Freeman

Freeman de Roy Braverman est un (gros) thriller/polar, qui se lit d’une traite. 520 pages pour une plongée passionnante dans la Louisiane post-Katrina.

Direction le sud des Etats-Unis et la ville de Patterson en Louisiane : ses meurtres sordides d’ado black, ses alligators affamés de chair humaine, son bayou dégoulinant, ses ouragans dévastateurs, sa violence sourde et poisseuse, ses deux millions de dollars volés chez le chef de la pègre locale, ses flics intègres et puis les autres, mafieux et corrompus. Et ses cocktails, saupoudrés dans certains chapitres, qui mettent l’eau à la bouche. Freeman, c’est tout ça à la fois, c’est un peu le pendant littéraire de la série Treme (les meurtres en plus et la joie de vivre en moins).

Et dès le premier chapitre, intitulé L’oeil du cyclone, vous êtes plongés en plein cataclysme : « L’ouragan se déchaîne. Les bourrasques défoncent et emportent jusque sous le ciel noir tout ce qu’elles déchirent. Les traits de pluie, glacés et violents, fouettés par le vent, le cinglent comme autant de lanières. La pelouse est jonchée de projectiles hétéroclites qui retombent lourdement du ciel. Il pleut des barques, des barbecues, des poubelles. Des lampadaires. Des remorques. Tout ce que l’ouragan arrache sur l’autre rive du bayou Teche, il le crache sur cette pelouse. » (p. 5)

L’intrigue ? Deux flics que tout oppose ou presque sont obligés de travailler ensemble sur le viol et le meurtre d’un jeune garçon noir. Mais ces deux flics mènent aussi des quêtes personnelles : Doug Howard cherche son petit frère disparu, Zach Beauregard veille sur sa femme malade et en fin de vie. Et si ces deux personnages sont somme toute assez sympathiques au demeurant, le portrait brossé de la police du coin est assez peu reluisant :

« – Il n’y a plus de police, Louise. La police a depuis longtemps glissé dans le monde des voyous. Ça marche par arrangements, par corruptions, par rapports de force. Entre les voyous et nous, ce n’est pas l’ordre et la justice contre le crime et l’illégalité, ce sont juste deux équipes sauvagement adverses qui pratiquent le même sport. Nous jouons dans le même championnat morbide et cynique qu’eux. Nous ne cherchons plus à les éradiquer. Juste à compter les points.
– Curieux jugement pour un flic ! 

– Louise, à l’origine la police était là pour protéger les habitants de la Cité. Aujourd’hui, elle est là pour protéger la Cité contre ses habitants. Elle n’est plus au service des gens, c’est fini, elle est au service du système. La seule mission de la police, c’est de maintenir le système? Par la force et la répression. La police est devenue le bras armé du système pour en assurer la survie. Et tout ne va faire qu’empirer… ». (pp.143-144)

On trouve aussi Freeman, l’enquêteur dont la fille Louise avait été kidnappée (dans les précédents romans de la trilogie – dont j’ignorais l’existence et que je n’avais donc point lus). Et un personnage atypique (qui distille la petite pointe d’humour du roman) : Mardiros, le collecteur de dettes arménien. Ensemble, ils auront quelques démêlés financiers avec Sobchak, le parrain de la pègre locale.

Enfin, vous croiserez de nombreux autochtones peu conciliants : « C’est en se retournant pour voir à quoi d’autre s’attendre qu’il aperçoit l’alligator. Un monstre de quatre bons mètres. Trois cent cinquante kilos de fausse pesanteur préhistorique. Caparaçonné d’une armure d’écailles cornées et de plaques osseuses. Le crâne incrusté de coquillages. La plus puissante mâchoire sur Terre. Quinze fois celle d’un rottweiler. » (p.6)


Bayou (by orientalizing – Creative Commons Flickr)

Mais la véritable héroïne du roman au fond, c’est la Louisiane et pas forcément sous son meilleur jour non plus. Roy Braverman en dresse un portrait  où les clichés touristiques volent en éclat : 

« Dans la chaleur de la nuit, le quartier français est abandonné aux touristes noctambules qui y déambulent et braillent en bandes, trop heureux de s’y encanailler. La ville et la pègre leur offrent l’ivresse des cuivres du jazz de Bourbon Street, du fumet des crabes bleus bouillis et des huîtres Rockfeller cuites au gros sel avec des épinards. […] Mais dans l’étouffoir du jour, le quartier revient à ses âmes damnées dans les relents de la nuit. Les recoins puent l’urine et les vomissures, que des noirs ou des dos mouillés rincent avec nonchalance d’une eau bleue et savonneuse. Des chats borgnes, maigres et pelés, jaillissent de trous d’ombres noires et volent au passage les restes de salami d’un muffuletta piétiné que des chiens faméliques leur disputent aussitôt. des livreurs en uniforme déchargent et roulent dans un bruit de train les fûts de bière de la nuit à venir, et chargent bruyamment ceux vidés de la nuit précédente. «  (pp. 153-154)

« Il roule deux heures jusqu’à cette Louisiane toute spongieuse de marais et de marécages. Plate. Liquide partout sous les herbes épaisses et les roseaux. Désolée. Comme abandonnée. Derrière de maigres bois imbibés, des raffineries sans vie tissent dans le ciel bas des Meccano métalliques. De pauvres maisons dispersées n’importe comment sur des parcelles d’herbe rase. Des enclos sans animaux. Des casses d’épaves rouillées comme des carcasses éparpillées. Des gens tordus et silencieux qui le regardent passer. » (début du chapitre 30)

Une Louisiane à l’image du roman où corruption et pègre s’ébattent joyeusement : « Le territoire des bayous est truffé d’anciennes fabriques, de plantations abandonnées, de raffineries délaissées, de vieilles distilleries clandestines. Autant de refuges pour toutes les sectes et les déglingués du bulbe et de la bite, protégés des curieux par les bayous, les marécages, les forêts inondées, les salines et tous les alligators et les mocassins qui vont avec. Et protégés du reste par des flics, des juges, des procureurs, des sénateurs, des gouverneurs et des évêques corrompus qui viennent y assouvir leurs vices les plus vils. A chaque perversion sa secte, à chaque secte son protecteur ». (pp. 262-263)

Un climat poisseux, une intrigue tout en noirceurs où les personnages se croisent au gré des crimes et des vols de cash. Une spirale de violence, enivrée de cocktails dont les recettes sont données par Sobchak, le parrain du crime organisé local, expert autoproclamé en mixologie. 

