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L’Epidémie

A l’heure où chacun tente d’éliminer les excès des fêtes de fin d’année et où le spectre de la galette à la frangipane nous hante, L’épidémie, le roman d’Åsa Ericsdotter sonne comme un coup de semonce. Pas question de Covid ici, le titre est trompeur ! Mais plutôt de calories, de graisse et d’Indice de Masse Grasse dans ce polar suédois très étonnant. En épitaphe, rien de moins qu’une citation de Naomi Wolf, tirée de The Beauty Myth : « Dieting is the most political sedative in women’s history; a quietly mad population is a tractable one ». En français par la traductrice : Les régimes sont le sédatif le plus politique dans l’histoire de la femme ; une population malade est une population malléable.

Un polar qui tranche sévèrement avec l’esprit de Noël… Vous vouliez vous baffrer ? oubliez. Le prix du sucre a été multiplié par 3 et il devient difficile d’en trouver dans les magasins… Vous vouliez du beurre pour vos tartines du matin ? Fichu, les taxes ont été augmentées et cette mauvaise graisse est devenue un produit de luxe. Vous vouliez assister à la messe de minuit ? Raté, les églises sont devenus des sanctuaires du sport et du bien-être : « C’était typiquement américain de réussir à transformer le christianisme en des jingles commerciaux. Les prédicateurs télé le faisaient quotidiennement. Mais transformer le message chrétien en une méthode de régime ? ça ressemblait à une blague. » Et pourtant, c’est bien ce qui arrive dans les premiers chapitres de ce polar sauce suédoise allégée.

A la tête de ce programme d’amincissement et d’assainissement national, le charismatique Premier ministre Johan Svärd. Fasciné par les prédicateurs américains, il s’inspire de leurs méthodes pour mettre au régime la Suède : « Dans la théologie d’O’Brien, la pénitence était la même chose que le régime. Moins on mangeait, plus Dieu était satisfait. Chaque kilo perdu était un pas de plus vers la rédemption. La porte du paradis est assez large pour une personne, dit O’Brien. Si tu es large comme deux personnes, tu ne passeras pas la porte. »

Un discours hygiéniste qui se traduit par des décisions de plus en plus totalitaires. L’obésité devient un fléau voire un danger pour l’économie et le pays. Les maladies cardio-vasculaires coûtent trop cher et il faut les éradiquer. La solution ? Les estomacs sont réduits par chirurgie bariatrique à tour de bras, les convocations pour « séminaires de régimes » sont légions et un emploi ou un appartement ne tient plus à vos compétences ou vos capacités de paiement mais bien à votre Indice de Masse Corporelle : « Elle n’arrivait toujours pas à comprendre comment le Parti de la santé avait pu mettre en place une telle loi sur l’embauche. Des licenciements en fonction du poids des employés. C’était une pure folie. 
Tous les fonctionnaires avec un IMGM supérieur à 42 avaient trois semaines pour perdre du poids. Trois visites gratuites chez un nutritionniste diplômé et deux semaines de médication subventionnée ou de soins. Si on réussissait, on avait le droit de garder son poste. Si on échouait, on devait le quitter. » 

La grossophobie est enclenchée et les obèses sont devenus des obstacles au rayonnement de la nation. Le peuple suédois se laisse faire bon an mal an et accepte ce régime, au sens strict du terme, totalitaire. Le Parti de la Santé vise un idéal de pays sans matière grasse. Les « porcs » doivent disparaître. Et s’infiltre tout doucement, au fil des pages, le totalitarisme le plus dangereux et meurtrier. Comme un relent de nazisme que la Suède aurait mal digéré…

Les protagonistes subissent de plein fouet les décisions du Parti de la santé : l’anti-héros Landon Thomson-Jaeger, un jeune universitaire, assiste impuissant à l’anorexie morbide et mortel de sa fiancée ;  Héléna, elle, a fui Stockholm pour s’isoler à la campagne quand sa fille a été détectée par l’école comme étant en surpoids et inscrite dans une classe spéciale ; Gloria, une universitaire brillante est mise au ban en raison de son poids. Passée la phase de sidération et de culpabilité, elle décide de mener l’enquête : « Le problème venait peut-être du pays lui-même ? la célèbre modération suédoise. La fiabilité vaniteuse de Volvo. Le minimalisme médiocre d’Ikea. Qui d’autre qu’un Suédois pourrait transformer ça en une vertu dans laquelle se lover ? »

Ecrit en 2016, ce roman n’a donc rien à voir avec l’épidémie actuelle. Åsa Ericsdotter a écrit ce premier polar pour dénoncer la discrimination contre les personnes en surpoids. Cette poétesse, née en 1981 à Uppsala et qui a écrit son premier roman à l’âge de 17 ans, nous plonge dans une satire sociale de haut vol. C’est son premier roman à paraître en France.

Totalitarisme, populisme et relent de nazisme : ce polar a tout pour déplaire à vos estomacs. Ce thriller politique est profondément glaçant et perturbant. Cette chasse aux gros, comme une chasse aux sorcières, rappelle de sombres heures. Les trains se sont transformés en bétaillères et les camps de concentration sont devenus des abattoirs ou des fermes abandonnées. Mais le processus est le même. Et seule la mort attend les « pointés du doigt ». Un fascisme du fitness et de la nutrition puissance XXL. Une dystopie éminemment cauchemardesque. A éviter si vous venez de manger…

Résumé sur le site de l’éditeur :

Le charismatique Premier ministre Johan Svärd n’a qu’un seul objectif en tête : faire de la Suède le pays le plus sain d’Europe. Et le plus mince. Sa promesse de campagne repose sur une idée précise. Il veut éradiquer l’obésité, considérée comme une maladie et une menace pour l’économie.

Les églises se transforment peu à peu en centres de sport, les régimes extrêmes et les opérations chirurgicales se multiplient, et tous ceux dont l’indice de masse corporelle dépasse un certain seuil sont licenciés et expulsés de leur logement. Mais, à l’approche des nouvelles élections, le chef du gouvernement perd patience. Les “porcs”, comme il les surnomme, restent encore trop nombreux et continuent de mettre en péril l’avenir de la nation. S’inspirant des pages les plus sombres de notre histoire, il décide alors de passer à la vitesse supérieure et de mettre son plan à exécution…

Landon Thomson-Jaeger, un jeune chercheur, comprend très vite le danger qui menace la population, mais lorsque sa voisine, Helena, disparaît subitement, il découvre que la situation est bien pire que ce qu’il pouvait imaginer.

