Archives pour la catégorie J’aime mon libraire

Calendrier de l’avent noir polar #11 : Sam Millar, auteur noir

Il faut lire Sam Millar. Parce que Sam Millar est un auteur surprenant. Né à Belfast, cet irlandais n’est pas un garçon très fréquentable. Emprisonné durant vingt ans en Irlande pour activisme au sein de l’IRA, il a aussi connu les geôles américaines après avoir participé à l’un des plus célèbres braquages des années 1990, celui de la Brink’s, entreprise de transport de fonds, à Rochester en 1993.
Alors quand Sam Millar prend sa plume pour écire des polars, il sait de quoi il parle…

Redemption Factory (2005)
Synopsis : Au cœur du conflit nord-irlandais, un militant de l’IRA disparaît mystérieusement.
Vingt ans plus tard, son fils Paul Goodman, un petit prodige du snooker désargenté, se présente aux abattoirs de la région et se fait embaucher.
Il pénètre un univers baigné de sang, gouverné par des êtres difformes et violents. Une cathédrale impie de la mort, étrange miroir des fantômes dont il est lui-même prisonnier et que son arrivée va libérer…

–> le tout premier roman de Sam Millar que j’ai lu. Un souvenir glaçant, rouge sang. Qui m’a vraiment envie de lire le reste de ses publications.

Poussière tu seras ( Titre original : The Darkness of Bones, 2006)
Synopsis : Dans la forêt de Barton, environs de Belfast, le dégel s’apprête à révéler certains secrets mal enfouis. Mais ni Jack, un flic reconverti dans la peinture, ni les vieux barbiers Harris et Jeremiah ne semblent s’en préoccuper. L’un noie sa culpabilité et son chagrin dans l’alcool, les autres refusent la modernité. Chez eux, tout se pratique à l’ancienne : au couteau.
C’est alors que le jeune Adrian, le fils de Jack, fait une étrange découverte : un os d’aspect humain, à côté d’un corbeau mutilé. Sa curiosité piquée au vif, il l’emporte avec lui, ignorant qu’il a mis au jour les restes d’un cadavre recherché depuis plusieurs années…
La foi peut faire bouger les montagnes, dit-on. Il en faudra beaucoup à Jack pour retrouver son fils, subitement disparu. Il est seul face à la folie de trop vieux mensonges, au cœur d’un monde en ruine, à l’image de l’orphelinat où, des décennies plus tôt, le crime a germé…

Série Karl Kane (02) : Le cannibale de Crumlin Road (Titre original : The Dark Place, 2009)
Synopsis : Pour sa deuxième enquête, après Les Chiens de Belfast, Karl Kane, privé coriace, cinéphile et cabossé, est confronté au Mal en personne. Dans Belfast qu’épuise une vague de chaleur inhabituelle, un prédateur s’attaque à de très jeunes femmes, des junkies, des laissés-pour-compte de la société. À chaque corps retrouvé atrocement mutilé, il manque le foie et les reins. Il apparaît bientôt que le tueur est animé par une perversion très singulière… Initiée par la plainte d’une cliente dont la sœur a disparu, l’enquête de Kane prend soudain un tour personnel et spécialement dramatique qui durcit sa motivation. Ce ne sera pas toutefois une mince affaire que d’épingler son suspect, membre estimé de l’establishment : l’aveuglement délibéré, voire la mauvaise volonté de la police locale sont autant de bâtons dans ses roues. Mais la rage est un moteur puissant, et Kane, ce « faux dur à l’humour ravageur », ne craint pas les coups…

–> une lecture presque sans pause, tellement ce roman nous tient en haleine. A lire absolument !

Série Karl Kane (03) : Un sale hiver (Titre original : The Dead of Winter, 2012)
Synopsis : Drapé dans le peignoir rose de sa compagne, entre bouteille de lait et journal du matin, Karl Kane découvre une main, soigneusement sectionnée, sur le seuil de sa porte. La deuxième en quelques semaines. Stimulé par la promesse d’une récompense conséquente ? un homme d’affaires local craint que l’image de Belfast souffre de ce début d’épidémie ? Kane se lance dans l’enquête. De bars louches en bordels sordides, il doit percer le cœur du mal.

