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Satan dans le désert

Fans de douceur et de bienveillance, fuyez ! Satan dans le désert est un terrible roman et Boston TERAN, son auteur, vous entraînera dans de biens sombres méandres…

Encore une fois, Gallmeister signe là une des faces sombres de l’Amérique, entre junkies et satanistes. Une plongée violente dans le désert de Mojave, où règnent les crotales de toutes espèces. D’un côté, Bob Hightower, flic planqué grâce aux petits soins de beau-papa le shérif ;  de l’autre, un psychopathe ultra violent, grand gourou d’une secte sataniste façon Charles Manson. Entre les deux, Case Hardin, ex-junkie échappée de la secte et qui a un sérieux problème de revanche sur la vie.

Un road-trip sanglant où le Bien et le Mal se font face et s’entremêlent rapidement sans que l’on ne sache plus bien faire la différence. Vie et mort s’affrontent allègrement et violence, massacres et chaos se partagent les chapitres : « C’est pas à l’Amérique propre et puritaine que vous avez affaire, sur ce coup-là. Cette merde, c’est l’enfer. Une histoire de drogue, de sang et de foutre, déjantée à un point que vous n’avez pas idée. »

Seule lueur (mais affaiblie) : Gabi, la fille de Bob, enlevée par le sataniste. Parviendra-t-elle à être sauvée ? Qui obtiendra vengeance et / ou rédemption ? Le diable n’est pas forcément là où on l’attendrait finalement…

Un roman très très noir, à lire toutes lumières allumées, en serrant les dents. Une certaine vision de l’enfer, assurément.

Résumé sur le site de l’éditeur : 1995. Aux confins du désert californien, Gabi, quatorze ans, est kidnappée par un psychopathe ultra-violent et sa secte satanique. L’insondable scène de carnage laissée par les ravisseurs ne livre aucun indice, la police patine, le sort de la jeune fille semble scellé. Fou de désespoir, son père, Bob Hightower, le flic local, se voit obligé de faire confiance à une ancienne adepte du culte : Case Hardin, une ex-junkie avec des comptes à régler. Leur quête commune ne tarde pas à se transformer en une traque sauvage marquée par la drogue et la violence, qui les oblige inexorablement à regarder le diable dans les yeux.

Satan dans le désert / TERAN, Boston
Edition : Gallmeister
Collection: Totem
ISBN: 978-2-35178-592-8
Parution: mai 2019
448 pages
Prix: 11,20€

Le Bleu au-delà

David Vann compte parmi les auteurs qui m’ont réellement remué les tripes dans ma carrière de lectrice. Il y a d’abord eu Sukkwan Island lu en 2010, puis Désolations lu en 2012, puis Impurs en 2013. Il y a aussi eu Goat Mountain en 2015 et Dernier jour sur terre en 2014, sur lesquels je n’ai pas pu rédiger quoi que ce soit.

David Vann est un écrivain à part, que j’ai pu croisé au Festival Etonnants Voyageurs à St Malo en 2013. Il présentait une conférence sur la genèse de son oeuvre intrinsèquement liée à son enfance. L’écrivain avait une bouille d’enfant rieur en contradiction totale avec les névroses et angoisses qui transpirent dans ses romans et nouvelles. J’en suis ressortie fascinée. Et je le suis encore.

Le Bleu au-delà est un recueil de nouvelles publié par Gallmeister. Certaines de ces nouvelles sont inédites, d’autres accompagnaient la nouvelle Sukkwan Island dans le recueil Legend of a suicide publié aux Etats-Unis.

On y retrouve donc en filigrane tous les thèmes présents dans le dérangeant Sukkwan Island et les romans suivants : père dépressif, suicide, famille dysfonctionnelle, relations difficiles père/fils, importance des armes à feu, amour pour la chasse et aquariums !

Dans chaque nouvelle, on lit les bourgeons de ce qu’on a lu ensuite dans cette litanie de romans plus épouvantables les uns que les autres. Comme une gigantesque machine à remonter le temps dans les traumatismes d’un enfant.