Un page turner que je vous conseille fortement,  ne serait-ce que pour vous immerger dans cet art du récit mené de main de maître par Roy Braverman ! Et dans le bon ordre si vous ne voulez pas faire comme moi (mais la lecture isolée de Freeman n’est en rien réductrice) : 
Hunter / Roy Braverman (chez Hugo Roman ; paru le 16 mai 2018)
Crow / Roy Braverman (chez Hugo Roman ; paru le 14 mars 2019)

Et quand on découvre que Roy Braverman est plus connu sous le pseudonyme de Ian Manook, Patrick Manoukian, une nouvelle planète littéraire s’ouvre à vous : il est en effet l’auteur de la trilogie mongole à succès Yeruldelgger, parue chez Albin Michel entre 2013 et 2016 (et dont le premier opus a été récompensé en 2014 par seize prix des lecteurs dont le Prix des Lectrices de ELLE, le Prix SNCF du Polar et le Prix Quais du Polar). A rajouter sur vos To Read liste donc… 

Résumé sur le site de l’éditeur :
Patterson, Louisiane.

Deux millions de dollars disparaissent. Envolés pendant un ouragan d’une rare violence. Volés au boss de la mafia locale. Drôle de casse !
Un autre million et demi tombe du ciel, pendant le même ouragan, livré à Freeman par un chasseur de primes. Drôle d’héritage ! Le reste est moins drôle. Une double traque commence. Elle va faire se croiser et s’affronter un « parrain » amateur de cocktails, un explosif tandem de flics que tout oppose, plus torturés par des quêtes personnelles que par leur enquête et le respect des procédures, une serveuse beaucoup trop éprise de l’un des deux pour en sortir indemne, un FBI plus FBI que jamais, Freeman et sa fille Louise, rescapés de la vie, et Mardiros, l’obstiné collecteur de dettes arménien. Plus tout ce que La Nouvelle-Orléans compte de faune interlope, d’indics tordus, de paumés de la vie et de décérébrés du bayou. Sans oublier, bien entendu, saint Jude et saint Expédit.
C’est fort et violent comme un ouragan, mais aussi, grâce à la plume inspirée de Roy Braverman, chaud et sensuel comme la Louisiane, sombre et envoûtant comme le bayou, rythmé et joyeux comme un air de zydeco, gourmand et épicé comme la cuisine cajun, obsédant comme le parfum des fleurs de lys et des belles-de-nuit, et bien sûr terrifiant, par l’omniprésence invisible des alligators aux yeux jaunes et à la voracité sans pitié…

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Freeman / Roy BRAVERMAN
Editeur : Hugo Romans 
Collection Policier & Thriller
Parution : 6 février 2020
EAN : 9782755644784
Prix : 19,95€

Marcher à Kerguelen

Kerguelen est un mot magique. Un mot qui m’interpelle, quelque soit la situation. Kerguelen, c’est cet archipel aux confins de l’Antarctique où mon père a passé 8 mois en 1985. Kerguelen, c’est cet archipel du bout du monde qui m’a « volé » mon papa et dont il parlait pourtant avec une émotion non dissimulée.
Kerguelen, c’est donc un nom, un lieu qui me touche, qui attise ma curiosité. Je vous avais déjà parlé du Marion-Dufresne, seul navire à effectuer des rotations vers ces îles de la Désolation. 
Alors, quand, en arrivant à la Médiathèque de Clohars-Carnoët cet été, j’ai découvert Marcher à Kerguelen sur la table des nouveautés, hop ! je l’ai embarqué ! Impossible pour moi de ne pas jeter un œil curieux à ce road trip de François Garde…

Marcher à Kerguelen est le récit d’une randonnée longuement et minutieusement préparée. Car si l’Archipel des Kerguelen n’est pas l’Everest, il reste une terre hostile, battue par les vents et les aléas climatiques. Ces îles sont aussi appelées les Iles de la Désolation : éloignée de toute civilisation (La Réunion, terre habitée la plus proche, se trouve à plus de 3250 kilomètres), l’île principale fait quasiment la superficie de la Corse (7215 km2 pour une densité de 0,02 habitants au kilomètre carré).  Des îles d’origine volcanique au relief montagneux : le mont Ross culmine à 1800m ; 2800 km de côtes très découpées et entaillées de fjords profonds ; l’intérieur des terres est surmontée par la calotte glaciaire Cook qui s’étend sur 400 km2 ; un climat froid mais non glacial (les températures moyennes d’été sont inférieures à 10 °C mais celles d’hiver sont supérieures à 0 °C), extrêmement venteux. Voilà qui donne un avant-goût de la carte postale…

François Garde est donc parti marcher du 23 novembre au 17 décembre 2015 lors de l’expédition Trekker avec 3 compagnons de fortune : Mika Charavin, guide d’expédition ; Bertrand Lesort, ancien officier de marine photographe, et Fred Champly, médecin. Vingt cinq jours de marche, du cap d’Estaing et Port Christmas à l’extrême Nord, à la plage de la Possession à l’extrême Sud et d’Ouest en Est de la plage de la Possession à Armor. Une traversée Nord-Sud sans assistance possible ou presque, à la merci d’une météo difficile et capricieuse, mais avec la chance de randonner dans des terres quasi vierges de toute présence humaine et dans des paysages sauvages et grandioses.

