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Les étoiles, la neige, le feu – Mémoires du Grand Nord

Les étoiles, la neige, le feu – Mémoires du Grand Nord est un récit autobiographique à ne pas mettre entre les mains des vegan ! John Haines est un trappeur qui raconte sa vie dans le Grand Nord en Alaska. Il y a vécu avec sa femme pendant 25 ans, et le moins qu’on puisse dire, c’est que les conditions de vie n’y sont pas très cosy…

Ce récit autobiographique, c’est un peu la téléréalité Chasse Pêche Survie et Nature en terrain hostile. La météo peut être effroyable (entre moins vingt et moins cinquante degrés) ; il faut défendre sa viande d’élans contre les morfales de loup ou de lynx ; il faut apprendre à cuire un porc-épic (un chapitre tout à fait délicieux), à poser des pièges, à y tuer les bêtes qui y sont encore vivantes…

Ce qui est fascinant dans ce récit aux antipodes de nos vies, c’est que chaque épisode, chaque détail devient mystique. La cuisson du porc-épic par exemple : « Barbare ? Si vous le dites, mais religieux tout autant, étrangement, essentiellement religieux. La flambée des piquants était l’un des rites qui rythmaient notre existence et le passage des saisons. Je me le remémore comme un sacrifice occasionnel à la mémoire d’un lointain esprit des bois, sacrifice bref mais dont chaque étape est cruciale. »

Une vie en accord avec la nature, même si celle-ci a du mordant. Une fable écolo éventuellement si on omet la chasse et les divers animaux tués (avec moultes détails). Un récit étonnant en tout cas et qui a le mérite d’exister et qu’on peut inscrire dans le grand Panthéon du Nature Writing.

Il a d’ailleurs été publié une première fois chez Gallmeister en 2006 sous le titre Vingt-cinq ans de solitude.

Résumé sur le site de l’éditeur :

Pendant vingt-cinq ans, John Haines a vécu dans une cabane isolée au cœur des étendues vierges de l’Alaska, menant une existence rude et solitaire de pionnier moderne. Couper du bois, tracer une piste, piéger une marte, dépecer un élan, faire ses réserves de saumon : une vie simple, aventureuse et libre, au rythme d’une nature sauvage envoûtante. Avec sérénité, il transforme son expérience intime en un récit initiatique et intemporel, où le moindre événement trouve sa résonance en chacun de nous.

Les étoiles, la neige, le feu – Mémoires du Grand Nord / John HAINES
Traduit de l’américain par Camille Fort
Gallmeister – collection Totem
Parution : mars 2005 puis octobre 2020
240 pages
9,50 €
ISBN 978-2-35178-767-0

Piranhas

Roberto Saviano (décrit Naples comme personne. Il est l’anti-thèse des écrits de L’amie prodigieuse. A moins que ces derniers et la lutte fratricide des Solara ne soient le terreau finalement du Naples de Saviano…

Piranhas, c’est la mafia napolitaine version adolescente. C’est l’histoire d’un gang, petite souris, qui voulait devenir éléphant ou lion. Et au diable, la violence, les armes, les meurtres, les forts et les faibles, les trafics, les humiliations. Seule compte la paranza aka le gang !

Mais ce gang est un baby gang ; ils sont jeunes, naïfs mais croient dur comme fer devenir les plus grands caïds, tout en évinçant les vieux mafieux qui tiennent pourtant lieu de modèles. Et on suit page après page la plongée sans retour dans ce monde violent et cruel de la camorra napolitaine de Nicolas Fiorillo et sa bande de potes. Pour s’acheter les dernières paires de sneakers sorties sur le marché, ils vont s’armer, détrousser les mamies, tirer sur les toits-terrasses, se faire craindre autant que possible…

Aucun respect, aucune once d’humanité, c’est à la vie à la mort, pourvu qu’ils soient cités sur les réseaux sociaux et qu’on enterre les vieux mafieux : « Nicolas comprend ce jeu et toutes ses nuances. Il comprenait que derrière il y avait toujours la question du sang, de l’appartenance, de ce qui était propre et de ce qui ne l’était pas. Aucune théorie n’unissait ces concepts vieux comme l’humanité. Propre et sale. Qui dit ce qui est propre ? Qui dit ce qui est sale ? Le sang, toujours le sang. Celui qui est propre et ne doit pas se mêler à celui qui est sale, le sang des autres. Nicolas avait grandi parmi ses questions, ses amis aussi, mais il voulait avoir le courage d’affirmer que ce système était vieux. Et qu’il fallait le dépasser. L’ennemi de ton ennemi est ton allié, indépendamment du sang et des relations. Si, pour devenir ce qu’il voulait devenir, il devait aimer celui qui lui avait appris la haine, eh bien, il le ferait. Que le sang aille se faire foutre. Camorra 2.0. »

Un roman violent, qu’on lit en apnée, sans savoir ce qu’on va trouver à chaque chapitre.

