Archives pour la catégorie salles obscures

Forum des Images mon amour

C’était le bonheur de mes pupilles quand je vivais à Paris. Le seul truc intéressant qui soit dans cette fourmilière du Forum des Halles. Le bien nommé Forum des Images !


Créé en 1993, l’organisme avait pour objectif de construire une mémoire audiovisuelle de la ville de Paris. Peu à peu, avec une collection de films délirante, l’idée de programmer des thématiques est arrivée.

C’est une copine, cinévore, qui me l’a fait découvrir. Et hop, un abonnement pris (dont le tarif défiait toute concurrence à l’époque par rapport aux autres salles parisiennes – et même encore maintenant si j’en crois la grille des tarifs) et des centaines de films se sont ainsi offerts à mes rétines durant trois ans. Rien de tel en sortant de mon collège du 9-3 que de plonger dans le métro et de courir m’enfermer dans une salle obscure pour me changer les idées… Des thématiques électiques et originales, des cycles éveillant la curiosité, des classiques introuvables ailleurs… Bref, un vrai régal !

Donc là, quand FIP fait de la pub pour un nouveau cycle à venir (London Calling du 07 décembre au 29 février), et bien :
1- j’aimerais redevenir parisienne, deux mois durant
2- je jalouse fortement les Parisiens
3- je me surprends à rêver que Rennes se dote d’un tel dispositif…

Polisse : digestion difficile

Vous voulez vous pourrir un samedi soir ? allez donc au ciné voir Polisse, le film dont tout le monde parle en ce moment et que tout le monde va voir (si j’en crois la queue devant l’Arvor samedi à 20h).

Un film trash, coup de poing sans ménagement. La salle de ciné se transforme en ring, et pendant 2h14, les coups pleuvent, sur vous, sur nous, public, et sur les protagonistes de ce film, les enfants dont s’occupe la BPM, Brigade de Protection des Mineurs. Un film dont on sort secoué, perturbé, malmené et en tout cas effrayé. Effrayé par ce quotidien abject où les enfants subissent les pires violences. Effrayé par ces adultes sans vergogne, violant, frappant, maltraitant, abandonnant leurs enfants, j’en passe et des meilleures.

Les scènes et les cas se suivent et ne se ressemblent pas. Mais tous font preuve d’une violence inouïe. Ces enfants Roms, exploités certes par leurs parents mais que l’on arrache à leurs familles ; ces fillettes victimes des tendances pédophiles de père ou grand-père ; ce petit garçon « abandonné » par sa mère SDF ce qui lui assurera au moins une nuit au chaud en foyer ; ces adolescentes qui usent et abusent du sexe pour des histoires de portables ; ce nouveau-né enlevé par sa mère toxico et finalement jeté à terre malencontreusement lors d’une brouille…

Se superposent à ces horreurs la vie de cette Brigade, les vies – en pointillé – de ces policiers. Du pathos (ces hommes et ces femmes, exposés aux pires exactions, ont-ils vraiment tous des vies amochées ? sont-ils tous aussi hystériques ? ), des scènes improbables (la photographe autorisée à tirer en séance d’exercice). Tension constante générée par une caméra rapide, mouvante qui nous secoue dans tous les sens ; par cette ambiance électrique qui règne entre policiers et coupables, entre policiers et hiérarchie, voire entre policiers eux-mêmes ; par un affect à fleur de peau. Le tout incarné à 200% par un casting  assez impressionnant : Karin Viard, Marina Foïs, Nicolas Duvauchelle, Frédéric Pierrot et Joey Starr, figure improbable dans un rôle de flic, qu’il tient finalement à merveille.

Le film n’est pas parfait, certes, mais il laisse un goût amer dans la bouche. Et un malaise, durablement traduit par le générique de L’île aux enfants qu’on ne pourra plus chantonner sans penser aux gamins maltraités de ce film… Âmes sensibles, s’abstenir donc. Et moi de mon côté, je vais faire une pause de polars pendant un moment. Je sature là…

Vaches et stars à la fois

On peut être vache et star d’un documentaire surréaliste ! Ou simplement en bête curieuse en compagnie d’un sac plastique qui virevolte dans le teaser ci-dessous !