Il suffit, pour se faire une idée des lieux, de jeter un œil aux photos des randonneurs :

François Garde raconte donc jour après jour et au gré de ses déambulations intimes cette randonnée des extrêmes. Trois semaines d’efforts, de lutte contre la pluie, le froid, la fatigue, les baisses de moral, les décisions compliquées d’itinéraires… Extrait : « Bien sûr, Kerguelen, cette île qui au fond n’existe pas, est un mirage. Depuis son découvreur, chacun s’y noie avec ce qu’il a apporté. Les espérances s’y fracassent, les rêves s’y dissipent, les ambitions y font naufrage, et l’on ressort hébétés, avec les yeux vides de ceux qui ont croisé le regard de la Gorgone. »

Ce récit est loin d’être celui d’une performance sportive, il est plutôt celui de la lenteur et de l’abnégation produite par l’effort de la marche mais aussi celui de l’entraide et de la beauté qui s’imprègne sur les rétines dans ces paysages grandioses et sauvages.

Le récit évoque aussi les doutes, les peurs et les petits riens qui aident à surmonter les difficultés. Extrait : « En une heure maintenant, nous passons de la station verticale du randonneur à la station horizontale du repos. Nous réussissons ce tour de force quotidien de créer, dans ce désert froid et venté, un îlot, un refuge, où la température remonte ».

Le récit s’achève par un aveu d’humilité. Et on admire le courage et la détermination de ces quatre randonneurs. Extrait :  « Kerguelen est une page blanche, sur laquelle nul ne parvient jamais à rien inscrire. »

Et si ces confettis du bout du monde aiguise votre curiosité, vous pouvez aussi écouter ce podcast sur France Inter : Emission La Marche de l’Histoire (du Vendredi 15 novembre 2019) : Le témoin du vendredi : François Garde, marcher à Kerguelen

Et vous balader sur le site de l’Amicale des Missions Australes et Polaires Françaises.

Et un petit cadeau très personnel : mon Papa, aux Kerguelen (1985) et ses potes les manchots royaux

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Résumé sur le site de l’éditeur : Pendant vingt-cinq jours, dans la pluie, le vent et le froid, en l’absence de tout sentier, François Garde et ses compagnons ont réalisé la traversée intégrale de Kerguelen à pied en autonomie totale. Une aventure unique, tant sont rares les expéditions menées sur cette île déserte du sud de l’océan Indien aux confins des quarantièmes rugissants, une des plus inaccessibles du globe.
Cette marche au milieu de paysages sublimes et inviolés, à laquelle l’auteur avait longtemps rêvé, l’a confronté quotidiennement à ses propres limites. Mais le poids du sac, les difficultés du terrain et du climat, les contraintes de l’itinérance, l’impossibilité de faire demi-tour n’empêchent pas l’esprit de vagabonder. Au fil des étapes, dans les traversées de rivières, au long des plages de sable noir, lors des bivouacs ou au passage des cols, le pas du marcheur entre en résonance avec le silence et le mystère de cette île et interroge le sens même de cette aventure.

Marcher à Kerguelen / François GARDE
Gallimard – Collection Blanche
Parution : 08-02-2018
240 pages
ISBN : 9782070148851
19,50€

L’Expédition

Il est des régions du monde plus fascinantes et oppressantes que les autres. Et je dois avouer que j’y traîne pas mal depuis quelques mois. Effet collatéral du confinement ? je ne saurais dire.

Direction l’Archipel du Svalbard, un « archipel de la Norvège situé dans l’océan Arctique, entre le Groenland à l’ouest, l’archipel François-Joseph à l’est et l’Europe continentale au sud. Il constitue la terre la plus septentrionale de la Norvège et l’un de ses territoires. À l’exception de neuf habitants sur l’île aux Ours située à 238 km plus au sud, ses 2 321 habitants se trouvent sur Spitzberg, la seule autre île habitée et la plus grande de l’archipel ». (Et on dit merci Wikipédia pour ces précisions géographiques).

L’Expédition est un roman de Monica Kristensen, le troisième à s’inscrire dans cette région polaire et reculée que l’écrivaine norvégienne connait presque comme sa poche : elle est glaciologue de formation et fut la première femme à avoir dirigé une expédition en Antarctique.

Paru en 2014, le roman s’inscrit dans une série de polars se déroulant au Svalbard. Une région que connaît donc très bien l’auteur puisqu’elle a séjourné pendant six ans dans cet archipel le plus septentrional d’Europe…  Je vous avais parlé du roman Le Sixième Homme (publié en 2011 en France) et j’ai aussi lu Vodka, Pirojki et Caviar (publié en 2014 en France). Me restera donc Opération Fritham (sorti en 2012) à lire et la boucle sera bouclée. 

