Take Shelter ou les abysses de la schyzophrénie paranoïde

Une famille américaine, tout ce qu’il y a de plus normal ou presque. Voilà le background de Take Shelter, 2è film de Jeff Nichols.

Le père, Curtis LaForche, travaille d’arrache-pied sur des chantiers de construction ; la mère, Sam, visiblement sans emploi, vend des coussins brodés à la main lors de kermesse le samedi (on notera tout au long du film de merveilleux plaids au crochet négligemment jetés ça et là dans la maison). Leur fille, Hannah, est malentendante et requiert toute l’attention de ses parents.

Subitement, le père devient la proie de terribles cauchemars et hallucinations. Obnubilé par ces visions apocalyptiques, de tornades notamment, il fait tout pour mettre sa famille en sécurité, quitte à s’endetter, se mettre à dos ses amis et son patron et à faire imploser sa propre famille. Un seul mot d’ordre : remettre en état cet abri anti-twisters…

Ce film de 2h se déroule au gré des tornades, réelles ou imaginaires, et sur un rythme très lent. On le vit au cœur de l’introspection du personnage du père, somptueusement incarné par l’acteur Michael Shannon. Cette schizophrénie paranoïde, qui se révèle au fil des minutes, est tout à fait oppressante et dérangeante. Elle s’insinue partout et ne nous laisse aucun répit. Cette lenteur volontaire mêlé aux paysages décharnés de l’Ohio m’ont fait penser à La balade sauvage de Terence Malick que j’avais pu voir en juin dernier au TNB. Un même malaise diffus durant tout le film où l’on ne sait pas trop sur quel pied danser. On retrouve également un peu de l’angoisse hitchcockienne avec ces nuées d’oiseaux volant et virevoltant dans le ciel et annonceurs de tristes présages…

Quant à la musique, composée par David Wingo, elle est tout simplement anxiogène à souhait. Ce qui pourrait ressembler à une ritournelle délicate de boîte à poupée est tout simplement distillateur d’angoisse. Ou comment une terreur individuelle se transforme en malaise pour toute une salle plongée dans l’obscurité.

Au-delà de ces simples sensations, plusieurs niveaux de lecture sont sous-jacents au film : figure du prophète (cf article du Monde), image d’une Amérique en ruine et déclassée (cf article de Télérama)… Je vous avouerai sincèrement que je me suis arrêtée aux sensations d’oppression et d’angoisse ressenties durant cette séance et tout le reste m’a échappé. La fin est vicieuse à souhait, laissant effectivement présager d’une apocalypse terrienne et familiale proche et finalement pas si imaginaire…

3 réflexions au sujet de « Take Shelter ou les abysses de la schyzophrénie paranoïde »

  1. Ping : En 2013, au cinéma tu iras « Déambulations rennaises

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