Archives de l’auteur : LeeZen

A propos LeeZen

Prof-Doc mais pas que... Curieuse de tout et de rien, culturellement et sportivement hyperactive...

Des pages et des pages en 2020

Une année 2020 marquée par un confinement, assez grand pourvoyeur de lectures ! 75 livres au compteur (contre 68 en 2019).

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Des documentaires (5) – Contre 4 en 2019 et RAS en 2018
Nomadland  – BRUDER, Jessica
Tashi Deleks ! De Kathmandu à Lhassa… à vélo – DRIEUX, Christiane
Marcher à Kerguelen – GARDE, François
La Terre sur deux roues : 4000 km à vélo – GUIGNY, Alain
La montagne et la mort – YONNET, Paul

Petite incursion dans le monde des docus, mais petite, hein !

Des romans (14) – Contre 22 en 2019, 23 en 2018, 8 en 2017 et 20 en 2016
romans-2020
Américains : 
En attendant Eden – ACKERMAN, Elliot
Dry Bones – JOHNSON, Craig
Isabelle l’après-midi – KENNEDY, Douglas
Nuits appalaches – OFFUTT, Chris
Le bleu au-delà – VANN, David

Anglais :
Dans un jardin anglais – FINE, Anne
Le dimanche des mères – SWIFT, Graham

Australien : 
Au service surnaturel de sa Majesté – O’MALLEY, Daniel

Français :
Pacifique – HOCHET, Stéphanie
La dentellière – LAINÉ, Pascal

Italiens : 
L’amie prodigieuse (Tome 2) : Le nouveau nom – FERRANTE, Elena
L’amie prodigieuse (tome 3) : Celle qui fuit et celle qui reste – FERRANTE, Elena
L’amie prodigieuse (tome 4) : L’enfant perdue – FERRANTE, Elena

Suédois : 
Les bottes suédoises – MANKELL, Henning

Des polars, thrillers et romans noirs (51 soit 35 polars et 16 thrillers) contre 33 en 2019, 44 en 2018, 42 en 2017, 27 en 2016, 19 en 2015 et 13 en 2014 – je suis  toujours – de plus en plus – addict  – un peu moins à nouveau complètement droguée ?

polars-2020

Américains :
Seul le silence
– ELLORY, R.J.
Le diable en personne – FARRIS, Peter A
Une semaine en enfer – JONES Matthew F. A
Trouver l’enfant – DENFELD, René (Thriller)
Dans la gueule de l’ours – McLaughlin, James A. (Thriller)
Satan dans le désert – TERAN, Boston (Thriller)
Méchant garçon – VANCE, Jack (Thriller)

Anglais : 
Noir comme le jour – MYERS, Benjamin
Un Noël à New York – PERRY, Anne

Australiens : 
Conséquences – WILLIAMS, Darren (Thriller)

Danois : 
La fille sans peau – NORDBO, Mads Peder

Ecossais : 
Esaü – KERR, Philip (Thriller)

Français :
Insularités – AMONOU, Isabelle
La Vague – ASTIER, Ingrid (Thriller)
De bonnes raisons de mourir – AUDIC, Morgan (Thriller)
« Manuscrit » – BESNARD, Lionel
Oxymort – BOUYSSE Franck (Thriller)
Freeman – BRAVERMAN, Roy
La Daronne – CAYRE, Hannelore
Cataractes – DELZONGLE Sonja (Thriller)
Boréal – DELZONGLE, Sonja (Thriller)
Paz – FEREY, Caryl
Bandidos – FERNANDEZ, Marc
Par les rafales – IMHOF, Valentine
Les pendus du Val sans retour – PAULIN Frédéric
Que la guerre est jolie – ROUX Christian
Mictlán RUTÉS, Sébastien
Conte d’exploitation – SIGAUD, Dominique
Jours de glace – TABACHNIK, Maud (Thriller)
Le dernier lapon – TRUC, Olivier

Irlandais :
Brooklyn Requiem
– BRUEN Ken 

Islandais :
Nátt : les enquêtes de Siglufjördur (Série Dark Iceland Tome 02)-  JONASSON Ragnar
Sótt : les enquêts de Siglufjördur (Série Dark Iceland Tome 03) – JONASSON, Ragnar
Mörk : les enquêts de Siglufjördur (Série Dark Iceland Tome 05) – JONASSON Ragnar
La dame de Reykjavik (Trilogie La Dame de Reykjavik : tome 01) – JONASSON, Ragnar
L’île au secret (Trilogie La Dame de Reykjavik : tome 02) – JONASSON, Ragnar

Israëliens : 
Le Poète de Gaza – SARID, Yishaï (Thriller)

Italiens :
Indio
– BATTISTI, Cesare
L’essence du mal – D’ANDREA Luca (Thriller)

Norvégiens : 
L’expédition – KRISTENSEN, Monica

Québécois : 
Rivière tremblante – MICHAUD, Andrée A.
Tempêtes – MICHAUD, Andrée A. (Thriller)

Russes : 
Vongozero – VAGNER, Yana (Thriller)

Suédois :
Ce doux pays
– EDWARDSON, Äke
Hiver noir – EKBÄCK, Cecilia
L’épidémie – ERICSDOTTER, Åsa
Hiver – KALLENTOFT, Mons
La 5è saison – KALLENTOFT, Mons
Automne – KALLENTOFT, Mons
Le sang versé-  LARSSON, Åsa
La Loi des Same – PETTERSON, Lars

Romans SF (5) contre 1 en 2019 et RAS en 2018 : moi qui aie dévoré des romans de SF dans ma jeunesse, me voilà loin de mes statistiques d’alors…
Quand les ténèbres viendront – ASIMOV, Isaac 
Un cantique pour Leibowitz – MILLER, Walter M.
Invasion – RHINEHART, Luke A
Un gars de l’enfer – STROUGATSKI Arcadi et Boris
Sakhaline – VERKINE, Edouard

2020 fut à nouveau une année déséquilibrée : plus de polars/thrillers, moins de romans ! Niveau géographie littéraire, j’ai un peu refermé mes horizons : 15 nationalités, contre 22 en 2019, 16 en 2018, 14 en 2017, 13 en 2016, 10 en 2015, 14 en 2014 et 15 en 2013.

pays-2020

Français : 24
Américains : 15
suédois : 9
Islandais : 5
Italiens : 5
Anglais : 4
Russe : 3
Québécois : 2
Australien : 2
Américano-russe : 1
Danois : 1
Ecossais : 1
Israélien : 1
Irlandais : 1
Norvégien : 1

Enfin, 14 livres lus en version numérique, confinement oblige !

Une année très éclectique assurément. Mais qui reste noire polar !