L’Épidémie est le roman glaçant du basculement vers le totalitarisme, annoncé par le nuage noir du populisme qui assombrit le ciel de notre humanité.

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L’Epidémie / Åsa Ericsdotter
Actes Sud, collection Actes noirs
Parution : mars 2020
432 pages
traduit du suédois par Marianne Ségol-Samoy
ISBN : 978-2-330-13295-8
23.00€

Mictlán

Vous vous souvenez du film Le Salaire de la peur de Clouzot, sorti en 1953, et adapté du roman éponyme de Georges Arnaud ? Mictlán de Sébastien Rutés est un peu sa version contemporaine. Adieu nitroglycérine, mais bonjour cadavres sagement rangés, côte à côte, dans un camion réfrigéré.

Gros et Vieux sont les « Charons » de ces morts sans sépulture et qui doivent être cachés. Ordre du Gouverneur puis du Commandant et parfois du Patron. Ils ne seront que les exécutants d’une manœuvre politicienne : les élections approchent et le Gouverneur se vante d’avoir juguler la criminalité. Il lui faut donc mettre à l’abri des regards ces cadavres des défunts de morts violentes.
Les deux chauffeurs ne sont pas naïfs et savent qu’au moindre faux-pas, ils complèteront la cargaison, les pieds devant. Le semi-remorque réfrigéré doit donc être en mouvement 24h/24. Pas de pause-pipi, pas le temps de manger, à peine le temps de respirer ; il faut rouler à tombeau ouvert.
« …parce que dans un monde digne de ce nom, personne ne transporte cent cinquante-sept cadavres dans un semi-remorque réfrigéré, tu m’entends ?, déjà dans un monde digne de ce nom, il n’y a pas de pays comme celui-là, couvert de cadavres dessus et dessous la terre, dans des fossés, dans des barils au fond des rivières, au beau milieu du désert, et encore moins dans des semi-remorques réfrigérés, parce qu’on ne sait pas où les entreposer, vu que les chambres froides des morgues et des hôpitaux, et même des boucheries-charcuteries sont pleines, et les cimetières aussi, parce que la loi dit qu’on ne peut pas incinérer les victimes de mort violentes, tu sais pourquoi ? pour conserver les pièces à conviction, connard, pour que personne ne dise : désolé, il puait trop, on l’a incinéré , tant pis pour votre enquête, rien à foutre de votre enquête… »

Une course sans fin dans le désert mexicain, sous amphétamines, et sous les balles des narcos, des flics, des militaires qui les poursuivent. Et ce n’est pas la Vierge en fer-blanc suspendue au rétroviseur qui leur apportera la moindre rédemption. Le semi-remorque plein de cadavres continue sa route et essaime d’autres macchabées dans les fossés, au gré des rencontres malheureuses. Mictlán, nous dit Sébastien Rutés au début de son roman, c’est, en nahuatl, « le lieu des morts », où les défunts accèdent à l’oubli après un long voyage à travers le monde d’en bas. Un voyage sombre et sans retour dans un Styx désertique et aride…

On lit ces 153 pages en apnée. Le texte est écrit d’un seul jet : pas de point, pas de ponctuation, pas de souffle ni de pause. Le monologue est puissant et ne laisse au lecteur aucune chance de s’échapper. La phrase vous happe, vous ensorcèle et vous mène dans les méandres de la violence. Mais le romancier ne se limite pas à cet unique exercice de style. Il dresse un portrait au vitriol du Mexique. Ce flots de mots révèle l’absurdité dans laquelle le pays est plongé, livré à une violence sans fin et à une corruption massive des puissants. D’ailleurs, c’est un fait divers sordide qui est au point de départ de ce roman : https://www.courrierinternational.com/article/le-mexique-horrifie-apres-la-decouverte-de-camions-remplis-de-cadavres

Aucun espoir à attendre donc, aucune lueur, si ce n’est un brin de poésie en toute fin du roman (dans les 4 dernières lignes, c’est dire !). Mais la sensation infime d’avoir pris une énorme claque en peu de pages. Une jolie réussite.

Résumé sur le site de l’éditeur :
À l’approche des élections, le Gouverneur – candidat à sa propre réélection – tente de maquiller l’explosion de la criminalité. Les morgues de l’État débordent de corps anonymes que l’on escamote en les transférant dans un camion frigorifique. Le tombeau roulant est conduit, à travers le désert, par Vieux et Gros, deux hommes au passé sombre que tout oppose. Leur consigne est claire : le camion doit rester en mouvement. Vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Sans autre arrêt autorisé que pour les nécessaires pleins de carburant. Si les deux hommes dérogent à la règle, ils le savent, ils iront rejoindre la cargaison. Partageant la minuscule cabine, se relayant au volant, Vieux et Gros se dévoilent peu à peu l’un à l’autre dans la sécurité relative de leur dépendance mutuelle. La route, semée d’embûches, les conduira-t-elle au légendaire Mictlán, le lieu des morts où les défunts accèdent, enfin, à l’oubli ?

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Mictlán / Sébastien Rutes
Editeur : Editions Gallimard
Collection La Noire, Gallimard
Parution : 3 janvier 2020
160 pages
17,00€
EAN : 9782072870576

 

 

Tempêtes

Il est des ouvrages qu’il vaut mieux ne pas lire en période de confinement. Tempêtes en fait partie…
Ce 4è opus de la québécoise Andrée A. Michaud est en effet particulièrement anxiogène (tout comme Bondrée et Rivière Tremblante).
Tempêtes, ce sont deux histoires, deux personnages, deux lieux isolés, une montagne et ses tourments pour seul paysage. Et en fond d’écran : peur, paranoïa, cauchemar réel et folie irrationnelle. Le décor est planté !

Direction le Massif Bleu dans les Cold Mountain. Une première partie intitulée Blizzard : sur un versant de la montagne, un chalet dont a hérité Marie Saintonge après le suicide de son oncle. L’hiver et son blizzard ne tarde pas à pointer leurs flocons. La jeune femme se retrouve confinée dans un environnement hostile. La tempête s’éternise, l’électricité est coupée, une silhouette rode et les fantômes imaginés ou réels surgissent. La folie aussi. Et ce, dès la première page : « Quand mes hurlements frôlaient ainsi l’hystérie, j’étais persuadée qu’il s’amusait, que son visage masqué par l’obscurité s’éclairait du sourire de l’homme qui vous sait prise au piège et qui prend tout son temps, pas à pas, pour vous rendre folle. »
Une spirale infernale qui va conduire la jeune femme à commettre des actes irréparables et à s’enfoncer toujours plus loin dans les hallucinations. Un huit-clos oppressant, parfois déroutant pour le lecteur, qui ne sait plus très bien où se situer.

