Paz

La Colombie, les narcos cartels, la Violencia, les FARC, la corruption. Et un peu d’amour. C’est Paz, le dernier polar né sous la plume de Caryl Ferey. Je m’étais pourtant juré depuis Condor de ne plus lire ses romans : trop sombres, trop violents, trop affreux. Mais je suis faible…

Comme d’habitude, l’auteur manie la plume comme un poignard effilé ; noirceur, cynisme et violence à l’image de l’histoire fort sombre de ce pays forment le terreau de ce roman.

Une femme portant des couvertures immondes titubait au milieu des tricycles et des jouets d’enfants, des sacs-poubelles éventrés et des machines à laver jetées des étages. Une tribu de junkies amorphes comatait le long des trottoirs, un autre type dormait contre une charrette en bois relevée parmi les détritus. Au bout de leur nuit, trois putes en short tenaient les murs d’une entrée d’immeuble, un jeune sans dents dormait vautré dans un canapé déchiqueté sur le trottoir. Des tas d’ordures, des chiens, d’autres zombis, des rubans colorés flottant au gré du vent, l’odeur de la pauvreté débraillée : Lautaro traversait le spectacle de l’humanité sans la voir. (chapitre 15)

Rajoutez à ces ingrédients des cartels comme s’il en pleuvait, des raïs de coke, un paternel pas très net, une journaliste dénichée sur Tinder et qui se révèle vaguement fouille-merde, une fratrie qui se déchire, se rabiboche et achève son histoire familiale dans un bain de sang.

Une courte lueur dans le dernier chapitre mais au prix de 544 pages qui vous laissent exsangue.

Caryl Ferey a l’art et la manière de raconter une histoire dans l’Histoire avec un grand H. Ici, père et fils s’affrontent sur fond de corruption politique, de violences policières et de résistance. La connaissance de la Colombie dont Caryl Ferey fait preuve est fascinante (tout comme il connaissait parfaitement le Chili dans Condor ou l’Argentine dans Mapuche). La lecture permet donc d’en apprendre pas mal sur ces pays d’Amérique Latine et leurs pages d’Histoire tragiques.

« L’assassinat de Gaitán, le favori à l’élection présidentielle de 1950, avait fini de mettre le feu aux poudres. […] Son assassinat à Bogotá, jamais élucidé, mit la capitale à feu et à sang – des milliers de morts -, prélude d’une guerre civile qui durerait dix ans : la Violencia.
[…] Quatre cent mille morts. Des gens découpés comme de la viande, des enfants jetés vivants dans les chaudières, une terreur rouge sang qui irrigua dès lors les veines de la Colombie. Les fugitifs qui se cachaient dans les forêts n’étaient qu’une poignée au départ, mais la répression contre les paysans accusés de les aider s’avéra si féroce que les rangs des irréductibles gonflèrent inexorablement, jusqu’à fonder les Forces armées révolutionnaires de Colombie – les FARC.
Le début d’une guérilla qui dura un demi-siècle. » (chapitre 5)

De quoi vous passez sérieusement l’envie de voyager dans ces coins-là… Si les corps tronçonnés, les violences épouvantables, les scènes de torture vous filent la chair de poule, n’essayez même pas de commencer ce roman. Cherchez plutôt des livres qui parlent de licornes et de paillettes !

Résumé sur le site de l’éditeur :
Un vieux requin de la politique.
Un ancien officier des forces spéciales désormais chef de la police de Bogotá.
Un combattant des FARC qui a déposé les armes.

Un père, deux fils, une tragédie familiale sur fond de guérilla colombienne.

Paz / Caryl FEREY
Gallimard, collection Série Noire
Date de parution : 03/10/2019
ISBN : 9782072804175
Nombre de pages : 544

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