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A propos LeeZen

Prof-Doc mais pas que... Curieuse de tout et de rien, culturellement et sportivement hyperactive...

Par les rafales

Par les rafales est le premier roman de Valentine Imhof. Et le moins que l’on puisse dire est qu’il est très prometteur…

Un polar sombre et incandescent, calme et violent, aux notes musicales prononcées et aux tatouages ancrés/encrés au coeur de l’épiderme. Une histoire de femme et d’amours au gré des villes et des continents. Chaque chapitre s’ouvre sur une date et un lieu, fil rouge d’une vie que l’on reconstitue.

Dès le premier chapitre, on plonge en pleine violence. Et on cherche à comprendre pourquoi tout au long des chapitres suivants. Valentine Imhof distille avec parcimonie les détails de la vie d’Alex, l’héroïne du roman. Elle vit à Metz, vient de tuer un homme et voudrait bourlinguer ailleurs, loin surtout de la Nouvelle-Orléans. Elle est forte et fragile à la fois, violente et impulsive, pleine d’une colère enfouie et latente, tatouée et calligraphiée jusqu’au bout de la peau. Un petit côté Lisbeth Salander.

Ajoutez-y alcool et musique, de l’amour fou et passionnel mais en lambeaux. Vous aurez sous les rétines une jolie pépite pleine de ténèbres, de poésie et de titres à écouter : la biblio des taouages et la playlist en fin de roman sont des mines d’or… A conserver sous le coude pour un éventuel 2è confinement.

Encore une fois, les éditions du Rouergue, collection Rouergue Noir, ont fait un joli boulot de sélection littéraire. Et on me chuchote dan l’oreillette que son 2è roman, Zippo, est aussi réussi.

Le résumé sur le site de l’éditeur :

Ils avaient réussi à la retrouver. Alex l’avait compris. Le type inventait des souvenirs bidon, il a proposé de s’arrêter dans un café de campagne pour boire un pot. Pour le plaisir d’être en France, parce que c’est si différent des États-Unis… Ça, elle le savait. Quand il a enserré ses jambes entre les siennes, elle n’a rien fait pour se dégager. Au contraire. Elle a envoyé tous les signaux pour lui faire entendre qu’elle n’attendait que ça depuis le début… Elle le tenait… Elle saurait disparaître ensuite. C’est du moins ce qu’elle pensait. Mais on laisse toujours quelque chose derrière soi. Et au moment où Alex s’apprête à tuer un homme, pour la troisième fois, Kelly MacLeish, jeune sergent juste sortie de l’école de police et mutée aux Shetland, décide de changer complètement d’angle dans l’enquête sur le meurtre de Richard MacGowan le soir du Up Helly Aa, la fête des Vikings, lorsque tout le monde se rassemble pour la crémation du drakkar. Le seul indice retrouvé sur le cadavre, c’est un long cheveu noir. Alors sans le savoir, Kelly rejoint le camp des poursuivants. Ceux qui courent après Alex, ceux qu’elle fuit, toujours plus vite, toujours plus au nord.
Dans un premier roman incandescent, gorgé d’alcool, de rock et de poésie, Valentine Imhof nous emporte sur les pas d’une héroïne qui s’est placée sous la protection de Loki, le dieu destructeur de la mythologie nordique. Comme lui, elle a dû boire le venin qui confère la rage. Comme lui, elle nourrit des vengeances, des apocalypses et des rêves de fin du monde. Et les quatre runes de son nom sont tatouées sur sa nuque.

Par les rafales / Valentine Imhof
Editions du Rouergue / collection Rouergue Noir
Paru en mars 2018
288 pages
20,00 €
ISBN 978-2-8126-1519-1

Des pages et des pages en 2019

Ah mais le confinement est était la période idéale pour publier ses stats de lecture 2019 avec moins de 6 mois de retard ! 68 livres au compteur soit 1 de plus qu’en 2018.

Une BD en forme de roman (1) – format étonnant !
Dans les pins : 5 balades meurtrières (KRIEK, Erik)

Des documentaires (4) – RAS en 2018
Le petit livre des couleurs (PASTOUREAU, Michel)
Nationale 7 – Voyage dans une France oubliée (PETREAULT, Clément)
Nanga Parbat (MESSNER, Reinhold)
Laissé pour mort sur l’Everest (WEATHERS, Beck)

Des nouvelles (1) – RAS en 2018
Incandescences (RASH, Ron)