Zippo

Brûlure et incandescence, violence et fièvre, passion et braises. Zippo, le second roman de Valentine Imhof est un roman qui consume le lecteur et l’emporte dans un tourbillon de feux et de flammes digne des enfers, les plus sombres et les plus ardents, ceux qu’on ne souhaiterait même pas à son pire ennemi…

Eva était une très jeune femme quand elle a rencontré Prometheus, l’homme au zippo. Il l’a charmée, l’a initiée, l’a enfiévrée, lui a fait découvrir ardeurs et brûlures, pour le meilleur et pour le pire. Mais elle est partie, s’est enfuie. Elle l’a abandonnée. Et il recherche sa muse, sa proie, sa soumise. Une quête ardente et aveugle, à tel point qu’il se méprend. Et finit par tuer. « C’est une conjuration. Le complot des salopes qui l’empêchent de voir clair, qui l’embrouillent, qui le leurrent. Elles doivent bien se marrer à chaque fois qu’elles ont fait naître en lui l’espoir de la revoir… Elles sont de mèche. Toutes. Elles couvrent la cavale d’Eva. Mais elles finiront bien par le mener jusqu’à elle. Ou alors c’est elle qui viendra à lui. Parce qu’à chaque fois qu’il flambe une de ces filles, il sait qu’elle comprend clairement le message qu’il lui envoie. Que ces balises qu’il allume sont pour elle. Qu’elles l’aideront à retrouver son chemin jusqu’à lui… » (Chapitre 9 – page 32)

Mia Larström est lieutenant de police à Milwaukee. Sportive, adepte des clubs SM vaguement clandestins, fan de vodka au poivre et de combinaisons en latex, elle enquête sur les meurtres du tueur pyromane de Lincoln Park. A ses côtés, Peter McNamara, l’amuseur de service de la Brigade, le bouffon de ses collègues embourbés, selon lui, dans une fange matrimoniale sans espoir. Plus prompt à faire étalage de ses exploits sexuels de la nuit et de sa libido exaltée que des dernières indices découverts dans ses enquêtes criminelles.
Mia et Peter se détestent cordialement mais ils vont devoir composer ensemble, en duo, pour traquer le tueur. Ils sillonnent la ville, ses bars et night-clubs louches et miteux, en quête du pyromane, tout en se querellant. « Il n’a encore jamais donné dans le SM. Pas besoin , pas le temps, pas l’opportunité. Mais depuis qu’il s’est converti au mâle alpha et installé dans la posture du prédateur cynique, il s’est découvert un réel ascendant sur les femmes et un talent certain pour la domination… Qu’il compte exercer sur Lärstrom. Elle veut jouer. Soit. Il va fixer les règles. C’est d’ailleurs probablement ce qu’elle attend de lui. Qu’il devienne le maître du jeu pour la soirée… Elle a frappé à la bonne porte. » (Chapitre 15 – page 55)

Et puis il y a Prometheus, l’homme au feu sacré. L’homme qui joue dans l’ombre avec son zippo, comme un prolongement de lui-même. Toujours masqué lorsqu’il traîne au Y-Not II, pour effacer les terribles cicatrices qui lacèrent son visage. Mais son masque laisse apparaître un regard intense, profond, qui lui a suffi pour entraîner Eva dans ses nuits incandescentes il y a quelques années. Une passion intense, menée par les flammes et les braises, terreau de leur relation fusionnelle. Pour Ted, alias Prometheus, le feu est le sceau de sa propre mort et de sa rédemption à la fois. Le clic-clic du zippo, sa raison de vivre. « Les jeux avec le feu impliquaient la présence permanente du Zippo, qui au fil des séances était devenu plus qu’un accessoire. Le troisième partenaire. Celui dont les caresses métalliques, froides ou chaudes, étaient d’indispensables préliminaires à leur fireplays… » (Chapitre 6 – page 26)

Valentine Imhof nous avait sacrément secoués avec Par les rafales, son premier roman. Autant dire que ce deuxième opus est encore une sacrée claque. Cette enquête policière se joue de nous et de nos nerfs. Le rythme est enlevé, les chapitres concis, oscillant d’un personnage à l’autre, d’une époque à l’autre. Mia et Peter se cherchent, dévoilent leurs failles, finissent par se trouver et exposeront leurs secrets les plus intimes en dernier lieu, quand toutes les flammes se seront éteintes.
Une histoire d’amour et d’amours où les personnages oscillent entre soumission et domination, entre douleurs et plaisirs, entre vie(s) et mort(s). Les relations sont ambigües et obéissent à des mécanismes qui sortent de l’ordinaire entre obsession et destruction.

Un roman sombre qui ne vous laissera assurément pas indifférent. Et qui se lit au rythme d’une playlist enlevée, à écouter très fort dans l’obscurité. Valentine Imhof est décidément une auteure à découvrir et à ranger en très bonne place dans sa bibliothèque rayon Noir Polar(s).

Résumé sur le site de l’éditeur :
Lorsqu’ils se sont rencontrés, elle était très jeune. Il lui a fait porter un loup noir, il l’a appelée Eva, il lui a appris à jouer avec le feu. Il était le maître de ses émotions, de sa volonté, de sa souffrance. Il l’a perdue. Où qu’elle soit, où qu’elle se cache, il lui manque, il en est persuadé. Il ne cesse de la chercher, son zippo à la main, qu’elle reconnaîtra entre mille. Ce son unique quand il l’ouvre du pouce avant d’en faire rouler la molette, et le claquement sec du capot sur charnière qui étouffe abruptement la flamme charment sa solitude en ce neuvième anniversaire de leur rencontre. Mais comme elle tarde à ressurgir, il décide de lui laisser des messages. Et affole la police. Parce que ces blondes aux visages brûlés retrouvées mortes sur les bancs de Lincoln Park à Milwaukee, elles soulèvent les cœurs. Les lieutenants Mia Larström et Peter « Casanova » McNamara vont devoir faire la paix pour remonter jusqu’au tueur pyromane. Plus encore, démêler leurs parts de fureur et de nuit, se débattre avec les questions qui roulent dans leurs têtes jusqu’à l’usure, affronter ce qu’aucun lavage de cerveau n’a pu extraire de leurs mémoires.
Avec ce roman ardent où des enquêteurs cagoulés de cuir traquent le détenteur d’un briquet à essence dans des loges de bondage, Valentine Imhof ouvre le reliquaire des douleurs du passé et nous donne la fièvre.

Zippo / Valentine Imhof
Editions du Rouergue – collection Rouergue Noir
Parution : octobre 2019
272 pages
20,00 €
ISBN 978-2-8126-1866-6

Des lendemains qui hantent

Voilà un roman noir qui ne vous laissera pas de marbre. Car Des lendemains qui hantent de Alan Van Der Eecken touche à la moëlle de l’amour filial et à ce qui le détruit de façon irrémédiable et irréversible : la perte d’un enfant.

Cette furie va s’abattre sur Martial Trévoux en ce 17 décembre 1999. Cinq jours avant, l’Erika faisait naufrage au large de la Bretagne et déversait allégrement ses 30 884 tonnes de fioul lourd, d’abord sur les côtes du Finistère sud puis sur les îles du Morbihan (Groix et Belle-Île-en-Mer) et par extension maritime sur la Vendée, au nord de Noirmoutier. Une marée noire catastrophique (cf article du Monde du 12 décembre 2019) qui va nous accompagner tout au long du roman et nous engluer dans une atmosphère visqueuse et irrespirable.