Une deuxième partie intitulée Orages : sur l’autre versant de la montagne, Ric Dubois installe sa « résidence d’auteur » dans le camping des Chutes rouges au bord de la Red River. Il veut achever le manuscrit de Chris Julian, auteur de thrillers, dont il joue le prête-nom. Ce dernier est mort mystérieusement dans une piscine.
C’est l’été, il fait chaud et les vacanciers profitent de léthargiques vacances dans ce camping avenant. Mais chaque orage, dit « démentiel » par les autochtones locaux, apporte son lot de cadavres et d’incidents. Ric, l’écrivain raté et solitaire, a alors tout du coupable idéal… Ses gentils voisins de caravane deviennent méfiants et sont gagnés par la paranoïa. Et Ric s’enferme dans sa folie lui aussi : « A ce moment, j’ai su que la tempête m’avait rendu fou. […] L’orage n’était qu’un leurre. Ric Dubois, le pseudo-romancier qui fomentait des meurtres sordides, déraillait à la vitesse des éclairs zébrant l’horizon. » 

Un thriller étonnant, qui déroute et qui perd parfois le lecteur. Mais si on accepte de se laisser perdre, alors, la dimension tellurique de la montagne vous porte. La première partie m’a perdue, j’avoue. Je suis restée imperméable à la folie de Marie Saintonge, accélérant la lecture pour éviter d’y plonger. J’ai trouvé la deuxième partie plus accessible, moins oppressante mais pas moins angoissante. Le camping et son environnement deviennent hostiles et cauchemardesques. A lire donc si le confinement n’entache pas votre santé mentale… ou que la folie des autres ne vous rebute pas.
Encore un sacré coup de chapeau à donner à cette auteure québécoise en tout cas !

Résumé sur le site de l’éditeur :
Marie Saintonge emménage dans une maison léguée par son oncle, récemment suicidé, située dans le Massif bleu, une montagne québécoise. Confinée à l’intérieur à cause d’une tempête de neige, elle y vit des phénomènes à l’apparence paranormale et finit par perdre pied…
Ric Dubois est resté le prête-plume de l’écrivain Chris Julian jusqu’à sa mort par suicide. Délivré de ses obligations à son égard mais déterminé à terminer le manuscrit  pour se prouver sa propre valeur, Ric se rend au camping du Massif bleu, afin d’y travailler sur le roman. Plusieurs meurtres ont lieu au camping ; bien que soupçonné par beaucoup de locaux à cause de son statut d’étranger, Ric s’efforce de mettre la main sur le véritable coupable. 
Deux versants de la montagne, deux destins tragiques qui vont se rejoindre. 

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Tempêtes / Andrée A. MICHAUD
Editeur : Rivages
Collection : Rivages Noir
Parution : janvier 2020
EAN : 9782743649432
Prix : 20,00€

 

 

Freeman

Freeman de Roy Braverman est un (gros) thriller/polar, qui se lit d’une traite. 520 pages pour une plongée passionnante dans la Louisiane post-Katrina.

Direction le sud des Etats-Unis et la ville de Patterson en Louisiane : ses meurtres sordides d’ado black, ses alligators affamés de chair humaine, son bayou dégoulinant, ses ouragans dévastateurs, sa violence sourde et poisseuse, ses deux millions de dollars volés chez le chef de la pègre locale, ses flics intègres et puis les autres, mafieux et corrompus. Et ses cocktails, saupoudrés dans certains chapitres, qui mettent l’eau à la bouche. Freeman, c’est tout ça à la fois, c’est un peu le pendant littéraire de la série Treme (les meurtres en plus et la joie de vivre en moins).

Et dès le premier chapitre, intitulé L’oeil du cyclone, vous êtes plongés en plein cataclysme : « L’ouragan se déchaîne. Les bourrasques défoncent et emportent jusque sous le ciel noir tout ce qu’elles déchirent. Les traits de pluie, glacés et violents, fouettés par le vent, le cinglent comme autant de lanières. La pelouse est jonchée de projectiles hétéroclites qui retombent lourdement du ciel. Il pleut des barques, des barbecues, des poubelles. Des lampadaires. Des remorques. Tout ce que l’ouragan arrache sur l’autre rive du bayou Teche, il le crache sur cette pelouse. » (p. 5)

L’intrigue ? Deux flics que tout oppose ou presque sont obligés de travailler ensemble sur le viol et le meurtre d’un jeune garçon noir. Mais ces deux flics mènent aussi des quêtes personnelles : Doug Howard cherche son petit frère disparu, Zach Beauregard veille sur sa femme malade et en fin de vie. Et si ces deux personnages sont somme toute assez sympathiques au demeurant, le portrait brossé de la police du coin est assez peu reluisant :

« – Il n’y a plus de police, Louise. La police a depuis longtemps glissé dans le monde des voyous. Ça marche par arrangements, par corruptions, par rapports de force. Entre les voyous et nous, ce n’est pas l’ordre et la justice contre le crime et l’illégalité, ce sont juste deux équipes sauvagement adverses qui pratiquent le même sport. Nous jouons dans le même championnat morbide et cynique qu’eux. Nous ne cherchons plus à les éradiquer. Juste à compter les points.
– Curieux jugement pour un flic ! 

– Louise, à l’origine la police était là pour protéger les habitants de la Cité. Aujourd’hui, elle est là pour protéger la Cité contre ses habitants. Elle n’est plus au service des gens, c’est fini, elle est au service du système. La seule mission de la police, c’est de maintenir le système? Par la force et la répression. La police est devenue le bras armé du système pour en assurer la survie. Et tout ne va faire qu’empirer… ». (pp.143-144)

On trouve aussi Freeman, l’enquêteur dont la fille Louise avait été kidnappée (dans les précédents romans de la trilogie – dont j’ignorais l’existence et que je n’avais donc point lus). Et un personnage atypique (qui distille la petite pointe d’humour du roman) : Mardiros, le collecteur de dettes arménien. Ensemble, ils auront quelques démêlés financiers avec Sobchak, le parrain de la pègre locale.

