Grands espaces et sombres desseins

La littérature des grands espaces, qui devrait être synonyme de liberté, est plutôt souvent le lieu de sombres desseins et de destins tragiques et torturés.
Preuve en est, trois livres lus cet été, heureusement sous le soleil finistérien, sous peine de déprime totale…

lointain-souvenir-de-la-peauLointain souvenir de la peau, le dernier roman de Russell Banks  publié aux éditions Actes Sud. Russel Banks est loin d’être réputé pour ses ouvrages drôles et joyeux. De beaux lendemains, qui l’avaient fait connaître en France, prouve le contraire. Si vous n’avez pas le courage de lire ces 252 pages publiées également chez Actes Sud en 1991, jetez un œil à l’adaptation cinématographique éponyme et surtout glaçante d’Atom Egoyan. Sous le règne de Bone, publié en 1995, est un roman d’initiation dont la lecture fait tout aussi froid dans le dos…
Les 444 pages de Lointain souvenir de la peau sont dérangeantes, un brin violentes et perverses. L’histoire racontée interroge votre morale, votre éthique et votre vision personnelle de la situation présentée. Impossible de rester inflexible face à ce brûlot dénonçant les travers de la société américaine.
Le résumé de l’éditeur : Par l’auteur de Sous le règne de Bone, De beaux lendemains et de American Darling, le grand roman du nouveau désordre sexuel, à l’ère d’Internet et de la pornographie en ligne, à travers le personnage d’un jeune délinquant sexuel incarnant l’enfer d’une addiction aussi particulière que largement répandue et le supplice de l’exclusion qui peut la sanctionner. Sur la disparition du corps confisqué par le “virtuel” et sur ses nécessaires réémergences pathologiques, une réussite romanesque éblouissante portée par des personnages inoubliables.

On suit pas à pas la réinsertion difficile du Kid, 21 ans, qui vit à Calusa (Floride) au pied d’un viaduc, dans un campement de fortune, avec pour seuls trésors un vélo et un iguane, Iggy. Un campement sous le soleil de Floride mais loin de l’image papier glacée qu’on peut s’en faire. Ici sont relégués « les parias abso­lus, les intouchables amé­ri­cains, une caste d’hommes classés bien au-dessous des simples alcooliques, des toxicomanes ou des malades mentaux sans abri. Des hommes inaccessibles à la rédemption, aux soins ou aux traitements, méprisables mais impossibles à éloigner, et donc des hommes dont la majorité des gens souhaitait simplement qu’ils cessent d’exister ». Ici donc se retrouvent ceux qui ont été fichés pour délinquance sexuelle.
Deux autres personnages, figures mi-rédemptrices mi-diablotins, apparaissent : le Professeur et l’Ecrivain. Ces personnifications complètent l’histoire, lui confère même de nouvelles dimensions, nous obligeant à prendre parti, à juger des uns et des autres.
Un livre qui remue les tripes et notre conscience au sein d’une société punitive et qui place autrui sans arrêt sous surveillance…

couv rivièreJ’attendais Désolations de David Vann avec impatience. Son premier opus, Sukkwan Island, m’avait en effet fait forte impression littéraire (cf Lectures de l’été : florilège) …

Avec Désolations, on retourne en Alaska. Toujours une histoire d’île, une histoire de fuite, une histoire de grands espaces, une histoire de famille qui se délite. Et même si cette lecture est moins impressionnante que Sukkwan Island, car l’écrivain avait frappé un grand coup avec ce premier opus, ce second roman nous met tout autant mal à l’aise. Sorte de miroir du premier, il explore tout autant les méandres de l’âme humaine dans un environnement plus qu’hostile.

Le résumé de l’éditeur : Sur les rives d’un lac glaciaire au cœur de la péninsule de Kenai, en Alaska, Irene et Gary ont construit leur vie, élevé deux enfants aujourd’hui adultes. Mais après trente années d’une vie sans éclat, Gary est déterminé à bâtir sur un îlot désolé la cabane dont il a toujours rêvé. Irène se résout à l’accompagner en dépit des inexplicables maux de tête qui l’assaillent et ne lui laissent aucun répit. Entraînée malgré elle dans l’obsession de son mari, elle le voit peu à peu s’enliser dans ce projet démesuré. Leur fille Rhoda, tout à ses propres rêves de vie de famille, devient le témoin du face-à-face de ses parents, tandis que s’annonce un hiver précoce et violent qui rendra l’îlot encore plus inaccessible.
Après Sukkwan Island, couronné par le Prix Médicis 2010, le second roman de David Vann est une œuvre magistrale sur l’amour et la solitude. Désolations confirme le talent infini de son auteur à explorer les faiblesses et les vérités de l’âme humaine.

Je persiste en tout cas à ne penser que du bien de l’éditeur, Gallmeister, qui a publié ce roman. On y trouve vraiment des polars-thrillers fascinants.
[Désolations, Editions Gallmeister, collection Totem, parution août 2011, 304 pages]

couv rivièreCasco Bay, de William G. Tapply, aurait pu porter le sous-titre « chasse, pêche, cadavres, nature et traditions » ! Gallmeister aime les « nature writing ». Ici, direction le Maine. Et ses grands espaces dont les amateurs de Stephen King se méfient comme de la peste. Et ils ont raison ! Stoney Calhoun découvre au cours d’une partie de pêche un cadavre carbonisé sur une île déserte de la baie. Lui qui n’apprécie que le calme des eaux, la compagnie de son chien, sa cabane au fond des bois et son petit boulot dans la boutique de pêche de Kate…
A lire impérativement si la pêche à la truite avec un gros toutou, les eaux limpides et la pêche à la mouche ne vous rebutent pas…

Le résumé de l’éditeur : Sept ans après le mystérieux accident qui a effacé sa mémoire, Stoney Calhoun a repris sa paisible existence de guide de pêche, partagée entre la boutique de la belle Kate Balaban et sa cabane isolée dans les bois du Maine. Jusqu’au jour où, sur une île inhabitée de Casco Bay, il découvre un cadavre entièrement carbonisé. Peu de temps après, le client qui l’accompagnait est assassiné. Malgré ses réticences, Calhoun est entraîné dans l’enquête du shérif Dickman et ses vieux réflexes reviennent.
Casco Bay, la deuxième aventure de Stoney Calhoun, nous emmène une nouvelle fois dans les paysages marins du Maine qui laissent peu à peu resurgir les fantômes d’un passé menaçant.

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3 réflexions au sujet de « Grands espaces et sombres desseins »

  1. Erwan

    Ah c’est mon domaine de lecture préféré ce thème de l’amérique et ses grands espaces, ses zones rurales. Les deux meilleures lectures cette année dans le genre : Le monde à l’endroit de Ron Rash et Le diable, tout le temps de Donald Ray Pollock.

    Répondre
  2. Ping : Famille, je te hais | Déambulations rennaises

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