La quatrième dimension

Chaque pays a ses blessures et doit gérer son devoir de mémoire et ses oublis historiques.

Le Chili traîne une sombre histoire. Le 11 septembre 1973, Augusto Pinochet mobilisait l’armée pour renverser le président socialiste Salvador Allende. Ce jour-là, le général prend le pouvoir et plonge le pays dans une dictature sanglante qui va durer plus de 15 ans. Une violente répression s’abat sur le pays. L’état de siège est instauré, le Parlement dissous, les libertés syndicales suspendues, les partis politiques et la presse d’opposition interdits. Près de 100 000 personnes sont arrêtées. Selon les estimations, sur les dix millions de personnes que comptait le pays en 1973, 3 200 ont été tuées ou ont disparu durant les années de dictature militaire. 35 000 ont été torturées. 200 000 Chiliens ont pris le chemin de l’exil. Des chiffres qui font froid dans le dos…

C’est cette histoire que Nona Fernandez raconte dans La Quatrième dimension. Une plongée dans ses souvenirs d’enfant puis d’adolescente qu’elle narre parallèlement à la  confession en 1984 d’un « monstre » repenti qui a avoué les horreurs et tortures perpétrées par lui-même et ses sinistres camarades, les agents du renseignement des forces armées.
Ce monstre, c’est Andrés Antonio Valenzuela Morales, un ancien tortionnaire au service de la dictature militaire de Pinochet au Chili. En 1984, il a livré un témoignage à un journal chilien sur les disparitions forcées des opposants au régime, avant de s’exiler en France (!).

Elle se souvient de cette confession et de la photo de cet homme en Une du journal de l’époque. Elle n’avait pas tout compris ni saisi complètement les répercussions de cet événement.

Elle mêle les époques, la sienne, en 2016, et celles des débuts de la dictature et les premières exactions du bourreau. On entre avec elle dans cette quatrième dimension, par la petite porte : prisons clandestines, villas qui servent de lieux d’exécution, récits d’arrestation et de tortures…

Et curieusement, quand cet homme craque, suite à la torture de trop, et dénonce ce qu’il a fait, Nona Fernandez nous fait partager ses peurs d’homme devenu clandestin. De bourreau, il devient victime, de chasseur, il devient proie fragile. Et on opère cette bascule avec elle, en suivant son écriture. Et comme elle, on s’interroge : comment devient-on bourreau ? comment prendre conscience de cet état et se repentir ? comment arriver à dénoncer après avoir obéi et fait obéir ?

Résumé sur le site de l’éditeur :
«Son visage en couverture d’un de ces magazines, et la photo barrée d’un titre en lettres blanches : j’ai torturé. »
Le 27 août 1984, Andrés Antonio Valenzuela Morales, agent du renseignement des Forces Armées Chiliennes livre à une journaliste des aveux glaçants sur l’enlèvement, la torture et l’assassinat de milliers de personnes disparues. Son témoignage marque profondément Nona Fernández, alors âgée de treize ans. Des années plus tard, au moment où le Chili prône la réconciliation nationale et le droit à l’oubli, elle décide d’écrire son histoire.
La Quatrième Dimension est une oeuvre littéraire puissante, construite comme une enquête haletante. Une oeuvre nécessaire qui résonne très loin, dépassant largement les frontières chiliennes.

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Nona FERNANDEZ – La quatrième dimension
Stock (coll. La Cosmpolite) – février 2018
Traduit de l’espagnol (Chili) par Anne Plantagenet
288 pages
EAN : 9782234083721
Prix : 19.50 €

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