Enfin, vous croiserez de nombreux autochtones peu conciliants : « C’est en se retournant pour voir à quoi d’autre s’attendre qu’il aperçoit l’alligator. Un monstre de quatre bons mètres. Trois cent cinquante kilos de fausse pesanteur préhistorique. Caparaçonné d’une armure d’écailles cornées et de plaques osseuses. Le crâne incrusté de coquillages. La plus puissante mâchoire sur Terre. Quinze fois celle d’un rottweiler. » (p.6)


Bayou (by orientalizing – Creative Commons Flickr)

Mais la véritable héroïne du roman au fond, c’est la Louisiane et pas forcément sous son meilleur jour non plus. Roy Braverman en dresse un portrait  où les clichés touristiques volent en éclat : 

« Dans la chaleur de la nuit, le quartier français est abandonné aux touristes noctambules qui y déambulent et braillent en bandes, trop heureux de s’y encanailler. La ville et la pègre leur offrent l’ivresse des cuivres du jazz de Bourbon Street, du fumet des crabes bleus bouillis et des huîtres Rockfeller cuites au gros sel avec des épinards. […] Mais dans l’étouffoir du jour, le quartier revient à ses âmes damnées dans les relents de la nuit. Les recoins puent l’urine et les vomissures, que des noirs ou des dos mouillés rincent avec nonchalance d’une eau bleue et savonneuse. Des chats borgnes, maigres et pelés, jaillissent de trous d’ombres noires et volent au passage les restes de salami d’un muffuletta piétiné que des chiens faméliques leur disputent aussitôt. des livreurs en uniforme déchargent et roulent dans un bruit de train les fûts de bière de la nuit à venir, et chargent bruyamment ceux vidés de la nuit précédente. «  (pp. 153-154)

« Il roule deux heures jusqu’à cette Louisiane toute spongieuse de marais et de marécages. Plate. Liquide partout sous les herbes épaisses et les roseaux. Désolée. Comme abandonnée. Derrière de maigres bois imbibés, des raffineries sans vie tissent dans le ciel bas des Meccano métalliques. De pauvres maisons dispersées n’importe comment sur des parcelles d’herbe rase. Des enclos sans animaux. Des casses d’épaves rouillées comme des carcasses éparpillées. Des gens tordus et silencieux qui le regardent passer. » (début du chapitre 30)

Une Louisiane à l’image du roman où corruption et pègre s’ébattent joyeusement : « Le territoire des bayous est truffé d’anciennes fabriques, de plantations abandonnées, de raffineries délaissées, de vieilles distilleries clandestines. Autant de refuges pour toutes les sectes et les déglingués du bulbe et de la bite, protégés des curieux par les bayous, les marécages, les forêts inondées, les salines et tous les alligators et les mocassins qui vont avec. Et protégés du reste par des flics, des juges, des procureurs, des sénateurs, des gouverneurs et des évêques corrompus qui viennent y assouvir leurs vices les plus vils. A chaque perversion sa secte, à chaque secte son protecteur ». (pp. 262-263)

Un climat poisseux, une intrigue tout en noirceurs où les personnages se croisent au gré des crimes et des vols de cash. Une spirale de violence, enivrée de cocktails dont les recettes sont données par Sobchak, le parrain du crime organisé local, expert autoproclamé en mixologie. 

Un page turner que je vous conseille fortement,  ne serait-ce que pour vous immerger dans cet art du récit mené de main de maître par Roy Braverman ! Et dans le bon ordre si vous ne voulez pas faire comme moi (mais la lecture isolée de Freeman n’est en rien réductrice) : 
Hunter / Roy Braverman (chez Hugo Roman ; paru le 16 mai 2018)
Crow / Roy Braverman (chez Hugo Roman ; paru le 14 mars 2019)

Et quand on découvre que Roy Braverman est plus connu sous le pseudonyme de Ian Manook, Patrick Manoukian, une nouvelle planète littéraire s’ouvre à vous : il est en effet l’auteur de la trilogie mongole à succès Yeruldelgger, parue chez Albin Michel entre 2013 et 2016 (et dont le premier opus a été récompensé en 2014 par seize prix des lecteurs dont le Prix des Lectrices de ELLE, le Prix SNCF du Polar et le Prix Quais du Polar). A rajouter sur vos To Read liste donc… 

Résumé sur le site de l’éditeur :
Patterson, Louisiane.

Deux millions de dollars disparaissent. Envolés pendant un ouragan d’une rare violence. Volés au boss de la mafia locale. Drôle de casse !
Un autre million et demi tombe du ciel, pendant le même ouragan, livré à Freeman par un chasseur de primes. Drôle d’héritage ! Le reste est moins drôle. Une double traque commence. Elle va faire se croiser et s’affronter un « parrain » amateur de cocktails, un explosif tandem de flics que tout oppose, plus torturés par des quêtes personnelles que par leur enquête et le respect des procédures, une serveuse beaucoup trop éprise de l’un des deux pour en sortir indemne, un FBI plus FBI que jamais, Freeman et sa fille Louise, rescapés de la vie, et Mardiros, l’obstiné collecteur de dettes arménien. Plus tout ce que La Nouvelle-Orléans compte de faune interlope, d’indics tordus, de paumés de la vie et de décérébrés du bayou. Sans oublier, bien entendu, saint Jude et saint Expédit.
C’est fort et violent comme un ouragan, mais aussi, grâce à la plume inspirée de Roy Braverman, chaud et sensuel comme la Louisiane, sombre et envoûtant comme le bayou, rythmé et joyeux comme un air de zydeco, gourmand et épicé comme la cuisine cajun, obsédant comme le parfum des fleurs de lys et des belles-de-nuit, et bien sûr terrifiant, par l’omniprésence invisible des alligators aux yeux jaunes et à la voracité sans pitié…

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Freeman / Roy BRAVERMAN
Editeur : Hugo Romans 
Collection Policier & Thriller
Parution : 6 février 2020
EAN : 9782755644784
Prix : 19,95€

