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Les Rias : un festival des arts de la rue finistérien à ne pas rater l’an prochain !

[Paru initialement sur Alter1fo le 11 septembre 2012. Oui, oui, je suis une feignante et je pratique le copié-collé sans vergogne…]

Dernière semaine d’août sur le littoral sud finistérien : les touristes ont plié bagages et l’été laisse place à la rentrée. Mais pour prolonger ces dernières heures estivales, le pays de Quimperlé et le Fourneau ont décidé de proposer un festival des Arts de la Rue : Les Rias. Pari osé juste avant la rentrée… mais pari réussi lors de cette édition 2012.

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Un festival ancré sur un territoire, entre mer et terre

Né il y a trois ans, en 2009, à l’initiative des communes littorales de Clohars-Carnoët, Riec-sur-Belon et Moëlan-sur-mer, et du Centre National des Arts de la Rue le Fourneau, Les Rias s’agrandissent cette année et se répandent sur 8 des 16 communes de la Communauté de communes du pays de Quimperlé.
Pari un peu fou pour un petit festival qui jusque là n’avait pas fait grand bruit, si ce n’est au niveau local. Cette édition 2012 explose les frontières et ce ne sont pas moins de 34 000 spectateurs qui ont assisté à la quarantaine de représentations proposées. Petit poisson deviendra grand… Et c’est tout le malheur qu’on lui souhaite !

Les Rias 2012

Six jours donc, du 28 août au 02 septembre, durant lesquels le public s’est promené, d’abord aux alentours de Quimperlé, entre Scaër, Locunolé, Arzano et Le Trévoux. Balade dans les terres comme disent communément les autochtones du littoral (dont j’ai eu fait partie dans ma prime jeunesse). Plaisir de déambuler dans les rues quimperloises fermées pour l’occasion à la circulation. Comme si, se réapproprier le macadam, nous permettait finalement d’échapper aux convenances.
Puis, pour les trois derniers jours, retour au bord de la mer, sur les communes originelles : Clohars-Carnoët, Moëlan sur Mer et Riec sur Belon. Au fait, les non-cruciverbistes, connaissiez-vous le terme Ria ? Notre grand ami Robert nous apprend qu’il s’agit d’une « vallée fluviale étroite et allongée noyée par la mer ». Dans le nord du Finistère, on parle d’aber ; ici, dans le sud, on dit plutôt aven. Querelles de clochers assurée !

Du théâtre de rue, en veux-tu en voilà…

Un coup d’envoi monumental assuré par les Marseillais de Générik Vapeur mardi 28 août avec Drôles d’oiseaux et Art Blaxon. Un convoi de voitures sans moteurs, tiré par un gros tracteur. Des personnages peintres blancs, comme un pied de nez à leurs collègues de Pont-Aven… Une marée humaine à Quimperlé au confluent de l’Ellé et de l’Isole, sur le pont du Moulin ! Une déambulation entre nettoyage des voitures et grands seaux de peinture. Une apothéose arc-en-ciel entre décibels et pinces à linge XXL. Pas de doutes, Les Rias vont décoiffer et nous en faire voir de toutes les couleurs !

Les Rias 2012
Des Grands Bretons au pays breton, une fois n’est guère coutume, n’est-il pas ? La Cie Wet Picnic nous a offert jeudi soir à Quimperlé ce que notre perfide mais néanmoins voisine Albion a de plus décalé. The Dinner Table se définit comme une intervention culinaire. Entre extravagance et leçon de « bien recevoir », la pulpeuse Ursula n’a rien à envier à Nadine de Rotschild. Parions même qu’elle en convertirait plus d’un à suivre des cours de savoir-vivre…

Les Rias 2012
Cette compagnie loufoque et « so british » nous a aussi gratifié d’un Birthday Party pour le moins tragicomique sur la place des Halles à Riec sur Belon samedi soir… où toute convenance avait disparu et où il était largement autorisé de monter sur la table mobile !

Les Rias 2012
Le bord de la rivière, le pont fleuri, la pleine lune qui pointe son nez. Décor pour le moins bucolique réservé aux Krilati et à Fando comme Lis. Une pantomime aérienne où deux rêveurs, qui se rencontrent sur les quais d’une gare, vont user de stratagèmes les plus fous pour finir par s’embrasser sous une ombrelle en dentelle… Corde, mât chinois, tissu, prouesses d’équilibre, magie de la poésie et de la prouesse sur fond de musiques de l’est. Un très joli moment pour clôturer ce jeudi soir à Quimperlé.