Les mots sont rudes, violents et tranchants. La mort s’immisce partout, dans le moindre interstice entre deux virgules. Extrait de la courte nouvelle Rapport d’incident au département du shérif : « La porte se ferme, puis elle entend un bruit de craquement à l’autre bout de la ligne. Pour s’expliquer le son, Rhoda imagine le saucier ne métal, celui en aluminium avec un pied rond comme un pot de plante, qui heurte la table de jeu verte dans la cuisine de Jim. Puis elle entend des cliquetis dans le fond, comme si toutes les grenailles d’un fusil – car elle pense à présent qu’il s’agit d’un fusil – ricochaient contre le mur et tintaient peut-être même sur les parois du saucier en aluminium. Plus d’une décennie après, quand elle apprendrait que c’était un pistolet et non un fusil, elle penserait que le bruit devait être celui des morceaux de crâne gouttant sur la table. » (p. 98)

Vous n’avez jamais lu David Vann ? Le Bleu au-delà peut être une bonne entrée en matière, à pas feutrés. Vous avez déja plongé dans les abysses tourmentés de l’auteur ? lisez ce recueil. Il est comme un retour aux sources et à l’essentiel…

De mon côté, me reste encore à lire Aquarium (2016), L’Obscure Clarté de l’air (2017) et Un Poisson sur la Lune (2019). Pas sûre que ce soit les lectures les plus appropriées en cette période de confinement ;-)

Résumé sur le site de l’éditeur :
Roy est encore un enfant lorsque son père, James Fenn, dentiste et pêcheur professionnel raté, se suicide d’une balle dans la tête. Tout au long de sa vie, Roy ressassera ce drame qui deviendra son obsession mais aussi une source, douloureuse, d’inspiration. Comment se créent et se transmettent les légendes familiales ? Quelles histoires notre mémoire choisit-elle de garder et sous quelle forme ? À partir de quelques moments intimes éparpillés dans le temps – faiblesses, infidélités, désirs, contemplations – se met en place une histoire de perte, d’amour tendre et de retrouvailles imaginaires dans les espaces sauvages de l’Alaska.

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Le Bleu au-delà / David VANN
Gallmeister – Collection Totem
Parution le 03/01/2020
176 pages
ISBN 978-2-35178-748-9
7,90 euros

En attendant Eden

En attendant Eden pourrait avoir comme sous-titre « playdoyer pour l’euthanasie ».
L’histoire est simple : Eden est un soldat rentré d’Irak mourant et quasi condamné. Il a sauté sur une mine à Balad. « Les médecins sur place étaient sûrs qu’il n’en avait plus pour longtemps, et ils étaient doublement sûrs que le voyage le tuerait. Mais ils étaient bien obligés d’au moins essayer de le ramener à la maison. »

Pendant trois ans, Mary, sa femme, reste à son chevet à l’hôpital. Eden est gravement brûlé, gravement blessé, dans le coma et sans beaucoup d’espoir de s’en sortir. Sa famille souhaite qu’il parte mais Mary s’y refuse.
La seule chose qui tient Eden en vie, c’est sa peur infinie des blattes. Et toutes ces sensations floues qui tournoient dans sa chambre d’hôpital. Ce sapin de Snoopy déposé par une infirmière de garde à Noël, les odeurs des uns et des autres, les mains qui touchent sa peau brûlée…

Et puis un jour, ce jour de Noël précisément où Mary, prête à renoncer et à laisser son mari mourir, est partie chez sa mère, Eden pousse un hurlement. Son coeur lâche. Sa fin est proche. « Mary pensait à son époux, et au mot imminent, et peut-être que quand ce serait fini, quand il ne serait plus là, les choses pourraient s’améliorer pour elle et la fillette. Elles recommenceraient , et ce serait une bonne chose. La mort de son époux serait une bonne chose. »

Je ne vous dirai rien de la suite. Si ce n’est que ce court roman d’Elliot Ackerman est une bombe. Qui parle d’amour, de trahison, de survie, d’amitié et de guerre. Racontée par le fantôme de son ami mort, l’histoire d’Eden est difficile et complexe. Traumatisante même. Et quand on apprend qu’Elliot Ackerman est un jeune vétéran du corps des marines, ancien membre des forces spéciales, et qu’il a effectué cinq missions en Afghanistan et en Irak, on comprend mieux la véracité des propos. On perçoit mieux comment la survie est une tactique de guerrier, de pulsion de vie.

Un roman beau et touchant, difficile et chargé d’émotions. En seulement 150 pages. Pourquoi s’en priver ?