Résumé sur le site de l’éditeur :

Naples, quartier de Forcella. Nicolas Fiorillo vient de donner une leçon à un jeune homme qui a osé liker des photos de sa copine sur les réseaux sociaux. Pour humilier son ennemi, Nicolas n’est pas venu seul, il s’est entouré de sa bande, sa paranza : ils ont entre dix et dix-huit ans, ils se déplacent à scooter, ils sont armés et fascinés par la criminalité et la violence. Leurs modèles sont les super-héros et les parrains de la camorra. Leurs valeurs, l’argent et le pouvoir. Ils ne craignent ni la prison ni la mort, mais une vie ordinaire comme celle de leurs parents. Justes et injustes, bons et mauvais, peu importe. La seule distinction qui vaille est celle qui différencie les forts et les faibles. Pas question de se tromper de côté : il faut fréquenter les bons endroits, se lancer dans le trafic de drogue, occuper les places laissées vacantes par les anciens mafieux et conquérir la ville, quel qu’en soit le prix à payer.
Après le succès international de Gomorra et d’Extra pure, Roberto Saviano consacre son premier roman, Piranhas, à un nouveau phénomène criminel napolitain : les baby-gangs. À travers une narration haletante, ce roman inspiré de la réalité nous montre un univers sans concession, dont la logique subjacente n’est pas si différente de celle qui gouverne notre société contemporaine.

Piranhas / Roberto Saviano
Traduit de l’italien par Vincent Raynaud
Gallimard – collection Du monde entier
Parution : août 2018
352 pages
22 €
IISBN 979-2-07-275404-3

Zippo

Brûlure et incandescence, violence et fièvre, passion et braises. Zippo, le second roman de Valentine Imhof est un roman qui consume le lecteur et l’emporte dans un tourbillon de feux et de flammes digne des enfers, les plus sombres et les plus ardents, ceux qu’on ne souhaiterait même pas à son pire ennemi…

Eva était une très jeune femme quand elle a rencontré Prometheus, l’homme au zippo. Il l’a charmée, l’a initiée, l’a enfiévrée, lui a fait découvrir ardeurs et brûlures, pour le meilleur et pour le pire. Mais elle est partie, s’est enfuie. Elle l’a abandonnée. Et il recherche sa muse, sa proie, sa soumise. Une quête ardente et aveugle, à tel point qu’il se méprend. Et finit par tuer. « C’est une conjuration. Le complot des salopes qui l’empêchent de voir clair, qui l’embrouillent, qui le leurrent. Elles doivent bien se marrer à chaque fois qu’elles ont fait naître en lui l’espoir de la revoir… Elles sont de mèche. Toutes. Elles couvrent la cavale d’Eva. Mais elles finiront bien par le mener jusqu’à elle. Ou alors c’est elle qui viendra à lui. Parce qu’à chaque fois qu’il flambe une de ces filles, il sait qu’elle comprend clairement le message qu’il lui envoie. Que ces balises qu’il allume sont pour elle. Qu’elles l’aideront à retrouver son chemin jusqu’à lui… » (Chapitre 9 – page 32)

Mia Larström est lieutenant de police à Milwaukee. Sportive, adepte des clubs SM vaguement clandestins, fan de vodka au poivre et de combinaisons en latex, elle enquête sur les meurtres du tueur pyromane de Lincoln Park. A ses côtés, Peter McNamara, l’amuseur de service de la Brigade, le bouffon de ses collègues embourbés, selon lui, dans une fange matrimoniale sans espoir. Plus prompt à faire étalage de ses exploits sexuels de la nuit et de sa libido exaltée que des dernières indices découverts dans ses enquêtes criminelles.
Mia et Peter se détestent cordialement mais ils vont devoir composer ensemble, en duo, pour traquer le tueur. Ils sillonnent la ville, ses bars et night-clubs louches et miteux, en quête du pyromane, tout en se querellant. « Il n’a encore jamais donné dans le SM. Pas besoin , pas le temps, pas l’opportunité. Mais depuis qu’il s’est converti au mâle alpha et installé dans la posture du prédateur cynique, il s’est découvert un réel ascendant sur les femmes et un talent certain pour la domination… Qu’il compte exercer sur Lärstrom. Elle veut jouer. Soit. Il va fixer les règles. C’est d’ailleurs probablement ce qu’elle attend de lui. Qu’il devienne le maître du jeu pour la soirée… Elle a frappé à la bonne porte. » (Chapitre 15 – page 55)