Les Rias 2012
Samedi matin. Moëlan sur Mer. RDV à l’Ellipse, le centre culturel. On nous rassemble et on nous emmène, en procession, dans un lieu secret. Loin des regards. Car, dans certaines familles, la vie n’est pas rose. Elle est même glauque et méchamment cruelle. Sélection naturelle, de la Cie Makadam Kanibal, ne fait pas dans la dentelle… Une maison délabrée, de tôles, de bric et de broc. Une vieille mère en fauteuil roulant, aussi morte qu’une marionnette sans vie puisse l’être. Une jeune fille, hystérique sur les bords, qui s’entiche de photos de magazines. Un frère blouson noir à la coiffure huileuse et gominée. Un autre frère, chasseur de chats, fakir à ses heures. Prenez le tout, poivrez, acidifiez, mélangez. Gare aux excès de tendresse et à l’explosion d’hémoglobine ! Du théâtre de rue comme on l’aime, un brin dérangeant, mais tellement enthousiasmant…

Les Rias 2012
On revoit, avec grand plaisir Entre Serre et Jardin de l’Atelier Lefeuvre et André, que l’on avait déjà croisé aux Tombées de la Nuit 2011 à Rennes. Après le Thabor, nos deux jardiniers investissent le modeste jardin public de Moëlan sur Mer en ce samedi 01 septembre. Et leurs loufoqueries font toujours autant rire petits et grands…

Les Rias 2012
Un dernier spectacle avant la rentrée en ce samedi 01 septembre à Riec. Où l’on regrette amèrement son choix. Les Chevaux du plaisir de la Cie Artonik ne nous procure que peu de contentement. Une vieille américaine, aux faux-airs de Christine de Stephen King, dont le moteur vrombit. Trois acteurs-danseurs dont la performance ne nous éblouit guère, contrairement aux voitures, tout feux dehors, qui éclairent la piste. Ce théâtre de rue dansé fait des ratés comme un vieux tacot. Et seules les chansons de Bashung donneront un peu de piment à ce Sailor et Lula bien trop fadasse à notre avis… Avis hautement subjectif bien entendu.

Les Rias 2012
On notera la présence de compagnies déjà croisées à Rennes lors des Tombées de la Nuit notamment durant tout ce festival : La Cie Beau Geste, son danseur et sa pelleteuse ; Emma la Clown, la voyante extra-lucide, l’Atelier Lefeuvre et André et ses deux jardiniers hors-normes…

Et puis, il y a tous les autres spectacles qu’on aurait voulu voir… Idéaux beurre noir de la Cie 100 issues et son ring à cirque ; La Natür, c’est le bonheur de Rosie Volt, une bergère en transhumance bretonne ; Ile Ô de la Cie Barolosolo et son kiosque rempli d’eau sur la plage même de Kerfany ; L’Homme cornu de Rode Boom et Kurt Demey dans le lieu magique et mystérieux de l’Abbaye Saint-Maurice à Clohars ; La Glamour Grass Band des Balkans, une fanfare balkano-brestoise…

Les Rias 2012

Bref, un petit festival devenu grand. Qui met de la couleur dans nos souvenirs d’été et préparatifs de rentrée. Un festival à suivre, assurément. Et à revivre en 2013. Vivement l’été prochain, tiens !

[Et si vous voulez en savoir plus, nos amis de Canal B ont réalisé un programme radiophonique sur les Rias 2012 à l’invitation du Fourneau. C’est par ici !]

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Le site du Festival avec vidéos, photos, articles, compte-rendus…

Tombées de la Nuit 2012 #02

Suite de mes découvertes et déambulations aux Tombées de la Nuit 2012. Un article entier consacré au dernier spectacle, Risque Zéro , de la Cie Galapiat. Enthousiasmant au possible !

Jeux de mains, jeux de vauriens ! Risque Zéro aux Tombées de la Nuit

Une bruine légère tombe sur la file de spectateurs qui attend sagement l’ouverture du chapiteau Galapiat au Triangle. Les Tombées de la Nuit ouvrent leurs portes ce soir et la pluie, sempiternelle, s’est invitée. Tombées pluvieuses, tombées heureuses…

Une entrée à pas humides et feutrés sous ce chapiteau protecteur. Chaque entrée sous un chapiteau est émouvante : on entre dans l’univers d’une compagnie, d’un spectacle qui va nous tenir en haleine une bonne partie de la soirée. Mettons les radars en marche et observons ce petit monde qui s’offre à nous. Sur cette piste en bois : un canapé en mousse, un petit cactus qui se tient fièrement droit comme un i, une hache, un objet qui ressemble de loin à un tapis de fakir, deux chaises d’écolier l’une sur l’autre en miroir, une bouteille de gaz format camping, une boîte en bois, un mât chinois et une cantine. Au fond, sur l’estrade, des instruments de musique : une batterie, une basse, une guitare, un accordéon. En l’air, « au plafond » : un trapèze, une couronne digne du roi Lear, un filin sur lequel on aperçoit un avion en papier. Bienvenue dans l’univers de la Cie Galapiat, bienvenue dans Risque Zéro.