Des romans (22) : contre 23 en 2018, 8 en 2017 et 20 en 2016

Américains : 
Mon désir le plus ardent (FROMM Pete)
Coup de vent (HASKELL SMITH, Mark)
Les bonnes gens (HUNT, Laird)
Un pauvre type (CALDWELL, Erskine)
Cercueils sur mesure (CAPOTE, Truman)
Premier sang (MORRELL, David)
Survivre (PETTERSON, Vicki)
Balles perdues (CLEMENT, Jennifer)
My Absolute Darling (TALLENT, Gabriel)
Les Arpenteurs (ZUPAN, Kim)

Canadien :
Hongrie-Hollywood express (PLAMODON, Eric)

Chilien :
La quatrième dimension (FERNANDEZ, Nona)

Croate :
Les turbines du Titanic (PERISIC, Robert)

Egyptien :
La chambre de l’araignée (ABDELNABI, Mohammed)

Espagnol :
L’anniversaire (MONSO, Imma)

Français :
Surf (BOUDET, Frédéric)
Le Schmock (GIESBERT, Franz-Olivier)
Le lambeau (LANCON, Philippe)

Polonais :
Krivoklat (DEHNEL, Jacek)
Une si petite extermination (JANKO, Anna)

Sri-lankais :
Ombres sur la Tamise (ONDAATJE, Michael)

Suédois :
Automne allemand (DAGERMAN, Stig)

Des polars, thrillers et romans noirs (33) : contre 44 en 2018, 42 en 2017, 27 en 2016, 19 en 2015 et 13 en 2014 – je suis toujours – de plus en plus – addict  un peu moins droguée ?

Allemand : 
Urgences et sentiments (MAGNUSSON, Kristof)

Américains : 
Dans la vallée décharnée (BOUMAN, Tom)
Mère toxique (BURT, Alexandra)
Sang de lune (CHILD, Lincoln)
Le pays des oubliés (FARRIS SMITH, Michael)
Famille parfaite (GARDNER, Lisa)
L’anniversaire (HARDING, Robyn)
Les morts de Bear Creek (McCAFFERTY, Keith)
Comme les lions (PANOWICH, Brian)
Le Zoo (PHILLIPS, Gin)
Un autre Brooklyn (WOODSON, Jacqueline)

Anglais : 
London nocturne (UNSWORTH, Cathi)
Les prochaines sur la liste (WHITE, Neil)

Argentin : 
Les jeunes mortes (ALMADA, Selva)

Canadien : 
Le tricycle rouge (HAUUY, Vincent)

Danois : 
Promesse (ADLER OLSEN, Jussi)

Ecossais : 
L’Accident de l’A35 (Mc RAE BURNET, Graeme)

Espagnol : 
Par-delà la pluie (DEL ARBOL, Victor)

Français : 
Plateau (BOUYSSE, Franck)
La chance de leur vie (DESARTHE Agnès)
Le plus grand des miracles (GLAVINIC Thomas)
Masses critiques (GOUEZEC Ronan)
Calcaire (DE MULDER Caroline)
Lux (MAYERAS, Maud)
Puzzle (THILLIEZ, Franck)

Islandais : 
La Cage (SIGURDARDOTTIR, Lilja)

Italien : 
Sur le toit de l’enfer (TUTI, Ilaria)

Néo-zélandais : 
Rocking Horse Road (NIXON, Carl)

Norvégien : 
Les Chiens de chasse (HORST, Jørn Lier)

Portugais : 
Le collectionneur d’herbes (VIEGAS, Francisco José)

Serbe : 
L’égout (MATIC, Andrija)

Suédois : 
Chant des âmes sans repos (ALSTERDAL, Tove)
Colère blanche (BÖRJLIND, Cilla et Rolf)
Marconi Park, une enquête du commissaire Winter
(EDWARDSON, Ake)
Zack (KALLENTOFT Mons & LUTTEMAN Markus)
Bambi (KALLENTOFT, Mons & LUTTEMAN, Markus)
Eté (KALLENTOFT, Mons)

Vénézuélien : 
Portrait d’un cannibale (ALVARADO, Sinar)

Roman New Romance (1) – [Là, je me suis fait avoir. Un roman pris par inadvertance sur la table de présentation au 4è étage aux Champs Libres. Mais ma curiosité n’a fait qu’un tour… On oscille entre la collection Harlequin (assez prude dans mon souvenir d’une seule lecture) et la vague des « 50 nuances ». A mon sens, ce n’est pas de la littérature mais du pourvoyeur de fantasmes faciles pour celles qui n’oseraient pas franchir l’accès à YouPorn. Et la lecture est vraiment pathétique. Prenons cela comme une expérience littéraire qu’on ne renouvellera absolument pas.]

Calendar Girl (CARLAN, Audrey)

Romans SF (1) – RAS en 2018 : moi qui ai dévoré des romans de SF dans ma jeunesse, me voilà loin de mes statistiques d’alors…

La cité de l’orque (MILLER, Sam J.)