Mais revenons-en à L’Expédition. On y retrouve Knut Fjeld, le policier attachant et un brin « homme des cavernes ». Il reçoit l’appel au secours étrange d’une expédition polaire coincée au 87è parallèle nord. Enfilez vos bonnets et vos gants, direction le Grand Nord ! Une épidémie ravage la petite expédition, tuant chiens et hommes.  Devant le refus du chef d’expédition d’abandonner l’objectif Pôle Nord, Knut décide de s’incruster et d’enquêter.
Le voilà donc en plein cœur de l’Arctique entre des aventuriers peu ravis de le voir mettre son nez dans leurs petites affaires et un ours polaire affamé en quête de nourriture, aussi animale qu’humaine soit-elle…

Un huit-clos oppressant, où le danger rôde, tant animal qu’humain. Et où l’humain peut se révéler pire que l’animal… Une lecture qui vous donnera plutôt froid tant les conditions climatiques sont rudes ; où vous pesterez après le manque de préparation de cette expédition uniquement menée par la vantardise et l’argent ; où vous resterez sans voix face au manque d’humanité la plus basique de son aventurier en chef ; où vous tremblerez pour la vie de Knut…

[Et pour l’anecdote : à peine avais-je refermé ce polar que Ouest-France publiait cet article : Arctique. Un Néerlandais tué par un ours polaire au SvalbardC’est la sixième attaque mortelle de ce type en cinquante ans sur l’archipel norvégien. Les ours polaires, privés de leur territoire de chasse à cause du recul de la banquise, se rapprochent de plus en plus des hommes.
De quoi vous donner froid dans le dos pendant quelques heures encore ! ]

IMG_5653 (by Francoise Gaujour – Creative Commons Flickr)

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Résumé sur le site de l’éditeur : Archipel du Svalbard. Un appel au secours en provenance du 87e parallèle nord parvient à Knut Fjeld. Une expédition norvégienne est en difficulté, alors qu’elle cherche, sur les traces des grands explorateurs, à rejoindre le pôle Nord. Un projet mal ficelé, que les spécialistes critiquent pour l’itinéraire retenu, et pour le choix du mois de février, trop tôt en saison. Mais le challenge est là, précisément : réussir ce qui ne s’est jamais fait. Lorsque courage et ambition riment avec folie. L’expédition est partie, mal préparée, mal financée. Deux attelages, huit chiens et quatre hommes. Ce sont les chiens qui tombent en premier.
Knut Fjeld, le flic norvégien du Svalbard, se rend sur place. En plein désert arctique, sur la banquise qui dérive. Bientôt prisonnier d’un huis clos sur glace, angoissant, et périlleux.

L’Expédition / Monica Kristensen
Polar traduit du norvégien par Loup-Maëlle Besançon
Editions : Gaïa
Collection : Gaïa polar
ISBN  978-2-84720-723-1
320 pages – 21 €
Parution : Octobre 2016

Satan dans le désert

Fans de douceur et de bienveillance, fuyez ! Satan dans le désert est un terrible roman et Boston TERAN, son auteur, vous entraînera dans de biens sombres méandres…

Encore une fois, Gallmeister signe là une des faces sombres de l’Amérique, entre junkies et satanistes. Une plongée violente dans le désert de Mojave, où règnent les crotales de toutes espèces. D’un côté, Bob Hightower, flic planqué grâce aux petits soins de beau-papa le shérif ;  de l’autre, un psychopathe ultra violent, grand gourou d’une secte sataniste façon Charles Manson. Entre les deux, Case Hardin, ex-junkie échappée de la secte et qui a un sérieux problème de revanche sur la vie.

Un road-trip sanglant où le Bien et le Mal se font face et s’entremêlent rapidement sans que l’on ne sache plus bien faire la différence. Vie et mort s’affrontent allègrement et violence, massacres et chaos se partagent les chapitres : « C’est pas à l’Amérique propre et puritaine que vous avez affaire, sur ce coup-là. Cette merde, c’est l’enfer. Une histoire de drogue, de sang et de foutre, déjantée à un point que vous n’avez pas idée. »

Seule lueur (mais affaiblie) : Gabi, la fille de Bob, enlevée par le sataniste. Parviendra-t-elle à être sauvée ? Qui obtiendra vengeance et / ou rédemption ? Le diable n’est pas forcément là où on l’attendrait finalement…

Un roman très très noir, à lire toutes lumières allumées, en serrant les dents. Une certaine vision de l’enfer, assurément.

Résumé sur le site de l’éditeur : 1995. Aux confins du désert californien, Gabi, quatorze ans, est kidnappée par un psychopathe ultra-violent et sa secte satanique. L’insondable scène de carnage laissée par les ravisseurs ne livre aucun indice, la police patine, le sort de la jeune fille semble scellé. Fou de désespoir, son père, Bob Hightower, le flic local, se voit obligé de faire confiance à une ancienne adepte du culte : Case Hardin, une ex-junkie avec des comptes à régler. Leur quête commune ne tarde pas à se transformer en une traque sauvage marquée par la drogue et la violence, qui les oblige inexorablement à regarder le diable dans les yeux.

Satan dans le désert / TERAN, Boston
Edition : Gallmeister
Collection: Totem
ISBN: 978-2-35178-592-8
Parution: mai 2019
448 pages
Prix: 11,20€

Rivière tremblante & Bondrée

Bien entendu, j’ai lu Bondrée (sorti en France en 2016 mais en 2013 au Québec) avant de lire Rivière tremblante (sorti en France en 2018 mais en 2011 au Québec). Andrée A. Michaud est une romancière québécoise qui excelle dans les romans noirs sombres et tranchants où la nature des grands espaces a toute sa place.

Dans Bondrée, c’est la forêt qui tire le fil rouge du roman. Touffue et sombre, elle entoure le lac où viennent camper des familles en quête de calme et de sérénité. Raté pour cet été ! on retrouve la jeune Elizabeth Mulligan morte dans un piège à ours. Effroi puis crainte et suspicion généralisée… le roman prend la tournure de « l’enfer c’est les autres à Victoria Lane ».