L’obscurité se fait et on les découvre, ces six galapiats-fripouilles-vauriens-voyous. Six grands enfants malicieux qui vont jouer avec les nerfs du public et ses émotions pendant ce spectacle Risque Zéro. Six grands enfants qui sont libres de ne rien s’interdire. Et qui vont le faire avec un malin plaisir…

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Jouer au funambule au-dessus d’un cactus : même pas peur ! pointer un couteau entre ses phalanges le plus vite possible : même pas mal ! passer au travers d’une pluie de fléchettes : même pas peur ! tirer les cheveux de la trapéziste : même pas mal ! jouer du violon en escaladant un mât chinois : même pas peur ! faire exploser des pétards : encore ! Flirter avec le risque en ayant no limit : OUI !

Tombées de la Nuit - Risque Zéro - Cie Galapiat - c Denis CouvetTombées de la Nuit – Risque Zéro – Cie Galapiat – c Denis Couvet

Monsieur Loyal, petit clown introverti, se fait la petite voix raisonnable mais peu écoutée : « Plus vous rigolez, plus ils iront loin ! c’est de vrais imbéciles ! ». Et les imbécilités vont aller croissant… de plus en plus haut, de plus en plus vite, de plus en plus fort. Les acrobaties prennent le pas sur les clowneries, accompagnées ça et là par une bande-son détonante. Parce que nos grands ados sont avant tout des artistes accomplis, maîtrisant le théâtre de rue, comme les acrobaties circassiennes et aussi la musique…

tombéesdelanuit-cieGalapiat-risque-zero-c-Nicolas-PagesTombées de la nuit – Risque Zéro – Cie Galapiat – c Nicolas Pages

Vous avez déjà vu un clown nager en haut d’un mât et plonger dans le vide ?
Vous avez déjà vu une tête couronnée faire des sauts périlleux à la Bascule ?
Vous avez déjà vu un jonglage de machettes ?
Vous avez déjà vu un Ewok aux cheveux longs faire du trapèze ?
Vous avez déjà vu du jonglage de massues déstructuré ?
Vous avez déjà vu un monarque jongler avec une multitude d’anneaux à 5m au dessus-du niveau de la mer, simplement posé sur un confetti ?

tombéesdelanuit-cieGalapiat-risque-zero02-c-Nicolas-PagesTombées de la nuit – Risque Zéro – Cie Galapiat – c Nicolas Pages

Prendre des risques, tout simplement. Tout le temps. Et s’amuser aussi. Vous ne jouerez plus jamais au ping-pong sans penser à ces six vauriens ; vous ne cuisinerez jamais plus de cuisses de grenouille sans penser à ces six voyous ; vous ne jouerez plus aux fléchettes sans penser à cette pluie colorée…

tombees-de-la-nuit-galapiat-arton282-12275Tombées de la nuit – Risque Zéro – Cie Galapiat – c Arton

Risque Zéro, c’est regarder ces artistes-grands enfants prendre des risques à chaque instant, c’est s’amuser avec eux de leurs bêtises et de leur prise de risque inconsidérée. Et puis, c’est admirer ces artistes à la limite perpétuelle de la chute, de l’erreur – feinte ou assumée -, du déséquilibre entre ce qu’on peut faire, ce qu’on veut faire, ce qu’on doit faire, ce que l’on est libre de faire malgré tout.

Ne ratez donc pas ce spectacle enthousiasmant, qui transgresse les interdits. Ne passez pas à côté de ces artistes atypiques… OSER aller voir Risque Zéro !

N’arrête surtout pas ton cirque !