2019 fut une année plutôt équilibrée : moins de polars, plus de romans ! Niveau géographie littéraire, j’ouvre encore cette année mes horizons : 22 nationalités, contre 16 en 2018, 14 en 2017, 13 en 2016, 15 en 2013, 14 en 2014 et 10 en 2015. Une grosse incursion chez les Suédois mais qui s’explique parle fait que j’ai enchaîné les polars de Mons Kallentoft.

Enfin, moins d’une dizaine de livres lus en version numérique. Pas encore de liseuse donc pas de changement notoire. Je continue à emprunter assidûment dans les médiathèques ;-)

Bandidos

L’histoire des pays d’Amérique Latine a quelque chose de fascinant et de morbide. Et j’y reviens régulièrement, comme si cet aimant me rappelait à lui perpétuellement. Bandidos, de Marc Fernandez se passe en Espagne et surtout en Argentine. Il revient sur la période trouble que ce pays a traversé.

C’est le troisième opus de la série hispano-américaine rédigée par cet auteur français qui fut journaliste pendant 15 ans pour Courrier International, en charge notamment de suivre l’actu en Espagne et en Amérique latine. Les deux premiers romans de la série, Mala vida et Guérilla Social Club, abordaient pour l’un la question des enfants volés sous le franquisme en Espagne et l’autre les fantômes des dictatures chilienne et argentine.
Et comme je lis dans le désordre, j’ai fait la rencontre des personnages du 3è roman sans pouvoir les relier aux précédentes histoires !

D’un côté les madrilènes : Diego Martín, le journaliste chez Radio Uno, spécialisé dans les chroniques judiciaires ; Ana, détective privée et grande amie de Diego ; Pablo, policier à la Crim’ ; et Nicolás Ortiz, ex-agent en retraite du Service central du renseignement intérieur espagnol, ami et complice de toujours de cette petite bande.  Outre-Atlantique, côté argentin, on trouve Rafael Roca, rédacteur en chef de l’Información à Buenos Aires ; Léa Guzmán, journaliste free-lance ; et Isabel Ferrer avocate exilée en Argentine et conseillère juridique de l’association des Mères de la Plaza de Mayo.

Ils vont devoir résoudre une affaire sordide : le corps d’une femme calcinée et abattue d’une balle dans la nuque est retrouvé dans un parc à Madrid. Il ne faut pas longtemps pour découvrir qu’il s’agit de Célia Rodrigo. Dont le frère, Alex Rodrigo, photographe pour un hebdo, a été assassiné dans des conditions similaires en Argentine 20 ans auparavant. Diego qui connaissait Celia va se lancer avec ses amis dans une enquête trépidante.

Au rythme des retrouvailles (sur l’oreiller parfois), les amis croisent des flics ripoux et la corruption politique, subissent de plein fouet le tabassage en règle de Rafael Roca et le muselage de l’information. Le roman nous entraîne dans une aventure policière et journalistique avec un fond historique soutenu.

Un roman qui se lit facilement avec un style incisif et des chapitres alternant l’enquête à Madrid et à Buenos Aires (comme des sauts de puce dans l’Histoire et au-dessus de l’Atlantique).

Et moi, je vais donc lire à l’envers les deux premiers romans ;-)

Résumé sur le site de l’éditeur :
Le corps calciné d’une femme menottée, une balle dans la nuque, est retrouvé dans un parc de Madrid. Diego Martin, journaliste radio d’investigation, connait la victime, rencontrée vingt ans auparavant… En Argentine. Jeune reporter à l’époque, il avait couvert l’assassinat du frère de la victime : Alex Rodrigo, photographe pour un grand hebdomadaire, tué selon le même mode opératoire.
Un meurtre identique à des milliers de kilomètres de distance, à deux décennies d’écart. Il n’en faut pas plus au présentateur d' »Ondes confidentielles » pour se lancer dans une enquête qui le mènera à Buenos Aires, où il retrouvera une femme qu’il n’a jamais pu oublier…
Entre corruption politique, flics ripoux et groupes mafieux, ce voyage va faire ressurgir les fantômes du passé. Car parfois, ceux qu’on croyait morts reviennent hanter ceux qui sont restés.

L’auteur de l’acclamé Mala Vida, finaliste du Prix des lectrices de Elle, et de Guerilla Social Club, revient avec un nouveau polar aussi trépidant que furieusement engagé, à l’arrière-plan historique fascinant.