Résumé sur le site de l’éditeur : À l’été 1967, une jeune fille nommée Zaza Mulligan disparaît dans les bois entourant Boundary Pond, un lac situé à la frontière entre le Québec et le Maine, rebaptisé « Bondrée » par un trappeur qui y avait vécu une tragique histoire d’amour. Les recherches s’organisent et Zaza est bientôt retrouvée morte, la jambe prise dans un piège à ours rouillé. L’enquête conclut à un accident. Mais lorsqu’une deuxième jeune fille disparaît à son tour, l’inspecteur Michaud se dit que les profondeurs silencieuses de la forêt recèlent d’autres pièges…

Dans Rivière Tremblante, deux histoires s’entremêlent : Eté 1979, le jeune Michael Saint-Pierre, 9 ans, disparaît alors qu’il jouait avec son amie Marnie au bord de la rivière. Trente ans plus tard, c’est Billie, une jeune fille qui disparaît sans laisser de trace. Marnie et le père de Billie vont croiser leurs destins difficiles à Rivière-aux-trembles, au moment même où un autre jeune garçon, Michael Faber, disparaît. Un roman sur l’incapacité à faire son deuil et sur la douleur et la culpabilité des survivants. Où la nature, ici la rivière, joue un rôle primordial.

« Jamais je n’avais souhaité mourir, même quand tout allait de travers, même au creux des nuits d’insomnie où les voix accusatrices de Rivière-aux-Trembles, bien après la disparition de Michael, continuaient à me harceler. Je ne m’étais jamais sentie appelée par ces gouffres s’ouvrant entre deux rails de métro filant dans la noirceur invitante du vide. Il avait pourtant suffi de quelques flocons de neige pour que je sois tentée de baisser les bras et de me précipiter tête première au fond de l’abîme. » (p. 207)

Résumé sur le site de l’éditeur : À 30 ans d’intervalle, deux enfants disparaissent dans des circonstances nébuleuses. Rien ne lie apparemment ces drames, sinon l’horreur qui les entoure et la douleur de leurs survivants… 

Deux romans sous tension, où le lecteur navigue en pleine étrangeté, s’embourbe dans les grands espaces en compagnie des personnages en pleine douleur. Parfait pour une lecture sous un soleil estival ou post-estival !

Bondrée / MICHAUD, Andrée A.
Edition : Rivages
Collection: Rivages Noir
ISBN: 978-2-7436-3764-4
Parution: septembre, 2016
330 pages
Prix: 18,50€

Rivière tremblante / MICHAUD, Andrée A.
Edition : Rivages
Collection: Rivages Noir
ISBN: 978-2-7436-4483-3
Parution: septembre, 2018
250 pages
Prix: 21,00€

Par les rafales

Par les rafales est le premier roman de Valentine Imhof. Et le moins que l’on puisse dire est qu’il est très prometteur…

Un polar sombre et incandescent, calme et violent, aux notes musicales prononcées et aux tatouages ancrés/encrés au coeur de l’épiderme. Une histoire de femme et d’amours au gré des villes et des continents. Chaque chapitre s’ouvre sur une date et un lieu, fil rouge d’une vie que l’on reconstitue.

Dès le premier chapitre, on plonge en pleine violence. Et on cherche à comprendre pourquoi tout au long des chapitres suivants. Valentine Imhof distille avec parcimonie les détails de la vie d’Alex, l’héroïne du roman. Elle vit à Metz, vient de tuer un homme et voudrait bourlinguer ailleurs, loin surtout de la Nouvelle-Orléans. Elle est forte et fragile à la fois, violente et impulsive, pleine d’une colère enfouie et latente, tatouée et calligraphiée jusqu’au bout de la peau. Un petit côté Lisbeth Salander.

Ajoutez-y alcool et musique, de l’amour fou et passionnel mais en lambeaux. Vous aurez sous les rétines une jolie pépite pleine de ténèbres, de poésie et de titres à écouter : la biblio des taouages et la playlist en fin de roman sont des mines d’or… A conserver sous le coude pour un éventuel 2è confinement.

Encore une fois, les éditions du Rouergue, collection Rouergue Noir, ont fait un joli boulot de sélection littéraire. Et on me chuchote dan l’oreillette que son 2è roman, Zippo, est aussi réussi.

Le résumé sur le site de l’éditeur :

Ils avaient réussi à la retrouver. Alex l’avait compris. Le type inventait des souvenirs bidon, il a proposé de s’arrêter dans un café de campagne pour boire un pot. Pour le plaisir d’être en France, parce que c’est si différent des États-Unis… Ça, elle le savait. Quand il a enserré ses jambes entre les siennes, elle n’a rien fait pour se dégager. Au contraire. Elle a envoyé tous les signaux pour lui faire entendre qu’elle n’attendait que ça depuis le début… Elle le tenait… Elle saurait disparaître ensuite. C’est du moins ce qu’elle pensait. Mais on laisse toujours quelque chose derrière soi. Et au moment où Alex s’apprête à tuer un homme, pour la troisième fois, Kelly MacLeish, jeune sergent juste sortie de l’école de police et mutée aux Shetland, décide de changer complètement d’angle dans l’enquête sur le meurtre de Richard MacGowan le soir du Up Helly Aa, la fête des Vikings, lorsque tout le monde se rassemble pour la crémation du drakkar. Le seul indice retrouvé sur le cadavre, c’est un long cheveu noir. Alors sans le savoir, Kelly rejoint le camp des poursuivants. Ceux qui courent après Alex, ceux qu’elle fuit, toujours plus vite, toujours plus au nord.
Dans un premier roman incandescent, gorgé d’alcool, de rock et de poésie, Valentine Imhof nous emporte sur les pas d’une héroïne qui s’est placée sous la protection de Loki, le dieu destructeur de la mythologie nordique. Comme lui, elle a dû boire le venin qui confère la rage. Comme lui, elle nourrit des vengeances, des apocalypses et des rêves de fin du monde. Et les quatre runes de son nom sont tatouées sur sa nuque.