« Cette image du pétrolier coupée  en deux, dont la poupe flottait, secouée par une houle violente, s’était imposée partout, journaux, télé, elle surnageait dans les médias bien après avoir coulé. La fusillade, le drame de Souvré-sur-Sissé ne lui vola la vedette que quelques heures, pas d’image, une tragédie jouée rideau baissé. Martial était resté un moment immobile, face au large. »

Le 17 décembre 1999, Lucien, dit Lulu, 7 ans, fils de Martial Trévoux, greffier au Tribunal de grande instance de Souvré et de sa compagne Lucile, infirmière en pédiatrie, est tué dans son école par deux jeunes agresseurs qui ont tiré en rafale dans une salle de classe. Martial, présent sur les lieux, est un héros. Il s’est précipité dans la salle de classe et a sauvé un enfant. Il pensait sauver Lulu, il en a sauvé un autre. Et Lulu est mort.

Martial s’écroule et plonge dans une spirale infernale : pétri de douleurs et rongé de culpabilité, il cherche à comprendre les motivations des deux jeunes agresseurs. On s’enfonce avec lui dans les méandres du chagrin, d’un couple qui vole en éclat, des anti-dépresseurs, de l’alcool et des gueules de bois, des nuits sans sommeil et des questions sans réponses…

Autour de lui gravitent des personnages atypiques qui l’épaulent et le soutiennent :
– Adèle, une marginale qui vit dans une caravane et qui l’écoute sans broncher, qui le remet sur pied avec son ami Régis, un original qui cuisine de drôles de mets : « Deux nuits de dérive, houle de malheur, écume de sang, rage des temps de haine. Martial surgit du gros temps malade d’être en vie. Régis et Angèle lui avaient ménagé une cabine dans une des chambres de la maison, ils s’étaient relayés pour le veiller. Il semblait parfois revenir au monde et hurlait soudain. Ils étaient là pour lui dire que tout allait bien alors qu’eux-mêmes se sentaient emportés par la lame. Tout était devenu épais, pesant, ils chuchotaient comme dans la maison d’un mort. »

– Le commandant de police Achenbauer, têtu, taciturne mais bon samaritain dont le canapé offrira un refuge certain à Martial : « C’était un type froid, glacial même, un bon flic disait-on. D’après les psychologues cliniciens du bar-tabac-PMU Le Narval où il allait boire un demi de temps en temps, sans dire un mot : il était autiste, ce mec. On le considérait comme un chef d’enquête efficace, sans état d’âme. On ne l’aimait pas, mais on l’appréciait. »

– Le juge d’instruction Micoulon, « son juge » : ému par la tragédie qui touche le greffier, il va le rassurer et faire en sorte que Dame Justice fasse son travail : « Trévoux, cette enquête ira à son terme, tous les aspects seront examinés, explorés, soyez assuré que la justice remplira son rôle. »

Commence alors une enquête menée aux forceps dans la nuit, le vent, la fureur et les éléments. L’auteur nous entraîne dans une spirale de mort et de vengeance, où les sphères policières et judiciaires se mêlent allégrement. Avec une touche acerbe d’humour qui permet de respirer de temps à autre au milieu de ce qui constitue le plus abject des crimes. L’auteur décrit avec minutie le processus d’investigation policière et judiciaire, dans ce qu’il a de plus inhumain, eu égard aux émotions suscitées par la perte d’un enfant. Une narration qui reste fluide cependant car les personnages secondaires, en dépit de leurs caractères parfois ombrageux, font preuve d’une grande humanité face à la douleur de Martial, l’épaulant, le soutenant, l’apaisant. Et cette humanité vient contrecarrer drastiquement l’infernale mâchoire de la Justice.  Jusqu’à faire exploser les règles de procédures régissant toute enquête policière…

Au final, Martial s’enfoncera dans sa quête de vérité envers et contre tout et dégoupillera des ripoux revêches et des trafics de haute volée. Non sans se perdre lui-même dans une détresse grandissante, oscillant entre besoin de comprendre et vengeance irrépressible.

Un roman dur et touchant, où l’espoir est aussi gluant qu’une nappe de fioul lourd sur le sable…

Résumé sur le site de l’éditeur :
C’est la veille des vacances de Noël, au tournant de l’an 2000. Quelques jours plus tôt, l’Erika a fait naufrage au large de Penmarch, répandant une pâte bitumeuse sur les côtes de la Bretagne. À l’insu des instituts de météorologie, une gigantesque tempête se forme au large de Terre-Neuve et s’apprête à franchir l’Atlantique pour frapper l’Europe. Martial, lui, se hâte de quitter le tribunal de grande instance de Souvré, où il travaille comme greffier. Il a promis d’aller chercher son fils à l’école. Lulu veut que ses copains voient la nouvelle voiture de son père, avec la roue de secours fixée sur la porte arrière. Il vient d’avoir sept ans. Alors que les parents s’avancent dans la cour, on entend des pétards, une série d’explosions, peut-être des gamins qui fêtent le début des vacances ? Lorsqu’une institutrice surgit et s’effondre, ensanglantée, Martial comprend. Au péril de sa vie, alors que la police entre très rapidement en action, il réussit à atteindre son fils et, croit-il, à le mettre en sécurité. Son existence, en réalité, vient de basculer irrémédiablement.
Dans ce roman d’un homme qui exige de savoir, Alain Van Der Eecken nous fait vivre au plus près les rouages d’une enquête, entre son versant policier et celui de l’institution judiciaire, avec ses juges, ses procureurs, ses avocats, le quotidien d’un tribunal de province. Autour de Martial, des hommes dont le métier est de côtoyer le pire vont faire corps pour qu’émerge une de ces vérités terribles et ordinaires qui mènent au crime.

Des lendemains qui hantent / Alain Van Der Eecken
Editions du Rouergue – collection Rouergue noir
Paru en juin 2020
304 pages
20,00 €
ISBN 978-2-8126-1951-9

Une vie de poupée

Une vie de poupée, mais pas une vie de princesse. Une poupée plutôt désarticulée, malmenée et violentée… Erik Axl Sund, cet auteur suédois qui en cache deux en vérité, offre une lecture bien sombre de ce que peut être la vie de jeunes filles dans le monde d’aujourd’hui.

Un polar sous-titré Mélancolie grise et qui fait partie de la nouvelle trilogie des deux comparses Jerker Eriksson et Håkan Axlander Sundquist : Mélancolie noire a démarré en 2015 par Les corps de verre et se poursuit donc avec Une vie de poupée sorti en janvier 2021.

Le premier chapitre s’ouvre en italique sur l’arrivée d’une jeune fille, mineure isolée, en Suède dans un camp de réfugiés et ça démarre mal : « Blottis-toi dans ton lit givré d’aiguilles de sapin, petite fille noire, si noire au-dehors et à l’intérieur, si froide et gelée que le noir t’engloutit tout entière. Tu es une putain et une meurtrière. » 

Elle, c’est Mercy. Elle a fui le Nigeria, en proie aux exactions islamistes et aux attaques par Boko Haram contre sa famille, chrétienne, et son père, homosexuel. Après un affreux périple à travers l’Europe, elle rejoint la Suède. Et finit par atterrir au Chaudron, un foyer pour jeunes filles abusées sexuellement. Elle va y rencontrer Nova, jeune suédoise, elle aussi à la dérive, victime d’abus et d’un maître-chanteur au sein de son cercle familial.  Nova et Mercy vont former un duo fusionnel et combatif « à la vie, à la mort, à la prostitution ! ». C’est le début d’une échappée sauvage et violente où elles n’ont plus rien à perdre. Elles rêvent de soleil et d’une vie à Sunset Beach en Californie… elles ne trouveront que violence, pornographie et désolation.

