Archives pour la catégorie Avent Noir Polar

Calendrier de l’avent noir polar #12 : La sixième énigme

On a rarement l’occasion de lire des auteurs israéliens (peu présents peut-être sur les rayonnages des bibliothèques que je fréquente). 
La Sixième énigme est un polar de Yaïm Lapid, un journaliste né à Tel-Aviv en 1963. Un polar classique, à la construction sans surprise. Mais un polar efficace.

Le détective privé  Yeoshua Sherman est un coeur d’artichaud un peu cynique sur les bords et quand Agar, jolie divorcée, lui demande de l’aide pour retrouver sa fille disparue il y a 8 ans, il n’hésite pas une seconde.
Et il découvre qu’elle n’est pas la première à disparaître, qu’un tueur en série enlève tous les deux des petites filles âgées de neuf ans et que la police ne dit mot et surtout ne fait rien…

La Sixième énigme – Yaïm Lapid
Fayard (2008)
20,90€

Calendrier de l’avent noir polar #11 : Sam Millar, auteur noir

Il faut lire Sam Millar. Parce que Sam Millar est un auteur surprenant. Né à Belfast, cet irlandais n’est pas un garçon très fréquentable. Emprisonné durant vingt ans en Irlande pour activisme au sein de l’IRA, il a aussi connu les geôles américaines après avoir participé à l’un des plus célèbres braquages des années 1990, celui de la Brink’s, entreprise de transport de fonds, à Rochester en 1993.
Alors quand Sam Millar prend sa plume pour écire des polars, il sait de quoi il parle…

Redemption Factory (2005)
Synopsis : Au cœur du conflit nord-irlandais, un militant de l’IRA disparaît mystérieusement.
Vingt ans plus tard, son fils Paul Goodman, un petit prodige du snooker désargenté, se présente aux abattoirs de la région et se fait embaucher.
Il pénètre un univers baigné de sang, gouverné par des êtres difformes et violents. Une cathédrale impie de la mort, étrange miroir des fantômes dont il est lui-même prisonnier et que son arrivée va libérer…

–> le tout premier roman de Sam Millar que j’ai lu. Un souvenir glaçant, rouge sang. Qui m’a vraiment envie de lire le reste de ses publications.

Poussière tu seras ( Titre original : The Darkness of Bones, 2006)
Synopsis : Dans la forêt de Barton, environs de Belfast, le dégel s’apprête à révéler certains secrets mal enfouis. Mais ni Jack, un flic reconverti dans la peinture, ni les vieux barbiers Harris et Jeremiah ne semblent s’en préoccuper. L’un noie sa culpabilité et son chagrin dans l’alcool, les autres refusent la modernité. Chez eux, tout se pratique à l’ancienne : au couteau.
C’est alors que le jeune Adrian, le fils de Jack, fait une étrange découverte : un os d’aspect humain, à côté d’un corbeau mutilé. Sa curiosité piquée au vif, il l’emporte avec lui, ignorant qu’il a mis au jour les restes d’un cadavre recherché depuis plusieurs années…
La foi peut faire bouger les montagnes, dit-on. Il en faudra beaucoup à Jack pour retrouver son fils, subitement disparu. Il est seul face à la folie de trop vieux mensonges, au cœur d’un monde en ruine, à l’image de l’orphelinat où, des décennies plus tôt, le crime a germé…

Série Karl Kane (02) : Le cannibale de Crumlin Road (Titre original : The Dark Place, 2009)
Synopsis : Pour sa deuxième enquête, après Les Chiens de Belfast, Karl Kane, privé coriace, cinéphile et cabossé, est confronté au Mal en personne. Dans Belfast qu’épuise une vague de chaleur inhabituelle, un prédateur s’attaque à de très jeunes femmes, des junkies, des laissés-pour-compte de la société. À chaque corps retrouvé atrocement mutilé, il manque le foie et les reins. Il apparaît bientôt que le tueur est animé par une perversion très singulière… Initiée par la plainte d’une cliente dont la sœur a disparu, l’enquête de Kane prend soudain un tour personnel et spécialement dramatique qui durcit sa motivation. Ce ne sera pas toutefois une mince affaire que d’épingler son suspect, membre estimé de l’establishment : l’aveuglement délibéré, voire la mauvaise volonté de la police locale sont autant de bâtons dans ses roues. Mais la rage est un moteur puissant, et Kane, ce « faux dur à l’humour ravageur », ne craint pas les coups…

–> une lecture presque sans pause, tellement ce roman nous tient en haleine. A lire absolument !

