Polars de l’été

Je suis en retard. Je lis trop et je n’ai pas le temps de rédiger deux-trois articles en passant. Cet été, forcée au repos, j’ai pas mal bouquiné entre deux baignades. Et naturellement des polars. Au menu de rattrapage :

Des freaks délurés

J’ai retrouvé avec grand plaisir la plume de Joe R. Lansdale (Souvenez-vous d’Un tsunami mexicain). Un froid d’enfer, c’est le Texas, un looser trash, un braquage raté, des serpents, des monstres, des caravanes, une pulpeuse Gidget. Et une fin que l’on n’attend pas, mais alors pas du tout ! Lansdale a le don de nous transporter dans des histoires abracadabrantes, où les méandres recèlent de curieux trésors…

4è de couverture (pour vous mettre l’eau à la bouche) :
Las de supporter la puanteur du cadavre de sa mère qu’il a conservé pour toucher les allocations, le jeune Bill Roberts braque en face de chez lui la cabane d’un marchand de pétards.
La cavale qui s’en suit est une succession d’imprévus mortels où Bill s’adapte dans un environnement radicalement transformé par la fuite. Le pote sympa se transforme en allumé dangereux. Une mare tranquille devient, la nuit, le plus effroyable des marais et le plus simple des flics se découvre des instincts de prédateur… Tout plutôt que de se laisser prendre !
Le visage totalement déformé par les morsures de serpents, Bill croise la route d’un cirque itinérant spécialisé dans les monstres…

Le labo des laxatifs

La santé par les plantes de Francis Mizio est du même acabit que ONG ! de Iegor Gran et m’a tout autant amusée. Le calvaire d’un richissime patron de labo pharmaceutique atteint de constipation chronique et en quête du Graal, une plante rarissime dont les molécules pourraient produire le laxatif le plus puissant du monde, avouez que c’est risible. Francis Mizio s’amuse en outre à pointer les travers de notre société, sa mondialisation galopante, son culte de l’hygiène, sa course au profit… C’est déjanté et jubilatoire.

L’incipit (pour vous mettre l’eau à la bouche serait mal venu, vu le propos…) :
« Il posa sa calculette sur le dévidoir à papier toilette. Le résultat de son calcul le laissait perplexe. Jamais il n’avait pensé à calculer ça. Il reprit l’appareil et refit ses comptes. À raison de quatre heures par jour sur environ trois cent soixante-cinq jours, cela faisait mille quatre cent soixante heures. Sur vingt-neuf ans, cela représentait quarante deux mille trois cent quarante heures. Vingt-neuf ans puisqu’il en avait quarante-cinq et que cette foutue constipation avait débuté le soir de ses seize ans, à la surprise-partie de Samanth. Quarante-deux mille trois cent quarante heures divisées par vingt-quatre font mille sept cent soixante-quatre jours. Soit quatre virgule huit.
Lui, le chef d’entreprise le plus riche du monde. Lui, à la tête d’un des premiers laboratoires pharmaceutiques du monde, avait déjà passé QUATRE VIRGULE HUIT ANS DE SA VIE dans les toilettes. »

Attention par contre, l’édition Gallimard Série Noire est épuisée et ne se trouve plus, si ce n’est sur les sites d’occas’ à des tarifs hallucinants (je vais conserver précieusement mon exemplaire déniché pour 1 euro à la Communauté Emmaüs de Rédéné le printemps dernier !). Une 3è édition chez Après la Lune, est sortie en 2010.

Une Maison Bleue les pieds dans l’eau

Dernier parking avant la plage de Sophie Loubière : ça devrait sentir le sable chaud des vacances d’été; ça sent la gomme laissée sur le bitume par des voitures ultra puissantes braquées au bord de la plage. Ça devrait sentir les flirts d’adolescents en vacances ; ça sent les disparitions d’enfants. Ça devrait sentir l’oisiveté et la nonchalance des vacances ; ça sent la délinquance et la violence des tortionnaires.
Un polar étrange, qui navigue entre plusieurs personnages qui semblent tous perdus. Une intrigue ficelée avec du bout’ un peu gros, mais qui se laisse lire. Le côté réaliste du roman et ses allusions à la délinquance adolescente, aux disparitions d’enfants, à la nécessité de se méfier des inconnus ne m’a pas touchée. J’ai même trouvé que ça gâchait un peu le polar. A vous de voir.

Quatrième de couverture (à lire les pieds dans le sable ou dans l’écume) :

Un adolescent disparaît… Puis deux, puis trois… Certains sont retrouvés, d’autres non. Qui les enlève ? Pourquoi ? Que sont devenus ceux dont on n’a jamais retrouvé la trace et comment expliquer le silence prostré des rescapés surgis de nulle part ?

Dernier parking avant la plage, dans une ambiance estivale faussement tranquille de village de vacances, aborde par le biais d’une intrigue minutieusement ficelée les thèmes contemporains cruciaux de la disparition, de la famille, et de l’adolescence qui se cherche.

