L’eau rouge

Rare de lire un polar croate ! Mais les 359 pages de L’Eau rouge de Jurica PAVIČIĆ se lisent sans écueil.

Une construction en 4 parties qui s’échelonnent de 1989 à 2016. Chaque chapitre se consacre à un personnage constituant lui-même un morceau de l’histoire dans la grande Histoire. Autant de parcours individuels qui jalonnent celui de ce pays et sa transition occidentalisée.

Le point de départ est tragique. Silva, jeune fille de 17 ans, disparaît un soir de septembre 1989 à Misto, un petit village de pêcheurs sur la côte dalmate en Croatie, non loin de Split. Mais on est alors en Yougoslavie, un pays au bord de l’implosion politique. Au fil des décennies, les personnages évoluent dans un nouveau pays, aux orientations politiques bien différentes. Silva a disparu, sans laisser de traces. Certains s’obstinent à la chercher, comme son frère jumeau Mate, d’autres se sont résignés ou murés dans une tristesse infinie. Le petit village de pêcheurs se transforme : de typique, il devient « the place to live ». Certains sont morts, d’autres ont vu leur vie de couple partir en fumée… Gorki Šain, le policier chargé de l’enquête à l’époque est devenu agent immobilier pour des investisseurs irlandais peu scrupuleux. Et lorsqu’il revient dépouiller les habitants de leurs terres soi-disant sans valeur, il renoue avec cette enquête non résolue, ses doutes et une amertume tenace de n’avoir jamais trouvé le coupable.

Si les chapitres s’enchaînent doucement au départ, les deux dernières parties accélèrent la résolution de l’enquête. Le tout sur fond de transformation drastique de ce pays anciennement communiste. Les années s’égrènent, les lieux aussi mais le fantôme de Silva reste vivace. Jurica PAVIČIĆ dénonce la mondialisation forcée et la transformation des territoires sous le joug du tourisme occidental. Il raconte aussi le malheur intime d’une famille et ses violentes répercussions sur un village et ses habitants.

L’eau rouge est le premier titre traduit en français de Jurica Pavičić, journaliste et scénariste croate. Il serait vraiment dommage de passer à côté !

Résumé sur le site de l’éditeur :

Dans un bourg de la côte dalmate, en Croatie, Silva, 17 ans, disparaît lors de la fête des pêcheurs. C’est un samedi de septembre 1989, dans la Yougoslavie agonisante. L’enquête menée par l’inspecteur Gorki Šain fait émerger un portrait de Silva plus complexe que ne le croyait sa famille : la lycéenne scolarisée à Split menaitelle une double vie ? Mais l’Histoire est en marche, le régime de Tito s’effondre, et au milieu du chaos, l’affaire est classée. Seule la famille de Silva poursuit obstinément les recherches…
À travers ce drame intime, L’Eau rouge déploie dans une grande fresque les bouleversements de la société croate, de la chute du communisme à l’explosion du tourisme, en passant par la guerre civile… Ou comment les traumatismes de l’Histoire forgent les destins individuels.

L’eau rouge / Jurica PAVIČIĆ
Traduit du croate par Olivier Lannuzel
Agullo Editions – collection Agullo Noir
Parution : mars 2021
384 pages
20,50 €
ISBN 979-10-95718-77-2

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