Non, Ay-rOop, n’arrête surtout pas ton cirque ! continue à nous emmener sur des planètes imaginaires comme hier soir…

Numéro de cirque, c’était hier soir à la salle Guy Ropartz à Rennes. Trois soirs, six compagnies de ce cirque anti-conformiste qui fait du bien aux yeux, aux sens, au moral. J’avais rédigé l’annonce pour Alter1fo et m’étais dit que je ne passerai pas à côté d’une des trois soirées tant la programmation était alléchante…

 

Un premier numéro étrange, loin, bien loin du cirque conventionnel, et même du nouveau cirque. Mais très prometteur. Nopeussokeus, Speed Blindness, si vous ne maîtrisez pas le finnois, est un numéro de magie et de vidéo de la Cie WHS en provenance directe d’Helsinki, Finlande. Kalle Hakkarainen, est seul en scène, vêtu de son attirail streetwear. Un écran blanc, une chaise, 4 loupiottes blanches et rouges et un joyeux mélo de fils électriques rouges composent le décor. Une bande-son étrange et oppressante.

On est en voiture, et le décor, assemblage et suite de mots, défile sur l’écran vidéo. On est en avion et on plane avec Kalle, à l’horizontal sur une chaise (mais où est donc le trucage… je l’ai repéré, à vous de jouer !). On saute ensuite dans une scène d’eXistenZ, ce film étrange de Cronenberg, où les les joueurs de jeux vidéo sont reliés à un monde virtuel grâce à une console appelée pod, amphibien génétiquement modifié qui se connecte au système nerveux du joueur au travers d’un bioport, un trou percé à la base du dos du joueur. Kalle se retrouve avec un fil électrique entrant dans le nombril et ressortant dans le creux des reins… Homme-machine sur scène, relié à la vidéo, entre mouvements saccadés et ralentis.
Étrange certes, mais voilà un cirque renouvelé et prometteur. Artiste à surveiller de très près ! [en savoir plus ? jetez un œil par là : http://w-h-s.fi/performances/nopeussokeus/ ]

 

Deuxième numéro, plus classique oserai-je dire…et encore ! Variations pour Piano et polystyrène de la Cie Monstre(s) à Rennes est d’une poésie tout à fait sidérante. Au piano, Madeleine Cazenave et sur scène Etienne Saglio. Un numéro de noir et de blanc vêtu. Au centre de la scène, un cercle de confettis blancs, périmètre de jonglage de l’artiste, et une plaque de polystyrène.


Etienne Saglio est l’homme à la redingote noire et aux yeux maquillés pour souligner l’expression. Il entame un main-à-corps aérien avec ce polystyrène aux sons des touches noires et blanches. Une plaque qui vit, virevolte, vole, et se courbe quand la cinétique entre en jeu. Et lui, grand derviche tourneur en noir, porte, tourne, danse, fait voler polystyrène et confettis. Et quand la plaque se fend en deux, avec habileté et légèreté, il jongle, et la recompose… Beau et magique.

 

Un troisième numéro qui nous laisse flotter dans cet univers de légèreté poétique. Même configuration mais pour des émotions autres. Fausses notes et chutes de balles, de la Cie Adrien M, propose à nos yeux et nos oreilles  un jongleur, Adrien Mondot, et un accordéoniste, Pablo Popall. L’un joue avec l’autre et l’autre suit l’un, en totale complémentarité.
Ici, ce sont des boules de cristal qui se font poétiques et facétieuses. Le numéro est léger, poétique, doux et énergique, entre danse et corps-à-corps sensuel avec ces balles translucides.
Et quand une balle, éprise de liberté, tombe et roule, c’est avec complicité que l’accordéoniste  marque une pause et reprend son souffle pour relancer, avec le jongleur, ce numéro aérien…

 

Le quatrième numéro nous pousse encore plus dans un univers sensuel et aux bords du déséquilibre. Le Duo Tr’Espace, Roman Müller et Nella von Zerboni de la compagnie éponyme Tr’Espace, offre un numéro virtuose de diabolo. Le diabolo, c’est vu et revu, me direz-vous. Et bien non, pas là. D’abord, tous les deux, ils sont beaux, ils s’aiment et ça se voit dans ce numéro, empreint d’amour et de sensualité. C’est fort et c’est une fusion totale.

Le diabolo est là, au centre, à l’horizontale, à la verticale, sous les pirouettes, changeant de main entre les deux partenaires, jonglant, volant dans les airs. Le numéro est d’une fluidité déconcertante. Et on y trouve aussi constamment une pointe d’humour. Quand le diabolo, épris de liberté, décide de se faire la belle. Et puis, il n’y a pas que le diabolo qui est instrument de jonglerie ou du moins du spectacle. Il y a aussi les baguettes et le fil du diabolo qui se font objets de cirque et avec lesquels les deux artistes jouent ; il y a aussi le corps des diabolistes, qui pirouette, roule au sol, est porté, transporté. Un très joli moment de poésie virtuose, tout en équilibre, mouvement et inertie.