Un médium pour relation mère-fille fusionnelle

Arnaldur Indridason est un auteur étonnant. Qui vous entraîne à la suite de son héros Erlendur, flic désabusé. On se dit qu’on va s’ennuyer pour cette énième aventure où les mêmes personnages et mêmes fantômes reviennent. Et non. Hypothermie garde des surprises. Hypothermie vous interroge sur la mort, l’absence, l’amour, la vie.

La quatrième de couverture (pour vous mettre dans l’ambiance islandaise) :

Un soir d’automne. Maria est retrouvée pendue dans son chalet d’été sur les bords du lac de Thingvellir. Après autopsie, la police conclut à un suicide. Quelques jours plus tard, Erlendur reçoit la visite d’une amie de cette femme qui lui affirme que ce n’était pas « le genre » de Maria de se suicider et qui lui remet une cassette contenant l’enregistrement d’une séance chez un médium que Maria était allée consulter pour entrer en contact dans l’au-delà avec sa mère. Celle-ci lui avait promis de lui envoyer un signe. Au pays du fantastique et des fantômes, aussi dubitatif que réticent, le commissaire Erlendur, troublé par l’audition de la cassette, se sent obligé de reprendre l’enquête à l’insu de tous. II découvre que l’époux de Maria n’est pas aussi fiable qu’il en a l’air et ses investigations sur l’enfance de la suicidée, ses relations avec une mère étouffante vont le mener sur des voies inattendues semées de secrets et de douleur. Obsédé par le deuil et la disparition, harcelé par les frustrations de ses enfants, sceptique devant les croyances islandaises, bourru au coeur tendre, le commissaire Erlendur poursuit sa recherche sur lui-même et rafle tous les suffrages des lecteurs.

Ne me restent plus que La Muraille de lave (publié en 2012) et Etranges Rivages (à paraître en 2013) et j’aurai tout lu de cet écrivain islandais prolixe….

Des cocotiers et des vahinés

Manava, ou bienvenue en tahitien. Un manava teinté de couleurs sombres et non de colliers de fleurs dans ce polar. Patrick Pecherot et Tiuraï, c’est un peu l’envers de la carte postale… Tahiti, ses maoris méprisés, ses subventions métropolitaines pour acheter le silence, ses essais nucléaires lointains à Mururoa mais si proches au fond, ses bidonvilles. Et un journaliste, Thomas Mecker, qui va farfouiller là où il ne faut pas.

La quatrième de couverture (au presque goût de tiaré et de monoï) :

Un jeune Tahïtien trouve la mort avec son frère handicapé le jour de la fête du 14 juillet. Une émeute sanglante dévaste la prison de Papeete et la répression qui s’en suit n’a rien à envier à certaines dictatures.
Loin de la métropole, la Polynésie et ses atolls n’ont plus grand chose à voir avec les vahinés et les colliers de fleurs. Sous la mer bleue rôde une menace étouffée par le secret défense. Parce qu’il emprunte les chemins de traverse, le journaliste Thomas Mecker va côtoyer une réalité mortelle à plus d’un titre. Ce n’est pas pour rien que le mot «tabou», comme Mururoa, est issu de ces îles…

Du poker et des psychiatres qui ne font pas forcément bon ménage…

Michel Steiner plante dès le titre de son roman, Petites morts dans un hôpital psychiatrique de campagne, le décor. La psychiatrie, dans ce qu’elle a de plus abominable. Son héros, Oscar Lepgorin, psychanalyste, va affronter les sombres démons de sa discipline… tout en jouant avec un pervers, et des pervers, en l’occurrence ses propres confrères. Un livre qui ne m’a laissé que peu de souvenirs au fond mais que j’ai apprécié de lire,  au milieu des enfants criant sur la plage.

Le résumé, pour tenter de vous convaincre…

Des médecins, adeptes des chocs chimiques et électriques, soumettent les internés à l’horreur. Ces bourreaux, convaincus des vertus thérapeutiques de la douleur, de la peur et de l’humiliation, sont sauvagement exécutés par des érudits. Mais qui sont-ils  ? Pourquoi traquent-ils Octave Lepgorin, un psychanalyste qui pourtant, comme eux, clame que les neuroleptiques soignent les institutions et non les fous  ?
Un drôle de flic féru d’Histoire médiévale mène l’enquête dans cet obscur hôpital psychiatrique de campagne hanté par ses martyrs oubliés.
Quel est le lien entre un manuel de l’Inquisition du XVe siècle, les pratiques insensées des aliénistes du XIXe et les traitements modernes de la folie  ?
Petites morts dans un hôpital psychiatrique de campagne : un roman noir antipsychiatrique dans lequel Michel Steiner porte un regard oblique sur l’histoire de la thérapeutique asilaire du XIXe siècle à nos jours.

La suite, à venir sous peu : quand je lis des romans qui sont autre chose que des polars..

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2 réflexions au sujet de « Polars de l’été »

  1. accrobiblio

    Belle liste que je vais noter pour Noël !
    Quant à « Hypothermie », lu également. Reste « Muraille de Lave » qu’une amie (celle qui m’a prêté tous les autres) doit m’envoyer.

    Répondre

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