Puz/zle : le Tetris géant chorégraphié

Un succès à Avignon en juillet, dans la carrière de Boulbon. C’est donc auréolé des lauriers du premier de la classe que Sidi Larbi Cherkaoui est venu présenter sa nouvelle pièce chorégraphique Puz/zle au TNB à Rennes.

Et quelle proposition ! 1h45 au bout desquelles on finit les tripes remuées, les rétines flinguées, des frissons partout et parfois les larmes aux yeux.

J’étais placée au 2è rang, au bord de ce Tétris géant, fait de blocs de « béton » modulables. Tantôt écran pour projection d’images, tantôt Mémorial de l’Holocauste de Berlin, tantôt escalier où dégoulinent les corps, tantôt Acropole athénienne, tantôt vulgaire mur de béton à graffitis. Ces blocs monolithes gris dansent sur scène, sous les gestes précis des danseurs. Un Tétris-puzzle, où chaque pièce doit trouver sa place. Comme les danseurs, tantôt écrasés sous les blocs, tantôt les escaladant, tantôt construisant et déconstruisant des figures.

Le chorégraphe explore les continents, les musiques, les émotions, les religions. Un joyeux mélange des genres, notamment musical. Entre les polyphonies corses d’A Filetta, les sonorités orientales de Fadia Tomb El-Hage, chanteuse libanaise et les percussions extrême-orientales du musicien japonais Kazunari Abe. Un mélange des corps relatifs aux spécificités des danseurs : hip-hop, butô, performances athlétiques… Une danse très théâtralisée où le propos et les visages sont graves. Des pas de deux, de trois, des ensembles, où le geste est le même ou en canon. Un duo masculin digne de la Mort du Cygne. Au fond, un spectacle qui s’apparente à une vraie recherche spirituelle.

Des pavés également. Accessoires chorégraphiques à part entière. Instruments de musique ou écueils dans les mouvements des danseurs. Autre accessoire, les costumes hybrides : les danseurs sont entièrement vêtus de noir et en sarouels sur le premier tableau, puis portent des vêtements blancs et noirs asymétriques et différents pour chacun des danseurs dans le deuxième tableau et enfin on les retrouve en vêtements de ville et baskets dans le troisième tableau, où la fluidité des mouvements est mise en avant.

De très belles images comme cette ligne de mouvements créée par les danseurs sur l’escalier oscillant de façon linéaire puis anarchique au son de la flûte du japonais Kazunari Abe.  Le chorégraphe se serait inspiré des mouvements de la nature (atomes, chaîne ADN, virus). Que l’on retrouve effectivement dans cette ronde de danseurs qui se fait et se défait, petits pavés au creux des mains, comme si ces derniers, par une étrange attraction-répulsion les entraînaient.

Un grand moment de danse donc, entre ordre et désordre, malgré quelques longueurs (le tableau mi-Babylone mi-Acropole m’a un peu moins fasciné que les deux autres…). Un grand chorégraphe, incontournable.

Et comme Arte Live Web, ce sont vraiment des gens chouettes (je ne vous le répéterai jamais assez !), occasion vous est donnée, si vous n’aviez pas pris de place pour le TNB de découvrir cette chorégraphie dans sa version « avignonesque »…

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