La nuit des enfants qui dansent

J’ai découvert Franck Pavloff en tant qu’auteur jeunesse quand je travaillais en CDI de collège. Puis, je l’ai croisé au détour de sa nouvelle Matin Brun en 2002 après le choc de la qualification du FN pour le 2nd tour des Présidentielles.

Je l’ai retrouvé par hasard aux Champs Libres avec La nuit des enfants qui dansent, un joli roman sorti chez Albin Michel en 2017. 

L’histoire d’une rencontre improbable entre Zâl, jeune acrobate qui n’a peur de rien, et Andras, vieil homme hongrois exilé en Autriche. L’un refuse d’évoquer son passé quand l’autre vit perpétuellement dans ses souvenirs, ceux d’une Budapest exsangue et révolutionnaire entre deux dictatures.

Road-trop mystique pour ce duo explosif de Salzbourg à Budapest dans une Europe des frontières. Et l’arrivée à Budapest, entre le festival de Sziget pour l’un et les lieux chargés de mémoire pour l’autre. Une très belle évocation d’ailleurs de la synagogue de Dohàny Utca m’a ramenée quelques mois en arrière, lors de la visite de ce lieu émouvant et chargé d’Histoire.

C’est toute l’histoire de Budapest et de la Hongrie qui transpire dans ce roman : « Au-dessus de lui la voûte du ciel lui rappelle sa lointaine nuit passée à la belle étoile. Il y a si longtemps, l’été 1989, ving-cinq ans déjà, le 18 août exactement. Comment oublier cette nuit des barbelés, comme la baptisèrent les journaux de l’Ouest, au coude à coude avec des centaines de Hongrois et d’Allemands fuyant l’Est par la ville de Sopron sur la frontière austro-hongrois, avec balluchons de misère et carrioles à bras, oreilles collées aux transistors. A la belle étoile ! Totale dérision ! Elle était rouge l’étoile qu’ils fuyaient, soviétique, sinistre, elle marquait au fer depuis des décennies le front et l’âme des Hongrois qui eux-mêmes, leurs parents et leurs alliés, ironie de l’Histoire, en avaient épinglé plus d’une, mais jaune cette fois au revers des habits des citoyens juifs. Cycle des couleurs barbares, bourreau un jour, victime le lendemain, malheur dans les deux cas. »

La plume de Pavloff est ciselée et très agréable à lire. Je ne peux que vous conseiller cette lecture (Z’avez vu, je ne lis pas que des polars !). Et à l’occasion, faites un tour à Budapest…

Résumé sur le site de l’éditeur : Ils se rencontrent à la frontière autrichienne. Zâl va en équilibre sur un fil tendu, tête dans les étoiles et bras en balancier, Andras l’observe, pris au piège des souvenirs de sa vie d’avant dans une Hongrie quittée vingt ans plus tôt. L’un apprivoise l’espace avec sa tribu d’oiseaux, l’autre s’alourdit de trop de mémoire. Ensemble, ils partent pour Budapest où se retrouve la jeunesse d’Europe pour le grand festival d’été sur les iles du Danube, alors que dans l’ombre des gares campent des migrants en déshérence.
Un voyage initiatique au cœur de l’Europe toujours hantée par les drames du XXe siècle. Depuis Le Pont de Ran-Mositar (prix France Télévisions 2005), de son écriture puissante et poétique, Franck Pavloff ne cesse de confronter les territoires de l’exil et l’effervescence d’un monde où les enfants qui dansent repoussent les ténèbres de leurs aînés.

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La nuit des enfants qui dansent / Franck PAVLOFF
Albin Michel
ISBN : 9782226399038
Parution : 23-08-2017
288 pages

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