Résumé sur le site de l’éditeur :
Tous les jours, Mary est tout près de son époux, à l’hôpital. Tous les jours depuis trois ans, après son retour d’Irak. Eden est inconscient, et ses blessures ne guériront pas. Personne ne sait plus comment l’appeler, sauf elle : c’est son mari, et il est toujours en vie. Leur fille, qu’Eden n’a pas eu le temps de connaître, grandit dans cet hôpital où Mary attend avec patience et détermination un changement. Un jour, en son absence, Eden semble trouver un moyen de reprendre contact avec le monde extérieur. Dès lors, c’est Mary seule qui aura la responsabilité d’interpréter ces signaux et de prendre des décisions, ramenée tout d’un coup face à certaines vérités troublantes sur leur mariage.
D’une profonde humanité, En attendant Eden est une méditation perçante sur la loyauté et la trahison, la peur et l’amour.

En attendant Eden / Elliot Ackerman
Traduit par Jacques Mailhos
Editeur : Gallmeister
Collection : Americana
ISBN 978-2-35178-201-9
Parution le 04/04/2019
160 pages
22,60 euros

Coup de vent

Un vaudeville à la sauce traders et Bahamas ? C’est Coup de vent de Mark Haskell Smith publié chez Gallmeister, éditeur un peu chouchou.

BryanLeBlanc n’a qu’un rêve : naviguer dans les eaux chaudes des Caïmans, en buvant du vin et en mangeant du fromage. Il doit juste auparavant détourner 17 millions de dollars et s’enfuir. Plutôt facile quand on est trader…

Le voilà réfugié aux Caraïbes, mais poursuivi par son ancienne collègue Seo-yun et Neal Nathanson, limier de la compagnie habituellement chargé de mettre la main sur des clients indélicats.

Une course-poursuite loufoque, un humour strident à la Christopher Moore, un enchaînement de quiproquos à la Caarl Hiaasen. En 250 pages, Mark Haskell Smith fait vivre un tourbillon à ses personnages : Seo-yun, l’analyste financière surdouée, qui s’est enfermée dans une vie bien rangée, va tout faire voler en éclat (et envoyer promener son fiancé qui l’interroge sans cesse sur la couleur des serviettes de leur futur mariage). Une navigatrice solitaire craque face aux obligations de ses sponsors et cède à l’argent facile… Un détective nain au sex-appeal affolant. Un employé à la sécurité d’une banque qui se retrouve à faire brûler des billets de banque pour se signaler en perdition en pleine mer…

Mark Haskell Smith n’oublie pas d’égratigner au passage l’économie offshore des Caraïbes et les traders bien propres sur eux de Wall Street… : « Bryan LeBlanc n’avait jamais vu une telle bande de trous du cul. Certes, ils étaient bosseurs et intelligents, ces battants qui trimaient quatre-vingts heures par semaine sans jamais se plaindre. Ils restaient assis à leur bureau des journées entières à regarder les images clignoter et défiler sur leurs moniteurs, alignés dans l’open space telles des vaches laitières branchées à des machines qui leur pompaient la vie du corps. Et ils adoraient ça.
Ils n’avaient aucune vie sociale, aucun ami en dehors du travail. Ils surfaient sur l’algorithme, ils chevauchaient les marchés pour exécuter des combines toujours plus complexes afin d’extraire le lucre du système et d’engraisser leur employeur. Ils oubliaient de dormir et enchaînaient les nuits blanches. Ils gonflaient les résultats. Ils bouffaient des chiffres. Ils faisaient le nécessaire pour mériter leur pécule, pour décrocher leur bonus, pour goûter aux délicieux fruits du système. Ils étaient les héros de l’économie libérale, les marines du capitalisme, les heureux élus, si fiers et totalement imbus d’eux-mêmes. »

Un moment de lecture léger, le sourire aux lèvres. Coup de vent est une folle course-poursuite sanglante et déjantée dans les Caraïbes, aux rebondissements multiples et à l’humour féroce. Un roman qui permet de s’éloigner un temps de l’univers macabre des polars que je lis d’habitude. Vous aussi, essayez !