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Bandidos / Marc Fernandez
Edition Préludes
Publié le le 3 octobre 2018
320 p.
ISBN : 9782253107927
15,90 euros

Le Bleu au-delà

David Vann compte parmi les auteurs qui m’ont réellement remué les tripes dans ma carrière de lectrice. Il y a d’abord eu Sukkwan Island lu en 2010, puis Désolations lu en 2012, puis Impurs en 2013. Il y a aussi eu Goat Mountain en 2015 et Dernier jour sur terre en 2014, sur lesquels je n’ai pas pu rédiger quoi que ce soit.

David Vann est un écrivain à part, que j’ai pu croisé au Festival Etonnants Voyageurs à St Malo en 2013. Il présentait une conférence sur la genèse de son oeuvre intrinsèquement liée à son enfance. L’écrivain avait une bouille d’enfant rieur en contradiction totale avec les névroses et angoisses qui transpirent dans ses romans et nouvelles. J’en suis ressortie fascinée. Et je le suis encore.

Le Bleu au-delà est un recueil de nouvelles publié par Gallmeister. Certaines de ces nouvelles sont inédites, d’autres accompagnaient la nouvelle Sukkwan Island dans le recueil Legend of a suicide publié aux Etats-Unis.

On y retrouve donc en filigrane tous les thèmes présents dans le dérangeant Sukkwan Island et les romans suivants : père dépressif, suicide, famille dysfonctionnelle, relations difficiles père/fils, importance des armes à feu, amour pour la chasse et aquariums !

Dans chaque nouvelle, on lit les bourgeons de ce qu’on a lu ensuite dans cette litanie de romans plus épouvantables les uns que les autres. Comme une gigantesque machine à remonter le temps dans les traumatismes d’un enfant.

Les mots sont rudes, violents et tranchants. La mort s’immisce partout, dans le moindre interstice entre deux virgules. Extrait de la courte nouvelle Rapport d’incident au département du shérif : « La porte se ferme, puis elle entend un bruit de craquement à l’autre bout de la ligne. Pour s’expliquer le son, Rhoda imagine le saucier ne métal, celui en aluminium avec un pied rond comme un pot de plante, qui heurte la table de jeu verte dans la cuisine de Jim. Puis elle entend des cliquetis dans le fond, comme si toutes les grenailles d’un fusil – car elle pense à présent qu’il s’agit d’un fusil – ricochaient contre le mur et tintaient peut-être même sur les parois du saucier en aluminium. Plus d’une décennie après, quand elle apprendrait que c’était un pistolet et non un fusil, elle penserait que le bruit devait être celui des morceaux de crâne gouttant sur la table. » (p. 98)

Vous n’avez jamais lu David Vann ? Le Bleu au-delà peut être une bonne entrée en matière, à pas feutrés. Vous avez déja plongé dans les abysses tourmentés de l’auteur ? lisez ce recueil. Il est comme un retour aux sources et à l’essentiel…

De mon côté, me reste encore à lire Aquarium (2016), L’Obscure Clarté de l’air (2017) et Un Poisson sur la Lune (2019). Pas sûre que ce soit les lectures les plus appropriées en cette période de confinement ;-)

Résumé sur le site de l’éditeur :
Roy est encore un enfant lorsque son père, James Fenn, dentiste et pêcheur professionnel raté, se suicide d’une balle dans la tête. Tout au long de sa vie, Roy ressassera ce drame qui deviendra son obsession mais aussi une source, douloureuse, d’inspiration. Comment se créent et se transmettent les légendes familiales ? Quelles histoires notre mémoire choisit-elle de garder et sous quelle forme ? À partir de quelques moments intimes éparpillés dans le temps – faiblesses, infidélités, désirs, contemplations – se met en place une histoire de perte, d’amour tendre et de retrouvailles imaginaires dans les espaces sauvages de l’Alaska.

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Le Bleu au-delà / David VANN
Gallmeister – Collection Totem
Parution le 03/01/2020
176 pages
ISBN 978-2-35178-748-9
7,90 euros

Esaü

Drôle de roman que signe là Philippe Kerr, l’auteur écossais décédé en 2018. Esaü est à mi-chemin entre le roman d’alpinisme, le thriller et le roman d’espionnage. Comme un polar de série B agrémenté de mythes himalayens. Lecture de plage et d’été assurément !

On retrouve presque tous les ingrédients du bon film catastrophe : un alpiniste gentil, une scientifique amoureuse, un espion très vilain et un drôle d’animal – plus connu sous l’appellation « abominable homme des neiges » – qui court dans la montagne et sautille gentiment de crevasses en crevasses… Vous vous souvenez de Tintin au Tibet ? on s’y croirait !