Marcher à Kerguelen

Kerguelen est un mot magique. Un mot qui m’interpelle, quelque soit la situation. Kerguelen, c’est cet archipel aux confins de l’Antarctique où mon père a passé 8 mois en 1985. Kerguelen, c’est cet archipel du bout du monde qui m’a « volé » mon papa et dont il parlait pourtant avec une émotion non dissimulée.
Kerguelen, c’est donc un nom, un lieu qui me touche, qui attise ma curiosité. Je vous avais déjà parlé du Marion-Dufresne, seul navire à effectuer des rotations vers ces îles de la Désolation. 
Alors, quand, en arrivant à la Médiathèque de Clohars-Carnoët cet été, j’ai découvert Marcher à Kerguelen sur la table des nouveautés, hop ! je l’ai embarqué ! Impossible pour moi de ne pas jeter un œil curieux à ce road trip de François Garde…

Marcher à Kerguelen est le récit d’une randonnée longuement et minutieusement préparée. Car si l’Archipel des Kerguelen n’est pas l’Everest, il reste une terre hostile, battue par les vents et les aléas climatiques. Ces îles sont aussi appelées les Iles de la Désolation : éloignée de toute civilisation (La Réunion, terre habitée la plus proche, se trouve à plus de 3250 kilomètres), l’île principale fait quasiment la superficie de la Corse (7215 km2 pour une densité de 0,02 habitants au kilomètre carré).  Des îles d’origine volcanique au relief montagneux : le mont Ross culmine à 1800m ; 2800 km de côtes très découpées et entaillées de fjords profonds ; l’intérieur des terres est surmontée par la calotte glaciaire Cook qui s’étend sur 400 km2 ; un climat froid mais non glacial (les températures moyennes d’été sont inférieures à 10 °C mais celles d’hiver sont supérieures à 0 °C), extrêmement venteux. Voilà qui donne un avant-goût de la carte postale…

François Garde est donc parti marcher du 23 novembre au 17 décembre 2015 lors de l’expédition Trekker avec 3 compagnons de fortune : Mika Charavin, guide d’expédition ; Bertrand Lesort, ancien officier de marine photographe, et Fred Champly, médecin. Vingt cinq jours de marche, du cap d’Estaing et Port Christmas à l’extrême Nord, à la plage de la Possession à l’extrême Sud et d’Ouest en Est de la plage de la Possession à Armor. Une traversée Nord-Sud sans assistance possible ou presque, à la merci d’une météo difficile et capricieuse, mais avec la chance de randonner dans des terres quasi vierges de toute présence humaine et dans des paysages sauvages et grandioses.

Il suffit, pour se faire une idée des lieux, de jeter un œil aux photos des randonneurs :

François Garde raconte donc jour après jour et au gré de ses déambulations intimes cette randonnée des extrêmes. Trois semaines d’efforts, de lutte contre la pluie, le froid, la fatigue, les baisses de moral, les décisions compliquées d’itinéraires… Extrait : « Bien sûr, Kerguelen, cette île qui au fond n’existe pas, est un mirage. Depuis son découvreur, chacun s’y noie avec ce qu’il a apporté. Les espérances s’y fracassent, les rêves s’y dissipent, les ambitions y font naufrage, et l’on ressort hébétés, avec les yeux vides de ceux qui ont croisé le regard de la Gorgone. »

Ce récit est loin d’être celui d’une performance sportive, il est plutôt celui de la lenteur et de l’abnégation produite par l’effort de la marche mais aussi celui de l’entraide et de la beauté qui s’imprègne sur les rétines dans ces paysages grandioses et sauvages.

Le récit évoque aussi les doutes, les peurs et les petits riens qui aident à surmonter les difficultés. Extrait : « En une heure maintenant, nous passons de la station verticale du randonneur à la station horizontale du repos. Nous réussissons ce tour de force quotidien de créer, dans ce désert froid et venté, un îlot, un refuge, où la température remonte ».

Le récit s’achève par un aveu d’humilité. Et on admire le courage et la détermination de ces quatre randonneurs. Extrait :  « Kerguelen est une page blanche, sur laquelle nul ne parvient jamais à rien inscrire. »

Et si ces confettis du bout du monde aiguise votre curiosité, vous pouvez aussi écouter ce podcast sur France Inter : Emission La Marche de l’Histoire (du Vendredi 15 novembre 2019) : Le témoin du vendredi : François Garde, marcher à Kerguelen

Et vous balader sur le site de l’Amicale des Missions Australes et Polaires Françaises.

Et un petit cadeau très personnel : mon Papa, aux Kerguelen (1985) et ses potes les manchots royaux

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Résumé sur le site de l’éditeur : Pendant vingt-cinq jours, dans la pluie, le vent et le froid, en l’absence de tout sentier, François Garde et ses compagnons ont réalisé la traversée intégrale de Kerguelen à pied en autonomie totale. Une aventure unique, tant sont rares les expéditions menées sur cette île déserte du sud de l’océan Indien aux confins des quarantièmes rugissants, une des plus inaccessibles du globe.
Cette marche au milieu de paysages sublimes et inviolés, à laquelle l’auteur avait longtemps rêvé, l’a confronté quotidiennement à ses propres limites. Mais le poids du sac, les difficultés du terrain et du climat, les contraintes de l’itinérance, l’impossibilité de faire demi-tour n’empêchent pas l’esprit de vagabonder. Au fil des étapes, dans les traversées de rivières, au long des plages de sable noir, lors des bivouacs ou au passage des cols, le pas du marcheur entre en résonance avec le silence et le mystère de cette île et interroge le sens même de cette aventure.

Marcher à Kerguelen / François GARDE
Gallimard – Collection Blanche
Parution : 08-02-2018
240 pages
ISBN : 9782070148851
19,50€

L’Expédition

Il est des régions du monde plus fascinantes et oppressantes que les autres. Et je dois avouer que j’y traîne pas mal depuis quelques mois. Effet collatéral du confinement ? je ne saurais dire.

Direction l’Archipel du Svalbard, un « archipel de la Norvège situé dans l’océan Arctique, entre le Groenland à l’ouest, l’archipel François-Joseph à l’est et l’Europe continentale au sud. Il constitue la terre la plus septentrionale de la Norvège et l’un de ses territoires. À l’exception de neuf habitants sur l’île aux Ours située à 238 km plus au sud, ses 2 321 habitants se trouvent sur Spitzberg, la seule autre île habitée et la plus grande de l’archipel ». (Et on dit merci Wikipédia pour ces précisions géographiques).

L’Expédition est un roman de Monica Kristensen, le troisième à s’inscrire dans cette région polaire et reculée que l’écrivaine norvégienne connait presque comme sa poche : elle est glaciologue de formation et fut la première femme à avoir dirigé une expédition en Antarctique.

