Archives pour la catégorie J’aime mon libraire

Des pages et des pages en 2016

Alors que 2017 voit le bout (et la fin) de son nez se profiler, damned ! je m’aperçois que je n’ai pas fait le point sur mes lectures de 2016 ! Il n’est jamais trop tard…

Lectures de vacances

48 au compteur, soit 10 de plus qu’en 2015.

Des nouvelles (1) : de moins en moins
American Falls (GIFFORD, Barry – 13è note Editions)

Des romans (20) : contre 17 en 2015

Américains : 
Le jour où les zombies ont dévoré le Père Noël (BROWNE, S.G. – Mirobole Editions)
L’innocence (DELEEUW, Brian – Super 8 éditions)
La mer les emportera (DYBEK, Nick – Presses de la Cité)
Triburbia (GREENFELD, Karl Taro – Editions Philippe Rey)
Enon (HARDING, Paul – Editions Le Cherche Midi)
American Purgatorio (HASKELL, John – Editions Joëlle Losfeld, collection Littérature étrangère)
Neverhome (HUNT, Laird – Actes Sud)
Un oiseau blanc dans le brouillard (KASISCHKE, Laura- Christian Bourgeois)
Le chant de la Tamassee (RASH, Ron – Seuil)
La mécanique des fluides (YUKNAVITCH, Lidia – Denoël, collection Denoël et d’Ailleurs)
Irlandais :
Academy Street (COSTELLO, Mary – Seuil)
Suisse : 
Le Livre des Baltimore (DICKER, Joël – Editions de Fallois, collection Fallois Littérature)
Français : 
La condition pavillonnaire (DIVRY, Sophie – Les Editions noir sur Blanc, collection Notabilia)
Quarante jours après ma mort (EL AYACHI, Samira – Editions de l’Aube)
Quelque chose pour le week-end (GENDRON, Sébastien – Editions de la Baleine)
Journal d’un looser (LAVARENNE, Stéphane – Editions Buchet Chastel)
Suédois :
Pattes de velours, œil de lynx (ERNESTAM, Maria – Editions Gaïa, collection Gaïa Littérature)
Anglais : 
Gretel and the Dark (GRANVILLE, Elisa – Mirobole Editions)
La cucina seconda (PRIOR, Lily – Grasset)
Canadiens : 
Piégé (MOORE, Lisa – Denoël, collection Denoël et d’Ailleurs)

Des polars (27) : contre 19 en 2015 et 13 en 2014 – je suis toujours – de plus en plus – addict

Danois : 
Dossier 64 (ADLER OLSEN, Jussi  – Albin Michel)
Profanation (ADLER OLSEN, Jussi – Le Livre de Poche Policier)
Français : 
Trop de morts au pays des merveilles (AUDIC, Morgan – Editions du Rouergue, collection  Rouergue Noir)
Condor (FEREY, Caryl – Gallimard – Série noire)
Rural noir (MINVILLE, Benoît – Gallimard Série noire)
Les Survivantes (WALKER, Lalie – Actes Sud, Actes noirs)
Américains :
Dieux de la pluie (BURKE, James Lee – Rivages, collection Thriller)
L’indien blanc (JOHNSON, Craig – Gallmeister)
Tous les démons sont ici (JOHNSON, Craig- Gallmeister Noire)
Le col du chaman (JONES Stan – Le Masque)
Tape-cul (LANSDALE, Joe R. – Gallimard Folio Policier)
Les infâmes (MILLER, Jax- Ombres noires)
Un pied au paradis (RASH, Ron – Editions du Masque)
John meurt à la fin (WONG, David – Super 8 Editions)
Canadiens : 
Sous l’aile du corbeau (FERGUSON, Trevor – Le Serpent à plumes)
Suédois :
Juste un crime (KALLIFATIDES, Theodor – Rivages Thriller)
Incurables (KEPLER, Lars – Actes Sud Actes noirs)
Les corps de verre : mélancolie noire (SUND, Erik Axl – Actes Sud Actes noirs)
Irlandais : 