Donc, reprenons le fil de l’histoire : Jack Furness est américain et alpiniste de renom. Lors d’une expédition sur le Machhapuchhare, une montagne sacrée de l’Himalaya, il est victime d’une avalanche qui le laisse seul survivant de son équipe. Tombé au fond d’une crevasse, il y découvre le crâne d’un hominidé (dont il va taire l’existence aux autorités). Rentré aux Etats-Unis, il soumet ce crâne à l’examen de Stella Swift, brillante paléo-anthropologue à Berkeley en Californie. Sur fond de love story « je t’aime, moi non plus » of course. Pas de doute, ce crâne est bien un chaînon maquant du genre gigantopithèque. Jack remonte donc une expédition scientifique pour partir à la quête du Graal (en la personne de l’abominable homme des neiges). Mais c’est sans compter l’agent du Pentagone qui s’incruste incognito, tout ça pour retrouver les débris d’un satelitte espion qui fait désordre en plein conflit au proche Cachemire…

Tempêtes de neige, parois de glace, trahisons politiques, moeurs des primates (et des hominidés !) : un condensé glacé pour ce thriller. A lire si le yéti vous en donne l’envie !

Résumé sur le site de l’éditeur : 

Les dieux n’ont pas apprécié que Jack Furness, alpiniste de renom, cherche à gravir le Machapuchare, une montagne sacrée dans le Sanctuaire des Annapurnas. Une avalanche engloutit son expédition, le laissant seul survivant. Mais lors de cette ascension interdite, il découvre le crâne d’un hominidé qu’il offre à sa petite amie épisodique, le Dr Stella Swift, paléoanthropologue à Berkeley.
Le résultat des analyses est surprenant : le fossile semble bien moins ancien que supposé au premier abord. Stella et Jack décident de partir au Népal pour tenter d’éclaircir le mystère… Un projet auquel la CIA ne demande qu’à participer. Au carrefour de la Chine, de l’Inde et du Pakistan, l’Himalaya ne constitue-t-il pas une zone particulièrement sensible ? Pour l’espion infiltré dans l’expédition, peu importent les méthodes employées pour accomplir sa mission…
Cette fois, Philip Kerr nous entraîne à cinq mille mètres d’altitude dans une histoire à couper le souffle, mêlant science, aventure, géopolitique et philosophie.

Esaü / Philip Kerr
Editions du Mont-Blanc – Collection Mont-Blanc Noir
Publié en juillet 2019 (publication originale : 1996)
ISBN : 978-2365450652
448 pages

Masses critiques

Masses critiques est le second romand de Ronan Gouézec qui me tombe entre les mains. Ronan Gouézec est finistérien et cela transpire dans ses écrits.

Un premier chapitre intitulé Corps et Biens : « Le filet s’écrase sur le plancher poisseux. Il glisse aussitôt hors de portée, tant le roulis est fort. Les paquets de mer arrivent, entassés en grand désordre de verts ténébreux, de gris charbonneux. De temps à autre une explosion mousseuse vient franger les voûtes de ces cathédrales romanes en folle procession. C’est une dentelle délicate et éphémère. Les lames se précipitent. Elles s’empilent, s’assemblent en blocs denses quasi solides. Un monticule liquide est en train de naître. C’est le rejeton boursouflé et gueulard d’une mer furibonde. Il n’en finit pas de s’édifier, de s’écrouler sur lui-même avant de rouler et de se reconstituer un peu plus loin, crachant et grondant. »

Une histoire poisseuse : entre une fratrie haineuse qui pratique la pêche illégale, René le restaurateur extorqué, et Marc, son ami d’enfance, conseiller financier, qui porte son obésité comme une colère en cocotte-minute.
Un croisé-décroisé entre tout ce petit monde, violent, iodé et sans concession.

Ronan Gouézec dépeint une atmosphère brestoise de bout du monde où la météo n’est guère tendre avec les autochtones. Morceaux choisis :

« Un grain subit roule vers lui en ronflant depuis le goulet, brouillant le regard retrouvé. Il vient s’abattre sur la ville et épuiser sa mauvause humeur. Cela ne durera pas. »

« Des rafales brèves mais puissantes annoncent un nouveau grain qui arrive en roulant des épaules lourdes et massives.
Il faut vite se mettre à l’abri. »

« Le gris de la mer s’est mué en un bleu ardoise très foncé, presque noir, moucheté de blanc. Il se fond dans le ciel sombre et très bas. Un clapot court et agressif s’est levé. »

« Des rayons de soleil industrieux et dardés cherchent à percer entre les masses cotonneuses lourdes et noires à leurs marges. Cela s’insère et se diffuse. C’est maintenant une lame incandescente et large qui se déploie et tranche dans la densité sombre. »

Un roman incisif, houleux, où la vengeance se déguste en fond de cale par 4 mètres de creux. Ça secoue !