Et puis il y a Prometheus, l’homme au feu sacré. L’homme qui joue dans l’ombre avec son zippo, comme un prolongement de lui-même. Toujours masqué lorsqu’il traîne au Y-Not II, pour effacer les terribles cicatrices qui lacèrent son visage. Mais son masque laisse apparaître un regard intense, profond, qui lui a suffi pour entraîner Eva dans ses nuits incandescentes il y a quelques années. Une passion intense, menée par les flammes et les braises, terreau de leur relation fusionnelle. Pour Ted, alias Prometheus, le feu est le sceau de sa propre mort et de sa rédemption à la fois. Le clic-clic du zippo, sa raison de vivre. « Les jeux avec le feu impliquaient la présence permanente du Zippo, qui au fil des séances était devenu plus qu’un accessoire. Le troisième partenaire. Celui dont les caresses métalliques, froides ou chaudes, étaient d’indispensables préliminaires à leur fireplays… » (Chapitre 6 – page 26)

Valentine Imhof nous avait sacrément secoués avec Par les rafales, son premier roman. Autant dire que ce deuxième opus est encore une sacrée claque. Cette enquête policière se joue de nous et de nos nerfs. Le rythme est enlevé, les chapitres concis, oscillant d’un personnage à l’autre, d’une époque à l’autre. Mia et Peter se cherchent, dévoilent leurs failles, finissent par se trouver et exposeront leurs secrets les plus intimes en dernier lieu, quand toutes les flammes se seront éteintes.
Une histoire d’amour et d’amours où les personnages oscillent entre soumission et domination, entre douleurs et plaisirs, entre vie(s) et mort(s). Les relations sont ambigües et obéissent à des mécanismes qui sortent de l’ordinaire entre obsession et destruction.

Un roman sombre qui ne vous laissera assurément pas indifférent. Et qui se lit au rythme d’une playlist enlevée, à écouter très fort dans l’obscurité. Valentine Imhof est décidément une auteure à découvrir et à ranger en très bonne place dans sa bibliothèque rayon Noir Polar(s).

Résumé sur le site de l’éditeur :
Lorsqu’ils se sont rencontrés, elle était très jeune. Il lui a fait porter un loup noir, il l’a appelée Eva, il lui a appris à jouer avec le feu. Il était le maître de ses émotions, de sa volonté, de sa souffrance. Il l’a perdue. Où qu’elle soit, où qu’elle se cache, il lui manque, il en est persuadé. Il ne cesse de la chercher, son zippo à la main, qu’elle reconnaîtra entre mille. Ce son unique quand il l’ouvre du pouce avant d’en faire rouler la molette, et le claquement sec du capot sur charnière qui étouffe abruptement la flamme charment sa solitude en ce neuvième anniversaire de leur rencontre. Mais comme elle tarde à ressurgir, il décide de lui laisser des messages. Et affole la police. Parce que ces blondes aux visages brûlés retrouvées mortes sur les bancs de Lincoln Park à Milwaukee, elles soulèvent les cœurs. Les lieutenants Mia Larström et Peter « Casanova » McNamara vont devoir faire la paix pour remonter jusqu’au tueur pyromane. Plus encore, démêler leurs parts de fureur et de nuit, se débattre avec les questions qui roulent dans leurs têtes jusqu’à l’usure, affronter ce qu’aucun lavage de cerveau n’a pu extraire de leurs mémoires.
Avec ce roman ardent où des enquêteurs cagoulés de cuir traquent le détenteur d’un briquet à essence dans des loges de bondage, Valentine Imhof ouvre le reliquaire des douleurs du passé et nous donne la fièvre.

Zippo / Valentine Imhof
Editions du Rouergue – collection Rouergue Noir
Parution : octobre 2019
272 pages
20,00 €
ISBN 978-2-8126-1866-6