Bovines from bathysphere productions on Vimeo.

Bovines, signé Emmanuel Gras.

Malheureusement, il n’a pas encore été programmé dans les salles obscures rennaises, à mon grand désespoir…

Quand Almodovar flirte (mal) avec Thierry Jonquet

Un peu de retard pour ce post Salles obscures… Il y a donc quelques semaines, je suis allée m’enfermer à l’Arvor pour voir le dernier Almodovar, La Piel que habito.

On y retrouve tous les poncifs almodovariens : les gros plans, une sensualité / sexualité exagérée, la couleur rouge, la déconstruction temporelle, les plans qui mettent mal à l’aise, les personnages décalés et dépravés, les relations de pouvoir et de domination… Rien à redire. On aime ou on n’aime pas. Tout est histoire de goût et de sensibilité.

Le problème, c’est que ce film est une adaptation libre de Mygale, un polar de Thierry Jonquet, auteur que j’apprécie tout particulièrement. J’ai lu ce polar en 2004 et il a laissé une empreinte indélébile dans mes lectures. J’ai commencé à lire tout Jonquet juste après. Et pourtant, j’avais trouvé cette histoire particulièrement glauque et sombre…


Un roman venimeux, construit en trois chapitres : l’araignée, le venin et la proie. Trois histoires narrées les unes après les autres et qui se rejoindront pour n’en faire plus qu’une après avoir trainé le lecteur dans des méandres cauchemardesques.
Première histoire :  Richard Lafargue, chirurgien esthétique, vit avec une belle jeune femme, Eve. Cette dernière semble être retenue prisonnière dans la belle demeure du notable. De temps en temps, pour assouvir ses fantasmes, il prostitue Eve et se délecte du spectacle.
Deuxième histoire (imprimée en italique) : un jeune homme, Vincent, dont on découvrira le nom plus tard est enlevé et séquestré par un homme qu’il surnomme « Mygale ». Cette histoire se passe antérieurement à la première.
Troisième histoire : Alex Barny, un malfrat en fuite, se cache. Blessé, condamné à se cacher, il va lui falloir trouver un moyen de quitter le pays en passant inaperçu…
Au fur et à mesure du roman, Thierry Jonquet révèle les liens tissés, telle une araignée, entre les personnages… et le tour est joué.

Alors forcément, les points de vue différents et l’écriture percutante disparaissent chez Almodovar. Le côté sombre et pervers, très présent chez Jonquet, n’est qu’effleuré dans la Piel que habito. Un film à voir et peut-être à apprécier en définitive si vous n’avez pas lu l’œuvre originale…

Quand les cowboys chevauchent des ovnis…

Parce qu’il n’y a pas que les chevaux et les vaches dans la vie. Parce qu’on peut aussi changer d’ennemi et aller voir si l’alien est plus combattif que le cheyenne. Parce que Cowboys & Envahisseurs de Jon Favreau propose tout ça à la fois.

Allez, l’Arizona c’est sympa. On y trouve de tout :

– des voyous (Daniel Craig : son torse nu légendaire, son postérieur digne de faire pâlir toutes les squaws Peaux-Rouges de la Terre… Si, si, je vous ai vu lorgner comme moi sur l’affiche ci-dessus ! ) qui se rachètent une conscience ou presque ;

– des enfants qui vont toujours traîner là où il ne faut pas et manquent par deux fois de se faire dévorer tout crus ;

– des méchants (Harrison Ford en propriétaire terrien affreusement vil) qui pourraient presque devenir gentils ;

– des girls (Olivia Wilde notamment) à la plastique irréprochable qui tel des phœnix renaissent de leurs cendres ;

– un chien, sûrement élevé avec Royal Canin, qui passe son temps à courir dans les prairies…

Et puis, un beau jour, des petits hommes verts, à bords d’ovnis à ailes rétractables, débarquent. Et ils enlèvent une bonne partie des habitants d’Absolution, avec beaucoup moins de tact et de gentillesse que leurs confrères s’étant occupé de Germaine…