–> une vision assez glauque de l’Irlande et de Belfast. Un détective qui morfle, et on a mal pour lui, parce que le personnage nous est devenu touchant au fond.

Manquent encore à mon palmarès de lecture :
Dark Souls (2003)
Série Karl Kane (01) : Les Chiens de Belfast (Bloodstorm, 2008)
Série Karl Kane (04) : Au scalpel (Past Darkness, 2015)
En conclusion : ne vous posez pas de questions et lisez Sam Millar.

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Calendrier de l’avent noir polar #10 : La Maison des chagrins

La Maison des chagrins est un roman-puzzle bien noir où les morceaux du puzzle se mettent en place tout au long du récit. Víctor del Árbol tire les ficelles d’un jeu glaçant, un peu comme un marionnettiste.

Une multitude de personnages-marionnettes que l’on découvre les uns après les autres :
– Eduardo, peintre célèbre. Avant d’avoir purgé quelques années en prison pour le meurtre du chauffard qui a tué sa femme et sa fille. Depuis, il peint des portraits à la chaîne entre alocool et psychotropes.
– Olga, la galeriste d’Eduardo
– Maribel, clouée dans un fauteuil roulant, mère adoptive de M. Who, jeune Chinois dont le père est un mystère
– Arthur, un français dont la fille Aroha a disparu
– Andrea, femme d’Arthur, de dix ans son aînée
– Ibrahim, ancien compagnon de cellule d’Arthur
– Guzman, ancien bourreau sous Pinochet venu prêter main forte à la police espagnole
– Graciela, logeuse d’Eduardo, qui veille un peu sur lui
– Gloria Tagger, violoniste qui demande à Eduardo de peindre le portrait de l’assassin de son fils, Arthur Fernández.

Evidemment, ces multiples personnages vont se croiser et se décroiser car ils sont liés par plusieurs affaires concomittantes.

Un roman dont le suspense se dévoile au fil des pages, où les ramifications se tissent gentiment entre haine et vengeance.

Victor del Arbol : La Maison des chagrins (Titre original : Respirar por la herida)
Traduit de l’espagnol par Claude Bleton
Publié chez Actes Sud (coll. Actes Noirs) en septembre 2013
480 pages
23,50€

Calendrier de l’avent noir polar #9 : 911

911, c’est un peu l’envers du décor des ambulanciers qui livrent leurs blessés dans les séries médicales genre Urgences et cie.

Un roman d’initiation très noir. On est en 1993 à New York et Ollie Cross vient d’être recalé à son entrée en fac de Médecine. Il devient ambulancier en attendant de repasser le concours. Affecté à la Station 18 en plein coeur de Harlem (qui était loin de s’être gentrifié à cette époque), il va prendre de plein fouet la vie, la mort, la violence, la misère. Confronté à des collègues désabusés et abîmés par la violence de leur métier, le jeune Ollie va grandir vite, trop vite.

Shannon Burke livre là une chronique très personnelle, ayant été lui-même ambulancier à New York. Un roman noir et très fort, qui ne laissera personne indifférent.

Shannon Burke – 911 (Titre original : Black Flies)
Edition US : 2008
Editions Sonatine (2014)
Traduit par Diniz Galhos.
16€

 

Calendrier de l’avent noir polar #8 : Mange tes morts

La faim justifie les moyens pourrait être le sous-titre de ce roman australien vaguement dérangeant. Les Editions Super 8 ont décidément un catalogue vraiment surprenant (cf L’innocence dont je vous avais parlé en juin 2016).

Mange tes morts est le premier roman pour adultes écrit par Jack Heath. Et il conseille même de ne pas le lire avant d’avoir atteint 18 ans… Ce roman ne s’adresse également pas aux végétariens (et je ne vous en dirai pas plus.)

Le noeud de départ : la disparition d’un ado de 14 ans. Une rançon est exigée, l’heure tourne et la police ne s’en sort pas. Est donc fait appel au FBI et notamment à l’un de ses agents très très spécial : Timothy Blake, consultant altruiste par nécessité alimentaire. Forcé de travailler en binôme avec Reese Thistle, Timothy va se surpasser. Car si Timothy dénoue aussi bien les énigmes, c’est parce qu’il est vaguement psychopathe lui-même sur les bords.