Le cannibale de Crumlin Road (MILLAR, Sam – Seuil Seuil Policiers)
Redemption Factory (MILLAR, Sam – Fayard Fayard noir)
Polonais :
Un fond de vérité (MILOSZEWSKI, Zygmunt – Mirobole Editions)
Espagnols : 
Pleine lune (MUNOZ MOLINA, Antonio – Seuil Points)
Le gardien invisible (REDONDO Dolores – Stock La Cosmopolite Noire)
Chiliens :
Les rues de Santiago (QUERCIA, Boris – Asphalte Editions)
Costaricains : 
Pluie des ombres (QUIRÓS, Daniel – Editions de L’Aube L’Aube noire)
Anglais :
Sidney Chambers et l’ombre de la mort : les mystères de Grantchester (RUNCIE James – Actes Sud Actes noirs)
Norvégiens : 
Terre des rêves : La trilogie du Minnesota 1 (SUNDSTØL, Vidar – Seuil Points)

Six de ses lectures l’ont été en version numérique. Pas encore de liseuse mais assez simple sur I-Pad. Et ô combien pratique de ne pas trimballer des kilos dans le TGV !

Equilibrage rompu en tout cas cette année entre polars et romans. J’essaie pourtant d’alterner mais je m’ennuie vite avec les romans…

RAS niveau géographie littéraire : 13 nationalités d’écrivains en 2016 contre 15 en 2013, 14 en 2014 et 10 en 2015. Une petite incursion chez les hispanophones, mais rien de très flagrant.

Affaire à suivre en 2017 (sous peu donc !)

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Un roman pas si innocent…

Il est parfois des romans qu’on s’étonne d’avoir choisi, qu’on regrette d’avoir lu mais qui au fond laisse un sentiment de fascination assez étrange. C’est le cas de L’Innocence, premier roman de Brian Deleeuw que je viens de refermer il y a quelques jours.

innocence

Ce n’est ni un polar, ni un thriller  ni un roman fantastique ni un roman psychologique. Juste un roman à la lisière de ces « catégories ». Un roman surprenant, dont la couverture m’a attirée : ce petit rossignol prisonnier (ou protégé) par une main d’enfant a un lien direct avec le contenu du roman. Le héros se prénomme en effet Luke Nightingale (rossignol en anglais). Il vit à New York avec sa mère dépressive et fantasque, dont le divorce l’empêche souvent de s’occuper de son fils. Un jour, à Central Park, il rencontre Daniel, qui devient son ami. Mais ce dernier prend une place particulière à la fois dans sa vie et dans le roman.

Ecrit à la première personne, l’histoire de Luke est racontée par ce Daniel. Entre ses 6 ans à Central Park et ses années à l’Université, le roman se construit autour de cette amitié interrompue un temps. Une amitié étrange qui laisse un malaise persistant chez le lecteur, chez moi en tout cas. Une histoire de pouvoir sur l’autre, de manipulation, de folie, de névrose psychologique.

Ambiance glauque donc, qui laisse un goût malsain à la fin du livre (la chute est tout particulièrement inquiétante). Mais un premier roman très prometteur et une jolie découverte pour moi de cette maison d’édition – Editions Super 8 –  au catalogue alléchant.

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Brian DeLeeuw – L’Innocence
Editions Super 8
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Claro
Parution septembre 2014
ISBN papier : 978-2-37056-012-4
ISBN numérique : 978-2-37056-013-1
Nombre de pages : 301
Prix public papier : 20,00 euros
Prix public numérique : 12,99 euros

Drogue et pingouins : cocktail gagnant

Voilà longtemps – depuis Christopher Moore – que je n’avais pas ri en lisant un roman déjanté. Merci donc à Sébastien Gendron et son « Quelque chose pour le week-end » !

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Sorti chez Baleine Editions en 2011 (n’y voir aucun lien d’une quelconque classification de mamifères et oiseaux marins), ce roman nous plonge dans une cacophonie entre absurde et drame.

Comment des pingouins, accros à des ballots de cocaïne perdus en mer, vont-ils bien réussir à mettre à feu et à sang une bourgade côtière tranquille du Yorkshire ? sous la plume de Sébastien Gendron bien sûr, qui manie le nonsense britannique avec doigté.

Une galerie de personnages pittoresques, des pingouins disparus de la Terre mais férus de drogue, des règlements de comptes cyniques sur la défense de l’environnement, le mariage, les propoteurs immobiliers… Bref, pas le temps de s’ennuyer. C’est potache, vaguement absurde, complètement dingo et déjanté. Et même quand ça devient improbable, on en redemande ! Courez donc trouver ce livre et amusez-vous !