Mais au final, ces grosses bêtes gluantes – qui m’ont fait sursauter au moins 3 fois – sont venues ennuyer nos cow-boys pour quelque chose d’aussi doré que les Lustucru de notre bonne mamie franchouillarde…

Alors, non, ce n’est pas du grand western ; non, ce n’est pas non plus un film de science-fiction bouleversant. Mais cela reste divertissant et on retrouve beaucoup de poncifs de l’une et l’autre des thématiques. Et au final, le mélange des deux m’a bien fait marrer. Je me suis même surprise à imaginer un remake de La petite Maison dans la Prairie, version SF. Avec des aliens qui viendraient jouer au coiffeur et couper les nattes de toutes les girls de Walnut Grove (et accessoirement voler les chemises à carreaux de Charles Ingalls)… Tentant, non ?!

Et si vous voulez lire une chronique un peu plus sérieuse que la mienne, allez donc faire un tour chez ma Mizzenmast Team préférée. Ce sont eux qui m’ont donné envie de voir ce film…

Crise de foi(e) à l’italienne

Profiter d’une virée à Nantes pour enfin mettre les pieds dans la cathédrale, voilà qui est fait. Et dans le même genre, je suis allée m’enfermer au cinéma pour voir le dernier film de Nanni Moretti : Habemus Papam. Et malgré ma laïcité convaincue, je ne saurais que trop vous recommander d’aller voir ce petit bijou de cinéma italien.

Étonnant comme ce film est drôle alors que la situation est dramatique (enfin aux yeux des chrétiens surtout). Un conclave qui s’éternise, un pape qui refuse de se présenter au balcon et refuse d’assumer le titre qu’on lui a décerné. Et quand Nanni Moretti joue le rôle d’un psychanalyste appelé à la rescousse, on ne peut que s’esclaffer gaiement. La scène du tri des médicaments est subtilement drôle. Le tournoi de volley-ball organisé dans l’enceinte du Vatican est finement cocasse, même si parfaitement improbable… Quant au conclave en lui-même, les réactions des cardinaux sont tout simplement hilarantes.

Michel Piccoli est surprenant dans ce rôle de Pape qui perd la foi. Il parle un italien parfait (d’ailleurs, interdiction de voir ce film autrement qu’en VO !). Et je me suis surprise à éprouver beaucoup de compassion pour ce pape, hésitant, respirant avec difficulté et se déplaçant à grand-peine. Tel Tantale, le poids du monde lui tombe sur les épaules…

Au final, pas grand-chose à voir avec la religion. On assiste surtout à la vie d’un homme en proie aux doutes, à une angoisse existentielle, urbi et orbi, face à la fonction qui lui est attribuée. Mais se pose aussi la question du rôle que nous jouons face aux responsabilités, à notre vie elle-même, comme dans un grand théâtre. Et si au fond, tout ça n’était que du cinéma ? si tout ça n’était qu’une histoire de fumées, noire ou blanche, peu importe… Contentons-nous de jouer au fond.

Trois : s’enfermer au frais

Par ces temps caniculaires, il fait bon finalement  s’enfermer dans les salles obscures. La Fête du cinéma battant son plein, cela tombe plutôt bien.

Premier film dimanche soir dans la petite salle associative de mon lieu de villégiature familial. Une Séparation, de l’iranien Asghar Farhadi, est un film coup de poing. A déconseiller aux claustrophobes, ce film iranien nous confinant scène après scène, en voiture, dans un appartement, dans le bureau du juge, dans un bus, dans une salle d’école. Les seules échappées à l’extérieur se font dans la rue, mais pourvue de son flot continuel de voitures, et sur un balcon étroit et exigu où sèche le linge. Pas d’espace, pas de liberté. Ce film est étouffant et angoissant, au delà du scénario et de la situation inextricable des personnages. La parole est omniprésente : dialogue de sourds, conflits, insultes, argumentaires entre mensonges, défense et manipulation. Chaque personnage est coupable d’avoir parlé ou non, dit ou non ce qu’il aurait fallu dire à un moment donné avant de tomber dans l’engrenage. Seul le grand-père, alzheimerisant et devenu muet (ou presque) fait figure d’extra-terrestre.