Derrière ce duo, Erik Axl Sund tisse un décor bien sombre et effrayant : celui de la pédo-pornographie et de la cybercriminalité. Autour du duo gravitent des personnages qui contribuent à nous plonger dans un univers désolant : Love Martisson, directeur du foyer et thérapeute, qui carbure aux anti-dépresseurs et aux somnifères ; Freja, cette jeune fille du foyer qui a disparu sans laisser de traces… ; Kevin Jonsson, policier solitaire à la Criminelle, spécialiste des méthodes de traque des pédophiles sur internet ; Tara, cette jeune fille retrouvée morte au pied de son immeuble et dont le suicide maquillé est le point de départ d’une enquête sur le Marionnettiste, prédateur sexuel qui sévit auprès de tout ce petit monde…

Une enquête glaçante où les personnages sont rattrapés par leur passé et où chaque fuite en avant se termine dans un abîme encore plus sordide… Une écriture incisive et morcelée,  par courts chapitres où l’on passe d’un personnage à l’autre ou d’une époque à l’autre. Cela rythme le récit mais il faut rester attentif pour suivre tous les détails et chaque histoire.
Des détails et des histoires qui peuvent parfois – souvent même – donner la nausée, tant ils sont crus, violents et cruels. Un polar à réserver aux âmes non sensibles assurément.

A éviter aussi si vous ne supportez pas les diatribes violentes contre les hommes ; ces derniers en prennent vraiment pour leur matricule dans ce roman :
« Ils sont responsables de neuf accidents de la route sur dix. Et ils aiment faire souffrir les animaux… Sur mille personnes qui aiment baiser avec d’autres espèces, par exemple des vaches, des chèvres, des chiots ou des petits poussins sans défense, neuf cent quatre-vingt-dix-neuf sont des hommes, et la femme qui accepte de se faire enfiler par une bite de cheval y a été forcée par un homme. 
– Ils ont inventé les viols en réunion, les bombes atomiques et les chaises électriques. 
– Mais qu’est-ce sui leur a donc pris ? 
– Ils ont tellement confiance en eux-mêmes. Ils savent tout sur tout. Mais ua fond, ils ne sont qu’une grosse erreur, un raté de l’évolution. Oui, la seule chose positive chez eux, c’est que genre un milliard de fois par jour ils se tabassent ou se démolissent. Pourquoi ont-ils seulement le droit de vote ? 
– Tuer dix hommes choisis au hasard, c’est empêcher quarante-huit actes violents, dit-elle. Dont des meurtres et des abus sexuels sur enfants. Tous les hommes devraient, dès l’instant de leur naissance, être encouragés au suicide ». (p. 365) et (p.10)

A noter : ce roman peut être lu de façon tout à fait indépendante du premier opus de la trilogie, Les corps de verre. 

Résumé sur le site de l’éditeur :
Tara est retrouvée sans vie au pied d’un immeuble. Quelque chose ne colle pas dans la thèse du suicide par défenestration. Et qui peut bien être la personne qui avait donné rendez-vous à la jeune fille la veille ?
Le détective Kevin Jonsson doit trouver celui qui, sous le surnom du Marionnettiste, utilise plusieurs identités pour se procurer des vidéos et photographies d’adolescentes. L’enquête mène Jonsson au cœur d’un réseau de prostitution et de pédopornographie, tout en le confrontant aux terribles secrets de son propre passé. Très vite, il est sur la trace de Nova et Mercy qui, après s’être enfuies d’un foyer pour jeunes filles où une autre adolescente est portée disparue, sont désormais recherchées et traquées. Peut-être l’ont-elles toujours été… Une chose est sûre : privées de leur innocence depuis bien longtemps, elles n’ont plus rien à perdre.
Nouvel opus du duo star Erik Axl Sund, Une vie de poupée est une immersion glaçante dans les bas-fonds d’une Suède ténébreuse où se mêlent traite d’êtres humains et industrie de la pornographie. Mais où éclôt aussi l’histoire d’une très belle et indéfectible amitié, qui redonne espoir et foi en l’humanité.

Une vie de poupée : Mélancolie grise / Erik Axl SUND
Traduit du suédois par Rémi CASSAIGNE
Editeur : [Actes Sud] Littérature
Collection Actes noirs
Parution : Janvier 2021
416 pages
ISBN : 978-2-330-14373-2
Prix indicatif : 23.00€

 

Douve

Voilà un roman qui vous plongera dans les méandres sapineux d’un village français englué dans sa sauvagerie… Douve est le premier thriller de Victor Guilbert. Et tous les ingrédients sont réunis pour vous faire frissonner.

Douve n’est clairement pas la destination de rêve pour des vacances : « Rien ne colle dans ce village. Il sent le conifère moite et la désolation, mais son maire est un jeune cadre dynamique et l’unique bar est tenu par un type qui a la carrure pour faire des cocktails au Ritz. » (p. 106)
Et pourtant, c’est bien là que l’inspecteur Hugo Boloren, Brigade Criminelle de Paris, se rend pour la semaine de vacances printanières qu’il a enfin décidé de poser. Drôle d’idée ? pas tant que ça. Ce village, il le connaît bien. Il paraît même, d’après son père, qu’il l’aurait dans les veines…

Bien décidé à comprendre ce que cette phrase veut dire, Hugo se rend donc au bout de cette route sans issue, sur les traces de ses parents, lui flic, elle journaliste et écrivain. Le couple avait en effet posé ses valises à Douve le temps d’une enquête sordide il y a quarante ans. Aujourd’hui, le père est mort, la mère a la maladie d’Alzheimer et il ne reste plus à Hugo que son flair d’inspecteur et L’Evadé, le livre écrit par sa mère sur ce meurtre au village, pour comprendre pourquoi Douve lui coule dans les veines.

