Conte d’exploitation

Conte d’exploitation de Dominique Sigaud est un court polar dans lequel j’ai eu du mal à rentrer à cause de l’écriture. Mais une fois qu’on y arrive, le propos est prenant et on engloutit vite les 213 pages.

Il faut dire que le personnage est attachant et que son combat contre son nouveau directeur et ses méthodes de management dignes des plus grands pervers narcissiques [toute ressemblance… blablabla…] est assez intéressant.

« J’étais très exactement placée face au viseur. Je l’ai vu se lever, contourner son bureau. J’étais Mowgli, il était Kaa le python. Son regard ne lâchait pas le mien. Ses petites lèvres étroites avaient presque entièrement disparu. Il s’est arrêté, a bruyamment écrasé sa main droite sur le coin du bureau, au dernier moment j’ai maîtrisé mon sursaut. » (p. 158)

Régine Partouche est commissaire au fameux 36 Quai des Orfèvres. Dans 15 jours, elle fêtera son Jubilé. Mais l’heure n’est pas à la fête en ce lundi matin. Elle doit aller se rendre à la PJ. Une PJ remaniée par Pucheu, le nouveau directeur, fan du management nouvelle génération. Qui casse les équipes et brisent les liens sous prétexte de rentabilité et d’efficacité.
Qui plus est, la Brigade a deux affaires à régler. Le meurtre d’une artiste-peintre dans le 11è arrondissement est confiée à Régine. En effet, l’autre affaire la touche de loin : un travesti brésilien a été retrouvé mort dans une poubelle devant la librairie de Georges, mari de Régine.

Les deux enquêtes vont avancer en parallèle, au gré des humeurs et des états d’âme de la commissaire. Au gré aussi de ses ronds de jambe savamment agencés pour contourner le très hiérarchique Pucheu.

Au gré enfin de cette écriture si particulière qui peut être vraiment déroutante au début du roman. Accumulation de phrases nominatives. Pas de verbe, pas de liant. Une sensation de lecture en apnée, sans remontée(s) à la surface pour respirer.

« Lunae dies dehors, peuple récalcitrant, métro, voitures, temps de novembre, bureau. A nouveau un café au distributeur vital, indispensable, de l’étage, mais cappucino. Retour à mon bureau, gobelet en main. Lecture du brief déposé avant mon arrivée pour la réunion de service obligatoire du lundi matin : affaires en cours et cadavres du week-end. Photos des visages et des corps. Avant, après. » (p. 15)

Et puis, cette façon si particulière de faire parler à soi-même le personnage, du moins, ses propres pensées sur l’instant en cours : « Je suis écrasée dans mon fauteuil. Loup oméga, ma pauvre Régine. Pour goûter à la carcasse, tu repasseras. Je suis écrasée dans mon fauteuil. Ce type sait exactement ce qu’il fait. Erreur : ce qu’il me fait. Il a raison. Je ne suis pas de taille. Trop de couscous poisson et pas assez de rottweiler dans mes gènes. » (p.103)

Au final, les méchants gagneront un peu, Pucheu trouvera un loup Alpha bien caché derrière son oméga et la commissaire Partouche fêtera finalement ses 50 ans. On ne sait s’il y aura une suite. Mais, en attendant, on va lire le 1er opus des aventures de cette commissaire étonnante, L’inconfort des ordures, sorti en 2007, chez Seuil.

Résumé sur le site de l’éditeur : 
Lundi matin, réveil difficile pour la commissaire Régine Partouche : la réunion avec Pucheu, son supérieur, lui donne envie de rester au lit… La nouvelle politique de management a causé des dégâts au sein des équipes.
L’ambiance est au flicage…
Elle avait d’ailleurs raison de redouter la réunion : Pucheu lui apprend qu’un travesti brésilien a été retrouvé mort devant la librairie de son mari. Pur hasard ou volonté de la viser ? Les faits lui rappellent une affaire résolue trois ans plus tôt, mais Pucheu confie l’enquête à l’inspecteur Darnando, le mouchard… et éloigne la commissaire en la chargeant d’une autre affaire, l’assassinat d’une peintre, Hortense Majera. Partouche va mener les deux enquêtes de front. La première, l’officieuse, avec l’aide de ses anciens collaborateurs, la conduit sur la piste d’un lupanar. La seconde, l’officielle, menée avec sa nouvelle équipe composée d’“hommes de Pucheu”, lui fait découvrir l’univers de la peintre Majera, une femme de convictions, et son dernier commanditaire, un industriel aussi froid que retors.
Politiquement en guerre contre les nouveaux usages du pouvoir, Régine Partouche tente de contrer sa hiérarchie grâce aux préceptes de L’Art de la guerre et aux conseils avisés de sa psychanalyste. Sera-t-elle de taille face à des adversaires de plus en plus clairement décomplexés ?

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Conte d’exploitation / Dominique SIGAUD
Actes sud – Collection Actes noirs
ISBN : 978-2-7427-9512-3
Parution : février 2011
213 pages

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