant 15 minutes ; j’ai dû oublier de respirer une bonne dizaine de fois ; j’avais les larmes aux yeux à la fin, devant tant de beauté et de perfection chorégraphique… Le Boléro par Béjart, c’est un shoot de danse puissance 10. Dont on ne se remet jamais je pense…

Prenez votre inspiration, laissez-vous emporter. Drogue douce mais intense…

Encore merci, maman…

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