Série Karl Kane (03) : Un sale hiver (Titre original : The Dead of Winter, 2012)
Synopsis : Drapé dans le peignoir rose de sa compagne, entre bouteille de lait et journal du matin, Karl Kane découvre une main, soigneusement sectionnée, sur le seuil de sa porte. La deuxième en quelques semaines. Stimulé par la promesse d’une récompense conséquente ? un homme d’affaires local craint que l’image de Belfast souffre de ce début d’épidémie ? Kane se lance dans l’enquête. De bars louches en bordels sordides, il doit percer le cœur du mal.

–> une vision assez glauque de l’Irlande et de Belfast. Un détective qui morfle, et on a mal pour lui, parce que le personnage nous est devenu touchant au fond.

Manquent encore à mon palmarès de lecture :
Dark Souls (2003)
Série Karl Kane (01) : Les Chiens de Belfast (Bloodstorm, 2008)
Série Karl Kane (04) : Au scalpel (Past Darkness, 2015)
En conclusion : ne vous posez pas de questions et lisez Sam Millar.

Calendrier de l’avent noir polar #10 : La Maison des chagrins

La Maison des chagrins est un roman-puzzle bien noir où les morceaux du puzzle se mettent en place tout au long du récit. Víctor del Árbol tire les ficelles d’un jeu glaçant, un peu comme un marionnettiste.

Une multitude de personnages-marionnettes que l’on découvre les uns après les autres :
– Eduardo, peintre célèbre. Avant d’avoir purgé quelques années en prison pour le meurtre du chauffard qui a tué sa femme et sa fille. Depuis, il peint des portraits à la chaîne entre alocool et psychotropes.
– Olga, la galeriste d’Eduardo
– Maribel, clouée dans un fauteuil roulant, mère adoptive de M. Who, jeune Chinois dont le père est un mystère
– Arthur, un français dont la fille Aroha a disparu
– Andrea, femme d’Arthur, de dix ans son aînée
– Ibrahim, ancien compagnon de cellule d’Arthur
– Guzman, ancien bourreau sous Pinochet venu prêter main forte à la police espagnole
– Graciela, logeuse d’Eduardo, qui veille un peu sur lui
– Gloria Tagger, violoniste qui demande à Eduardo de peindre le portrait de l’assassin de son fils, Arthur Fernández.

Evidemment, ces multiples personnages vont se croiser et se décroiser car ils sont liés par plusieurs affaires concomittantes.

Un roman dont le suspense se dévoile au fil des pages, où les ramifications se tissent gentiment entre haine et vengeance.

Victor del Arbol : La Maison des chagrins (Titre original : Respirar por la herida)
Traduit de l’espagnol par Claude Bleton
Publié chez Actes Sud (coll. Actes Noirs) en septembre 2013
480 pages
23,50€

Calendrier de l’avent noir polar #9 : 911

911, c’est un peu l’envers du décor des ambulanciers qui livrent leurs blessés dans les séries médicales genre Urgences et cie.

Un roman d’initiation très noir. On est en 1993 à New York et Ollie Cross vient d’être recalé à son entrée en fac de Médecine. Il devient ambulancier en attendant de repasser le concours. Affecté à la Station 18 en plein coeur de Harlem (qui était loin de s’être gentrifié à cette époque), il va prendre de plein fouet la vie, la mort, la violence, la misère. Confronté à des collègues désabusés et abîmés par la violence de leur métier, le jeune Ollie va grandir vite, trop vite.

Shannon Burke livre là une chronique très personnelle, ayant été lui-même ambulancier à New York. Un roman noir et très fort, qui ne laissera personne indifférent.

Shannon Burke – 911 (Titre original : Black Flies)
Edition US : 2008
Editions Sonatine (2014)
Traduit par Diniz Galhos.
16€

 

Calendrier de l’avent noir polar #8 : Mange tes morts

La faim justifie les moyens pourrait être le sous-titre de ce roman australien vaguement dérangeant. Les Editions Super 8 ont décidément un catalogue vraiment surprenant (cf L’innocence dont je vous avais parlé en juin 2016).

Mange tes morts est le premier roman pour adultes écrit par Jack Heath. Et il conseille même de ne pas le lire avant d’avoir atteint 18 ans… Ce roman ne s’adresse également pas aux végétariens (et je ne vous en dirai pas plus.)