Retour à Rennes et poursuite de ma virée dans les salles obscures, vides, affreusement vides au grand désespoir de mon ami Patosz…

  

Le dernier film de Alex de la Iglesia, Balada Triste de Trompeta, est noir, décalé, violent, drôle et sanglant. A l’image du Cirque avec un grand C  dans ce qu’il peut avoir de plus effrayant. Entre Franco et la guerre civile espagnole, on suit le parcours d’un clown triste, fils de clown, qui tombe éperdument amoureux d’une voltigeuse. Mais cette dernière vit une relation tumultueuse avec l’auguste, violent, fou et brutal. Les deux clowns vont s’affronter sans limite pour l’amour de la belle. Et cela finira mal, évidemment. Dans un bain de sang. Certains passages sont étonnants : les personnages, très singuliers, peuvent être grotesques, puis devenir pleins d’humanité ou de tendresse. Le film est furieusement décalé et bourré d’humour noir et de cicatrices. Moins réussi qu’un freaks assurément et les allusions historiques sont tirées par les cheveux mais j’ai beaucoup aimé le traitement photographique et ce côté très décalé assumé. Et puis, il y a cette chanson lancinante, Balada de la Trompeta, chantée par Raphael, chanteur espagnol née en 1943… dont je ne me lasse pas.

Changement d’ambiance avec Belleville Tokyo d’Elise Girard. Le synopsis est somme toute assez simpliste : Un couple se dirige vers un train en partance pour Venise. Sur le quai, Julien annonce à Marie, qu’il part en rejoindre une autre, et s’en va la laissant seule, enceinte. Bouleversée, Marie se refuse d’emblée à être victime de cette situation.
Bon, je n’ai pas du tout accroché au scénario, le trouvant d’une platitude absolue. Je me suis ennuyée, j’ai trouvé qu’il y avait des longueurs absolues et que ce film n’apportait rien. Julien mérite des claques et Marie aussi. Seuls les dialogues truculents et bourrés de références cinéphiles  entre les deux patrons du ciné-club où travaille Marie sont intéressants. Bref, à éviter si vous ne voulez pas vous ennuyer.

Dernier voyage cinématographique avec la Balade sauvage de Terrence Malick. Un classique incontournable m’avait dit Patosz. Et il n’avait pas tort ! Même si j’ai trouvé quelques longueurs, il est vrai que ce film mérite le détour. Ce road-movie comme un trip meurtrier de ces deux adolescents est assez fascinant. Les étendues sauvages américaines intrinsèquement désertiques et violentes confèrent à ce film une aura assez puissante. Entre vent de révolte à la James Dean et pulsion de liberté de Thelma et Louise. A voir ou à revoir donc.

De l’importance du film déprimant du dimanche soir…

D’autant plus quand ce dimanche coïncide avec une veille de reprise après 15 jours de vacances ensoleillées et joyeuses… Je me suis donc laissée entraîner par un musicocrate rennais voir Où va la nuit, film de Martin Provost avec Yolande Moreau.

Posons donc rapidement les jalons de ce scénario très joyeux : Une forêt, lugubre à la tombée de la nuit. Un homme, ivre, qui percute en voiture une jeune fille et la ramène, quasi morte au domicile conjugal. Rose, la femme de l’agriculteur, transparente, qui appelle les secours et nettoie en bonne ménagère la banquette arrière souillée de sang. La prison. Le retour de prison. La vie qui s’écoule mollement, au rythme des repas sans discussions, du ménage, des tâches ingrates de la ferme et des nuits où les coups pleuvent. Cette première partie du film se joue quasiment sans un mot, sans lumière. Atmosphère pesante et dérangeante. On sent le drame venir, le ras-le-bol, la vengeance.  Et là, tout bascule.