Par les rafales / Valentine Imhof
Editions du Rouergue / collection Rouergue Noir
Paru en mars 2018
288 pages
20,00 €
ISBN 978-2-8126-1519-1

Des pages et des pages en 2019

Ah mais le confinement est était la période idéale pour publier ses stats de lecture 2019 avec moins de 6 mois de retard ! 68 livres au compteur soit 1 de plus qu’en 2018.

Une BD en forme de roman (1) – format étonnant !
Dans les pins : 5 balades meurtrières (KRIEK, Erik)

Des documentaires (4) – RAS en 2018
Le petit livre des couleurs (PASTOUREAU, Michel)
Nationale 7 – Voyage dans une France oubliée (PETREAULT, Clément)
Nanga Parbat (MESSNER, Reinhold)
Laissé pour mort sur l’Everest (WEATHERS, Beck)

Des nouvelles (1) – RAS en 2018
Incandescences (RASH, Ron)

Des romans (22) : contre 23 en 2018, 8 en 2017 et 20 en 2016

Américains : 
Mon désir le plus ardent (FROMM Pete)
Coup de vent (HASKELL SMITH, Mark)
Les bonnes gens (HUNT, Laird)
Un pauvre type (CALDWELL, Erskine)
Cercueils sur mesure (CAPOTE, Truman)
Premier sang (MORRELL, David)
Survivre (PETTERSON, Vicki)
Balles perdues (CLEMENT, Jennifer)
My Absolute Darling (TALLENT, Gabriel)
Les Arpenteurs (ZUPAN, Kim)

Canadien :
Hongrie-Hollywood express (PLAMODON, Eric)

Chilien :
La quatrième dimension (FERNANDEZ, Nona)

Croate :
Les turbines du Titanic (PERISIC, Robert)

Egyptien :
La chambre de l’araignée (ABDELNABI, Mohammed)

Espagnol :
L’anniversaire (MONSO, Imma)

Français :
Surf (BOUDET, Frédéric)
Le Schmock (GIESBERT, Franz-Olivier)
Le lambeau (LANCON, Philippe)

Polonais :
Krivoklat (DEHNEL, Jacek)
Une si petite extermination (JANKO, Anna)

Sri-lankais :
Ombres sur la Tamise (ONDAATJE, Michael)

Suédois :
Automne allemand (DAGERMAN, Stig)

Des polars, thrillers et romans noirs (33) : contre 44 en 2018, 42 en 2017, 27 en 2016, 19 en 2015 et 13 en 2014 – je suis toujours – de plus en plus – addict  un peu moins droguée ?

Allemand : 
Urgences et sentiments (MAGNUSSON, Kristof)

Américains : 
Dans la vallée décharnée (BOUMAN, Tom)
Mère toxique (BURT, Alexandra)
Sang de lune (CHILD, Lincoln)
Le pays des oubliés (FARRIS SMITH, Michael)
Famille parfaite (GARDNER, Lisa)
L’anniversaire (HARDING, Robyn)
Les morts de Bear Creek (McCAFFERTY, Keith)
Comme les lions (PANOWICH, Brian)
Le Zoo (PHILLIPS, Gin)
Un autre Brooklyn (WOODSON, Jacqueline)

Anglais : 
London nocturne (UNSWORTH, Cathi)
Les prochaines sur la liste (WHITE, Neil)

Argentin : 
Les jeunes mortes (ALMADA, Selva)

Canadien : 
Le tricycle rouge (HAUUY, Vincent)

Danois : 
Promesse (ADLER OLSEN, Jussi)

Ecossais : 
L’Accident de l’A35 (Mc RAE BURNET, Graeme)

Espagnol : 
Par-delà la pluie (DEL ARBOL, Victor)

Français : 
Plateau (BOUYSSE, Franck)
La chance de leur vie (DESARTHE Agnès)
Le plus grand des miracles (GLAVINIC Thomas)
Masses critiques (GOUEZEC Ronan)
Calcaire (DE MULDER Caroline)
Lux (MAYERAS, Maud)
Puzzle (THILLIEZ, Franck)

Islandais : 
La Cage (SIGURDARDOTTIR, Lilja)

Italien : 
Sur le toit de l’enfer (TUTI, Ilaria)

Néo-zélandais : 
Rocking Horse Road (NIXON, Carl)

Norvégien : 
Les Chiens de chasse (HORST, Jørn Lier)

Portugais : 
Le collectionneur d’herbes (VIEGAS, Francisco José)

Serbe : 
L’égout (MATIC, Andrija)

Suédois : 
Chant des âmes sans repos (ALSTERDAL, Tove)
Colère blanche (BÖRJLIND, Cilla et Rolf)
Marconi Park, une enquête du commissaire Winter
(EDWARDSON, Ake)
Zack (KALLENTOFT Mons & LUTTEMAN Markus)
Bambi (KALLENTOFT, Mons & LUTTEMAN, Markus)
Eté (KALLENTOFT, Mons)

Vénézuélien : 
Portrait d’un cannibale (ALVARADO, Sinar)

Roman New Romance (1) – [Là, je me suis fait avoir. Un roman pris par inadvertance sur la table de présentation au 4è étage aux Champs Libres. Mais ma curiosité n’a fait qu’un tour… On oscille entre la collection Harlequin (assez prude dans mon souvenir d’une seule lecture) et la vague des « 50 nuances ». A mon sens, ce n’est pas de la littérature mais du pourvoyeur de fantasmes faciles pour celles qui n’oseraient pas franchir l’accès à YouPorn. Et la lecture est vraiment pathétique. Prenons cela comme une expérience littéraire qu’on ne renouvellera absolument pas.]

Calendar Girl (CARLAN, Audrey)

Romans SF (1) – RAS en 2018 : moi qui ai dévoré des romans de SF dans ma jeunesse, me voilà loin de mes statistiques d’alors…

La cité de l’orque (MILLER, Sam J.)

