Surf, vers et pollution

Tijuana-Straits-NunnQuand Kem Nunn sort un bouquin, on attend l’été pour le lire, histoires de surf oblige ! Car Kem Nunn est au polar de surf noir ce que les Beach Boys sont à la glisse musicale : un incontournable…

Avec ce quatrième titre publié en France, Tijuana Straits, on reste en Californie, mais bien plus au sud. Direction la frontière mexicaine et Tijuana. Sam Fahey, surfeur décati ayant hérité d’une ferme vermicole (ah ! la culture du lombric !), vit du bon côté de la frontière. Magdalena, jeune avocate âpre à la bataille pour défendre les victimes mexicaines des industries américaines polluantes, déboule par hasard dans sa vie. Elle vient du Mexique : « Putain de Mexique. Pour certains, ce n’était encore qu’une portion de Far West peuplée de cow-boys et de prostituées. Pour Fahey, c’était un tumulte insondable de peur et de perversité, source d’histoires barbares dont aucune n’égalait la sienne en injustices. » (pp. 16-17)

L’ancien champion de surf, devenu éleveur de lombrics après plusieurs années passées en prison, sauve donc Magdalena, l’activiste mexicaine. Victime de tueurs à gages, elle fuit son pays à travers les dunes de Las Playas, une meute de chiens affamés à ses trousses. Une rencontre inopinée entre deux bêtes sauvages et écorchées qui vont apprendre à se connaître et s’entraider.

Comme à chaque fois, Kem Nunn jongle avec des personnages désabusés, reclus, solitaires et éprouvés par la vie. Des personnages qu’il triture et « déshabille » au fil des pages, nous les rendant ainsi de plus en plus attachants. D’autant que ces personnages sont ici confrontés à des situations de violence assez insoutenables. Dans Tijuana Straits, la chasse à l’homme est cinglante et étouffante. L’âpreté du désert, la violence de l’océan, la folie des hommes : tous les ingrédients d’un cocktail angoissant ! Car chez Kem Nunn, la nature est à la fois piège et refuge…

Et comme dans La Reine de Pomona (1993), Surf City (1995) ou le Sabot du Diable (2004), le surf est libérateur. Dans Tijuana Straits, il devient même Sauveur, avec un grand S, tant on peut y lire une rédemption finale pour Sam Fahey. Rédemption qui égratigne au passage la géopolitique des lieux : Tijuana Straits, c’est à la fois ce cloaque d’eaux polluées qui tuent les mexicains riverains et ce paradis de surfeurs californiens qui viennent dompter des vagues impressionnantes formées par la houle et l’embouchure de la rivière Tijuana où sévissent les Tijuana Straits, courants violents de la Baie éponyme. Tijuana Straits, c’est aussi ce lieu où périssent noyés des candidats mexicains à l’émigration et à l’American dream…

On ne sort jamais indemne de la lecture d’un roman de Kem Nunn. De celui-ci encore moins. Marqué au fer noir, il obscurcira vos plus belles heures de plages ensoleillées. Il vous laissera un goût amer et salé sur la langue, un goût de rivière polluée et d’océan menaçant et déferlant. Un goût de No Man’s Land également. Et le Mystic Peak hantera vos nuits un bon moment, que vous soyiez surfeur ou non…

____________________________

Tijuana Straits / Kem NUNN – Ed. Sonatine (janvier 2011) – 21,30 euros / version poche chez 10/18 (mars 2012) – 8,10 euros

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s