 

Le dernier numéro est le plus énergique à l’oeil. C’est notre entrée, par la Cie Sacékripa, met en scène trois acrobates facétieux, qui parlent et s’autoportent de façon très acrobatique et humoristique. De façon très détachée, les trois artistes effectuent des portés impressionnants au beau milieu d’un joyeux charivari entre trois personnages ne voulant pas céder leur place sur scène. Ils se poussent, s’emportent, se crient dessus (gentiment), se marchent sur les pieds…mais pour mieux se porter et pirouetter les mains dans les poches !


Et au milieu de tous ces numéros qui s’enchainent pendant 1h40, il y a ce petit ressort, qui occupe l’espace pendant que les techniciens montent et démontent le matériel. Il avance sur scène, ne bouge plus en présence des humains, fait des pirouettes sous les applaudissements du public. Comme un petit ver de terre, devenu le temps d’une soirée un enfant de la balle… C’est tout simple, mais c’est magique. Un vrai numéro de cirque !

Le tango revu et corrigé par des clowns

Quand j’ai jeté un œil à la programmation du Grand Soufflet, festival d’accordéon en Ille-et-Vilaine, un spectacle a particulièrement attiré mon attention : celui de la compagnie Tecem, « Salidas, une conférence de tango disjonctée… ». Le clown, j’en ai fait quand j’ai passé un an à Fougères et ça reste une expérience marquante et étonnante. Lié au tango, une des rares danses que je n’ai pas eu le loisir d’expérimenter. Autant vous dire que j’ai crié Prem’s quand il a fallu couvrir l’événement pour Alter1fo (ah oui, tiens, il faudra que je vous parle de ça aussi !).

Je n’ai donc pas hésité une seule seconde, même s’il a fallu que je quitte Rennes, passe la rocade pour aller me perdre à La Bouëxière, en rase campagne. Que je trouve la salle polyvalente et que je parvienne à y entrer, faute d’accréditation (un oubli du chargé de presse du Festival) et de réservation donc. Au final, j’ai eu une place dans la salle, prête à dégainer mon appareil photo pour immortaliser l’instant… et le voyage !

« Le plus beau de tous les tangos du monde, C’est celui que j’ai dansé dans vos bras. » Ouverture en chanson et en musique pour cette grande conférence déjantée. Derrière son pupitre, Carlita, la conférencière, mène d’une main de maître la famille Salidas qui l’aide à illustrer l’histoire du tango.

Salidas, conférence de tango disjonctée - Cie Tecem
Un rideau de velours rouge pour tout décor et Matias Reynoso au bandonéon.

Le tango  serait né dans un bateau, celui qui a mené les émigrants européens en Amérique. Les Espagnols, les Allemands, les Italiens… chaque vague d’immigration donne lieu à un tableau haut en couleurs et en chansons : Musique maestro à la sauce clown ! De Bella Ciao à O Sole mio, en passant par les castagnettes et le rappel historique sur la naissance du Bandonéon en Allemagne. Mais le tango, le vrai, c’est le tango argentin. Le tango des bordels et des lupanars. Le tango de l’amour et de la sensualité. Tableaux empreints de cette nostalgie du déracinement et de cette solitude qui traversaient les hommes ayant émigré en Argentine.

Salidas, conférence de tango disjonctée - Cie Tecem
Les clowns descendent même au milieu du public pour une leçon d’abrazo ! surprise puis hilarité du public garanties.

Tableaux gentiment suggestifs et clownesques de la sensualité propre au tango. Les marins, les prostituées, les gangsters se courent après sur toute la scène dans un joyeux charivari musical, caractéristique d’une équipe de clowns sur scène.

Et quand la scène se transforme en milonga, la conférence disjoncte. Évidemment ! Fioriture, le plus grand danseur de tango clownesque qui soit, entre en scène et entame un corps à corps brûlant avec Carlita…qui en perdra sa voix.

Salidas, conférence de tango disjonctée - Cie Tecem

Appelée à la rescousse, la famille Salidas poursuit comme elle peut (veut ?) la conférence sur les notes de I’m just a gigolo. Fioriture se lance ensuite dans la description de l’essence même du tango. Car pourquoi danse-t-on encore le tango aujourd’hui ? uniquement pour la rencontre entre un homme et une femme au bord de la piste.