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GENDRON, Sébastien – Quelque chose pour le week-end [Éditions Pocket, 2016
(Édition originale : Baleine, 2011)]
ISBN 978-2-266-24053-6
286 p., 6,80€

La 4è de couverture :
A Kirk Bay, en Angleterre, il ne s’était jamais rien passé, avant. Des centaines de kilos de bonne cocaïne s’échouent sur la plage. Suivis d’une armada de grands pingouins, d’une espèce qu’on pensait disparue. Ces apparitions sont-elles liées ? Cela a-t-il un rapport ? S’ensuit un blizzard de toxicomanie et une « pingouinphobie » mémorable, puis le chaos, la guerre. Et pendant ce temps, un homme essaie de tuer sa femme. Anarchy in UK !

Des pages et des pages en 2015

38 livres lus en 2015 selon mon tableau excel. Juste un tout petit peu plus qu’en 2014 : il y a des années où lire demande plus d’efforts et de temps ! on va tâcher d’inverser la tendance (ou ls mauvaises habitudes) en 2016 !

Lectures de vacances

Des nouvelles (2) : toujours aussi peu… 
Lucky Girls (FREUNDENBERGER, Nell – Editions Quai Voltaire – Américaine)
Les furies de Boras et autres contes horrifiques (FAGER, Anders – Mirobole Editions – Suédoise) – un éditeur à découvrir soit dit en passant.

Des romans (17) :
Néo-zélandais :
50 façons de dire fabuleux (AITKEN, Graeme – 10/18)
Anglais : 
Vers l’aube (COOPER, Dominic – Métailié)
Américains : 
Délivrance (DICKEY, James – Gallmeister, Nature Writing)
Fuck America (HILSENRATH, Edgar – Attila)
Les Chutes (OATES, Joyce Carol – Seuil Points)
Sheila Levine est morte et vit à New York (PARENT, Gail – Rivages)
La Sanction (TREVANIAN – Gallmeister Totem)
Goat Mountain (VANN, David – Gallmeister)
Français : 
L’échappée (GOBY, Valentine – Gallimard Folio)
Le mystère Sherlock (ERRE, J.M. – Pocket)
Réparer les vivants (KERANGAL, Maylis de – Gallimard Folio)
La fractale des raviolis (RAUFAST, Pierre – Alma éditions)
Mécanismes de survie en milieu hostile (ROSENTHAL, Olivia – Editions Verticales)
Le collier rouge (RUFIN, Jean-Christophe – Gallimard Folio)
Italiens : 
La lignée du forgeron (FOIS, Marcello – Seuil)
Accabadora (MURGIA, Michela – Seuil, Cadre Vert)
Australien : 
Le blues du troglodyte (COOK, Kenneth – Autrement)

Des polars (19) : contre 13 en 2014 – je suis toujours aussi addict
Américains : 

Citrus County (BRANDON, John – Ed. du Masque)
Les ombres du passé (COOK, Thomas H. – Gallimard, Folio Policier)
Deep Winter (GAILEY, Samuel W. – Gallmeister, Noire)
Queue de poisson (HIAASEN, Carl – 10/18)
De bons voisins (JAHN, Ryan David – Actes Sud, Actes noirs)
Dark Horse (JOHNSON, Craig – Gallmeister)
La hache (McBAIN, Ed – Gallimard, Série Noire)
La Reine de Pomona (NUNN, Kem – Gallimard, Folio Policier)
Serena (RASH, Ron – Edition du Masque, Grands Formats)
Cassandra (ROBINSON, Todd – Gallmeister, NeoNoir)
Français : 
Ground Zero (CHAUMEIL, Jean-Paul – Editions du Rouergue, Rouergue Noir)
La guerre des vanités (LEDUN, Marin – Gallimard, Série Noire)
Dans l’œil noir du corbeau (LOUBIERE, Sophie – Pocket, Thriller)
Ecossais (et non Allemand – merci Rennette) : 
La trilogie berlinoise (KERR, Philip – Editions du Masque, Le Livre de Poche)
Canadien :
Nature morte (PENNY, Louise – Actes Sud, Actes noirs)
Israëlien :
Le poète de Gaza (SHARID, Yishai – Actes Sud)
Suédois : 
La fille qui avait de la neige dans les cheveux (SCHULMAN, Ninni – Seuil, Policiers)
L’homme au balcon (SJÖWALL, Maj & WAHLÖÖ, Per – 10/18, Grands détectives)
Nid de guêpes (WOLF, Inger – Mirobole Editions)

Finalement j’arrive à équilibrer entre polars et romans. Même si les polars l’emportent d’une courte tête cette année.