Le noeud de départ : la disparition d’un ado de 14 ans. Une rançon est exigée, l’heure tourne et la police ne s’en sort pas. Est donc fait appel au FBI et notamment à l’un de ses agents très très spécial : Timothy Blake, consultant altruiste par nécessité alimentaire. Forcé de travailler en binôme avec Reese Thistle, Timothy va se surpasser. Car si Timothy dénoue aussi bien les énigmes, c’est parce qu’il est vaguement psychopathe lui-même sur les bords.

Un thriller haletant, original et presque alléchant.

Mange tes morts, Jack HEATH (Titre original : Hangman)
Publié en 2018 – Traduction de Charles BONNOT
Editions SUPER 8
400 pages
ISBN : 978-2-37056-105-3
19€

 

Calendrier de l’avent noir polar #7 : Cirque mort

Les polars qui mettent en scène des enfants sont toujours assez troublants… Cirque mort, c’est l’histoire d’un flic, dont le fils Théo a un jour disparu. Depuis, le lieutenant Dapper perd pied doucement mais sûrement. Tant que le corps de son fils n’aura pas été retrouvé, il continuera à chercher, et avec des méthodes peu conventionnelles.

Derrière cette histoire sordide, d’autres faits tissent une toile sombre sur cette région du Nord. Les animaux d’un cirque sont retrouvés depecés dans la neige. Et puis, il y a cet hôpital psychiatrique spécialisé dans l’accueil des enfants et adolescents « à problème ». Avec son directeur évidemment un peu étrange et aux méthodes bizarres. Un tableau cynique de la psychiatrie est dépeint d’ailleurs à travers les quelques pages de ce polar.

L’ambiance est sombre, inquiétante, à la limite du fantastique. Le lieutenant Dapper perd pied et nous entraîne dans son tourbillon de folie. Un roman oppressant dont on est content de tourner la dernière page.

Cirque mort / Gilles Sebhan – Editions Rouergue Noir (2018) – 17,50€ – ISBN 978-2-8126-1504-7

Calendrier de l’avent noir polar #6 : Sans lendemain

Sans lendemain, c’est une plongée vintage dans les romans noirs américains et les films noirs des années. Sans lendemain, c’est une historie d’amours contrariées au fin fond de l’Arkansas. Sans lendemain, ,c’est la chute inexorable dans un puits de mensonges d’une femme jusque là sans histoires. Sans lendemain, c’est un pasteur fanatique à qui l’on dirait bien deux mots sur sa façon puritaine de voir les choses. Sans lendemain, c’est l’opiniâtreté à la Fargo d’une enquêtrice par qui le désastre arrive. Sans lendemain, c’est un regard sur la condition déplorable des femmes dans le sud profond des Etats-Unis dans les années. Sans lendemain, c’est un hommage aux films de série B diffusés dans les petits patelins et qui tentaient de résister à la censure morale et guindée de l’époque. Sans lendemain, ça finit mal, mais vous l’aviez sûrement pressenti.

Troisième roman de Jake Hinkson, Sans lendemain a reçu le Grand prix de la littérature policière 2018.

Jake Hinkson, Sans lendemain (No Tomorrow, 2015), Gallmeister, 2018. Traduit par Sophie Aslanides. 222 p.  19,90€

Calendrier de l’avent noir polar #5 : L’Autre côté des docks

Direction New-York et le quartier en cours de gentrification Red Hook à Brooklyn. Red Hook, c’est l’embouchure de l’East River, c’est le quartier des dockers, le quartier des premiers pas d’Al Capone. Un quartier pauvre, gangréné par la drogue dans les années 80. Un quartier phénix, gagné par une galopante gentrification : le géant suédois s’y est installé, les hipsters vendent des grains dans les magasins bio et la vue sur Big Apple en face excitent tout un tas de promoteurs immobiliers.

Ivy Pochoda a choisi ce quartier comme décor de son 2è roman. Et on se demande si, au final, ce décor ne vole pas au fil des pages la vedette des autres personnages… L’Autre côté des docks est un roman noir mais qui aime prendre le temps de dérouler son intrigue, laissant le quartier et ses habitants converser longuement.

Une chronique de quartier qui tourne quand même autour de la disparition d’une adolescente un soir d’été suffocant… Qu’est-il arrivé à June ? où a-t-elle disparu ? et pourquoi Valérie, retrouvée inconsciente sur les rochers qui bordent l’East River, ne dit-elle rien de cette escapade nocturne en bateau pneumatique ?