Paru en 2014, le roman s’inscrit dans une série de polars se déroulant au Svalbard. Une région que connaît donc très bien l’auteur puisqu’elle a séjourné pendant six ans dans cet archipel le plus septentrional d’Europe…  Je vous avais parlé du roman Le Sixième Homme (publié en 2011 en France) et j’ai aussi lu Vodka, Pirojki et Caviar (publié en 2014 en France). Me restera donc Opération Fritham (sorti en 2012) à lire et la boucle sera bouclée. 

Mais revenons-en à L’Expédition. On y retrouve Knut Fjeld, le policier attachant et un brin « homme des cavernes ». Il reçoit l’appel au secours étrange d’une expédition polaire coincée au 87è parallèle nord. Enfilez vos bonnets et vos gants, direction le Grand Nord ! Une épidémie ravage la petite expédition, tuant chiens et hommes.  Devant le refus du chef d’expédition d’abandonner l’objectif Pôle Nord, Knut décide de s’incruster et d’enquêter.
Le voilà donc en plein cœur de l’Arctique entre des aventuriers peu ravis de le voir mettre son nez dans leurs petites affaires et un ours polaire affamé en quête de nourriture, aussi animale qu’humaine soit-elle…

Un huit-clos oppressant, où le danger rôde, tant animal qu’humain. Et où l’humain peut se révéler pire que l’animal… Une lecture qui vous donnera plutôt froid tant les conditions climatiques sont rudes ; où vous pesterez après le manque de préparation de cette expédition uniquement menée par la vantardise et l’argent ; où vous resterez sans voix face au manque d’humanité la plus basique de son aventurier en chef ; où vous tremblerez pour la vie de Knut…

[Et pour l’anecdote : à peine avais-je refermé ce polar que Ouest-France publiait cet article : Arctique. Un Néerlandais tué par un ours polaire au SvalbardC’est la sixième attaque mortelle de ce type en cinquante ans sur l’archipel norvégien. Les ours polaires, privés de leur territoire de chasse à cause du recul de la banquise, se rapprochent de plus en plus des hommes.
De quoi vous donner froid dans le dos pendant quelques heures encore ! ]

IMG_5653 (by Francoise Gaujour – Creative Commons Flickr)

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Résumé sur le site de l’éditeur : Archipel du Svalbard. Un appel au secours en provenance du 87e parallèle nord parvient à Knut Fjeld. Une expédition norvégienne est en difficulté, alors qu’elle cherche, sur les traces des grands explorateurs, à rejoindre le pôle Nord. Un projet mal ficelé, que les spécialistes critiquent pour l’itinéraire retenu, et pour le choix du mois de février, trop tôt en saison. Mais le challenge est là, précisément : réussir ce qui ne s’est jamais fait. Lorsque courage et ambition riment avec folie. L’expédition est partie, mal préparée, mal financée. Deux attelages, huit chiens et quatre hommes. Ce sont les chiens qui tombent en premier.
Knut Fjeld, le flic norvégien du Svalbard, se rend sur place. En plein désert arctique, sur la banquise qui dérive. Bientôt prisonnier d’un huis clos sur glace, angoissant, et périlleux.

L’Expédition / Monica Kristensen
Polar traduit du norvégien par Loup-Maëlle Besançon
Editions : Gaïa
Collection : Gaïa polar
ISBN  978-2-84720-723-1
320 pages – 21 €
Parution : Octobre 2016

Satan dans le désert

Fans de douceur et de bienveillance, fuyez ! Satan dans le désert est un terrible roman et Boston TERAN, son auteur, vous entraînera dans de biens sombres méandres…

Encore une fois, Gallmeister signe là une des faces sombres de l’Amérique, entre junkies et satanistes. Une plongée violente dans le désert de Mojave, où règnent les crotales de toutes espèces. D’un côté, Bob Hightower, flic planqué grâce aux petits soins de beau-papa le shérif ;  de l’autre, un psychopathe ultra violent, grand gourou d’une secte sataniste façon Charles Manson. Entre les deux, Case Hardin, ex-junkie échappée de la secte et qui a un sérieux problème de revanche sur la vie.

Un road-trip sanglant où le Bien et le Mal se font face et s’entremêlent rapidement sans que l’on ne sache plus bien faire la différence. Vie et mort s’affrontent allègrement et violence, massacres et chaos se partagent les chapitres : « C’est pas à l’Amérique propre et puritaine que vous avez affaire, sur ce coup-là. Cette merde, c’est l’enfer. Une histoire de drogue, de sang et de foutre, déjantée à un point que vous n’avez pas idée. »

Seule lueur (mais affaiblie) : Gabi, la fille de Bob, enlevée par le sataniste. Parviendra-t-elle à être sauvée ? Qui obtiendra vengeance et / ou rédemption ? Le diable n’est pas forcément là où on l’attendrait finalement…

Un roman très très noir, à lire toutes lumières allumées, en serrant les dents. Une certaine vision de l’enfer, assurément.

Résumé sur le site de l’éditeur : 1995. Aux confins du désert californien, Gabi, quatorze ans, est kidnappée par un psychopathe ultra-violent et sa secte satanique. L’insondable scène de carnage laissée par les ravisseurs ne livre aucun indice, la police patine, le sort de la jeune fille semble scellé. Fou de désespoir, son père, Bob Hightower, le flic local, se voit obligé de faire confiance à une ancienne adepte du culte : Case Hardin, une ex-junkie avec des comptes à régler. Leur quête commune ne tarde pas à se transformer en une traque sauvage marquée par la drogue et la violence, qui les oblige inexorablement à regarder le diable dans les yeux.

Satan dans le désert / TERAN, Boston
Edition : Gallmeister
Collection: Totem
ISBN: 978-2-35178-592-8
Parution: mai 2019
448 pages
Prix: 11,20€

Rivière tremblante & Bondrée

Bien entendu, j’ai lu Bondrée (sorti en France en 2016 mais en 2013 au Québec) avant de lire Rivière tremblante (sorti en France en 2018 mais en 2011 au Québec). Andrée A. Michaud est une romancière québécoise qui excelle dans les romans noirs sombres et tranchants où la nature des grands espaces a toute sa place.