Enterrement. Le fils, installé à Bruxelles, qui a fui le foyer familial, revient. Rose part le rejoindre quelques jours, pour mettre fin au deuil. Pour se déculpabiliser ? pour oublier ? pour avouer ? on ne sait. Mais cette femme, victime et coupable à la fois, adopte une attitude étrange, agaçante. Oscillant entre la naïveté forcée et l’indifférence. Elle est toujours là sans être là, continue imperturbablement à cuisiner pour son fils côtes de porc et petits pois comme elle l’avait fait pour son mari quelques scènes auparavant. Reproduisant à l’infini son comportement de femme-victime qui ne prend pas le dessus.

La fin est dantesque, dans le non-sens. Un road-movie à la Thelma et Louise avec sa logeuse soudain complice d’une fuite vers l’étranger. Sur les docks de Zeebruges, Rose, le visage tourné vers la mer, se résigne, telle une héroïne de tragédie grecque, trahie par sa propre chair…

Déprimant, oui. Car ce portrait de femme battue et résignée me fait froid dans le dos. Parce ce fils, qui trahit sa mère au nom de je-ne-sais quel argument valable mérite des claques. Parce que ce journaliste fouille-merde qui trahit son ami au nom de l’audimat me donne la nausée. Parce que ce mari violent est tout simplement insupportable. Parce que ce film ne laisse entrevoir aucun espoir, pas même dans les paysages (la scène finale n’offre même pas l’horizon de l’océan ! nos yeux ne voient que ce mur métallique de containers attendant leur départ).

Il reste juste Yolande Moreau, incroyable actrice, plus vraie que nature dans son rôle d’agricultrice subissant sa destinée de plein fouet, sans relever le moindre sourcil, sans faire le moindre ourlet fantaisiste à ses blouses démodées et surannées. Et cette scène étrange au début du film : Rose, dans son bain, jouant avec les bulles de savon, entre ses mains, décidant l’indicible.

Le soleil marseillais me manque…

Biutiful Javier…

Il est beau Javier. On le sait toutes. Et là, même malade et mal rasé, il reste biutiful. Mais sombre, tellement sombre. Ce film qui démarre, de façon prémonitoire, dans une couleur bleutée n’est pas gai. Loin de là.

La lumière est très peu présente dans le film. Certaines scènes flirtent avec l’abstraction et le surnaturel…on ne sait pas trop ce qui se passe, si les morts sont toujours vivants et présents, s’ils sont vraiment partis. Et le malaise s’installe. Durablement. En accompagnant cet homme malade, gravement malade, qui lutte pour ne pas dépérir trop vite aux yeux de ses enfants.

Uxbal, le personnage incarné par Javier Bardem, survit donc, entre mort et maladie, entre dépression et hystérie, entre remords et clandestinité. Cette sombre tranche de vie se déroule pourtant à Barcelone, ville plutôt traitée en général de façon lumineuse et solaire en général. Là, on explore ses bas-fonds, son côté lugubre et malsain… Comme une cour des miracles, avec ses ateliers clandestins où survivent les immigrés sans-papiers, avec ses vendeurs à la sauvette traqués par la police. Comme un concentré d’humanité en sursis.

Javier Bardem – Uxbal – est bouleversant et magistral, tout à la fois ange et démon : père maladroit mais aimant, époux un peu dépassé par une femme instable, immature et hystérique… Et puis, cette ivresse de la condition humaine, où jusqu’au bout, l’on rit de la mort comme pour l’oublier. Magnifiquement illustrée par la scène au night-club. Spirale infernale où la musique, les lumières floues nous saoulent, comme pour oublier ce qui va arriver.

Le colosse au pieds d’argile n’est pas loin de la représentation religieuse. Comme une catharsis. Ce malade, toujours plus proche de la mort, qui vit et entretient la corruption, qui paye de sa vie et de celles des autres sa rédemption. Cette ville proche des bas-fonds misérabilistes du XIXè tels qu’on peut les lire dans Zola. Ces êtres humains englués dans une misère sociale à la Dickens. L’œuvre se fissure… et se termine presque pourtant dans la lumière, immaculée, blanche et neigeuse. Sur une toute petite note d’espoir. Quand Uxbal, accepte, enfin, mais non sans douleur, sa mort inéluctable.

Alejandro González Inárritu signe là un grand film qui remue les tripes, et dont on ne ressort pas indemne.