2019 fut une année plutôt équilibrée : moins de polars, plus de romans ! Niveau géographie littéraire, j’ouvre encore cette année mes horizons : 22 nationalités, contre 16 en 2018, 14 en 2017, 13 en 2016, 15 en 2013, 14 en 2014 et 10 en 2015. Une grosse incursion chez les Suédois mais qui s’explique parle fait que j’ai enchaîné les polars de Mons Kallentoft.

Enfin, moins d’une dizaine de livres lus en version numérique. Pas encore de liseuse donc pas de changement notoire. Je continue à emprunter assidûment dans les médiathèques ;-)

Bandidos

L’histoire des pays d’Amérique Latine a quelque chose de fascinant et de morbide. Et j’y reviens régulièrement, comme si cet aimant me rappelait à lui perpétuellement. Bandidos, de Marc Fernandez se passe en Espagne et surtout en Argentine. Il revient sur la période trouble que ce pays a traversé.

C’est le troisième opus de la série hispano-américaine rédigée par cet auteur français qui fut journaliste pendant 15 ans pour Courrier International, en charge notamment de suivre l’actu en Espagne et en Amérique latine. Les deux premiers romans de la série, Mala vida et Guérilla Social Club, abordaient pour l’un la question des enfants volés sous le franquisme en Espagne et l’autre les fantômes des dictatures chilienne et argentine.
Et comme je lis dans le désordre, j’ai fait la rencontre des personnages du 3è roman sans pouvoir les relier aux précédentes histoires !

D’un côté les madrilènes : Diego Martín, le journaliste chez Radio Uno, spécialisé dans les chroniques judiciaires ; Ana, détective privée et grande amie de Diego ; Pablo, policier à la Crim’ ; et Nicolás Ortiz, ex-agent en retraite du Service central du renseignement intérieur espagnol, ami et complice de toujours de cette petite bande.  Outre-Atlantique, côté argentin, on trouve Rafael Roca, rédacteur en chef de l’Información à Buenos Aires ; Léa Guzmán, journaliste free-lance ; et Isabel Ferrer avocate exilée en Argentine et conseillère juridique de l’association des Mères de la Plaza de Mayo.

Ils vont devoir résoudre une affaire sordide : le corps d’une femme calcinée et abattue d’une balle dans la nuque est retrouvé dans un parc à Madrid. Il ne faut pas longtemps pour découvrir qu’il s’agit de Célia Rodrigo. Dont le frère, Alex Rodrigo, photographe pour un hebdo, a été assassiné dans des conditions similaires en Argentine 20 ans auparavant. Diego qui connaissait Celia va se lancer avec ses amis dans une enquête trépidante.

Au rythme des retrouvailles (sur l’oreiller parfois), les amis croisent des flics ripoux et la corruption politique, subissent de plein fouet le tabassage en règle de Rafael Roca et le muselage de l’information. Le roman nous entraîne dans une aventure policière et journalistique avec un fond historique soutenu.

Un roman qui se lit facilement avec un style incisif et des chapitres alternant l’enquête à Madrid et à Buenos Aires (comme des sauts de puce dans l’Histoire et au-dessus de l’Atlantique).

Et moi, je vais donc lire à l’envers les deux premiers romans ;-)

Résumé sur le site de l’éditeur :
Le corps calciné d’une femme menottée, une balle dans la nuque, est retrouvé dans un parc de Madrid. Diego Martin, journaliste radio d’investigation, connait la victime, rencontrée vingt ans auparavant… En Argentine. Jeune reporter à l’époque, il avait couvert l’assassinat du frère de la victime : Alex Rodrigo, photographe pour un grand hebdomadaire, tué selon le même mode opératoire.
Un meurtre identique à des milliers de kilomètres de distance, à deux décennies d’écart. Il n’en faut pas plus au présentateur d' »Ondes confidentielles » pour se lancer dans une enquête qui le mènera à Buenos Aires, où il retrouvera une femme qu’il n’a jamais pu oublier…
Entre corruption politique, flics ripoux et groupes mafieux, ce voyage va faire ressurgir les fantômes du passé. Car parfois, ceux qu’on croyait morts reviennent hanter ceux qui sont restés.

L’auteur de l’acclamé Mala Vida, finaliste du Prix des lectrices de Elle, et de Guerilla Social Club, revient avec un nouveau polar aussi trépidant que furieusement engagé, à l’arrière-plan historique fascinant.

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Bandidos / Marc Fernandez
Edition Préludes
Publié le le 3 octobre 2018
320 p.
ISBN : 9782253107927
15,90 euros

Le Bleu au-delà

David Vann compte parmi les auteurs qui m’ont réellement remué les tripes dans ma carrière de lectrice. Il y a d’abord eu Sukkwan Island lu en 2010, puis Désolations lu en 2012, puis Impurs en 2013. Il y a aussi eu Goat Mountain en 2015 et Dernier jour sur terre en 2014, sur lesquels je n’ai pas pu rédiger quoi que ce soit.

David Vann est un écrivain à part, que j’ai pu croisé au Festival Etonnants Voyageurs à St Malo en 2013. Il présentait une conférence sur la genèse de son oeuvre intrinsèquement liée à son enfance. L’écrivain avait une bouille d’enfant rieur en contradiction totale avec les névroses et angoisses qui transpirent dans ses romans et nouvelles. J’en suis ressortie fascinée. Et je le suis encore.

Le Bleu au-delà est un recueil de nouvelles publié par Gallmeister. Certaines de ces nouvelles sont inédites, d’autres accompagnaient la nouvelle Sukkwan Island dans le recueil Legend of a suicide publié aux Etats-Unis.

On y retrouve donc en filigrane tous les thèmes présents dans le dérangeant Sukkwan Island et les romans suivants : père dépressif, suicide, famille dysfonctionnelle, relations difficiles père/fils, importance des armes à feu, amour pour la chasse et aquariums !