Une plongée inquiétante dans un village moribond peuplé de personnages aussi saugrenus les uns que les autres. Il y a la tenancière mal-aimable de l’auberge des Trois Sapins et son neveu Maurice, gérant de l’unique hôtel de Douve qui manie l’hospitalité comme les cocktails : « On les repère tout de suite, les professionnels du shaker, comme les vieilles danseuses. Il a officié dans les bars chics avant d’atterrir ici. Il a la prestance, le mouvement, le scintillement dans l’œil qui sert. On croirait qu’il va ingurgiter un breuvage merveilleux alors que c’est le même désastre pour le foie que dans n’importe quel rade. » (p. 51)
On trouve aussi Benjamin Chebot, le jeune maire du village, graphiste freelance, venu par amour, resté par amitié ; Mathilde, la jolie étudiante en droit, qui assure la survie de Douves en tenant l’épicerie ; Félicité et Grace Baldwin, les doyennes jumelles de Douve, anarchistes et au sens de la répartie élevé. Et puis, il y a le village, qui semble avoir sa propre vie et incarner à lui seul un personnage : « L’air est plus humide, plus froid. Les sapins ont peut-être moins d’aiguilles, ou alors c’est la route trop droite dans l’ambiance grisâtre qui donne l’impression de foncer dans des limbes. La luminosité ambiante ne correspond à aucune heure de la journée, ce n’est ni de l’aube ni du crépuscule, plutôt une longue lueur baveuse informe. Comme si le jour et la nuit avaient été des couleurs mélangées sur une palette de peintre. Un sale mélange ». (p. 49)

Ce freak show va créer quelques remous et mettre des bâtons dans les roues du jeune inspecteur. Mais Hugo est un fin limier, drogué au chocolat et à la bière locale et qui fonctionne à l’instinct en suivant « sa petite bille ». Il va détricoter un à un les fils de la pelote inextricable de ce village maudit. Avec un léger cynisme et une désinvolture où l’humour fait sourire le lecteur malgré la noirceur de l’aventure. « Quitte ou Douve » (p. 61) comme dirait le maire du village ! Hugo décide de rester jusqu’à faire la lumière sur les phénomènes étranges qui se déroulent depuis son arrivée…

Trois cent pages qui se lisent d’une traite ou presque. Un mystère qui s’épaissit au fil des pages et des personnages, au fil des alternances entre passé et présent, entre extraits du livre maternel L’Evadé et aventures rocailleuses de l’inspecteur Boloren. Une certaine lenteur tout de même emplit le roman, comme si la forêt et ses sapins empêchaient le temps de se dérouler normalement…

Résumé sur le site de l’éditeur :

 » Le gamin a Douve dans les veines. »
Cette phrase, prononcée par son père quand il n’était encore qu’un enfant, l’inspecteur Hugo Boloren ne l’a jamais oubliée. Alors quand il apprend qu’un meurtre a eu lieu à Douve, il y voit un signe. Son père est mort, l’Alzheimer a dilué les souvenirs de sa mère ; c’est sa dernière chance de comprendre en quoi ce village perdu au milieu d’une forêt de sapins lui coule dans les veines.
Tout ce qu’il sait, c’est que son père, policier lui aussi, a été envoyé à Douve il y a quarante ans pour enquêter sur la fuite médiatisée d’un Islandais accusé de meurtre, et que sa mère, journaliste, l’a accompagné pour écrire un livre sur l’affaire.
Que s’est-il passé là-bas et pourquoi ont-ils toujours refusé d’en parler ?
Armé du livre écrit par sa mère, Hugo Boloren va plonger dans ce village peuplé d’habitants étranges, tous unis par un mystère qui semble les hanter. Au fil de son enquête, une question va bientôt s’imposer : et si le meurtre qui a récemment secoué le village était lié au séjour de ses parents, quarante ans plus tôt ?

Douve / Victor Guilbert
Editeur Hugo & cie
Collection : Hugo Thriller
Parution : 7 Janvier 2021
ISBN papier : 9782755685831
298 p.
19,95 € / 9,99€ (ebook)

Crow

L’Alaska est un pays sauvage et d’êtres sauvages : famille d’ours mal léchés, meute de loups affamés, orignal voyeur et panoplie d’hommes attisés par le goût de la chasse, du sang et de la vengeance. Un joli mélange pour un page-turner efficace. Crow est un thriller idéal pour se changer les idées durant un week-end confiné et couvre-feu[tré] de janvier.

Crow, c’est le 2è opus de la série Hunter écrite par Roy Braverman. Souvenez-vous, je vous avais parlé de Freeman il y a quelques temps. Adieu Louisiane, bonjour Alaska pour un roman qui applique tous les codes du « nature writing », là où le territoire prend la place même d’un personnage. L’Alaska donc, ses contrées et montagnes sauvages, ses autochtones un peu rugueux, sa faune dangereuse et son climat peu hospitalier.

Mais Roy Braverman s’amuse quand même à corrompre les codes. Les femmes du roman ont un rôle à jouer. C’est une shérif, Sarah Malkovich, qui tient les rênes du comté et qui va faire appel à une trappeuse, Longhorn Sally, pour réguler la sauvagerie d’une meute de loups et d’une ourse qui a goûté à la chair humaine.

« – Pourquoi elle ? 
– Parce que c’est une « elle », justement. Un peu moins de testostérone dans cette traque nous évitera peut-être de nous retrouver avec cinq descentes de lit sans même être sûres qu’une seule soit la bonne. » (p. 78)

Le tout sur fond de chasse à l’homme où la proie devient chasseur, où le traqué devient prédateur et où les victimes ne sont pas si innocentes. Une galerie de personnages : de Groove à Cage, l’agent du FBI gay en passant par Crow et Hunter, le duo en fuite sorti de Hunter, le 1er opus. On croisera aussi Mardiros, le collecteur de dettes arménien (qui poursuivra sa route en Louisiane dans Freeman) ou encore Delesteros, la flic placardisée dans une banlieue de Detroit, surnommée Fiasco par ses collègues mais appelée à la rescousse pour pister Hunter.

L’auteur dénonce au fil des chapitres courts et incisifs les préjugés contre les femmes qui ont du pouvoir (et ne se laissent pas faire comme la shérif Malkovich) ou contre les homosexuels. Et le portrait brossé des autochtones des Brooks Mountains du nord de l’Alaska n’est guère flatteur… Une plongée sans finesse dans ce 49è état peuplé de rednecks à la gâchette facile, où la chasse à l’animal ou à l’homme est une religion de premier plan.

Personne, absolument personne n’en sort indemne. Et il vous faudra dévorer les 365 pages pour connaître le mot de la fin. Un chiffre en dollars savamment calculé par un arménien.

Résumé sur le site de l’éditeur :
Des déserts arides du Mojave jusqu’aux Brooks Mountains dans le nord de l’Alaska, du pays des crotales au territoire des ours et des loups, une chasse à l’homme haletante et sans pitié. Traqueur ou traqué, homme ou femme, prédateur ou victime, peu importe : le système ne pardonne jamais. Surtout pas aux innocents !

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Crow / Roy Braverman
Editeur : Hugo Roman
Collection : Hugo Thriller
Date de sortie : 14 mars 2019
Pages : 364
ISBN : 9782755640830
Prix : 19,95 €

La bête

Il est australien, pèse la bagatelle de 500 kilos, court aussi vite qu’un taureau de corrida, est reconnaissable à la rayure blanche qui zèbre ses soies noires et à sa défense gauche plus longue et plus acérée que la droite. Lui, c’est un cochon retourné à l’état sauvage, un cochon féral dans le lexique du bush australien, La bête pour le traducteur de Kenneth Cook.

