Marcher à Kerguelen

Kerguelen est un mot magique. Un mot qui m’interpelle, quelque soit la situation. Kerguelen, c’est cet archipel aux confins de l’Antarctique où mon père a passé 8 mois en 1985. Kerguelen, c’est cet archipel du bout du monde qui m’a « volé » mon papa et dont il parlait pourtant avec une émotion non dissimulée.
Kerguelen, c’est donc un nom, un lieu qui me touche, qui attise ma curiosité. Je vous avais déjà parlé du Marion-Dufresne, seul navire à effectuer des rotations vers ces îles de la Désolation. 
Alors, quand, en arrivant à la Médiathèque de Clohars-Carnoët cet été, j’ai découvert Marcher à Kerguelen sur la table des nouveautés, hop ! je l’ai embarqué ! Impossible pour moi de ne pas jeter un œil curieux à ce road trip de François Garde…

Marcher à Kerguelen est le récit d’une randonnée longuement et minutieusement préparée. Car si l’Archipel des Kerguelen n’est pas l’Everest, il reste une terre hostile, battue par les vents et les aléas climatiques. Ces îles sont aussi appelées les Iles de la Désolation : éloignée de toute civilisation (La Réunion, terre habitée la plus proche, se trouve à plus de 3250 kilomètres), l’île principale fait quasiment la superficie de la Corse (7215 km2 pour une densité de 0,02 habitants au kilomètre carré).  Des îles d’origine volcanique au relief montagneux : le mont Ross culmine à 1800m ; 2800 km de côtes très découpées et entaillées de fjords profonds ; l’intérieur des terres est surmontée par la calotte glaciaire Cook qui s’étend sur 400 km2 ; un climat froid mais non glacial (les températures moyennes d’été sont inférieures à 10 °C mais celles d’hiver sont supérieures à 0 °C), extrêmement venteux. Voilà qui donne un avant-goût de la carte postale…

François Garde est donc parti marcher du 23 novembre au 17 décembre 2015 lors de l’expédition Trekker avec 3 compagnons de fortune : Mika Charavin, guide d’expédition ; Bertrand Lesort, ancien officier de marine photographe, et Fred Champly, médecin. Vingt cinq jours de marche, du cap d’Estaing et Port Christmas à l’extrême Nord, à la plage de la Possession à l’extrême Sud et d’Ouest en Est de la plage de la Possession à Armor. Une traversée Nord-Sud sans assistance possible ou presque, à la merci d’une météo difficile et capricieuse, mais avec la chance de randonner dans des terres quasi vierges de toute présence humaine et dans des paysages sauvages et grandioses.

Il suffit, pour se faire une idée des lieux, de jeter un œil aux photos des randonneurs :

François Garde raconte donc jour après jour et au gré de ses déambulations intimes cette randonnée des extrêmes. Trois semaines d’efforts, de lutte contre la pluie, le froid, la fatigue, les baisses de moral, les décisions compliquées d’itinéraires… Extrait : « Bien sûr, Kerguelen, cette île qui au fond n’existe pas, est un mirage. Depuis son découvreur, chacun s’y noie avec ce qu’il a apporté. Les espérances s’y fracassent, les rêves s’y dissipent, les ambitions y font naufrage, et l’on ressort hébétés, avec les yeux vides de ceux qui ont croisé le regard de la Gorgone. »

Ce récit est loin d’être celui d’une performance sportive, il est plutôt celui de la lenteur et de l’abnégation produite par l’effort de la marche mais aussi celui de l’entraide et de la beauté qui s’imprègne sur les rétines dans ces paysages grandioses et sauvages.

Le récit évoque aussi les doutes, les peurs et les petits riens qui aident à surmonter les difficultés. Extrait : « En une heure maintenant, nous passons de la station verticale du randonneur à la station horizontale du repos. Nous réussissons ce tour de force quotidien de créer, dans ce désert froid et venté, un îlot, un refuge, où la température remonte ».

Le récit s’achève par un aveu d’humilité. Et on admire le courage et la détermination de ces quatre randonneurs. Extrait :  « Kerguelen est une page blanche, sur laquelle nul ne parvient jamais à rien inscrire. »

Et si ces confettis du bout du monde aiguise votre curiosité, vous pouvez aussi écouter ce podcast sur France Inter : Emission La Marche de l’Histoire (du Vendredi 15 novembre 2019) : Le témoin du vendredi : François Garde, marcher à Kerguelen

Et vous balader sur le site de l’Amicale des Missions Australes et Polaires Françaises.

Et un petit cadeau très personnel : mon Papa, aux Kerguelen (1985) et ses potes les manchots royaux

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Résumé sur le site de l’éditeur : Pendant vingt-cinq jours, dans la pluie, le vent et le froid, en l’absence de tout sentier, François Garde et ses compagnons ont réalisé la traversée intégrale de Kerguelen à pied en autonomie totale. Une aventure unique, tant sont rares les expéditions menées sur cette île déserte du sud de l’océan Indien aux confins des quarantièmes rugissants, une des plus inaccessibles du globe.
Cette marche au milieu de paysages sublimes et inviolés, à laquelle l’auteur avait longtemps rêvé, l’a confronté quotidiennement à ses propres limites. Mais le poids du sac, les difficultés du terrain et du climat, les contraintes de l’itinérance, l’impossibilité de faire demi-tour n’empêchent pas l’esprit de vagabonder. Au fil des étapes, dans les traversées de rivières, au long des plages de sable noir, lors des bivouacs ou au passage des cols, le pas du marcheur entre en résonance avec le silence et le mystère de cette île et interroge le sens même de cette aventure.

Marcher à Kerguelen / François GARDE
Gallimard – Collection Blanche
Parution : 08-02-2018
240 pages
ISBN : 9782070148851
19,50€

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