Résumé sur le site de l’éditeur : 
Cette nuit-là, les Banneck, père et fils, se sont embarqués pour une pêche interdite, comme ils en avaient l’habitude. Le père à la barre. Les deux fils en plongée. Le vieux Banneck avait trop bu. Le bateau n’est pas rentré au port. René Joffre, le restaurateur dont l’élégant établissement domine la rade, a cru que s’en était fini de l’extorsion de fonds, du chantage que ces trois-là, mais surtout le vieux, lui infligeaient depuis des mois. Et que la vie allait se poursuivre en paix, avec Yvette, sa femme, et Marc, son ami d’enfance, son alter ego, celui sur qui il avait toujours pu compter. Sans imaginer que ce dernier compromettrait leur amitié, ni que les Banneck reviendraient des abysses, plus vengeurs et dangereux que jamais.
Ronan Gouézec mène avec âpreté ce roman de colère et de fraternité où rien n’unit davantage les hommes que l’adversité.

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Masses critiques / Ronan GOUEZEC
Le Rouergue – Collection Rouergue Noir
ISBN 978-2-8126-1861-1
Parution : septembre 2019
208 pages
18,50 €

Conte d’exploitation

Conte d’exploitation de Dominique Sigaud est un court polar dans lequel j’ai eu du mal à rentrer à cause de l’écriture. Mais une fois qu’on y arrive, le propos est prenant et on engloutit vite les 213 pages.

Il faut dire que le personnage est attachant et que son combat contre son nouveau directeur et ses méthodes de management dignes des plus grands pervers narcissiques [toute ressemblance… blablabla…] est assez intéressant.

« J’étais très exactement placée face au viseur. Je l’ai vu se lever, contourner son bureau. J’étais Mowgli, il était Kaa le python. Son regard ne lâchait pas le mien. Ses petites lèvres étroites avaient presque entièrement disparu. Il s’est arrêté, a bruyamment écrasé sa main droite sur le coin du bureau, au dernier moment j’ai maîtrisé mon sursaut. » (p. 158)

Régine Partouche est commissaire au fameux 36 Quai des Orfèvres. Dans 15 jours, elle fêtera son Jubilé. Mais l’heure n’est pas à la fête en ce lundi matin. Elle doit aller se rendre à la PJ. Une PJ remaniée par Pucheu, le nouveau directeur, fan du management nouvelle génération. Qui casse les équipes et brisent les liens sous prétexte de rentabilité et d’efficacité.
Qui plus est, la Brigade a deux affaires à régler. Le meurtre d’une artiste-peintre dans le 11è arrondissement est confiée à Régine. En effet, l’autre affaire la touche de loin : un travesti brésilien a été retrouvé mort dans une poubelle devant la librairie de Georges, mari de Régine.

Les deux enquêtes vont avancer en parallèle, au gré des humeurs et des états d’âme de la commissaire. Au gré aussi de ses ronds de jambe savamment agencés pour contourner le très hiérarchique Pucheu.

Au gré enfin de cette écriture si particulière qui peut être vraiment déroutante au début du roman. Accumulation de phrases nominatives. Pas de verbe, pas de liant. Une sensation de lecture en apnée, sans remontée(s) à la surface pour respirer.

« Lunae dies dehors, peuple récalcitrant, métro, voitures, temps de novembre, bureau. A nouveau un café au distributeur vital, indispensable, de l’étage, mais cappucino. Retour à mon bureau, gobelet en main. Lecture du brief déposé avant mon arrivée pour la réunion de service obligatoire du lundi matin : affaires en cours et cadavres du week-end. Photos des visages et des corps. Avant, après. » (p. 15)

Et puis, cette façon si particulière de faire parler à soi-même le personnage, du moins, ses propres pensées sur l’instant en cours : « Je suis écrasée dans mon fauteuil. Loup oméga, ma pauvre Régine. Pour goûter à la carcasse, tu repasseras. Je suis écrasée dans mon fauteuil. Ce type sait exactement ce qu’il fait. Erreur : ce qu’il me fait. Il a raison. Je ne suis pas de taille. Trop de couscous poisson et pas assez de rottweiler dans mes gènes. » (p.103)

Au final, les méchants gagneront un peu, Pucheu trouvera un loup Alpha bien caché derrière son oméga et la commissaire Partouche fêtera finalement ses 50 ans. On ne sait s’il y aura une suite. Mais, en attendant, on va lire le 1er opus des aventures de cette commissaire étonnante, L’inconfort des ordures, sorti en 2007, chez Seuil.