Direction la région d’Adalone dans la Nouvelle Galles du Sud en Australie. Les éleveurs sont confrontés à des hordes de cochons sauvages qui déciment leurs troupeaux. Parmi ces cochons sauvages, on en trouve un, le « Roi de la savane » : « La bête était acculée à la muraille, face aux chiens. Pour la première fois, les hommes la voyaient distinctement. C’était un énorme sanglier de plus d’un mètre au garrot. Debout, il aurait avoisiné les deux mètres. Il était couvert de longues soies d’un noir intense, à l’exception d’une raie blanche qui partait de son oreille gauche, descendait sur le côté de sa hure jusqu’à son groin pour s’arrêter à sa défense. Côté gauche, sa défense faisait au moins vingt centimètres tandis que la droite était plus courte de trois ou quatre centimètres. Sa gueule baveuse et ses mâchoires maculées d’écume lui donnaient une apparence grotesque. La rayure blanche et la longueur inégale des défenses ajoutaient à la bête une touche repoussante, presque obscène. » (p.11)

Ce cochon-sanglier est devenu affreusement méchant… il piétine les chiens-molosses, éventre les chevaux, s’évade avec perte et fracas des tentatives d’encerclement menées par les fermiers.
C’est alors qu’intervient Alan Treval du National Departement of Conservation. Il arpente le bush australien pour étudier les animaux marrons du territoire. Un cochon marron ou féral, apprend-on, est un cochon domestique relâché dans la nature ou qui s’est échappé de son enclos et qui de fait retourne partiellement ou complètement à l’état sauvage. Il débarque chez Tom Robbins, fermier dont les terres sont des concessions que l’Etat souhaite récupérer et transformer en parc national. Mais auparavant, Alan Treval est missionné pour des recherches sur les cochons ensauvagés et le meilleur moyen de les supprimer. Accompagné de son fils, le garde forestier s’installe à proximité des marais et commence son étude, non sans compter fleurette à Anne Robbins, la belle-fille du propriétaire terrien.
Et il suffit d’un piège à cochons pour que Treval et son fils fassent connaissance avec le sanglier monstrueux. Un cochon rusé et qui fait preuve d’une cruauté impitoyable. S’engage alors une traque mi-animale mi-humaine où la rage n’émane pas forcément du bipède. Une traque à la vie à la mort où les humains devront faire preuve d’ingéniosité pour tenter de vaincre ce cochon peu amène.
Treval, écologiste dans l’âme et scientifique de formation, refuse toute forme d’anthropomorphisme vis-à-vis de ce cochon hors-norme : « Je ne pense pas qu’un cochon soit venu sauver les autres. Ce qui a pu se passer, et je dis bien « a pu », c’est  un autre genre de scénario : un gros cochon sauvage est entré en force dans le piège, attiré par les carcasses. Il a détruit le grillage, créant un trou par lequel les autres cochons sont sortis. Ce qui ne veut pas du tout  dire qu’il ait volontairement pratiqué ce trou pour libérer ses congénères. » (p. 73)

Au fil des pages, Treval passe d’une capture éventuelle pour étudier ce cochon féral à une volonté de débarrasser les marais de ce cochon-tueur :
 » – Bien sûr que ce bâtard se venge ! éructa Robbins. Je l’ai regardé bien en face, l’enfoiré, et je vous le dis : j’ai vu de la haine. Ce n’est pas un cochon comme les autres ! » (p. 217)

Et Kenneth Cook va s’amuser durant tout le roman à transformer le duel de Treval et du cochon XXL en jeu du chat et de la souris dans le grand bush australien… Mêlant écologie et suspense, La bête est un vrai page-turner ! Il faut bien avouer que ce cochon rappelle furieusement le sanglier meurtrier du film d’horreur australien Razorback, sorti en 1984. Et on se demande vraiment comment cette traque à la bête du Gévaudan australien va finir.

D’ailleurs, la couverture du roman australien est bien plus explicite que celle de l’éditeur français !
Un drôle de thriller écrit par Kenneth Cook, cet écrivain-journaliste-réalisateur-scénariste considéré comme l’un des principaux écrivains australiens contemporains. Ce roman fut publié en 1980 sous le titre Pig mais il n’a pas pris une ride ! Et il faut remercier les éditions Autrement qu’ils l’ont fait traduire en français en 2014 seulement… Et si la thématique animale vous plaît, l’auteur est assez prolifique sur les animaux autochtones australiens ! Koalas, kangourous, wombats ont la part belle dans ses romans. De quoi découvrir l’Australie en restant dans le fond de son canapé !

Résumé sur le site de l’éditeur :

« J’ai quand même entendu dire que le cochon est un animal intelligent.
– C’est une simple formule. Tu ne mesures pas les implications de ton scénario quand tu parles d’un cochon qui vient libérer d’autres cochons. Ça signifie qu’un cochon devrait venir devant l’enclos, analyser un problème totalement étranger à son univers, concevoir une solution, puis agir selon une motivation précise : la libération d’autres cochons, pour des raisons qui lui seraient propres. Et ça, mon garçon, c’est juste impossible. »

Il pèse une demi-tonne, mais court à la vitesse d’un léopard. Ses yeux rouges, sa raie de poils blancs et ses défenses monstrueuses semblent tout droit surgis d’un cauchemar d’enfant. Son intelligence et sa ruse sèment la terreur parmi les fermiers. Alan Treval, écologiste intrépide, et son fils Michael partent sur les traces de l’animal le plus diabolique d’Australie… ou serait-ce le contraire ?

La Bête / Kenneth Cook
Traduction : Pierre Brévignon
Editions Autrement  / Collection Littératures
Paru le 12/02/2014
272 pages
ISBN : 9782746715837
19,00€

L’Epidémie

A l’heure où chacun tente d’éliminer les excès des fêtes de fin d’année et où le spectre de la galette à la frangipane nous hante, L’épidémie, le roman d’Åsa Ericsdotter sonne comme un coup de semonce. Pas question de Covid ici, le titre est trompeur ! Mais plutôt de calories, de graisse et d’Indice de Masse Grasse dans ce polar suédois très étonnant. En épitaphe, rien de moins qu’une citation de Naomi Wolf, tirée de The Beauty Myth : « Dieting is the most political sedative in women’s history; a quietly mad population is a tractable one ». En français par la traductrice : Les régimes sont le sédatif le plus politique dans l’histoire de la femme ; une population malade est une population malléable.

Un polar qui tranche sévèrement avec l’esprit de Noël… Vous vouliez vous baffrer ? oubliez. Le prix du sucre a été multiplié par 3 et il devient difficile d’en trouver dans les magasins… Vous vouliez du beurre pour vos tartines du matin ? Fichu, les taxes ont été augmentées et cette mauvaise graisse est devenue un produit de luxe. Vous vouliez assister à la messe de minuit ? Raté, les églises sont devenus des sanctuaires du sport et du bien-être : « C’était typiquement américain de réussir à transformer le christianisme en des jingles commerciaux. Les prédicateurs télé le faisaient quotidiennement. Mais transformer le message chrétien en une méthode de régime ? ça ressemblait à une blague. » Et pourtant, c’est bien ce qui arrive dans les premiers chapitres de ce polar sauce suédoise allégée.