Côté curiosité en géographie littéraire : un panel qui reste très contemporain, très franco-anglo-saxon. 15 origines en 2013 pour 14 en 2014 et 10 en 2015. Me voilà en mode réduction de mon périmètre de voyage littérairement parlant…

Entre superstitions, gâteaux basques et serial killer vénéneux : Le Gardien Invisible de Dolores Redondo

Quand je tombe sur un roman policier autre qu’américain qui semble de bonne tenue, je bondis presque de joie. Voilà de quoi mettre fin à la suprématie du polar ricain dans mon suivi de lectures… Joie donc quand j’ai découvert Le Gardien invisible écrit par l’auteur espagnole Dolores Redondo sur les rayonnages des Champs Libres !

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Le Gardien Invisible est un bon polar, haletant et sombre. Où l’enquête croise l’histoire personnelle de l’inspectrice. Un grand classique me direz-vous. Sauf qu’ici, les retours au pays, à l’enfance du personnage principal, à son histoire familiale tourmentée sont plutôt intéressants.

A la noirceur de l’affaire policière – des jeunes filles assassinées, déposées dans la forêt avoisinante dans une mise en scène étrange, où les chaussures (Cendrillon powa) sont laissées au bord de la route, imitant ainsi le Petit Poucet, une pâtisserie locale déposée à même le corps – répond l’étrangeté des superstitions de ce pays Basque espagnol : entre divination par les tarots et personnage mythologique errant dans la forêt.

Un roman noir où les démons sont nombreux. Un seul bémol : l’auteur avait-elle besoin d’introduire ces scènes d’amour tout au long du roman ? tout autant que cette quête de maternité chez l’héroïne principale (qui se solde d’ailleurs par un happy end assez trivial en dernière page, je trouve) ? comme si les 50 nuances de Grey devaient contaminer toute la littérature actuelle… pour le pire et non pour le meilleur.

Il s’avère par ailleurs que ce roman est le premier d’une trilogie. A voir donc si je me laisse tenter par la suite :
Legado en los huesos (2013) – publié en français sous le titre De chair et d’os (Paris, Mercure de France, coll. « Mercure noir », 2015)
Ofrenda a la tormenta (2014)

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El guardián invisible (2013) – publié en français sous le titre Le Gardien invisible, (Stock, coll. « La Cosmopolite noire », 2013) – disponible aux Champs Libres à Rennes.

Ron Rash, un auteur à explorer

J’ai découvert cet auteur américain en 2015. Avec son 4è roman : Serena. Un roman sombre, dans une nature hostile, avec une femme sans scrupules que rien n’arrête. Un roman dur, contre lequel j’ai lutté.

Finalement, je me suis laissée convaincre par la couverture de son tout premier roman, sorti en 2002 aux Etats-Unis et 2009 en France :

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Ambiance vastes plaines, paysage décati et nuages d’orage : on sent déjà que la fin ne sera pas heureuse et que le déroulé de l’histoire le sera aussi peu.

Et effectivement, Un pied au Paradis, c’est bien tout ça. Entre Dépression des années 50, Appalaches, misère et pauvreté, le shérif Alexander doit combattre les démons familiaux propres à chaque village : jalousie, vengeance, adultère, famille maudite. Et Ron Rash prend le pari du roman confessional : le shérif du comté, la femme, le mari, le fils et l’adjoint prennent tour à tour la parole pour raconter cette histoire, leur histoire.

Un roman polyphonique qui ressemble à une tragédie théâtrale entre Vaudeville et drame shakespearien. Le tout ponctué d’étonnantes phrases de parlé rural (ou d’une mauvaise traduction ?) : « Tout de même, vous trouvez normal, vous, qu’y se soye tant battu en Corée sans rien récolter d’autre qu’une égratignure de ronces, et pis qu’y rentre au pays pour se faire abattre juste derrière chez lui ? Vous pouvez me répondre à ça, shérif ? »

A découvrir donc, si les paysages désenchantés des Appalaches du sud ne vous rebutent pas.

A suivre également ou à emprunter dès que possible, les autres romans de Ron Rash :
Saints at the River (2004), publié en français sous le titre Le Chant de la Tamassee (Éditions du Seuil, coll. « Cadre vert », 2016)
The World Made Straight (2006), publié en français sous le titre Le Monde à l’endroit (Éditions du Seuil, coll. « Cadre vert », 2012)
The Cove (2012), publié en français sous le titre Une terre d’ombre (Éditions du Seuil, coll. « Cadre vert », 2014)
 Above the Waterfall (2015)

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One Foot in Eden (2002), publié en français sous le titre Un pied au paradis (Éditions du Masque, p. 261, 2009 – ISBN 978-2-7024-3401-7) – Disponible aux Champs Libres à Rennes.