Résumé sur le site de l’éditeur : 
Lundi matin, réveil difficile pour la commissaire Régine Partouche : la réunion avec Pucheu, son supérieur, lui donne envie de rester au lit… La nouvelle politique de management a causé des dégâts au sein des équipes.
L’ambiance est au flicage…
Elle avait d’ailleurs raison de redouter la réunion : Pucheu lui apprend qu’un travesti brésilien a été retrouvé mort devant la librairie de son mari. Pur hasard ou volonté de la viser ? Les faits lui rappellent une affaire résolue trois ans plus tôt, mais Pucheu confie l’enquête à l’inspecteur Darnando, le mouchard… et éloigne la commissaire en la chargeant d’une autre affaire, l’assassinat d’une peintre, Hortense Majera. Partouche va mener les deux enquêtes de front. La première, l’officieuse, avec l’aide de ses anciens collaborateurs, la conduit sur la piste d’un lupanar. La seconde, l’officielle, menée avec sa nouvelle équipe composée d’“hommes de Pucheu”, lui fait découvrir l’univers de la peintre Majera, une femme de convictions, et son dernier commanditaire, un industriel aussi froid que retors.
Politiquement en guerre contre les nouveaux usages du pouvoir, Régine Partouche tente de contrer sa hiérarchie grâce aux préceptes de L’Art de la guerre et aux conseils avisés de sa psychanalyste. Sera-t-elle de taille face à des adversaires de plus en plus clairement décomplexés ?

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Conte d’exploitation / Dominique SIGAUD
Actes sud – Collection Actes noirs
ISBN : 978-2-7427-9512-3
Parution : février 2011
213 pages

La nuit des enfants qui dansent

J’ai découvert Franck Pavloff en tant qu’auteur jeunesse quand je travaillais en CDI de collège. Puis, je l’ai croisé au détour de sa nouvelle Matin Brun en 2002 après le choc de la qualification du FN pour le 2nd tour des Présidentielles.

Je l’ai retrouvé par hasard aux Champs Libres avec La nuit des enfants qui dansent, un joli roman sorti chez Albin Michel en 2017. 

L’histoire d’une rencontre improbable entre Zâl, jeune acrobate qui n’a peur de rien, et Andras, vieil homme hongrois exilé en Autriche. L’un refuse d’évoquer son passé quand l’autre vit perpétuellement dans ses souvenirs, ceux d’une Budapest exsangue et révolutionnaire entre deux dictatures.

Road-trop mystique pour ce duo explosif de Salzbourg à Budapest dans une Europe des frontières. Et l’arrivée à Budapest, entre le festival de Sziget pour l’un et les lieux chargés de mémoire pour l’autre. Une très belle évocation d’ailleurs de la synagogue de Dohàny Utca m’a ramenée quelques mois en arrière, lors de la visite de ce lieu émouvant et chargé d’Histoire.

C’est toute l’histoire de Budapest et de la Hongrie qui transpire dans ce roman : « Au-dessus de lui la voûte du ciel lui rappelle sa lointaine nuit passée à la belle étoile. Il y a si longtemps, l’été 1989, ving-cinq ans déjà, le 18 août exactement. Comment oublier cette nuit des barbelés, comme la baptisèrent les journaux de l’Ouest, au coude à coude avec des centaines de Hongrois et d’Allemands fuyant l’Est par la ville de Sopron sur la frontière austro-hongrois, avec balluchons de misère et carrioles à bras, oreilles collées aux transistors. A la belle étoile ! Totale dérision ! Elle était rouge l’étoile qu’ils fuyaient, soviétique, sinistre, elle marquait au fer depuis des décennies le front et l’âme des Hongrois qui eux-mêmes, leurs parents et leurs alliés, ironie de l’Histoire, en avaient épinglé plus d’une, mais jaune cette fois au revers des habits des citoyens juifs. Cycle des couleurs barbares, bourreau un jour, victime le lendemain, malheur dans les deux cas. »

La plume de Pavloff est ciselée et très agréable à lire. Je ne peux que vous conseiller cette lecture (Z’avez vu, je ne lis pas que des polars !). Et à l’occasion, faites un tour à Budapest…

Résumé sur le site de l’éditeur : Ils se rencontrent à la frontière autrichienne. Zâl va en équilibre sur un fil tendu, tête dans les étoiles et bras en balancier, Andras l’observe, pris au piège des souvenirs de sa vie d’avant dans une Hongrie quittée vingt ans plus tôt. L’un apprivoise l’espace avec sa tribu d’oiseaux, l’autre s’alourdit de trop de mémoire. Ensemble, ils partent pour Budapest où se retrouve la jeunesse d’Europe pour le grand festival d’été sur les iles du Danube, alors que dans l’ombre des gares campent des migrants en déshérence.
Un voyage initiatique au cœur de l’Europe toujours hantée par les drames du XXe siècle. Depuis Le Pont de Ran-Mositar (prix France Télévisions 2005), de son écriture puissante et poétique, Franck Pavloff ne cesse de confronter les territoires de l’exil et l’effervescence d’un monde où les enfants qui dansent repoussent les ténèbres de leurs aînés.