Dans Bondrée, c’est la forêt qui tire le fil rouge du roman. Touffue et sombre, elle entoure le lac où viennent camper des familles en quête de calme et de sérénité. Raté pour cet été ! on retrouve la jeune Elizabeth Mulligan morte dans un piège à ours. Effroi puis crainte et suspicion généralisée… le roman prend la tournure de « l’enfer c’est les autres à Victoria Lane ».

Résumé sur le site de l’éditeur : À l’été 1967, une jeune fille nommée Zaza Mulligan disparaît dans les bois entourant Boundary Pond, un lac situé à la frontière entre le Québec et le Maine, rebaptisé « Bondrée » par un trappeur qui y avait vécu une tragique histoire d’amour. Les recherches s’organisent et Zaza est bientôt retrouvée morte, la jambe prise dans un piège à ours rouillé. L’enquête conclut à un accident. Mais lorsqu’une deuxième jeune fille disparaît à son tour, l’inspecteur Michaud se dit que les profondeurs silencieuses de la forêt recèlent d’autres pièges…

Dans Rivière Tremblante, deux histoires s’entremêlent : Eté 1979, le jeune Michael Saint-Pierre, 9 ans, disparaît alors qu’il jouait avec son amie Marnie au bord de la rivière. Trente ans plus tard, c’est Billie, une jeune fille qui disparaît sans laisser de trace. Marnie et le père de Billie vont croiser leurs destins difficiles à Rivière-aux-trembles, au moment même où un autre jeune garçon, Michael Faber, disparaît. Un roman sur l’incapacité à faire son deuil et sur la douleur et la culpabilité des survivants. Où la nature, ici la rivière, joue un rôle primordial.

« Jamais je n’avais souhaité mourir, même quand tout allait de travers, même au creux des nuits d’insomnie où les voix accusatrices de Rivière-aux-Trembles, bien après la disparition de Michael, continuaient à me harceler. Je ne m’étais jamais sentie appelée par ces gouffres s’ouvrant entre deux rails de métro filant dans la noirceur invitante du vide. Il avait pourtant suffi de quelques flocons de neige pour que je sois tentée de baisser les bras et de me précipiter tête première au fond de l’abîme. » (p. 207)

Résumé sur le site de l’éditeur : À 30 ans d’intervalle, deux enfants disparaissent dans des circonstances nébuleuses. Rien ne lie apparemment ces drames, sinon l’horreur qui les entoure et la douleur de leurs survivants… 

Deux romans sous tension, où le lecteur navigue en pleine étrangeté, s’embourbe dans les grands espaces en compagnie des personnages en pleine douleur. Parfait pour une lecture sous un soleil estival ou post-estival !

Bondrée / MICHAUD, Andrée A.
Edition : Rivages
Collection: Rivages Noir
ISBN: 978-2-7436-3764-4
Parution: septembre, 2016
330 pages
Prix: 18,50€

Rivière tremblante / MICHAUD, Andrée A.
Edition : Rivages
Collection: Rivages Noir
ISBN: 978-2-7436-4483-3
Parution: septembre, 2018
250 pages
Prix: 21,00€

Par les rafales

Par les rafales est le premier roman de Valentine Imhof. Et le moins que l’on puisse dire est qu’il est très prometteur…

Un polar sombre et incandescent, calme et violent, aux notes musicales prononcées et aux tatouages ancrés/encrés au coeur de l’épiderme. Une histoire de femme et d’amours au gré des villes et des continents. Chaque chapitre s’ouvre sur une date et un lieu, fil rouge d’une vie que l’on reconstitue.

Dès le premier chapitre, on plonge en pleine violence. Et on cherche à comprendre pourquoi tout au long des chapitres suivants. Valentine Imhof distille avec parcimonie les détails de la vie d’Alex, l’héroïne du roman. Elle vit à Metz, vient de tuer un homme et voudrait bourlinguer ailleurs, loin surtout de la Nouvelle-Orléans. Elle est forte et fragile à la fois, violente et impulsive, pleine d’une colère enfouie et latente, tatouée et calligraphiée jusqu’au bout de la peau. Un petit côté Lisbeth Salander.

Ajoutez-y alcool et musique, de l’amour fou et passionnel mais en lambeaux. Vous aurez sous les rétines une jolie pépite pleine de ténèbres, de poésie et de titres à écouter : la biblio des taouages et la playlist en fin de roman sont des mines d’or… A conserver sous le coude pour un éventuel 2è confinement.

Encore une fois, les éditions du Rouergue, collection Rouergue Noir, ont fait un joli boulot de sélection littéraire. Et on me chuchote dan l’oreillette que son 2è roman, Zippo, est aussi réussi.

Le résumé sur le site de l’éditeur :

Ils avaient réussi à la retrouver. Alex l’avait compris. Le type inventait des souvenirs bidon, il a proposé de s’arrêter dans un café de campagne pour boire un pot. Pour le plaisir d’être en France, parce que c’est si différent des États-Unis… Ça, elle le savait. Quand il a enserré ses jambes entre les siennes, elle n’a rien fait pour se dégager. Au contraire. Elle a envoyé tous les signaux pour lui faire entendre qu’elle n’attendait que ça depuis le début… Elle le tenait… Elle saurait disparaître ensuite. C’est du moins ce qu’elle pensait. Mais on laisse toujours quelque chose derrière soi. Et au moment où Alex s’apprête à tuer un homme, pour la troisième fois, Kelly MacLeish, jeune sergent juste sortie de l’école de police et mutée aux Shetland, décide de changer complètement d’angle dans l’enquête sur le meurtre de Richard MacGowan le soir du Up Helly Aa, la fête des Vikings, lorsque tout le monde se rassemble pour la crémation du drakkar. Le seul indice retrouvé sur le cadavre, c’est un long cheveu noir. Alors sans le savoir, Kelly rejoint le camp des poursuivants. Ceux qui courent après Alex, ceux qu’elle fuit, toujours plus vite, toujours plus au nord.
Dans un premier roman incandescent, gorgé d’alcool, de rock et de poésie, Valentine Imhof nous emporte sur les pas d’une héroïne qui s’est placée sous la protection de Loki, le dieu destructeur de la mythologie nordique. Comme lui, elle a dû boire le venin qui confère la rage. Comme lui, elle nourrit des vengeances, des apocalypses et des rêves de fin du monde. Et les quatre runes de son nom sont tatouées sur sa nuque.