Vous goûterez bien un peu de polar polonais ?

Il est bien rare sous nos latitudes (pourtant pas si exotiques) de lire de la littérature polonaise. De toute ma carrière de lectrice (enfin depuis les années 90, date à laquelle j’ai commencé à noter toutes mes lectures), je n’ai fait connaissance qu’avec 3 représentants de ce pays : Witold GOMBROWICZ (en licence de lettres), Jul GOZLINSKI (en 2014, grâce à la Médiathèque de Kloar) et aujourd’hui avec Zygmunt MILOSZEWSKI et son roman policier Un fond de vérité.

Un joli objet publié chez Mirobole Editions dont les couvertures sont toujours soignées. 470 pages pour entrer à pas feutrés dans le monde du polar contemporain polonais.

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Résumé du livre sur le site de l’éditeur : 
Fraîchement divorcé, Teodore Szacki a quitté son travail de procureur à Varsovie et débarque dans la paisible bourgade de Sandomierz, où il compte bien refaire sa vie. Mais six mois à peine après avoir abandonné l’agitation de la capitale et l’asphyxie de son mariage, il s’ennuie déjà.
Heureusement, devant l’ancienne synagogue de la vieille ville, du travail l’attend : un corps de femme drainé de son sang, tout comme dans un rite sacrificiel juif… Lorsque le mari de la victime subit le même sort, la population de la ville renoue avec des peurs vieilles de plusieurs décennies. Aux prises avec une flambée d’antisémitisme sans précédent, Szacki va devoir plonger dans un passé aux échos douloureux, et tenter de trouver la vérité dans une histoire qui déchaîne toutes les passions.

Il nous est tout de suite sympathique ce procureur qui s’ennuie dans sa nouvelle vie, dans cette petite bourgade polonaise… Il est entouré d’une galerie de collègues et personnages assez savoureuse. Quant aux descriptions enjouées (?) de la ville de Sandomierz, elles font sourire et rappellent l’irrésoluble soi-disant supériorité des capitales sur le reste des villes d’un pays.

Et puis, il y a ce fond d’obscurantisme, d’antisémitisme, de relents douteux religio-historiques qui gravitent autour de ces meurtres macabres. L’air est poisseux et l’atmosphère nous rend transis de froid, malgré les indications météo parfois printanières des opus marquants chaque chapitre de l’enquête.

15 introductions frappées du saut du judaïsme qui relatent pour chaque date annoncée des événements liées aux religions, à l’actualité internationale et polonaise, à l’actualité locale Sandomerzienne et proposent plus prosaïquement un aperçu de la météo du jour. Comme une mise en bouche décalée, ne préparant pas du tout le lecteur aux atrocités qui vont suivre…

Un meurtre sordide et sanglant qui interroge le procureur par la plume de l’auteur sur les mythologies et légendes liées aux religions, aux vieilles croyances populaires, à ce sentiment de haine ancestrale qui marque l’Histoire polonaise avec un grand H. Un procureur qui balaie un regard noir sur le patriotisme et l’antisémitisme latent : « Teodore crut se noyer. Il crut sombrer dans le fleuve de cette foutue xénophobie polonaise qui coule toujours sous la surface, indépendamment de l’Histoire, et qui ne fait qu’attendre la possibilité de jaillir et d’inonder les environs. Une Vistule mentale, un flot de superstitions et de préjugés, un cours irrégulier et dangereux, exactement comme dans cette chanson paillarde qui parle de la Vistule jolie qui coule sur ce plat pays. » (p. 210)

On dévore ce roman. Et on est surpris par le dénouement, au beau milieu des chiens de l’Enfer. Quand finalement, la vie dans sa simplicité la plus passionnelle reprend le dessus.

Un roman (et un éditeur) que je vous recommande chaudement. Je vais quant à moi m’attaquer au premier roman de Zygmunt Miloszewski, Les Impliqués, premier opus des aventures du procureur Teodore Szacki…

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Zygmunt Miloszewski – Un fond de vérité (Mirobole, 2015).
Disponible notamment aux Champs Libres pour les Rennais