Laissez-vous porter par ce roman choral aux accents new-yorkais…

Ivy POCHODA – L’Autre côté des docks (titre original : Visitation Street)
Traduction de Adélaïde PRALON – Editions LIANA LEVI (2013)
22€

 

Calendrier de l’avent noir polar #4 : Retour à Whitechapel

Tout a commencé par un podcast de l’émission Autant en emporte l’Histoire sur France Inter en 2 parties diffusé sur les ondes en avril 2018 : Jack l’Éventreur : la Contre-Enquête, Épisode 1 et Episode 2.

Une plongée sonore dans les bas-fonds du quartier Whitechapel à Londres en 1888, là où Jack l’Eventreur fit tant parler de lui. Dans l’épisode 2, Stéphanie Duncan, productrice de l’émission, échange avec Michel Moatti, auteur de « Retour à Whitechapel », paru en 2013. Ma curiosité (morbide !) était piquée… Je me suis empressée de l’acheter et de le dévorer.

Michel Moatti aborde l’affaire du premier serial killer contemporain par l’enquête vengeresse de la fille de Mary Jane Kelly, cinquième et dernière victime de Jack l’Eventreur.

Amélia Pritlowe est un personnage fictif mais qui sert une reconstitution historique extrèmement bien documentée. Il faut dire que Michel Moatti a planché trois ans sur l’affaire, en arpentant lui-même les rues de Whitechapel et en s’imprégnant des documents issus des National Archives de Londres. Amélia, elle, cherche par tous les moyens à trouver l’assassin de sa mère : elle interroge les témoins, elle compulse les archives de la Filebox Society, elle teste l’induction hypnotique… Cette errance dans le Londres victorien entre fiction et réalité (du moins archives historiques) est troublante. Les détails sordides des meurtres font froid dans le dos car contrairement aux polars que l’on lit d’habitude, ici, les faits ont vraiment eu lieu.

Cerise sur le gâteau, Michel Moatti dévoile sa thèse aux lecteurs : qui donc était Jack l’Eventreur, ce meurtrier qui a défrayé la chronique en 1888, ridiculisant Scotland Yard et qui continue à fasciner et couler de l’encre ? Son enquête l’amène à dévoiler l’identité plausible de Jack the Ripper.

Un roman à dévorer pour les amateurs de sensations noires.

Michel MOATTI – Retour à Whitechapel
10/18 (coll.) Grands Detectives – 3 Décembre 2015
8,10€
EAN : 9782264067258

Autres éditions :
Format numérique : epub HC Editions (Roman) (2013)
9.99 €
Grand format : Herve Chopin (2013)
19.90 €

Calendrier de l’avent noir polar #3 : Taqawan

Taqawan est le terme utilisé en langue mi’gmaq pour désigner le saumon adulte qui remonte la rivière qui l’a vu naître pour venir s’y reproduire.
Voilà en tout cas un livre surprenant, oscillant entre roman noir et pamphlet socio-politique, entre roman écologique et western contemporain. Construit en 67 chapitres, il décortique une guerre du saumon québécoise entre fiction et témoignage scientifique. Des histoires entre passé et présent, entre Indiens mig’maq et gouvernement au beau milieu de la Gaspésie, territoire tiraillé entre ses enfants mi’gmaq et ses enfants québécois.

La construction du roman rythme le récit qui traite d’Océane, jeune fille indienne de la réserve. Le tout est entrecoupé de contes et de légendes, de recettes de cuisines, de rappels historiques… Comme un documentaire romancé sur ces tribus amérindiennes que l’Histoire et les Canadiens n’ont guère épargnées. « Au Québec, on a tous du sang indien, dit un vieil homme, si ce n’est pas dans les veines, c’est sur les mains. »

Une histoire de saumon aussi, qu’on peut pêcher mais en respectant une seule règle : l’autoriser à remonter la rivière.
« Sagesse de l’évidence : si on pêche trop de poissons cette année, il y en aura moins l’année prochaine. Si on pêche trop de poissons pendant des années, un jour il n’y en aura plus. »

Un roman touchant et émouvant, à fort pouvoir instructif, que ce soit sur la tyrannie subie des peuples amérindiens au Québec ou sur la vie et mort des saumons au Canada.

A glisser sous le sapin pour fans de nature writing ou de causes sociales et politiques.

Taqawan / PLAMONDON Eric
Quidam éditeur (coll. L’américaine)
Janvier 2018 – 20€
ISNB : 978-2-37491-078-9