Dans chaque nouvelle, on lit les bourgeons de ce qu’on a lu ensuite dans cette litanie de romans plus épouvantables les uns que les autres. Comme une gigantesque machine à remonter le temps dans les traumatismes d’un enfant.

Les mots sont rudes, violents et tranchants. La mort s’immisce partout, dans le moindre interstice entre deux virgules. Extrait de la courte nouvelle Rapport d’incident au département du shérif : « La porte se ferme, puis elle entend un bruit de craquement à l’autre bout de la ligne. Pour s’expliquer le son, Rhoda imagine le saucier ne métal, celui en aluminium avec un pied rond comme un pot de plante, qui heurte la table de jeu verte dans la cuisine de Jim. Puis elle entend des cliquetis dans le fond, comme si toutes les grenailles d’un fusil – car elle pense à présent qu’il s’agit d’un fusil – ricochaient contre le mur et tintaient peut-être même sur les parois du saucier en aluminium. Plus d’une décennie après, quand elle apprendrait que c’était un pistolet et non un fusil, elle penserait que le bruit devait être celui des morceaux de crâne gouttant sur la table. » (p. 98)

Vous n’avez jamais lu David Vann ? Le Bleu au-delà peut être une bonne entrée en matière, à pas feutrés. Vous avez déja plongé dans les abysses tourmentés de l’auteur ? lisez ce recueil. Il est comme un retour aux sources et à l’essentiel…

De mon côté, me reste encore à lire Aquarium (2016), L’Obscure Clarté de l’air (2017) et Un Poisson sur la Lune (2019). Pas sûre que ce soit les lectures les plus appropriées en cette période de confinement ;-)

Résumé sur le site de l’éditeur :
Roy est encore un enfant lorsque son père, James Fenn, dentiste et pêcheur professionnel raté, se suicide d’une balle dans la tête. Tout au long de sa vie, Roy ressassera ce drame qui deviendra son obsession mais aussi une source, douloureuse, d’inspiration. Comment se créent et se transmettent les légendes familiales ? Quelles histoires notre mémoire choisit-elle de garder et sous quelle forme ? À partir de quelques moments intimes éparpillés dans le temps – faiblesses, infidélités, désirs, contemplations – se met en place une histoire de perte, d’amour tendre et de retrouvailles imaginaires dans les espaces sauvages de l’Alaska.

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Le Bleu au-delà / David VANN
Gallmeister – Collection Totem
Parution le 03/01/2020
176 pages
ISBN 978-2-35178-748-9
7,90 euros

Esaü

Drôle de roman que signe là Philippe Kerr, l’auteur écossais décédé en 2018. Esaü est à mi-chemin entre le roman d’alpinisme, le thriller et le roman d’espionnage. Comme un polar de série B agrémenté de mythes himalayens. Lecture de plage et d’été assurément !

On retrouve presque tous les ingrédients du bon film catastrophe : un alpiniste gentil, une scientifique amoureuse, un espion très vilain et un drôle d’animal – plus connu sous l’appellation « abominable homme des neiges » – qui court dans la montagne et sautille gentiment de crevasses en crevasses… Vous vous souvenez de Tintin au Tibet ? on s’y croirait !

Donc, reprenons le fil de l’histoire : Jack Furness est américain et alpiniste de renom. Lors d’une expédition sur le Machhapuchhare, une montagne sacrée de l’Himalaya, il est victime d’une avalanche qui le laisse seul survivant de son équipe. Tombé au fond d’une crevasse, il y découvre le crâne d’un hominidé (dont il va taire l’existence aux autorités). Rentré aux Etats-Unis, il soumet ce crâne à l’examen de Stella Swift, brillante paléo-anthropologue à Berkeley en Californie. Sur fond de love story « je t’aime, moi non plus » of course. Pas de doute, ce crâne est bien un chaînon maquant du genre gigantopithèque. Jack remonte donc une expédition scientifique pour partir à la quête du Graal (en la personne de l’abominable homme des neiges). Mais c’est sans compter l’agent du Pentagone qui s’incruste incognito, tout ça pour retrouver les débris d’un satelitte espion qui fait désordre en plein conflit au proche Cachemire…

Tempêtes de neige, parois de glace, trahisons politiques, moeurs des primates (et des hominidés !) : un condensé glacé pour ce thriller. A lire si le yéti vous en donne l’envie !

Résumé sur le site de l’éditeur : 

Les dieux n’ont pas apprécié que Jack Furness, alpiniste de renom, cherche à gravir le Machapuchare, une montagne sacrée dans le Sanctuaire des Annapurnas. Une avalanche engloutit son expédition, le laissant seul survivant. Mais lors de cette ascension interdite, il découvre le crâne d’un hominidé qu’il offre à sa petite amie épisodique, le Dr Stella Swift, paléoanthropologue à Berkeley.
Le résultat des analyses est surprenant : le fossile semble bien moins ancien que supposé au premier abord. Stella et Jack décident de partir au Népal pour tenter d’éclaircir le mystère… Un projet auquel la CIA ne demande qu’à participer. Au carrefour de la Chine, de l’Inde et du Pakistan, l’Himalaya ne constitue-t-il pas une zone particulièrement sensible ? Pour l’espion infiltré dans l’expédition, peu importent les méthodes employées pour accomplir sa mission…
Cette fois, Philip Kerr nous entraîne à cinq mille mètres d’altitude dans une histoire à couper le souffle, mêlant science, aventure, géopolitique et philosophie.

Esaü / Philip Kerr
Editions du Mont-Blanc – Collection Mont-Blanc Noir
Publié en juillet 2019 (publication originale : 1996)
ISBN : 978-2365450652
448 pages