Un thriller haletant, original et presque alléchant.

Mange tes morts, Jack HEATH (Titre original : Hangman)
Publié en 2018 – Traduction de Charles BONNOT
Editions SUPER 8
400 pages
ISBN : 978-2-37056-105-3
19€

 

Calendrier de l’avent noir polar #7 : Cirque mort

Les polars qui mettent en scène des enfants sont toujours assez troublants… Cirque mort, c’est l’histoire d’un flic, dont le fils Théo a un jour disparu. Depuis, le lieutenant Dapper perd pied doucement mais sûrement. Tant que le corps de son fils n’aura pas été retrouvé, il continuera à chercher, et avec des méthodes peu conventionnelles.

Derrière cette histoire sordide, d’autres faits tissent une toile sombre sur cette région du Nord. Les animaux d’un cirque sont retrouvés depecés dans la neige. Et puis, il y a cet hôpital psychiatrique spécialisé dans l’accueil des enfants et adolescents « à problème ». Avec son directeur évidemment un peu étrange et aux méthodes bizarres. Un tableau cynique de la psychiatrie est dépeint d’ailleurs à travers les quelques pages de ce polar.

L’ambiance est sombre, inquiétante, à la limite du fantastique. Le lieutenant Dapper perd pied et nous entraîne dans son tourbillon de folie. Un roman oppressant dont on est content de tourner la dernière page.

Cirque mort / Gilles Sebhan – Editions Rouergue Noir (2018) – 17,50€ – ISBN 978-2-8126-1504-7

Calendrier de l’avent noir polar #6 : Sans lendemain

Sans lendemain, c’est une plongée vintage dans les romans noirs américains et les films noirs des années. Sans lendemain, c’est une historie d’amours contrariées au fin fond de l’Arkansas. Sans lendemain, ,c’est la chute inexorable dans un puits de mensonges d’une femme jusque là sans histoires. Sans lendemain, c’est un pasteur fanatique à qui l’on dirait bien deux mots sur sa façon puritaine de voir les choses. Sans lendemain, c’est l’opiniâtreté à la Fargo d’une enquêtrice par qui le désastre arrive. Sans lendemain, c’est un regard sur la condition déplorable des femmes dans le sud profond des Etats-Unis dans les années. Sans lendemain, c’est un hommage aux films de série B diffusés dans les petits patelins et qui tentaient de résister à la censure morale et guindée de l’époque. Sans lendemain, ça finit mal, mais vous l’aviez sûrement pressenti.

Troisième roman de Jake Hinkson, Sans lendemain a reçu le Grand prix de la littérature policière 2018.

Jake Hinkson, Sans lendemain (No Tomorrow, 2015), Gallmeister, 2018. Traduit par Sophie Aslanides. 222 p.  19,90€

Calendrier de l’avent noir polar #5 : L’Autre côté des docks

Direction New-York et le quartier en cours de gentrification Red Hook à Brooklyn. Red Hook, c’est l’embouchure de l’East River, c’est le quartier des dockers, le quartier des premiers pas d’Al Capone. Un quartier pauvre, gangréné par la drogue dans les années 80. Un quartier phénix, gagné par une galopante gentrification : le géant suédois s’y est installé, les hipsters vendent des grains dans les magasins bio et la vue sur Big Apple en face excitent tout un tas de promoteurs immobiliers.

Ivy Pochoda a choisi ce quartier comme décor de son 2è roman. Et on se demande si, au final, ce décor ne vole pas au fil des pages la vedette des autres personnages… L’Autre côté des docks est un roman noir mais qui aime prendre le temps de dérouler son intrigue, laissant le quartier et ses habitants converser longuement.

Une chronique de quartier qui tourne quand même autour de la disparition d’une adolescente un soir d’été suffocant… Qu’est-il arrivé à June ? où a-t-elle disparu ? et pourquoi Valérie, retrouvée inconsciente sur les rochers qui bordent l’East River, ne dit-elle rien de cette escapade nocturne en bateau pneumatique ?

Laissez-vous porter par ce roman choral aux accents new-yorkais…

Ivy POCHODA – L’Autre côté des docks (titre original : Visitation Street)
Traduction de Adélaïde PRALON – Editions LIANA LEVI (2013)
22€