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La nuit des enfants qui dansent / Franck PAVLOFF
Albin Michel
ISBN : 9782226399038
Parution : 23-08-2017
288 pages

Ma liste des Municipales a un nom plus ridicule que la tienne…

Ou étude assez peu sérieuse des titres de listes municipales 2020 en Ille-et-Vilaine.

Précaution d’usage : Il n’est volontairement pas fait mention des partis politiques dont pourraient relever certaines listes.

Quelques chiffres au préalable pour situer le paysage :
331 communes (si j’ai bien compté)
477 listes
114 communes sans listes
Vous retrouverez quelques chiffres en seconde partie.
Mais pour l’heure, amusons-nous (moquons-nous) un peu…

LEGO Suffragette (by Barry – Creative Commons Flickr)

L’étude approfondie en pdf, c’est par ici : Ma liste des Municipales a un nom plus ridicule que la tienne

Il y a 22 pages mais avec le confinement, vous avez du temps de lecture et de cerveau disponibles ! Bonne lecture !

Boréal

Heureux les ours polaires qui gambadent tranquillou sur l’inlandsis pour essayer de survivre ! Dans Boréal de Sonja Delzongle, ils ont un garde-manger à portée de museau. Parce que pas malins non plus ces huit scientifiques qui s’enferment à huit-clos pour une mission dans la base Artica au Groënland, loin de toute civilisation. Et qui partent régulièrement en pleine nuit polaire arpenter les glaces…


A leur décharge, il se passe des choses étranges en ces lieux. Ils découvrent notamment un troupeau de boeufs musqués dans le permafrost : un congélateur géant rempli de viande ! Roger Ferguson, chef de la mission, fait appel à une vieille amie, Luv Svendsen, spécialiste des hécatombes animales au sein de la Wildlife Protection Society. Cette dernière traverse un épisode de vie passablement compliqué et décide de voler vers le Groenland. Au lendemain de son arrivée, un scientifique disparaît.

Sonja Delzongle a l’art et la manière de vous plonger au coeur d’un huit-clos glaçant (sans jeu de mots). Boréal, c’est les 10 petits nègres version glaces et banquise. Des phénomènes étranges, des disparitions, des scientifiques un peu Jekyll & Hyde qui cachent bien leur jeu (et leurs problèmes mentaux). Il fait froid, il fait nuit, tout est propice à ce que le roman dérape… Et c’est bien entendu ce qui va arriver (teasing). Dans des proportions assez folles. Un chien redeviendra même un loup, c’est dire !

Au-delà du thriller angoissant, Sonja Delzongle distille un discours peu rassurant sur l’avenir sombre de l’humanité, de sa faune et de sa flore…

Cette longue marche des trois frères dans la nuit glaciale de l’inlandsis est peut-être leur dernière, comme elle le fut pour Whale et Ferguson. La faim les rattrapera, la mort aussi. Comme tant d’autres de leurs congénères. Comme tant d’autres espèces. Comme la nôtre, un jour. Bientôt, si rien n’est fait.
Un jour, l’humanité ressemblera à ça, à ce qu’il reste de la carcasse de Ferguson, quelques os pointant vers le ciel qu’éclaire la lune dans le désert glacé.

A lire en plein hiver sous la couette ou au coin du feu. Avec une main sur le fusil hypodermique pour se protéger des dangers…

Résumé sur le site de l’éditeur : 
Janvier 2017, au Groenland. Là, dans le sol gelé, un œil énorme, globuleux, fixe le ciel. On peut y lire une peur intense. C’est ainsi que huit scientifiques partis en mission de reconnaissance découvrent avec stupeur un bœuf musqué pris dans la glace. Puis un autre, et encore un autre. Autour d’eux, aussi loin que portent leurs lampes frontales, des centaines de cadavres sont prisonniers du permafrost devenu un immense cimetière.
Pour comprendre l’origine de cette hécatombe, le chef de la mission fait appel à Luv Svendsen, spécialiste de ces phénomènes. Empêtrée dans une vie privée compliquée, et assez soulagée de pouvoir s’immerger dans le travail, Luv s’envole vers le Groenland. Ils sont maintenant neuf hommes et femmes, isolés dans la nuit polaire.
Le lendemain a lieu la première disparition.
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Boréal / Sonja DELZONGLE
Denoël – Collection Sueurs Froides
ISBN : 9782207139141
Parution : 08-03-2018
448 pages