Résumé sur le site de l’éditeur :

À quoi sert de posséder dix millions de dollars en liquide variées si, comme Neal Nathanson, on s’est perdu en mer à bord d’un voilier en train de sombrer ? Strictement à rien, sauf à en brûler un sac ou deux dans l’espoir fou d’attirer l’attention. Sauvé in extremis, Neal se réveille menotté sur le bateau d’une navigatrice en solitaire, méfiante et bien décidée à entendre son histoire. Neal lui parle alors de Bryan, un jeune loup de Wall Street qui a réussi à détourner un magot conséquent avant de s’enfuir dans les Caraïbes. Bien sûr, la banque qui l’employait a lancé des enquêteurs à sa poursuite. C’est ainsi que Neal, accompagnée d’une pro de la finance, la très douée Seo-yun, s’est retrouvé chargé de récupérer l’argent. Simplement, ils n’étaient pas les seuls.

Coup de vent / Mark Haskell Smith
Titre original : Blown
Traduction de l’américain par Julien GUERIF
Editeur : Gallmeister
Collection : Americana
Paru le 5 septembre 2019
22,00€
[Disponibles aux Champs Libres pour les Rennais et dans certaines bibliothèques de Rennes]

Des grizzly et des mouches de pêche au Montana

Le Montana est « the place to read » en ce moment dans ma pile de lectures. Après une petite virée avec Les Arpenteurs, retour dans ce grand état sauvage de l’Ouest des Etats-Unis. Et ce, sous la plume de Keith McCafferty dans Les morts de Bear Creek.

Un 2è roman, après Meutres sur la Madison, où l’on retrouve Sean Stranahan, peintre, guide de pêche et enquêteur privé à ses heures perdues. Il file encore volontiers un coup de main à Martha Ettinger, la shériff du coin.

Prêts à crapahuter dans la montagne, à trempoter dans les rivières pour chasser la truite ? ce roman « nature writing » est donc pour vous.

Il y est question de cadavres exhumés malencontreusement par une femelle grizzly affamée, d’une enquête autour de gros calibres de chasse africaine et d’une recherche de mouches à pêche de collection disparues.

On se laisse porter dans ce roman comme dans le courant d’une douce rivière peuplée de truites :
– Il y a la poésie de ces mouches à pêche de collection (oui, oui, cela existe vraiment, on a du mal à y croire) disparues qu’un cercle de pêcheurs recherche avec nostalgie.
– Il y a la violence d’armes ancestrales et la passion de la chasse aux gros, très gros animaux.
– Il y a ce pacte de vie et de mort que les homems tissent entre eux, pour « mourir honorablement ».
– Il y a des histoires d’amours improbables, qui avancent doucement, comme chiens et chats peuvent s’ausculter pendant des heures.
– Il y a cette nouvelle « The Most Dangerous Game » (Le plus dangereux des gibiers) écrite en 1925 par Richard Connell, écrivain américain, qui sert de fil rouge à toute l’histoire du roman.
– Il y a de l’humour, heureusement, pour dénouer les tensions.

Un roman étonnant, où l’on se surprend à ne pas s’ennuyer devant ces histoires de pêche à la mouche et de leur fabrication.
A conseiller aux amateurs de nature sauvage, feuillue et escarpée.

[Et on espère que la suite de la série Sean Stranahan sera traduite et publiée en France rapidement… Plus d’infos sur le site de l’auteur]

Résumé sur le site de l’éditeur :

Sean Stranahan, peintre amateur, guide de pêche et détective privé à ses heures perdues, se sent de plus en plus chez lui dans le Montana dont il connaît désormais les rivières comme sa poche. Mais les âpres paysages des Montagnes Rocheuses livrent parfois de macabres trouvailles – comme les cadavres de ces deux hommes exhumés par un grizzly affamé. Le shérif Martha Ettinger fait appel aux talents d’enquêteur de Sean, décidément très convoités : le même jour, il est embauché par un club de pêcheurs excentriques pour retrouver une précieuse mouche de pêche volée. Les deux affaires vont se téléscoper sur une piste escarpée menant vers quelques-unes des personnes les plus puissantes de la vallée de la Madison.

Ce nouveau volet trépidant et plein d’humour des aventures de Sean Stranahan et de Martha Ettinger exigera d’eux une action aussi précise qu’un lancer de mouche et aussi rapide qu’une balle.

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Keith McCafferty : Les Morts de Bear Creek (titre original : The Gray Ghost Murders), traduit par Janique Jouin-de Laurens
Publié chez Gallmeister (coll. Americana) en juin 2019
373 pages
23,50€
[Dispo aux Champs Libres pour les Rennais]