A la tête de ce programme d’amincissement et d’assainissement national, le charismatique Premier ministre Johan Svärd. Fasciné par les prédicateurs américains, il s’inspire de leurs méthodes pour mettre au régime la Suède : « Dans la théologie d’O’Brien, la pénitence était la même chose que le régime. Moins on mangeait, plus Dieu était satisfait. Chaque kilo perdu était un pas de plus vers la rédemption. La porte du paradis est assez large pour une personne, dit O’Brien. Si tu es large comme deux personnes, tu ne passeras pas la porte. »

Un discours hygiéniste qui se traduit par des décisions de plus en plus totalitaires. L’obésité devient un fléau voire un danger pour l’économie et le pays. Les maladies cardio-vasculaires coûtent trop cher et il faut les éradiquer. La solution ? Les estomacs sont réduits par chirurgie bariatrique à tour de bras, les convocations pour « séminaires de régimes » sont légions et un emploi ou un appartement ne tient plus à vos compétences ou vos capacités de paiement mais bien à votre Indice de Masse Corporelle : « Elle n’arrivait toujours pas à comprendre comment le Parti de la santé avait pu mettre en place une telle loi sur l’embauche. Des licenciements en fonction du poids des employés. C’était une pure folie. 
Tous les fonctionnaires avec un IMGM supérieur à 42 avaient trois semaines pour perdre du poids. Trois visites gratuites chez un nutritionniste diplômé et deux semaines de médication subventionnée ou de soins. Si on réussissait, on avait le droit de garder son poste. Si on échouait, on devait le quitter. » 

La grossophobie est enclenchée et les obèses sont devenus des obstacles au rayonnement de la nation. Le peuple suédois se laisse faire bon an mal an et accepte ce régime, au sens strict du terme, totalitaire. Le Parti de la Santé vise un idéal de pays sans matière grasse. Les « porcs » doivent disparaître. Et s’infiltre tout doucement, au fil des pages, le totalitarisme le plus dangereux et meurtrier. Comme un relent de nazisme que la Suède aurait mal digéré…

Les protagonistes subissent de plein fouet les décisions du Parti de la santé : l’anti-héros Landon Thomson-Jaeger, un jeune universitaire, assiste impuissant à l’anorexie morbide et mortel de sa fiancée ;  Héléna, elle, a fui Stockholm pour s’isoler à la campagne quand sa fille a été détectée par l’école comme étant en surpoids et inscrite dans une classe spéciale ; Gloria, une universitaire brillante est mise au ban en raison de son poids. Passée la phase de sidération et de culpabilité, elle décide de mener l’enquête : « Le problème venait peut-être du pays lui-même ? la célèbre modération suédoise. La fiabilité vaniteuse de Volvo. Le minimalisme médiocre d’Ikea. Qui d’autre qu’un Suédois pourrait transformer ça en une vertu dans laquelle se lover ? »

Ecrit en 2016, ce roman n’a donc rien à voir avec l’épidémie actuelle. Åsa Ericsdotter a écrit ce premier polar pour dénoncer la discrimination contre les personnes en surpoids. Cette poétesse, née en 1981 à Uppsala et qui a écrit son premier roman à l’âge de 17 ans, nous plonge dans une satire sociale de haut vol. C’est son premier roman à paraître en France.

Totalitarisme, populisme et relent de nazisme : ce polar a tout pour déplaire à vos estomacs. Ce thriller politique est profondément glaçant et perturbant. Cette chasse aux gros, comme une chasse aux sorcières, rappelle de sombres heures. Les trains se sont transformés en bétaillères et les camps de concentration sont devenus des abattoirs ou des fermes abandonnées. Mais le processus est le même. Et seule la mort attend les « pointés du doigt ». Un fascisme du fitness et de la nutrition puissance XXL. Une dystopie éminemment cauchemardesque. A éviter si vous venez de manger…

Résumé sur le site de l’éditeur :

Le charismatique Premier ministre Johan Svärd n’a qu’un seul objectif en tête : faire de la Suède le pays le plus sain d’Europe. Et le plus mince. Sa promesse de campagne repose sur une idée précise. Il veut éradiquer l’obésité, considérée comme une maladie et une menace pour l’économie.

Les églises se transforment peu à peu en centres de sport, les régimes extrêmes et les opérations chirurgicales se multiplient, et tous ceux dont l’indice de masse corporelle dépasse un certain seuil sont licenciés et expulsés de leur logement. Mais, à l’approche des nouvelles élections, le chef du gouvernement perd patience. Les “porcs”, comme il les surnomme, restent encore trop nombreux et continuent de mettre en péril l’avenir de la nation. S’inspirant des pages les plus sombres de notre histoire, il décide alors de passer à la vitesse supérieure et de mettre son plan à exécution…

Landon Thomson-Jaeger, un jeune chercheur, comprend très vite le danger qui menace la population, mais lorsque sa voisine, Helena, disparaît subitement, il découvre que la situation est bien pire que ce qu’il pouvait imaginer.

L’Épidémie est le roman glaçant du basculement vers le totalitarisme, annoncé par le nuage noir du populisme qui assombrit le ciel de notre humanité.

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L’Epidémie / Åsa Ericsdotter
Actes Sud, collection Actes noirs
Parution : mars 2020
432 pages
traduit du suédois par Marianne Ségol-Samoy
ISBN : 978-2-330-13295-8
23.00€

Mictlán

Vous vous souvenez du film Le Salaire de la peur de Clouzot, sorti en 1953, et adapté du roman éponyme de Georges Arnaud ? Mictlán de Sébastien Rutés est un peu sa version contemporaine. Adieu nitroglycérine, mais bonjour cadavres sagement rangés, côte à côte, dans un camion réfrigéré.

Gros et Vieux sont les « Charons » de ces morts sans sépulture et qui doivent être cachés. Ordre du Gouverneur puis du Commandant et parfois du Patron. Ils ne seront que les exécutants d’une manœuvre politicienne : les élections approchent et le Gouverneur se vante d’avoir juguler la criminalité. Il lui faut donc mettre à l’abri des regards ces cadavres des défunts de morts violentes.
Les deux chauffeurs ne sont pas naïfs et savent qu’au moindre faux-pas, ils complèteront la cargaison, les pieds devant. Le semi-remorque réfrigéré doit donc être en mouvement 24h/24. Pas de pause-pipi, pas le temps de manger, à peine le temps de respirer ; il faut rouler à tombeau ouvert.
« …parce que dans un monde digne de ce nom, personne ne transporte cent cinquante-sept cadavres dans un semi-remorque réfrigéré, tu m’entends ?, déjà dans un monde digne de ce nom, il n’y a pas de pays comme celui-là, couvert de cadavres dessus et dessous la terre, dans des fossés, dans des barils au fond des rivières, au beau milieu du désert, et encore moins dans des semi-remorques réfrigérés, parce qu’on ne sait pas où les entreposer, vu que les chambres froides des morgues et des hôpitaux, et même des boucheries-charcuteries sont pleines, et les cimetières aussi, parce que la loi dit qu’on ne peut pas incinérer les victimes de mort violentes, tu sais pourquoi ? pour conserver les pièces à conviction, connard, pour que personne ne dise : désolé, il puait trop, on l’a incinéré , tant pis pour votre enquête, rien à foutre de votre enquête… »