Salidas, conférence de tango disjonctée - Cie Tecem

Fioriture révèle ainsi toutes les techniques propres au cabeceo et entraîne ses partenaires sur la piste dans le sens inverse des aiguilles d’une montre avec Besame mucho en fond musical. Mais l’intrusion d’un clown travesti en nuisette perturbe le cours et achève de disjoncter la conférence de cette chère Carlita…

Salidas, conférence de tango disjonctée - Cie Tecem
Alors derrière les apparences clownesques, cette conférence relate avec beaucoup de détails l’histoire du tango. Alors si tous les poncifs de la « clownerie » sont bien là – impertinence, bouffonneries, burlesque, comique de répétition, chutes… -, le propos est travaillé et sert sur un grand plateau ce qu’il faut savoir sur le tango. Les quelques pas de tango argentin esquissés sont aussi une invitation à la danse… par des clowns qui au-delà de leur clownerie sont de formidables danseurs ! Il en faut des qualités pour être un clown accompli au fond : ils chantent, dansent, tombent, se relèvent, jouent de la musique, font des mimiques.

Et la ritournelle me restera en tête un certain temps…

« Le plus beau de tous les tangos du monde,
C’est celui que j’ai dansé dans vos bras.
J’ai connu d’autres tangos à la ronde,
Mais mon cœur n’oubliera pas celui-là. »

Diaporama photos pour les curieux.

Autochtone par AOC

Ouverture des Tombées de la nuit, Autochtone, création oscillant entre défi physique et symphonie poétique, mérite un billet à elle tout seule…

Monté par le collectif AOC, Appellation d’Origine Circassienne, ce 3è opus surprend par sa noirceur et son humour décalé. Ce chapiteau orange qui a trouvé place sur la très minérale Esplanade Charles de Gaulle contraste avec l’ambiance sombre qui règne dès lors que l’on pénètre à l’intérieur… Un cercle de piste de gris vêtu, une table métallique, un mât chinois, un trapèze, un trampoline. Des corps allongés à même le sol et un maître de cérémonie en costume 3 pièces qui donne le « la » et le top départ en chantant a capella l’hymne américain.

Autochtone @ Les Tombées de la nuit été 2010 - Bomber www.alter1fo (22)

© Alter1nfo – FlickR

Soudain, tout s’accélère, avec violence et absence de délicatesse : ça tournoit, ça frappe, ça jette , ça saute frénétiquement, ça hache, ça coupe, ça claque, ça valse dans les airs, ça tourbillonne… Couleur humoristique avec cette carotte, orange comme le chapiteau et fil conducteur pendant l’heure trente de spectacle. Quelques bulles d’oxygène et de légèreté avec à la corde, le numéro de femme-chrysalide, le duo de trapèze, le numéro de jonglage en plusieurs dimensions…

Alors, prenez votre inspiration et ouvrez grand vos sens : du 05 au 10 juillet (relâche le 08) – Esplanade Charles de Gaulle – 12 euros.

Une vidéo pour vous mettre l’eau à la bouche…

…et quelques photos sur Alter1fo.com pour finir de vous convaincre…
Et merci à la Ville de Rennes de m’avoir offert ces deux places !

Une inSTALLation circassienne poétique

Dimanche 08 novembre pluvieux….dernier spectacle de mon WE marathon culturel ! (j’ai le chic pour tout condenser). Direction le site Guy Ropartz du TNB pour inSTALLation, création collective sous chapiteau. A peine entrée, on se trouve immédiatement plongé dans l’atmosphère circassienne…la piste sent bon la sciure, des lustres illuminent étrangement le lieu, un cheval semble dormir au milieu de la piste. Le collectif suisse – deux couples, un circassien, des musiciens, un dompteur de chevaux, des chevaux – évolue au milieu d’objets incongrus : diabolos, parapluies, piano à queue à même la piste, tissus verticaux noirs…entre acrobatie aérienne, funambulisme, jonglage, chorégraphies équestres. Un beau moment ! Quelques longueurs toutefois au début…on ne sait pas trop où l’on va mais la magie opère au fil du temps et on reste happé par les acrobaties aériennes : cordes lisees, tissus, fil de fer… Le jonglage de diabolo en duo sur le piano est un moment de poésie assez fantastique… Diabolo, fil rouge de ce spectacle insolite !

A ne pas louper donc ! Mettre en scène, c’est jusqu’au 21 novembre !