Par les rafales / Valentine Imhof
Editions du Rouergue / collection Rouergue Noir
Paru en mars 2018
288 pages
20,00 €
ISBN 978-2-8126-1519-1

Des pages et des pages en 2019

Ah mais le confinement est était la période idéale pour publier ses stats de lecture 2019 avec moins de 6 mois de retard ! 68 livres au compteur soit 1 de plus qu’en 2018.

Une BD en forme de roman (1) – format étonnant !
Dans les pins : 5 balades meurtrières (KRIEK, Erik)

Des documentaires (4) – RAS en 2018
Le petit livre des couleurs (PASTOUREAU, Michel)
Nationale 7 – Voyage dans une France oubliée (PETREAULT, Clément)
Nanga Parbat (MESSNER, Reinhold)
Laissé pour mort sur l’Everest (WEATHERS, Beck)

Des nouvelles (1) – RAS en 2018
Incandescences (RASH, Ron)

Des romans (22) : contre 23 en 2018, 8 en 2017 et 20 en 2016

Américains : 
Mon désir le plus ardent (FROMM Pete)
Coup de vent (HASKELL SMITH, Mark)
Les bonnes gens (HUNT, Laird)
Un pauvre type (CALDWELL, Erskine)
Cercueils sur mesure (CAPOTE, Truman)
Premier sang (MORRELL, David)
Survivre (PETTERSON, Vicki)
Balles perdues (CLEMENT, Jennifer)
My Absolute Darling (TALLENT, Gabriel)
Les Arpenteurs (ZUPAN, Kim)

Canadien :
Hongrie-Hollywood express (PLAMODON, Eric)

Chilien :
La quatrième dimension (FERNANDEZ, Nona)

Croate :
Les turbines du Titanic (PERISIC, Robert)

Egyptien :
La chambre de l’araignée (ABDELNABI, Mohammed)

Espagnol :
L’anniversaire (MONSO, Imma)

Français :
Surf (BOUDET, Frédéric)
Le Schmock (GIESBERT, Franz-Olivier)
Le lambeau (LANCON, Philippe)

Polonais :
Krivoklat (DEHNEL, Jacek)
Une si petite extermination (JANKO, Anna)

Sri-lankais :
Ombres sur la Tamise (ONDAATJE, Michael)

Suédois :
Automne allemand (DAGERMAN, Stig)

Des polars, thrillers et romans noirs (33) : contre 44 en 2018, 42 en 2017, 27 en 2016, 19 en 2015 et 13 en 2014 – je suis toujours – de plus en plus – addict  un peu moins droguée ?

Allemand : 
Urgences et sentiments (MAGNUSSON, Kristof)

Américains : 
Dans la vallée décharnée (BOUMAN, Tom)
Mère toxique (BURT, Alexandra)
Sang de lune (CHILD, Lincoln)
Le pays des oubliés (FARRIS SMITH, Michael)
Famille parfaite (GARDNER, Lisa)
L’anniversaire (HARDING, Robyn)
Les morts de Bear Creek (McCAFFERTY, Keith)
Comme les lions (PANOWICH, Brian)
Le Zoo (PHILLIPS, Gin)
Un autre Brooklyn (WOODSON, Jacqueline)

Anglais : 
London nocturne (UNSWORTH, Cathi)
Les prochaines sur la liste (WHITE, Neil)

Argentin : 
Les jeunes mortes (ALMADA, Selva)

Canadien : 
Le tricycle rouge (HAUUY, Vincent)

Danois : 
Promesse (ADLER OLSEN, Jussi)

Ecossais : 
L’Accident de l’A35 (Mc RAE BURNET, Graeme)

Espagnol : 
Par-delà la pluie (DEL ARBOL, Victor)

Français : 
Plateau (BOUYSSE, Franck)
La chance de leur vie (DESARTHE Agnès)
Le plus grand des miracles (GLAVINIC Thomas)
Masses critiques (GOUEZEC Ronan)
Calcaire (DE MULDER Caroline)
Lux (MAYERAS, Maud)
Puzzle (THILLIEZ, Franck)

Islandais : 
La Cage (SIGURDARDOTTIR, Lilja)

Italien : 
Sur le toit de l’enfer (TUTI, Ilaria)

Néo-zélandais : 
Rocking Horse Road (NIXON, Carl)

Norvégien : 
Les Chiens de chasse (HORST, Jørn Lier)

Portugais : 
Le collectionneur d’herbes (VIEGAS, Francisco José)

Serbe : 
L’égout (MATIC, Andrija)

Suédois : 
Chant des âmes sans repos (ALSTERDAL, Tove)
Colère blanche (BÖRJLIND, Cilla et Rolf)
Marconi Park, une enquête du commissaire Winter
(EDWARDSON, Ake)
Zack (KALLENTOFT Mons & LUTTEMAN Markus)
Bambi (KALLENTOFT, Mons & LUTTEMAN, Markus)
Eté (KALLENTOFT, Mons)

Vénézuélien : 
Portrait d’un cannibale (ALVARADO, Sinar)

Roman New Romance (1) – [Là, je me suis fait avoir. Un roman pris par inadvertance sur la table de présentation au 4è étage aux Champs Libres. Mais ma curiosité n’a fait qu’un tour… On oscille entre la collection Harlequin (assez prude dans mon souvenir d’une seule lecture) et la vague des « 50 nuances ». A mon sens, ce n’est pas de la littérature mais du pourvoyeur de fantasmes faciles pour celles qui n’oseraient pas franchir l’accès à YouPorn. Et la lecture est vraiment pathétique. Prenons cela comme une expérience littéraire qu’on ne renouvellera absolument pas.]

Calendar Girl (CARLAN, Audrey)

Romans SF (1) – RAS en 2018 : moi qui ai dévoré des romans de SF dans ma jeunesse, me voilà loin de mes statistiques d’alors…

La cité de l’orque (MILLER, Sam J.)

2019 fut une année plutôt équilibrée : moins de polars, plus de romans ! Niveau géographie littéraire, j’ouvre encore cette année mes horizons : 22 nationalités, contre 16 en 2018, 14 en 2017, 13 en 2016, 15 en 2013, 14 en 2014 et 10 en 2015. Une grosse incursion chez les Suédois mais qui s’explique parle fait que j’ai enchaîné les polars de Mons Kallentoft.

Enfin, moins d’une dizaine de livres lus en version numérique. Pas encore de liseuse donc pas de changement notoire. Je continue à emprunter assidûment dans les médiathèques ;-)