Une course sans fin dans le désert mexicain, sous amphétamines, et sous les balles des narcos, des flics, des militaires qui les poursuivent. Et ce n’est pas la Vierge en fer-blanc suspendue au rétroviseur qui leur apportera la moindre rédemption. Le semi-remorque plein de cadavres continue sa route et essaime d’autres macchabées dans les fossés, au gré des rencontres malheureuses. Mictlán, nous dit Sébastien Rutés au début de son roman, c’est, en nahuatl, « le lieu des morts », où les défunts accèdent à l’oubli après un long voyage à travers le monde d’en bas. Un voyage sombre et sans retour dans un Styx désertique et aride…

On lit ces 153 pages en apnée. Le texte est écrit d’un seul jet : pas de point, pas de ponctuation, pas de souffle ni de pause. Le monologue est puissant et ne laisse au lecteur aucune chance de s’échapper. La phrase vous happe, vous ensorcèle et vous mène dans les méandres de la violence. Mais le romancier ne se limite pas à cet unique exercice de style. Il dresse un portrait au vitriol du Mexique. Ce flots de mots révèle l’absurdité dans laquelle le pays est plongé, livré à une violence sans fin et à une corruption massive des puissants. D’ailleurs, c’est un fait divers sordide qui est au point de départ de ce roman : https://www.courrierinternational.com/article/le-mexique-horrifie-apres-la-decouverte-de-camions-remplis-de-cadavres

Aucun espoir à attendre donc, aucune lueur, si ce n’est un brin de poésie en toute fin du roman (dans les 4 dernières lignes, c’est dire !). Mais la sensation infime d’avoir pris une énorme claque en peu de pages. Une jolie réussite.

Résumé sur le site de l’éditeur :
À l’approche des élections, le Gouverneur – candidat à sa propre réélection – tente de maquiller l’explosion de la criminalité. Les morgues de l’État débordent de corps anonymes que l’on escamote en les transférant dans un camion frigorifique. Le tombeau roulant est conduit, à travers le désert, par Vieux et Gros, deux hommes au passé sombre que tout oppose. Leur consigne est claire : le camion doit rester en mouvement. Vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Sans autre arrêt autorisé que pour les nécessaires pleins de carburant. Si les deux hommes dérogent à la règle, ils le savent, ils iront rejoindre la cargaison. Partageant la minuscule cabine, se relayant au volant, Vieux et Gros se dévoilent peu à peu l’un à l’autre dans la sécurité relative de leur dépendance mutuelle. La route, semée d’embûches, les conduira-t-elle au légendaire Mictlán, le lieu des morts où les défunts accèdent, enfin, à l’oubli ?

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Mictlán / Sébastien Rutes
Editeur : Editions Gallimard
Collection La Noire, Gallimard
Parution : 3 janvier 2020
160 pages
17,00€
EAN : 9782072870576

 

 

Tempêtes

Il est des ouvrages qu’il vaut mieux ne pas lire en période de confinement. Tempêtes en fait partie…
Ce 4è opus de la québécoise Andrée A. Michaud est en effet particulièrement anxiogène (tout comme Bondrée et Rivière Tremblante).
Tempêtes, ce sont deux histoires, deux personnages, deux lieux isolés, une montagne et ses tourments pour seul paysage. Et en fond d’écran : peur, paranoïa, cauchemar réel et folie irrationnelle. Le décor est planté !

Direction le Massif Bleu dans les Cold Mountain. Une première partie intitulée Blizzard : sur un versant de la montagne, un chalet dont a hérité Marie Saintonge après le suicide de son oncle. L’hiver et son blizzard ne tarde pas à pointer leurs flocons. La jeune femme se retrouve confinée dans un environnement hostile. La tempête s’éternise, l’électricité est coupée, une silhouette rode et les fantômes imaginés ou réels surgissent. La folie aussi. Et ce, dès la première page : « Quand mes hurlements frôlaient ainsi l’hystérie, j’étais persuadée qu’il s’amusait, que son visage masqué par l’obscurité s’éclairait du sourire de l’homme qui vous sait prise au piège et qui prend tout son temps, pas à pas, pour vous rendre folle. »
Une spirale infernale qui va conduire la jeune femme à commettre des actes irréparables et à s’enfoncer toujours plus loin dans les hallucinations. Un huit-clos oppressant, parfois déroutant pour le lecteur, qui ne sait plus très bien où se situer.

Une deuxième partie intitulée Orages : sur l’autre versant de la montagne, Ric Dubois installe sa « résidence d’auteur » dans le camping des Chutes rouges au bord de la Red River. Il veut achever le manuscrit de Chris Julian, auteur de thrillers, dont il joue le prête-nom. Ce dernier est mort mystérieusement dans une piscine.
C’est l’été, il fait chaud et les vacanciers profitent de léthargiques vacances dans ce camping avenant. Mais chaque orage, dit « démentiel » par les autochtones locaux, apporte son lot de cadavres et d’incidents. Ric, l’écrivain raté et solitaire, a alors tout du coupable idéal… Ses gentils voisins de caravane deviennent méfiants et sont gagnés par la paranoïa. Et Ric s’enferme dans sa folie lui aussi : « A ce moment, j’ai su que la tempête m’avait rendu fou. […] L’orage n’était qu’un leurre. Ric Dubois, le pseudo-romancier qui fomentait des meurtres sordides, déraillait à la vitesse des éclairs zébrant l’horizon. » 

Un thriller étonnant, qui déroute et qui perd parfois le lecteur. Mais si on accepte de se laisser perdre, alors, la dimension tellurique de la montagne vous porte. La première partie m’a perdue, j’avoue. Je suis restée imperméable à la folie de Marie Saintonge, accélérant la lecture pour éviter d’y plonger. J’ai trouvé la deuxième partie plus accessible, moins oppressante mais pas moins angoissante. Le camping et son environnement deviennent hostiles et cauchemardesques. A lire donc si le confinement n’entache pas votre santé mentale… ou que la folie des autres ne vous rebute pas.
Encore un sacré coup de chapeau à donner à cette auteure québécoise en tout cas !

Résumé sur le site de l’éditeur :
Marie Saintonge emménage dans une maison léguée par son oncle, récemment suicidé, située dans le Massif bleu, une montagne québécoise. Confinée à l’intérieur à cause d’une tempête de neige, elle y vit des phénomènes à l’apparence paranormale et finit par perdre pied…
Ric Dubois est resté le prête-plume de l’écrivain Chris Julian jusqu’à sa mort par suicide. Délivré de ses obligations à son égard mais déterminé à terminer le manuscrit  pour se prouver sa propre valeur, Ric se rend au camping du Massif bleu, afin d’y travailler sur le roman. Plusieurs meurtres ont lieu au camping ; bien que soupçonné par beaucoup de locaux à cause de son statut d’étranger, Ric s’efforce de mettre la main sur le véritable coupable. 
Deux versants de la montagne, deux destins tragiques qui vont se rejoindre. 

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Tempêtes / Andrée A. MICHAUD
Editeur : Rivages
Collection : Rivages Noir
Parution : janvier 2020
EAN : 9782743649432
Prix : 20,00€